Le cinéma français est obèse, et ses critiques privilégient le concours d'éloquence à celui du diagnostic. Les récents déboires d'« Astérix aux Jeux olympiques » ont donné une nouvelle illustration de cet état de fait, la majorité des chroniqueurs préférant se gausser du naufrage artistique du film plutôt que de s'interroger sur son caractère symptomatique.
L'épisode révèle donc moins une crise du cinéma français, par ailleurs maintes fois énoncée, que celle des professionnels de la critique. Ce constat est d'autant plus prégnant que le pays des frères Lumière fut longtemps leur patrie d'élection.
L'âge d'or de la critique est loin derrière
Originellement avant-gardiste et littéraire, la critique de cinéma se développe dans l'entre-deux-guerres à la suite d'un Louis Delluc qui parvient à rallier à la cause du septième art des signatures aussi prestigieuses que celles de Robert Brasillach, André Gide, Blaise Cendras et Marcel Aymé. Mais c'est dans les années 1950 qu'elle acquiert véritablement ses lettres de noblesse en devenant résolument cinéphile et polémique, et ce pour au moins deux décennies. La guerre entre les Cahiers et Positif, ainsi qu'au sein même de la célèbre « revue jaune », trouve alors une résonance planétaire.
Par la suite, la création de Première (1976) et de Studio (1987) par Marc Esposito (passé depuis derrière la caméra) donne le ton de la critique télévisuelle. Destinée à un large public, elle est anecdotique et promotionnelle, axée sur la vie des acteurs et le calendrier des sorties-événements. Cette critique paillette-champagne est incarnée depuis maintenant plus de quinze ans par les très consensuels Isabelle Giordano et Laurent Weil, dont la fadeur des commentaires n'a d'égal que la déférence pour les stars du grand et du petit écran.
Si parallèlement une critique plus « sobre » subsiste dans le domaine de la presse écrite et de la radio, son cercle de lecteurs-auditeurs s'est progressivement réduit. Alors qu'une trentaine de revues spécialisées continue à exister, dans une économie parfois exsangue, seuls quatre titres conservent une relative audience : Le Monde, Libération, Télérama (et son despotique « petit bonhomme ») et le très bobobranché Les Inrocks.
Deux tendances funestes
Or, deux grandes tendances témoignent du marasme intellectuel dont la critique peine à sortir. D'une part, le commentaire filmique se veut essentiellement « impressionniste », traduisant le sentiment général laissé par les images. Cette catégorie, forgée en son temps par André Bazin, permet de saisir tout ce qui sépare une telle démarche de la critique « systématique », consistant à identifier la conception cinématographique propre à chaque auteur.
D'autre part, les critiques forment désormais une communauté professionnelle homogène, composée majoritairement de journalistes masculins, pigistes et parisiens. Parfaitement intégrée à l'industrie cinématographique, elle se compose et se recompose au rythme des projections-presse, avant-premières, festivals, conférences et autres cérémonies. Ce manque de diversité, ajoutée à la standardisation grandissante des films, conditionne celle des ressentis. L'indistinction sensible appelant à la distinction par le verbe, les commentateurs brillent plus par la formule que par la théorie.
S'ensuit une escalade d'invectives, parfois ad hominen (déjà pointée par Patrice Leconte dans une lettre ouverte parue au mois de novembre 1999) pour les plus mal lotis (Claude Lelouch et Luc Besson ayant longtemps tenu la corde en de domaine), et de louanges fanatiques pour les heureux détenteurs du « ticket » (aujourd'hui Ken Loach, Clint Eastwood, Abdelatif Kechiche, Arnaud Desplechin… mais sûrement pas hier et sans doute pas demain), deux extrêmes qui sont autant d'expressions d'une paresse de la pensée.
L'absence de nouveaux talents
D'aucun justifierait cette tendance « impressionniste » par l'absence de renouvellement artistique dans les salles obscures. Comment faire preuve d'une réelle vision du cinéma alors qu'aucune proposition audacieuse ne se manifeste ? S'il est indéniable que le système de production cinématographique, fleuron de l'industrie culturelle française, tend à raréfier l'éclosion de nouveaux talents, le constat s'applique également à la critique. Cette corrélation renvoie à la complexité de la problématique cinématographique, créateurs, critiques et spectateurs formant un triptyque indissociable.
C'est pourquoi il est urgent d'affirmer une ambition théorique nouvelle pour une critique qui se doit d'exister au sein des espaces audiovisuels dominants que sont la télévision et Internet. Gageons que les personnes chargées de réformer un service public désormais affranchi de la pression publicitaire ne négligeront pas ces considérations, sous peine de voir encore longtemps des spectateurs visuellement analphabètes se presser par millions se repaître d'Astérix et de ses épigones.




















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De Perjovem
Antiquus facturum à Divodorum | 03H37 | 24/02/2008 |
//sous peine de voir encore longtemps des spectateurs visuellement analphabètes se presser par millions se repaître d'Astérix et de ses épigones//
Kesako des « spectateurs visuellement analphabètes » ?
Les gnares qui n'ont pas les mêmes goûts que votre majesté ?
Il est vrai, que pour nombre de gueux, en lisant « épigones », ils doivent aller chercher le dico ou utiliser Google, mais bon c'est très représentatif de la critique : nombriliste !
//Cette corrélation renvoie à la complexité de la problématique cinématographique, créateurs, critiques et spectateurs formant un triptyque indissociable.//
Bof, non, le cinéma comme les spectateurs n'ont pas besoin des critiques !
La preuve des films ou des comédiens honnis par les critiques marchent, alors que d'autres encensés par la critique restent des bides…
Y'a rien d'intello dans la critique, depuis la nouvelle vague la critique se résume au nombrilisme : bouffer, débiner les gros budgets et les stars et vouloir être le premier à encenser des débutants, inconnus, surtout venus de pays lointains, à budgets plus restreints…
Y'a des « analphabètes » qui lorsqu'ils se paient le cinoche, préfèrent se bidonner ou se changer les idées plutôt que de contempler la médiocrité de leur vie sur le grand écran, et ils ne méritent pas le dédain des cinéphiles et autres critiques…
Bref, les goûts et les couleurs…
à Perjovem
De raudi
09H40 | 24/02/2008 |
Bonjour Perjovem de Divodurum,
Mais quelle désolation de voir les quelques rares cinés de centre-ville encore en vie désertés au profit des ciné-parkings , la presse locale incapable du moindre regard critique vis-à-vis du cinéma comme du théâtre ou de l'opéra, ne pondre que des commentaires d'une affligeante banalité … Et Pompimou qui se prépare à Divodurum et engouffrera les finances de la culture messine pour longtemps !
Résistance !
Raudi, la culture à Metz autrement
http://raudi.free.fr
à raudi
De Perjovem
Antiquus facturum à Divodorum | 01H44 | 25/02/2008 |
Bonjour, mais si le kiné a bouffé les salles du centre ville, c'est d'abord que les exploitants des salles du centre ville n'ont rien fait pour le confort du spectateur ( cf les propos de Michel Humbert :
http://blog.lasemaine.fr/net/lasemaine.fr/nsf/bg.nsf/dx/24082007112136PT… )
Et aussi, justement, une histoire de parking, et ce malgré l'obsession du potentat local pour les parkings. Et un gros problème de transports en commun…
L'Arsenal, comme le théâtre restent des salles élitistes. Surtout financièrement, mais aussi la programmation.
Les Arènes ne seront jamais un Zénith, ni même un Dojo.
Le canard local est à l'image de la presse quotidienne française : une grosse daube…
Quant au centre Pompidou, on verra… Certes,en ce qui concerne les finances : pour l'instant il fait le bonheur que des architectes Shigeru Ban et Jean de Gastines, et de l'entreprise Demathieu & Bard…
Perjo
à Perjovem
De Olivier Alexandre
(auteur)
12H28 | 24/02/2008 |
Limites de l'exercice polémique : interpeler au risque de généralisations abusives et de formules à l'emporte pièce. Mea culpa donc. Toutefois, vous me permettez de préciser ma pensée et vous en remercie. L'expression « visuellement analphabètes » fait référence à la méconnaissance du grand public pour les figures de style et la technique cinématographique. Je peux me tromper mais crois que trop peu de personnes savent ce qu'est exactement un « raccord dans l'axe », un « travelling arrière compensé » ou un « plan américain ». On peut vivre sans cela, bien évidemment, mais il me semble qu'il incombe à la critique de ne pas négliger ces considérations et d'y sensibiliser les non initiés. Pour le reste, on peut lire Edgar Poe sans Baudelaire, Brecht sans Walter Benjamin, Marcel Proust sans Antoine Compagnon. Mais on peut aussi gagner à le faire. Pourquoi tirer vers le bas plutôt que vers le haut ? On peut également concevoir le cinéma comme un simple opium du peuple. Mais il est aussi un art. C'est toute son ambiguïté et sa grandeur. Raison de plus pour conserver un regard « critique ».
à Olivier Alexandre
De riverain désinscrit
13H03 | 24/02/2008 |
sur ce coup je vous rejoins pleinement.
L'absence de culture cinéma du grand public vient en grande partie de cette critique qui ne « raconte » pas cet art. Et si la critique elle même (à quelques exceptions près) était aussi ignorante des techniques et de leur usage dans l'écriture cinématographique ?
à Olivier Alexandre
De sefero49
Soldat mugissant | 21H07 | 24/02/2008 |
Si, regardant un film, j'en suis réduit à admirer un « travelling arrière compensé“ou un ‘raccord dans l'axe’, cela veux dire que l'histoire ne m'intéresse pas et que je m'emm.. copieusement. Je préfère ne pas savoir ce qu'est un ‘travelling arrière compensé’ et voir un film en ‘analphabète’ émerveillé qu'en technicien.
Je pense être capable d'apprécier un bon plat sans en connaitre les ingrédients. Laissons la cuisine aux cuisiniers et contentons nous d'être des ‘amateurs’ au sens premier du mot.
à sefero49
De Olivier Alexandre
(auteur)
21H46 | 24/02/2008 |
Précisément. « Amateur » est dérivé d'un terme latin (amator) signifiant « qui fait preuve d'amour », « d'amitié ». Or, comme le dit Aristote dans son Ethique à Nicomaque, aimer l'autre c'est essayer de le rendre meilleur. Aimer, n'est-ce pas aussi mettre en valeur, comprendre l'autre dans son entier et voir au-delà des apparences ? Est-ce qu'en se limitant à une réception littérale, on ne s'expose pas à des malentendus ; à se méprendre quant aux intentions de l'auteur (voir sur ce point Umberto Eco et ce qu'il dit sur l'ironie de l'art dans les sociétés de masse) ? Le « traveling arrière compensé » fut inventé par Hitchcock pour exprimer le sentiment de panique du héros de Sueur froide. Il est utile de le savoir pour reconnaitre une référence, y compris quand elle transcende ou subvertit son modèle (exemple : plan final de Panic room de David Fincher), de la même façon qu'il est essentiel de maitriser les références d'un texte littéraire pour en saisir toute la finesse. C'est à cette condition qu'on peut véritablement comprendre un art, y compris quand il est gastronomique. Tel est le travail du critique : se mettre au service des images, en « amateur », pour favoriser l'accès des spectateurs à un niveau de compréhension supérieur. Ce qui n'interdit nullement d'apprécier la chose en profane. Mais mon article ne traitait pas de cela mais bien de la critique.
à Olivier Alexandre
De Perjovem
Antiquus facturum à Divodorum | 02H38 | 25/02/2008 |
Pourquoi dites vous tirer vers le bas ?
C'est fou cette prétention des critiques et des cinéphiles de se croire au dessus du lot et de considérer comme crétins analphabètes ceux qui vont voir Astérix, Depardieu ou les Bronzés…
Désolé, mais ce n'est pas parce qu'on préfère Patrice Leconte à Éric Rohmer, Gilles Grangier à françois Truffaut ou Jean-luc Godard qu'on est un gnare en raccord dans l'axe, en travelling arrière compensé ou en plan américain…
Que la critique cesse d'imiter Serge Daney.
Elle n'est pas obligée de flinguer Astérix pour louer « La fabrique des sentiments » de J.M. Moutout ou « Juno » de Jason Reitman. Elle n'est pas obligée de débiner Mazarine Pingeot pour encenser Sibylle Vincendon. Elle n'est pas obligée de railler la Star Ac ou Obispo pour se prosterner devant Sébastien Tellier etc…
On peut prendre son pied sans lire Proust, Bourdieu, Baudelaire et cie… Et en ne lisant que de la Bibliothèque Rose ou Verte.
Et ce n'est pas pour ça qu'on devrait être plus analphabète et crétin que les fins lettrés.
Perjo
à Olivier Alexandre
De JeffreyBeaumont
15H33 | 25/02/2008 |
Le problème de la critique en général et française en particulier c'est que c'est soit le déballage d'opinions, souvent politiques, soit l'absence d'opinion et l'étalage de superlatifs positifs (nourrissant les campagnes publicitaires) ou lapidaires tuant toute curiosité chez le potentiel spectateur.
On manque cruellement d'articles analytiques cherchant à dégager les points forts et faibles de tout film avant d'exprimer une opinion. Il faut analyser les différentes composantes, si cela est pertinent, de chaque film comme le scénario, la mise en scène, le jeu des acteurs, la lumière, le montage, le cadrage, le son avant d'exprimer un avis quelconque afin d'amener les spectateurs à avoir plus de sens critique et ne pas suivre l'avis positif ou négatif général, surtout pour qu'ils découvrent un cinéma plus difficile à apprécier que le cinéma hollywoodien.
Les films sont trop souvent considérés comme un prétexte à digressions inutiles ou propagande politique. Je ne dis pas qu'on ne puisse pas exprimer un point de vue politique d'un film, mais il est très important de l'analyser de prime abord.
L'article de Marianne sur le dernier Asterix montre assez bien l'utilisation d'un film comme tremplin à l'expression d'un avis politique.
Historiquement, de nombreux critiques français sont de gauche (Cahiers, Positifs, Telerama, Inrocks, Liberation, Le Monde) et abandonnent trop souvent l'analyse au profit de l'expression d'un avis politique, encensant exagérément certains films à faible budget et/ ou exprimant un point de vue politique de gauche et assassinant de manière injuste certains films hollywoodiens ou dits « bourgeois'. Ainsi, des réalisateurs ont, dans l'histoire du cinéma, fait les frais de la critique de gauche comme Stanley Kubrick, Louis Malle, et plus récemment Lars von Trier et d'autres ont été encensés sans considérations des nombreux défauts de leur mise en scène et de leur scénario comme Truffaut, Nicolas Klotz, Pedro Costa et tout récemment Abdellatif Kechiche. L'autre versant de la critique (Première, Figaro, Cine Live, etc) manque également d'esprit d'analyse, a tendance à peu étayer ses critiques et souvent sacrifie le fond au divertissement (l'encensement du film 300 en est un bon exemple) pour n'exprimer aucune opinion.
Il manque un juste milieu dans la critique française et il se situe peut-être en la perfide Albion. Je recommande, en effet, Sight & Sound, pour son grand sens de l'analyse (pour ceux qui ont la chance de lire l'Anglais).
De Hervé Torchet
09H20 | 24/02/2008 |
Il manque encore 4 millions de spectateurs en France à Astérix pour être rentable.
De Thorgal46
Informaticien dans le Lot | 09H43 | 24/02/2008 |
Au vu de l'Enorme compagne de pub dont il a fait l'objet, au su du nombre plethorique de « stars françaises » présentes au générique, j'ai décicé d'un commun accord que cet Astérix devait être un navet et je ne suis pas allé le voir.
Et ce, sans aucune écoute ou lecture des critiques professionnels.
Il semblerait que j'ai eu raison ?
Quelqu'un peut il m'éclairer ? Astérix aux J.O., bide ou succés ? navet ou réussite ?
De Radadalamechantesorciere
Ensemble tout devient beurk | 10H02 | 24/02/2008 |
L'article de « Marianne » sur ce film (Astérix, le premier film bling bling) est très intéressant. Surtout quand on y lit que les producteurs, pour le vendre, n'ont parlé que d'argent, millions, investissements, rentabilité. Ca fait genre « je vais monter Astérix 3, tu vas voir ça va être l'arnaque du siècle ».
Je ne l'ai pas vu, mais ça ne donne pas trop envie d'aller le voir. Pourtant, je ne déteste jamais aller voir un film comique « premier degré », ça détend.
De fabyopium
Bougnat pragmatique mais pas trop | 10H15 | 24/02/2008 |
La critique, c'est un peu le guide Michelin du cinéma. Elle peut donner de bonnes adresses mais il faut être apte à aimer les verrines poireaux framboises !
Pour ma part, le rôti de porc champignons de ma grand-mère me contente, tout comme Astérix qui a plu à mes enfants et qui nous a permis de passer une très bonne soirée familiale.
Il est vrai qu'avec le recul, Astérix passera pour le film culte de la génération bling bling ! ! !
Il n'empêche qu'il est drôle.
Mais suis-je de bon goût alors que j'adore la série des gendarmes ?
Critiques, remettez moi dans le droit chemin ! ! ! Vite ! ! ! : -)
De lamichael
10H26 | 24/02/2008 |
C'est pas Woody Allen qui a dit :
« Le cinéma américain est fait par des gens intelligents pour des cons,le cinéma français c'est le contraire. »
De riverain désinscrit
10H49 | 24/02/2008 |
très fort !
un article sur la critique cinématographique qui évite la défunte revue « Ecran » ou « Cinéma » ou le grand Jean-Louis Bory, c'est un peu comme parler du cinoche sans évoquer la « nouvelle vague ».
à riverain désinscrit
De Olivier Alexandre
(auteur)
11H53 | 24/02/2008 |
Vous avez raison : beaucoup de revues continuent à faire un travail remarquable… mais avec une trop faible visibilité. David Cronenberg lisait les Cahiers lors de ses études à Toronto. Je ne crois pas qu'un Zack Snyder ou un Paul Anderson soient de fervents lecteurs d'Ecran. C'est cette évolution qui me semble significative. Par ailleurs, Jean-Louis Bory est une vraie référence… disparue depuis presque 20 ans. Il existe encore d'excellents critiques, dans la jeune génération (des gens aussi différents que Jean-Baptiste Thoret, Yannick Dahan, François Bégaudeau…) ou la plus ancienne (Jean Douchet, Michel Ciment…). Mais ils restent souvent marginaux et sont loin de bénéficier de la même aura que leurs homologues des années 1960. Signe des temps ?
à Olivier Alexandre
De riverain désinscrit
12H53 | 24/02/2008 |
c'est en tout cas le signe que les critiques (et la rédaction des journaux) ont été englués par le mercantilisme. Ils ne parlent plus d'art, de discours artistique, d'écriture avec l'image.
Ils se contentent d'évoquer le nombre d'entrées, le coût du film, les acteurs people, les prix décernés, les producteurs, les responsables des effets…
Ce n'est plus de la critique d'art mais de la bouillie comptable.
Première et Studio ont fait en France un tort énorme à l'étude de l'art cinématographique en restant à la surface du sujet, en ne mettant en valeur que le côté papier glacé et star system.
Quel auteur va encore faire des articles comme on en trouvait sur les tendances nationales des années 70/80 ? cinéma polonais, italien, allemand, suisse ?
Il suffit de se reporter à la récente remise de prix des Césars, pour comprendre ce qu'est devenu le cinéma.
De ebmiller
Journaliste à Annecy | 11H23 | 24/02/2008 |
Je suis en grande partie d'accord avec la réponse de Perjovem à l'article pédant d'Olivier Alexandre. Cinéphile depuis plus de 40 ans, responsable de ciné-clubs dans les années 70 et 80, journaliste depuis 1982, j'ai toujours trouvé assez déplaisante cette critique souvent inconséquente (symbolisée par Libé) et parfois fascisante en ce qui concerne les Inrocks, qui semble n'avoir que deux buts : construire un article à partir d'un titre qui se voudrait drôle et être parmi les premiers à découvrir un nouveau cinéaste (ce qui malheureusement pour eux n'arrive jamais). Pour le reste, tout ce qui plaît au public ne peut être que de la misérable daube. Résultat : en déviant de son rôle qui devrait consister à faire découvrir de nouveaux auteurs, cette critique n'a quasiment plus aucune influence sur les choix des spectateurs. Dans toutes les formes d'art, le plaisir du spectateur (ou de l'auditeur) naît de la variété, et en ce qui concerne le cinéma, on peut aimer François Truffaut (qui fut un critique souvent pernicieux avant de devenir, lui, un grand cinéaste), Clint Eastwood, Woody Allen, les frères Coen, les frères Farrelly, Claude Sautet, Cédric Klapisch et bien d'autres… tout en saluant la performance de Marion Cotillard dans « La Môme » ou en se régalant devant la comédie de Dany Boon, « Bienvenue chez les Ch'tis ».
De le Taiseux
de Ceux qui marchent debout | 13H27 | 24/02/2008 |
Cher ebmiller, puisque vous êtes journaliste depuis 1982, vous pourrez sans effort expliquer ce qu'est une critique fascisante et en quoi ce qualificatif à manier avec précaution s'applique aux Inrocks.
Bon courage !
à le Taiseux
De ebmiller
Journaliste à Annecy | 11H37 | 25/02/2008 |
Quand je parle de critique fascisante, je déplore cette tendance à étiqueter une oeuvre, un auteur d'une marque infâmante, je pense à ce papier d'un journaliste des Inrocks qui avaient traité le « Amélie Poulain » de Jeunet de film pétainiste ! Cela vous paraît acceptable cher Taiseux, et pensez-vous que cela puisse être considéré comme un travail critique sérieux ?
De organe_dhonneur
15H51 | 24/02/2008 |
Et encore ce débat fumeux, permanent, pénible entre « intellos » et « peuple »…
Il y a du monde, je crois beaucoup de monde qui aime parler des films. Du cinéma. Une forme d'expression qui est à la fois beaucoup plus totale et immédiate que les autres arts (son, image, vitesse, technique) et en même temps plus difficile à saisir. Depuis toujours, la technique au cinéma vise à être invisible.
Personne n'oblige qui que ce soit à lire les critiques des inrocks, des cahiers ou de première. Encore moins à les absorber sans recul.
Or qu'il y ait une élite auto-proclamée de la critique (et quel impact a-t-elle concrètement ? ) n'empêche pas qu'on puisse y trouver une vision, une compréhension qui stimule l'expérience cinématographique. Et ce n'est pas l'existence de cette critique-là qui empêche d'autres voix de surgir.
Donc l'analyse de Alexandre me paraît tout à fait pertinente. Le contenu, c'est le magma qui peut faire rompre la croûte, la forme. Sans vision théorique, pas de nouveau discours. Il faut qu'il apparaisse et se batte avec ce qui existe.
De J.C.M.
16H50 | 24/02/2008 |
Bonjour Olivier.
Vous écrivez :
» Alors qu'une trentaine de revues spécialisées continue à exister, dans une économie parfois exsangue, seuls quatre titres conservent une relative audience : Le Monde, Libération, Télérama (et son despotique « petit bonhomme ») et le très bobobranché Les Inrocks. «
… comment ces titres ne pourraient-ils pas conserver leur audience, puisque vous ne citez qu'eux ?
Donnez-nous les titres de cette trentaine de revues spécialisées…
Merci.
Cordialement.
J.C.M.
à J.C.M.
De Olivier Alexandre
(auteur)
18H47 | 24/02/2008 |
Sans prétendre à l'exhaustivité, vous pouvez vous tourner vers les classiques (Les Cahiers et Positif), les revues spécialisées (Mad movies, Cinémaction, AnimeLand…), d'autres plus réflexives (Panic, Vertigo, Tausend Augen…), des périodiques (Zeuxis, L'écran, Eclipses…) et celles dont on attend toujours le prochain numéro : Trafic, Cinergon, Iris…
De LABELDU64
entre mer et montagne | 19H14 | 24/02/2008 |
Moi je l'ai vu avec mes gosses de 8 et 10 ans ; ils ont beaucoup aimé et je dois dire qu'il y a quelques bons moments.
Alors bien sur ce n'est pas le film du siecle mais il est fidele à la bande dessiné et on y retrouve l'ambiance.
Et au depart ce n'est qu'une BD donc le film ne pouvait pas etre un chef d'oeuvre.
à LABELDU64
De clark kent
22H01 | 24/02/2008 |
spiderman est une bd et pourtant c'est un chef d'oeuvre.
Certes les adaptations cinematographiques ne sont pas toujours des reussites (catwoman, dick tracy,..) mais bon là Asterix c'est le ponpon Il y a mieux à faire (gil jourdan, ric hochet,..) J'ai peur car apparement il y aurait en projet titeuf et les schtroumpfs 100% frenchies malgré XIII. Pendant que les americains nous pondent ironman, batman the dark knight, hellboy, et hulk… purée il y a quand meme un souci là.
à LABELDU64
De David Mohamed
Illustrateur et auteur de BD | 00H07 | 25/02/2008 |
« Et au depart ce n'est qu'une BD donc le film ne pouvait pas etre un chef d'oeuvre. »
Aaaaarg Mon coeur saigne !
De guerzit
Incomprenant majeur | 10H25 | 25/02/2008 |
Etre critique… Cé une beau métier que celui de juge supreme sans code civil. C'est une belle destinée que de croire que son avis, son expertise est bonne à prendre, interessante en soi. C'est une belle supercherie que d'ériger de grandes gueules cultivées en baromètre de la qualité artistique…
Je préférerai 5 millions d'oeuvres minable et 5 millions de créteurs ratés qu'une oeuvre magnifique d'un homme sublime… et tout cela sans l'avis indispensable des gardiens de leurs petits temples minables
De Bruno Congo
01H11 | 26/02/2008 |
Cet article n'est pas inintéressant, mais j'ai l'impression d'en lire des identiques chaque mois, depuis 10 ans (si j'étais né il y a plus longtemps, j'aurais sans doute pu dire 10, 20 ou 30 ans). La critique va mal… les spectateurs ne savent plus à quel saint se vouer… il faut changer tout ça… oui, mais comment ?
C'est quoi une « ambition théorique nouvelle » ?
Je regrette que l'auteur, Olivier Alexandre, ne soit pas plus précis sur la distinction qu'il établit entre critique « impressioniste » et « systématique ». Considère-t-il la seconde plus opérante, comme j'en ai le sentiment ?
Surtout, au delà de l'article, je suis dépité par certains commentaires, qui en disent long sur le désert intellectuel d'une partie du public, sans doute pas les derniers à se croire intellectuel.
Prenons ebmiller, par exemple. Il traite les Inrocks de fascisant parce qu'ils ont OSE dire à l'époque que le film était mauvais et développait une idéologie pétainiste. Ainsi donc, pour ebmiller, est fasciste celui qui - il faut se souvenir que les inrocks furent quasiment les seuls à critiquer amélie poulain - ne s'inscrit pas dans l'unanimisme ambient, ne bêle pas au génie avec les moutons. ebmiller aurait sans doute souhaité que SK, puisque c'est de lui qu'on parle, se taise, ou, mieux, affirme son amour sans limite pour le film de Jeunet, au lieu d'écrire son papier tout à fait justifié et argumenté (relisez-le). Drôle de définition du fascisme.
à Bruno Congo
De Olivier Alexandre
(auteur)
10H51 | 26/02/2008 |
Le débat n'est pas nouveau en effet… Le problème non plus ! L'article est aussi de circonstance : la réforme de la grille de l'audiovisuel public. Deux priorités : 1.faire exister une critique sur les médias dominants (tv et internet). De ce point de vue, que cela soit sur les chaines publiques, l'ensemble du hertzien, sans même parler de la TNT, c'est le désert. Le câble a un temps laissé espérer… Sans suite (exceptés des programmes confidentiels sur TCM ou Cinéma Frisson). Et à ma connaissance, il n'existe rien sur la toile, à la différence des pays anglo-saxons. 2. Privilégier l'analytique à l'extatique, le théorique au subjectif, ou pour reprendre les catégories de Bazin le « systématique » à « l'impressionnisme », seule façon de souligner ce qui sépare un « auteur » de cinéma d'un simple « technicien » ; et de sensibiliser les spectateurs à cette nuance. Ce travail est impératif si l'on ne veut pas voir la première catégorie disparaitre définitivement des écrans. Des gens comme Benoit Jacquot, Claire Denis, Jacques Doillon… ne parviennent plus à monter leurs films. D'autres cinémas existent, avec d'autres problématiques. Les producteurs sont de moins en moins prêts à prendre des risques, parce que les spectateurs sont de moins en moins curieux, la pierre d'achoppement de tout ce système étant télévisuelle. Certains critiques rentrent complètement dans ce jeu. Ils ne font pas le cinéma. C'est bien évident. Mais quitte à donner une impulsion, pourquoi ne viendrait-elle pas de là ?
à Olivier Alexandre
De Bardamu
difficile | 23H19 | 26/02/2008 |
Vous ne seriez pas plutôt « montage » que « plan-séquence » et « profondeur de champ », vous ?
Soupçon…