
C’est donc décidé. Alain de Pouzilhac troque la présidence de France 24 pour celle de France Monde, structure voulue par le président Nicolas Sarkozy et censée concrétiser la « recomposition » de l’audiovisuel public extérieur français. L’Elysée a annoncé son choix mercredi 20 février 2008, et proposé dans un même élan à Christine Ockrent de devenir la directrice générale de cette nouvelle société.
Depuis, on ne parle plus que de « l’affaire Ockrent ». Entendez, le malaise que suscite la nomination de l’épouse du ministre des Affaires étrangères comme numéro 2 de la nouvelle société mère de France 24, Radio France Internationale (RFI) et TV5 Monde.
Faire valoir, à moindre frais, « la vision française » de l’information
Motif affiché : Mme Ockrent est l’épouse du chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner. Avoir à la tête des médias français traitant prioritairement de l’actualité internationale la compagne du porte-voix politique de la France sur cette même scène internationale, pose indéniablement problème. Mais, focalisée sur la journaliste, la polémique escamote l’essentiel, qui est la raison d’être de France Monde : faire valoir, à moindre frais -la holding va évidemment réduire la masse salariale des trois entreprises-, « la vision française » de l’information dans un monde où domine “le point de vue anglo-saxon”.
C’est de cette très politique « vision », que découlent les nominations de Mme Ockrent et M. de Pouzilhac. A Madame, cette « grande signature », comme la qualifie M. de Pouzhilac, le rôle de caution journalistique, comme l’entendent les maîtres de notre époque. C'est-à-dire : une caution-spectacle. Il convient donc qu’elle appartienne au monde nullement représentatif des vedettes de la profession.
Elle doit donc forcément être passée par la télévision, donc bénéficier d’émoluments forcément indécents -pour 5 minutes de billet hebdomadaire, France 24 verserait 120 000 euros annuels à Mme Ockrent, selon LePoint.fr (16 janvier 2008). L’énormité des salaires a son importance : elle garantit l’appartenance à un groupe très restreint, enlève tout sens à l’exercice de la profession et aiguise, quasi mécaniquement, la fréquentation et le goût du pouvoir. Mme Ockrent est de ce point de vue un « bon produit », capable, à l’occasion, d’égarer la polémique sur la si commode voie de garage de l’offense sexiste (on cherche tout bonnement à la réduire à une « femme de »).
Journalistes « spécialistes” contre techniciens “polyvalents »
Pendant ce temps-là, le pire prend racine. Le big boss de France Monde est un publicitaire, un homme que ne choquait sûrement pas le fait d’être PDG de France 24, détenue pour moitié par TF1. Un homme, qui s’enorgueillit de diriger une chaîne regardée par des décideurs.
Quand une campagne de pub de la chaîne évoque notamment « les décideurs algériens » qui la regardent (ou s’y contemplent ? ), on s’interroge : France 24 en Algérie : combien de divisions ? Un homme, dont les propos, le 24 octobre 2007, dans le quotidien Le Monde, exposent bien les valeurs.
Rejetant l’idée d’une fusion France 24-RFI caressée par certains, M. de Pouzhilac oppose les journalistes « spécialistes” de RFI aux “polyvalents » de France 24. Spécialiste, explique-t-il, cela signifie journaliste incapable, en reportage, d’autonomie technique, voire linguistique. Bref, laisse-t-il entendre, inadaptable au monde moderne de l’information.
Tout l’inverse du journaliste type de France 24. Lui, fait-il dire au journaliste du Monde qui l’a écouté -de façon bien sage, d’ailleurs-, « maîtrise intégralement et de manière autonome l’ensemble du processus de production des contenus d’information ». Ainsi va la polyvalence, aux yeux de M. de Pouzilhac, qui cultive, à dessein, la confusions entre des critères techniques et des savoirs (régionaux ou thématiques) qui caractérisent une « spécialisation », journalistique ou autre d’ailleurs.
En d’autres termes, pour le PDG de France Monde, un journaliste n’est pas professionnellement requis pour interroger pour tenter de faire comprendre ce dont il témoigne. Il doit d’abord, sinon uniquement, surfer, le plus vite possible, sur l’écume de ce qui fait l’actualité du moment.
Propos de banal diffuseur d’informations, d’autres –à l’Elysée, à Matignon, au Quai d’Orsay ? - établissant la ligne éditoriale. Ce qui compte, c’est la fonctionnalité/rentabilité du salarié journaliste : il fabrique un produit fini, étiqueté « information », dans les formats impartis. Il le fait, bien sûr, dans des délais toujours plus courts, et, affaire là encore de simple technicité, de façon à pouvoir être aussi bien diffusé à l’écran que posté sur le Web (et plus, si affinité sonore ? ). Le directeur Internet de France 24, M.













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vous avez raison aucun journaliste n’est complètement neutre
de même si une autre personne avait été nommé nos dents auraient moins grincé pour un résultat surement semblable
enfin Christine Okrent demande que nous arrêtions de la cataloguer comme la « femme de » c’est vrai c’est injuste c’est une bonne professionnelle de l’info qui as toujours essayé d’être impartial!
seulement voila son mari est ministre , et pas n’importe quel ministre puisqu’il représente la france à l’étranger et si nous pouvons nous dire que madame Okrent essaiera d’être comme d’habitude impartial on ne peut pas demander de le penser à l’extérieur de france
hors le problème c’est que France Monde se veut la vitrine de la france et montrer dès la création qu’il y a des liens très fort entre le pouvoir Français et la direction de ce média (ça aurait été le cas de toute façon on est d’accord) et d’amblé on peut craindre de la défiance du public
de plus il y a quelques choses de plus profond dans tout cela
nous sommes de plus en plus clairement dans un système de reproduction des élites et l’ascenseur social devrait pouvoir promouvoir des gens nouveaux à des postes à responsabilitée
au lieu de cela on a le copain de…, la femme de… le fils de… hors une société qui ne permet plus qu’a une toute petite frange de la population de sortir du lot est voué à l’échec
la nomination de madame Okrent participe à ce mouvement
Brièvement, sur la façon dont Ockrent s’offusque d’être ravalée au rang de « femme de », on se contentera de lui rappeler qu’elle est bel et bien « femme de » : on lui en a déjà fait la remarque (ainsi qu’à Drucker ou Schoenberg, d’ailleurs).
Elle se heurte simplement à ce que nous craignions jusque là : la consanguinité du politique et de l’information.
A ce jour, rien de permet de supposer que si le mari de la ministre des Affaires étrangères avait reçu un tel poste, nous serions moins indignés.
(Reste en suspens, cependant, l’information selon laquelle Kouchner aurait obtenu la place pour Ockrent… On est où, là-dessus ?)
Sur les compétences d’Ockrent en tant que journaliste, ma foi, je ne peux guère juger que comme consommateur d’informations. Ele représente le consensus, et le représente avec un certain éclat. S’il n’y a aucun doute sur le fait qu’un journaliste puisse se muer en éditorialiste de talent, l’inverse n’est pas forcément vrai. Ockrent demeure essentiellement (au moins en France) une présentatrice, puis une éditorialiste : ce qui en dit long sur la conception que nous avons du métier.
Comme l’a noté PMB, dans cette perspective, c’est précisément le fait qu’elle doive s’occuper des contenus qui pose problème, un problème double : l’un dû à son statut marital, l’autre dû à sa pratique professionnelle.
Le plus inquiétant, enfin, tel qu’il m’apparaît à la lecture de l’article de Renon : le projet élyséen est-il de torpiller une fois pour toutes France 24, RFI ou TV5 ? Cette marmelade indigeste évoque au mieux une tentative de gaullo-pompidolisme à l’heure de la globalisation.
Quand on se rappelle qu’à son lancement, France 24 avait vocation à être une BBC à la française, on mesure le chemin qui reste à parcourir. Remanié par le très fameux conseiller de Sarkozy, nous obtenons en fin de cuisson un objet télévisuel très identifiable, une télévision que refuserait n’importe quelle république banaière moderne.
Alors oui, qui va la regarder ? Les décideurs ? Allons donc ! Les décideurs, si tant est que France 24 leur ait manqué jusque là, ont besoin d’une information fiable, pas d’un robinet de propagande !
Madame Ockrent serait-elle moins indépendante professionnellement , parce que mariée avec un ministre du gouvernement actuel ?Ce n’est pas un peu rapide comme déduction ?
Un contre-exemple, quand l’excellente journaliste, éditorialiste, qu’est Michèle Cotta, choisit par Hervé Bourges pour diriger Radio France en 1981 , a t’on remit en cause son professionnalisme ou sa liberté d’expression ?L’a t’on accusé d’avoir des relations coercitives avec le gouvernement de l’époque ? Michel Cotta femme classée à gauche choisit par un homme l’étant tout autant sous une présidence l’étant également , à t’elle fait pour autant du journalisme militant ? Personnellement je ne le pense pas, mais ce n’est que mon avis…
Alors, je jugerai sur « pièce » le travail de Madame Ockrent avant de lui jeter la pierre et de l’accuser de mille mots .Quand à Alain de Pouzilhac , ne le connaissant pas je lui laisse l’exercice du doute et en france , je pensais que toute personne avait le droit à la présomption d’innocence ?! Alors là aussi avant de l’accuser et de le juger sur ce qui n’est que des présuppositions je lui laisserai un peu de temps !
Tout a été dit ou presque sur France Monde, pouzilhac ex Havas, Ockrent la compagne du Ministre et Sarko avec sa passion du contrôle présidentiel sur les médias.
Tout cela est bien réel, mais je suis surpris qu’on ne parle pas de la forme: Une holding! L’interêt de la formule et de permettre la mise en place du démentélement du service public audio visuel.
Je m’explique, dans un premier temps la création de la Holding puis très rapidement l’appel à une augmentation du Capital, pour financer les projets. Pour pas effrayer, l’état restera majoritaire
dans un premier temps puis laissera le pouvoir au partenaire privée dans un deuxième temps ( Lagardère par exemple qui sait très bien faire ça!) ensuite la vente par appartement pourra se poursuivre avec France 3. Je prends le pari que Largardère directement ou indirectement sera ce partenaire avant la grande opération qui est en train de se monter : Le rachat de TF1 par Lagardère, qui rachétera les parts de Bouygues, Lagardère lachant le Monde pour Bolloré et Bouygues achetant Aréva et Safran, la boucle est bouclée, circulez y a plus rien à voir!
Cela résout le Pb du financement après la suppression de la pub. Simple non?
Eh oui, ce serait si beau si notre gouvernement pensait un peu plus à coopérer… En plus, il pourrait de ce fait faire des économies : si on demandait par ex. à un Belge ou un Djiboutien payé par son pays d’être à la tête d’un Centre Culturel Français (à rebaptiser, dans ce cas), ça ferait de la diversité, du personnel (il en manque toujours) et des économies. Quant aux pays coopérants, ils seraient aussi contents car cela leur ferait une vitrine.
Mais la coopération et l’ouverture, ainsi que les stratégies cohérentes POUR LA FRANCOPHONIE ne semblent malheureusement pas à l’ordre du jour :
en parallèle à ce rapprochement avec RFI, les antennes de diffusion de cette radio sont peu à peu fermées dans les pays non francophones. Même s’il y a une audiance conséquente et fidèle, ex. : Moscou et St Pétersbourg, fermées au 1er janvier 2008 SANS QUE PERSONNE N’AI ETE PREVENU. Aucun Russe ni même Français n’avait été averti. Les fermetures en catimini se poursuivent…
Bientôt la liquidation de ces rédactions de spécialistes (voir les diffusions partielles dans des langues locales etc.) ?
Nous assistons donc en prime à un recentrement vers les anciens pays colonisés. Vu les équipes de direction, ils ont de quoi être effrayés…
Les discours parlent de diversité de la Francophonie et de diffusion du français, nous assistons dans la pratique au torpillage d’un réseau efficace (mais il est toujours plus aisé de détruire que de construire). Nos gouverneurs semblent ignorer qu’à l’heure actuelle, si nous voulons encore voir vivre la « Francophonie », il est fondamental de centrer aussi nos efforts vers les pays non francophones, autour de l’apprentissage du français comme 2e ou 3e langue étrangère.
Je m’arrête là, je n’ai même plus envie de lire, cela me désespère…
Tout cela prouve encore, je vous l’accorde, que la France, ou plutôt, celui qui la dirige, fait cavalier seul. Dommage pour nous, on va se retrouver tous seuls et on l’aura bien cherché.