L'edito

Comment l'UMP tente de faire passer Sarkozy pour une victime

Nicolas Sarkozy se serait récemment plaint du peu d'empressement à le défendre au sein du gouvernement et de l'UMP, face aux attaques croissantes dont il fait l'objet. Message reçu cinq sur cinq : c'est désormais une déferlante de déclarations toutes plus fracassantes les unes que les autres, comme pour être bien certains d'être entendus… d'abord du Président !

La porte parole de l'UMP, Nadine Morano, a ainsi repris à son compte lundi le mot de Rama Yade à propos des journalistes -« charognards“-, et y a ajouté celui de ‘revanchards’, à propos des signataires de l”appel de Marianne contre la monarchie élective. Lundi aussi, le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, parlait à ce propos d'initiative “grandiloquente et pathétique”. Le Premier ministre, François Fillon, avait donné le signal, la semaine dernière, en dénonçant la “chasse au Président” ; Aussitôt suivi, dans la même veine, par une extravagante comparaison de Roger Karoutchi, le secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, avec les années 30 et un “fascisme rampant”.

A quoi doit-on cet emballement ? Il s'agit assurément d'une contre offensive concertée, dans la forme et sur le fond, pour reprendre l'initiative après une longue série de mauvaises nouvelles, et des sondages calamiteux pour le Président. Et surtout à trois semaines d »élections municipales auxquelles les candidats de la majorité se rendaient avec l'étendard en berne. Or rien de tel que de vigoureuses joutes verbales pour requinquer le moral des troupes.

Le discours des ministres a une faille majeure : il fait apparaître Nicolas Sarkozy comme une victime, qui serait la cible de basses attaques alors qu'il s'occupe jour et nuit du sort de la France. Ce serait sans doute audible pour une partie des Français si le président de la République avait retrouvé la sérénité dans l'exercice de sa fonction. Mais en déclenchant de nouvelles tempêtes inutiles comme dans l'affaire des enfants victimes de la Shoah, Nicolas Sarkozy remet au coeur du débat son propre style de gouvernement, le sentiment d'improvisation qui prévaut dans l'opinion.

Employer dès lors des mots agressifs pour contre-attaquer ne change rien : Nicolas Sarkozy ne regagnera pas la confiance de l'opinion par de telles tactiques. Ni sans doute par la surmédiatisation d'une opération de police comme celle qui s'est déroulée à Villiers-le-Bel.

Certes, il y avait de quoi être surpris par l'alignement des signatures au bas de l'appel publié par Marianne, de Dominique de Villepin à Noël Mamère en passant par François Bayrou et Ségolène Royal, une étrange coalition dont le seul dénominateur commun est l'hostilité à la personne de Nicolas Sarkozy. Mais ce dernier porte une sérieuse responsabilité dans le fait que le débat s'est déplacé des réformes à sa manière de gouverner. Du fond à la forme.

Il serait peut-être temps que les uns, et les autres, reviennent aux problèmes de fond.

Pierre Haski

► Edito diffusé mardi 19 février sur Europe1. Retrouvez l'édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.

4 commentaires sélectionnés

Portrait de François Doutriaux

De François Doutriaux

Juriste et enseignant chercheur | 09H32 | 19/02/2008 | Permalien

votre conclusion soulève un probléme intéressant : le « style sarkozy » a des conséquences pratiques…

- lois « émotionnelles » passées sous la pression de microévénements surmédiatisés, sans réflexion ni projection à court ou moyen terme, voire sans nécessité autre que de satisfaire aux exigences d'une démagogie électotaliste (lois obsessionnelles sur la récidive par exemple).

- incohérence des politiques menées (ex : fonder sa politique économique sur les heures supplémentaires puis mettre en place le rachat des RTTs (ce qui est contradictoire) avant de viser la suppression de la durée légale du travail (ce qui supprimerait la notion même d'heures supplémentaires)).

- dégradation extrêmement rapide de l'image de la France à l'étranger (il suffit de lire la presse étrangère, de droite comme de gauche, ou d'analyser les rapports entre nicolas Sarkozy et les grands leaders européens).

- Obsession de l'état de l'opinion public, et donc des sondages (dont résulte la multiplication des annonces non préparées : 1,2 milliard de coût pour l'annonce « anticipée » de la cession partielle d'EDF, usine de Grandange, mémoire de la shoah, félicitations à Poutine, etc…).

- Instrumentalisation de la vie privée (un président dont on nous jurait la main sur le coeur que le retour de l'épouse peu avant le démarrage de la campagne n'était pas une manoeuvre politique : divorcé six mois aprés l'élection, remarié deux mois plus tard avec une jeune femme, objet promotionnel pour vente de voiture qui pose nue sur les murs italiens entre deux comparaisons de la presse française et des collabos. Son ex-épouse remariée prochainement avec celui-là même pour lequel elle avait quitté le candidat. Tout cela donne une image trés singulière de la France, en interne comme à l'étrager, et illustre surtout la manipulation dont les français ont fait l'objet pendant la campagne).

- réforme « canada dry » (ça ressemble à une réforme, ça a le goût d'une reforme, mais ça n'est pas - faute de substance - une réforme : loi sur le service minimum dans les transports, réforme des universités, etc..).

- Clientélisme (10 milliards au bas mot de cadeaux fiscaux (paquet fiscal I, prélévement forfaitaire pour la fiscalité des actions, avance sur augmentation pour le troisième âge à un mois des municipales, etc…), soit +25% du déficit public annuel).

- Fait du prince (la pathétique affaire du scooter concernant son fils, le blocage de la parution du livre ruptures de Portelli pendant la campagne, les interdictions de publication, la poursuite en justice du nouvel obs, etc…)

Tout cela est-il vraiment une question de forme ?

Il est permis d'en douter : dans un régime « monarchisé » (rappellons à Nicolas Sarkozy, qui ne connait pas la définition du terme « Monarchie » au regard de sa réponse à la pertinente question du patron de libé, qu'il vient du grec « monos » (seul) et « archein » (commander) soit le « pouvoir d'un seul », et non un « pouvoir héréditaire »), tout part du souverain et tout retourne au souverain.

Le « style Sarkozy » est à mon sens, dans un pays où le parlement a été transformé en chambre d'enregistrement, le rôle du gouvernement réduit à de la simple figuration et les contrepouvoirs traditionnel partiellement muselés, une véritable question de fond…

Portrait de Lairderien

De Lairderien

10H18 | 19/02/2008 | Permalien

Entièrement d'accord avec votre analyse M. Doutriaux, l e''style' » sarkozy est bien une question de fond.

La forme et le fond se confondent si bien que rien ne peut plus être séparé.

Par ailleurs pour s'occuper du fond, encore faut'il avoir la possibilité de le faire.

Tout le monde critique l'opposition, mais je rappelle que la majorité détient tous les pouvoirs nationaux :
parlement super godillot, conseil constitutionnel, médias (quel temps de parole pour l'opposition qui elle au moins n'est pas totalement muselée par une ligne officielle de type stalinienne comme à l'UMP ou c'est le président toujours vrai chef du parti qui donne le ton ? ? ? )

Enfin quand un seul homme, monopolise la parole avec une connerie par jour, comment peut on encore s'occuper du fond ? ? ?

Il ne reste bien que la forme, fondamentale, qu'il faut changer pour enfin pouvoir s'occuper un peu plus sereinement du fond.

Lairderien

Portrait de Un compte supprime

De Homere

nc | 11H45 | 19/02/2008 | Permalien

Des charoganrds, mais de quelle chraogne parle-t-on ?
Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux :
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Le ventre en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s'épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l'herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D'où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Portrait de Unstern

De Unstern

12H26 | 19/02/2008 | Permalien

Bien vu, mais pourquoi ne pas citer le nom de l'auteur ?

Aux dernières nouvelles, il s'agirait d'un certain Charles Baudelaire…

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