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Castro s'en va : la « défidélisation » de Cuba attendra encore un peu

Raul Castro (à dr.) et le ministre cubain de l'Information (Reuters).

C'est une vidéo qui alimentait toutes les conversations à La Havane ces derniers jours, dans l'attente de l'annonce, finalement faite mardi par Fidel Castro, qu'il ne se représentera pas à la présidence de Cuba la semaine prochaine. Images symboliques d'un monde qui s'achève, et des questions qui se posent sur l'avenir de cette révolution tropicale aussi fatiguée que l'homme qui l'a si longtemps incarnée.

Sur ces images, visibles ici en espagnol, diffusées par la BBC, un groupe d'étudiants pose des questions directes et difficiles à Ricardo Alarcon, président du parlement cubain. L'un demande :

« Pourquoi le peuple cubain n'a-t-il pas la possibilité d'aller dans des hôtels pour touristes ou de voyager à l'étranger ? “

Coup de com” du pouvoir ou réelle grogne estudiantine ?

Un autre dénonce la double monnaie, celle des Cubains et celle qu'utilisent les étrangers. Le suivant demande pourquoi le gouvernement met des restrictions sur les e-mails et le chat sur Internet. Question d'un autre :

“J'ai regardé les photos et biographies de tous les délégués et députés et je me suis dit : qui sont-ils ? Je ne les connais pas, c'est quoi cette histoire de ‘vote uni’ ? ‘

A La Havane, chacun se demande pourquoi ces images circulent : mise en scène pour attester d'un vaste dialogue initié par le pouvoir intérimaire’ de Raul Castro ? Ou réelle grogne de la jeunesse contre un pouvoir vieillissant, à défaut d'être finisssant.

Ces questions se posent évidemment avec plus d'acuité encore au moment où Fidel Castro, déjà absent du centre de la scène mais toujours omniprésent comme ombre tutélaire depuis le début de sa maladie il y a un an et demi, annonce qu'il tire vraiment (vraiment ? ) sa révérence en ne se représentant pas à l'élection présidentielle du 24 février. Il n'a pas indiqué s'il quittait également la fonction, plus importante en réalité, de Premier secrétaire d'un Parti communiste cubain (PCC) qui n'a pas réuni son Congrès depuis… onze ans ! Vers un lifting de la direction du PCC ?

Quoi qu'il en soit, à 81 ans, après 49 années de pouvoir sans partage, Fidel Castro atteint de toutes les manières le bout du chemin. Il a certes passé le relais à son frère Raul, 76 ans, mais on ignore encore si c'est lui qui sera élu dimanche à la tête de l'Etat. Il est tout à fait possible que la direction du Parti tente une opération de rajeunissement en choisissant, par exemple, l'actuel vice-président, Carlos Lage, médecin de 56 ans.

Comment survivre à un personnage aussi massif, aussi omniprésent, aussi ‘historique’ que ‘Fidel’ ? C'est toute la question que se posent non seulement les dirigeants communistes cubains, mais l'ensemble de la population de l'île, ainsi que l'immense diaspora, basée aux Etats-Unis ou ailleurs.

S'en sortir à la chinoise

Au sommet de l'Etat et du Parti, une théorie a les faveurs des caciques du pouvoir : une évolution ‘à la chinoise’, c'est-à-dire une ouverture économique progressive mais réelle après la disparition du ‘Grand Timonier’ version cubaine, pour mieux conserver le monopole du pouvoir politique. Tel Deng Xiaoping qui, dès son pouvoir consolidé après la mort de Mao Zedong en 1976, a pu lancer sa politique de ‘réforme et ouverture’, le (ou les) successeur de Fidel Castro donnerait le signal de la libéralisation de l'économie sans rien lâcher du pouvoir. ‘Enrichissez-vous’, avait dit Deng Xiaoping aux Chinois : les Cubains n'attendent que cela.

Pari audacieux, car le contexte est évidemment différent de celui de la Chine, ne serait-ce qu'avec la proximité des Etats-Unis qui feront tout pour provoquer un changement de régime sur l'île, et de l'existence d'une diaspora cubaine riche et revancharde là où la diaspora chinoise avait accepté le nouveau contrat social de Deng. L'argent de Miami ne viendra pas consolider le pouvoir du PCC…

A plusieurs reprises, depuis la fin de l'URSS et de son aide précieuse à l'économie cubaine, le pouvoir a tenté des réformes économiques, lâchant du lest un jour pour mieux le reprendre le lendemain.

L'économie privée n'a jamais pu réellement se développer car l'environnement légal et politique était trop fluctuant. Seul le secteur touristique, bâti dans des enclaves interdites aux Cubains (d'où la question de l'étudiant) a prospéré, ainsi que quelques poches d'activité, là encore alimentées par les étrangers ou par la diaspora cubaine qui envoie des subsides à la famille. Dont une jeune Cubaine aux vêtements de marque, alors qu'elle ne gagne dans son travail de secrétaire que l'équivalent de 3 dollars par mois, reconnait l'importance :

‘Quand mon oncle est parti pour la Floride, nous l'avons couvert d'injures, aujourd'hui nous le bénissons.’

Parti mais encore en vie, Fidel Castro continuera à pèser sur la vie politique cubaine. Mais sa disparition totale risque fort d'ouvrir grand les vannes de la parole et de la frustration d'une jeunesse qui perçoit le décalage formidable entre un discours révolutionnaire héroïque et une réalité médiocre et banale.

La ‘défidélisation’ attendra sans doute un peu, mais nul ne peut douter qu'elle arrivera un jour. Et il faudra plus qu'un chef charismatique pour permettre à ce régime sclérosé de se régénérer et de retrouver une base sociale et politique. Même si, de toute évidence, l'hypothèse d'une alternance ‘made in Miami’ n'est pas non plus de nature à séduire les jeunes Cubains. Cuba entre dans une période de grande incertitude.

4 commentaires sélectionnés

Portrait de Ponponbesogne

De Ponponbesogne

Plus on est de fous, moins il y a d... | 18H38 | 19/02/2008 | Permalien

Pour la vidéo diffusée, je me suis laissé entendre qu'elle est le fruit d'un contentieux entre le président du Parlement et Raul Castro : tentative de décridibilisation ?
Sinon, que souhaiter au peuple cubain ? Peut-être une ouverture économique à la chinoise… Mais avant cela espérons que l'ouverture économique en Chine permettent aux chinois l'arrivée d'une autre forme de liberté…
En attendant, les temps risquent d'être encore durs pour les cubains, cernés par une classe politique bien accrochée à son pouvoir.

Portrait de JEANJOUET

De JEANJOUET

22H12 | 19/02/2008 | Permalien

bonjour,
reaction depuis l Ukraine. Je me rends tous les matin au travail sous l oeil bienveillant de Vladimir Illitch qui sur son piedestal guide le peuple vers les lendemains qui auraient du chanter.
Quand on dit ici qu il y a ailleurs des gens qui font la promotion du communisme, les gens oscillent entre le film d humour ou le film d horreur.
Il n est que de se promener dans les rues, de voir en face la pauvrete, et s arreter juste un instant et reflechir : oui cette doctrine la a echoue, a echoue pour garantir aux gens le minimum, un niveau de vie correct, un cadre de vie acceptable.
Et les dirigeants qui se refugiaient dans le discours pour justifier avouaient deja leur echec. A ce jeu la, nous savons tous que le leader maximo battait tous les records.\ Plus long le discours, plus grande la supercherie.
Que vite on laisse vraiment au peuple Cubain les moyens de prendre en main son destin. Les conditions sont simples, simplissimes : presse libres, syndicats libres, partis libres, associations libres, … et tout ca sans avant garde eclairee. Pour eclairer, il n y a qu a laisser passer la lumiere, en ouvrant les portes, les fenetres, et en laissant la libre parole a tous, y compris aux feles.
Quand on lit que Cuba pourrait evoluer a la Chinoise, on peut craindre le pire…
Allez, je me mets un CD de buena vista social club
en priant au soleil a venir sur Cuba !

Portrait de jnspqd

De jnspqd

22H17 | 19/02/2008 | Permalien

Fille d'un fils « d'indiano », nom donné dans le nord de l'Espagne à ceux d'entre eux partis fin du XIX siècle et ayant fait fortune dans n'importe quel pays des Amériques tout en conservant le statut d'espagnol, je peux temoigner de comment la famille de mon père s'est « sauvée courageusement » de Cuba en emportant les « pesos/dolares » mais en laissant « ses propriétés » dès l'arrivée de Fidel Castro.

Quelques années avant cela, mon père avait quitté l'île avec l'opposition de sa famille et s'était installé à Madrid, il ne supportait plus l'oligarchie amorale et immorale du régime de Batista.

Mon père est mort jeune, mais je me rappelle des récits qu'il nous faisait de son enfance « dorée » où l'on offrait à chacun de ses frères et à lui même, petits, un « compagnon de jeux », en fait, un enfant noir à leur service mais dès qu'ils rentraient dans l'adolescence, on leur interdisait toute familiarité et l'on renvoyait sans état d'âme le jeune noir. Il nous racontait comment vivaient les riches, les voitures américanes et toute la débauche de la consommation importée des Etats Unis en échange de la main mise de ce gouvernement sur les richesses de l'île ; et comment vivaient les pauvres, en général les noirs et mulâtres, sans école et pieds nus…

Je suis allé visiter Cuba il y a trois ans. J'ai visité La Habane et vu de l'extérieur ce qui fut la maison de mon père, aujourd'hui site d'une embassade étrangère.
J'ai visité des écoles et vu des enfants, tous scolarisés, souriants et bien dans leur peau. J'ai parcouru des quartiers aux façades délabrées et rentrée dans des maisons à l'intérieur très propre et mobilier certainement non remplacé depuis des dizaines d'années.
Je me suis invitée dans ces maisons et parlé avec des cubains dans leur intimité, ce sont des gens lucides, cultivés et impatients de ce que les choses changent, mais ce que j'ai recontré surtout c'est une résistance à l'idée du retour du « gringo » et des charognards qui attendent de l'autre côté, en Florida, pour venir « reprendre » ce qu'ils considérent après presque 50 ans « leurs propriétés » Ils craignent la revanche et l'avidité de toute cette meute qui va se jeter sur eux dès que le Comandante en Jefe Supremo (c'est ainsi qu'ils le nomment, et je n'ai pas vu l'ombre d'une moquerie) baissera la garde.
J'ai également visite à l'intérieur les restes des raffineries de sucre, converties en musées parce que grace à l'embargo des « voisins » ils ne disposent d'aucun moyen pour réparer les dégâts occasionnés par les ouragans et les tempêtes.
Enfin, sans vouloir faire du lyrisme, lorsque j'ai quitté Cuba je me la suis imaginée comme la Carthage ou la Numance des temps modernes, qui est en train et sera completement détruite par l'avidité et l'orgueil de l'Empire. C'est ce sentiment de résistance que j'ai constaté chez tous les cubains qui m'a amenée, sans doute, à cette pensée.

Je n'oublierais jamais l'erreur de Fidel Castro de ne pas avoir su imaginer la transition politique il y a déjà beaucoup d'années, mais je ne pardonnerais jamais aux Etats Unis et aux multinationales l'abus de pouvoir qu'ils ont commis et le mensonge dans lequel ils ont entretenu le peuple américain. Sans cet embargo, nous ne saurons jamais ce qu'il aurait pu advenir de la révolution cubaine.

Malgré tes erreurs, je te salue Fidel !

Portrait de LeGardian

De LeGardian

indépendant | 00H15 | 20/02/2008 | Permalien

A mon sens, Cuba est un peu le « Gaza américain », et Fidel le symbole de l'unité et de l'identité, comme l'était Arafat. C'est seulement après sa mort que le jeu de la division et de l'exacerbation des tensions pourra vraiment se développer, le tout planifié patiemment et alimenté par les US qui argumenteront de grands mots (droits de l'homme, démocratie, sécurité, terrorisme, …) .
La marge est étroite quand on regarde l'état social dans les pays caraïbes voisins et « pro“-us (Haïti, Jamaïque, Porto-rico,…)
des émeutes ‘spontanées’ peuvent faire écrouler le tourisme et la ‘poussante’ économie s'en ressentira.
Presque comme en 60, Raoul à peu de temps et peut être intérêt à rechercher des partenaires ‘forts’ comme la chine et/ou l'Urss en sus de Chavez pour peser un peu sur la balance.
Elle est où, Danielle Miterrand ?

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