
Le jury mené par Costa-Gavras a déjoué les pronostics. C'est le controversé « Tropa de Elite », du Brésilien José Pahilha qui a raflé l'Ours d'Or. « There Will be Blood », grand favori, est tout de même reparti avec deux statuettes.
| LE PALMARÈS | |
| Ours d'or | Tropa de elite de José Padilha |
| Grand prix du jury | Standard Operating Procedure de Errol Morris |
| Meilleur réalisateur | Paul Thomas Anderson pour « There will be blood » |
| Prix d'interprétation féminine |
Sally Hawkins dans « Happy go lucky » de Mike Leigh |
| Prix d'interprétation masculine | Reza Najie dans « Avaze Gonjeshk-ha » (« The song of Sparrows ») de Majid Majidi |
| Meilleure musique de film | Jonny Greenwood pour « There Will be Blood » de Paul Thomas Anderson |
| Meilleur scénario | Wiang Xiaoshuai pour « Zuo You » (« In Love we Trust ») |
| Meilleure oeuvre innovante | Lake Tahoe » de Fernando Eimbcke |
Qu'un jury de festival prenne le contre-pied du choix des critiques et journalistes est fréquent. Celui de Costa-Gavras a déjoué tous les pronostics, du moins pour l'Ours d'or. « Tropa de Elite », le premier film de fiction du Brésilien José Padilha avait soulevé malaise et controverse. L'esthétique clipée, tonitruante, la bande son assourdissante y habillent violemment un éclairage sur l'élite des policiers intervenant sans mesure dans les favelas brésiliennes pour combattre les trafiquants de drogue.
Au Brésil, le film est devenu un véritable phénomène populaire. A Berlin, il a semé le trouble. Pendant la projection presse, la moitié des journalistes avait quitté la salle, et certains critiques avaient reproché au réalisateur de faire l'apologie de la méthode forte -le magazine Variety y voit même une dérive « fasciste ».
« Ce qu'on y voit se passe vraiment au Brésil, c'est un fait. »
« J'ai voulu expliquer comment l'Etat corrompt les policiers ou les incite à la violence », s'est défendu José Padilha hier soir après la cérémonie. « Ce qu'on y voit se passe vraiment au Brésil, c'est triste, mais c'est un fait. »
Est-il si étonnant que le jury mené par Costa-Gavras à qui l'on doit des films comme « Missing », « Z » ou « Amen », ait fait le choix d'un film très politique, dans une compétition officielle (21 films au total) tristement habitée par des drames intimistes.
José Padilha lui a d'ailleurs rendu un hommage appuyé : « Costa-Gavras est un héros pour tous en Amérique latine, pour tous les films qu'il a faits. » Dans la même logique, « Standard Operating Procedure », enquête sur les sévices commis par l'armée américaine à la prison irakienne d'Abou Ghraïb, est reparti avec le prix du jury. C'était le premier documentaire jamais présenté en compétition à Berlin.
Aucune récompense pour les films français en compétition
Quant au petit chouchou de cette édition, « There Will be Blood », de Paul Thomas Anderson, il a du se contenter du prix de la mise en scène et de la musique (composée par Jonny Greenwood, le guitariste de Radiohead).
Daniel Day Lewis, déjà en lice pour l'Oscar du meillleur acteur, n'a pas non plus eu droit au prix d'interprétation masculine, qui est allé à l'acteur iranien Reza Najie pour son rôle de père dans le beau conte poétique et réaliste « The Song of Sparrows » de Majid Majidi.
Sans surprise, le jury a couronné la pétillante Britannique Sally Hawkins, 31 ans, pour son rôle d'une extravagante Londonienne célibataire dans la jolie comédie « Happy-Go-Lucky » de Mike Leigh.
Aucun des films français présenté en compétition n'a reçu de récompense. Erick Zonca n'a pas convaincu avec son « Julia » tourné aux Etats-Unis. Malgré de bons ingrédients de départ, le film s'embourbe trop vite dans les méandres d'un scénario frôlant parfois le ridicule.
Robert Guédiguian semble clairement en manque d'inspiration pour son très noir « Lady Jane », polar sans énergie où sa petite troupe marseillaise semble mal vivre la crise de la soixantaine.
En marge du palmarès officiel, le premier film de Philippe Claudel « Il y a longtemps que je t'aime » est tout de même reparti avec le prix des lecteurs du Berliner MorgenPost et le prix du jury international oecuménique.
Des stars, mais une sélection morose
Ce palmarès controversé vient clôturer une compétition jugée morose, ennuyeuse et sans audace par la presse internationale. « Pour employer une formulation généreuse, la compétition est très moyenne, excepté “There Will be Blood”, tranchait dès mardi le Tagesspiegel. “Encore une fois, le comité de sélection a mis l'accent sur de beaux sujets, sans toujours prêter l'attention nécessaire aux qualités esthétiques et narratives”, accusait le quotidien berlinois.
Dieter Kosslick, directeur artistique du festival, semble avoir dépensé plus dénergie à assurer l'aura médiatique de son festival, avec la venue de Madonna, Patti Smith ou les Rolling Stones, qu'à se poser la question de la pertinence de sa sélection.
► Lire aussi : tous les articles de Rue89 sur la Berlinale 2008





















33
(Pour réagir, connectez-vous)
De Dominique MAMERE
Professeur d'Histoire-Géographie) (... | 12H41 | 17/02/2008 |
Pour ceux qui ont aimé Tropa de Elite, je leur recommande aussi « Ônibus 174 ». C'est encore plus dur.
De riverain désinscrit
12H47 | 17/02/2008 |
un peu dommage que des journalistes quittent la salle en se contentant de « dénoncer » ce qu'ils croient être une apologie de la violence…
pour S. Pichon : « Missing » et « Porté disparu » de Costa, c'est le même film (VO ou VF)
à riverain désinscrit
De Yann Guégan
Rue89 | 14H32 | 17/02/2008 |
Bien vu. C'est rectifié.
De paradoxe
14H01 | 17/02/2008 |
pour avoir visionné ce film au Brésil, je peux dire que c'est vraiment dommage qu'il reçoive un prix international, qui va conforter une certaine bourgeoisie brésilienne contre les favelas et les méchants pauvres qu'il faut combatre
La morale à la fin est très claire, les policiers sont des gentils qui deviennent méchants à cause du trafic, de plus il est normal qu'ils torturent et agissent comme les criminels
bref, la loi ne sert à rien, quant aux droits de l'homme n'en parlons même pas
Un autre film brésilien « L'année ou mes parents sont partis en vacances », qui parle du temps de la dictature en 1970, n'as même pas été selectionné et pourtant c'est un film plein de poésie qui au contraire de Tropa de elite défend les droits de l'homme, quelle que soit sa condition sociale
à paradoxe
De riverain désinscrit
15H34 | 17/02/2008 |
Je n'ai pas encore vu ce film je ne peux donc pas répondre sur ce que vous en pensez.
Le Brésil ne parvient pas à se débarasser du souvenir des régimes autoritaires (relation de domination entre état / classe privilégiée et peuple)
Le contrôle de la violence et du crime présente une double difficulté :
a) le contrôle de la violence de la société civile,
b) le contrôle des forces répressives de l'Etat.
Les « pauvres » qui n'ont aucune confiance dans leur police et leur justice (corruption et justice de classe) préfèrent règler seuls leurs différends.
J'ai passé quelques temps en 2000 du côté de Recife et dans les favelas qui entourent la ville. Il y avait à l'époque de l'ordre de 45 morts violentes par semaine, et les policiers étaient tout heureux d'exhiber leur Taurus ou leur fusil d'assaut en pleine rue…
La morale que vous décrivez s'apparente à celles que l'on trouve dans la majorité des films étatsuniens… l'état brésilien a été bon élève.
doit-on prendre ce film au premier degré ou au contraire le voir comme une dénonciation ? Quand je l'aurai vu je jugerai…
De moondancer
15H31 | 17/02/2008 |
A mon avis, Tropa de Elite n'est pas un film avec un message univoque, encore moins un message « crypto-fasciste ». TdE n'est absolument pas un film qui met sur le seul dos des « pauvres » la responsabilité du commerce de la drogue (Paradoxe a-t-il vraiment vu et compris les dialogues du film ? ). Au risque de radoter, je pense que ce film est bien plus dense que ne le disent ses détracteurs (peut-on d'ailleurs sérieusement critiquer un film quand on ne l'a pas vu en intégralité ? ) et qu'il laisse au spectateur pas mal de liberté d'interprétation.
à moondancer
De paradoxe
15H41 | 17/02/2008 |
je suis brésilienne et ce film m'a été montré par des amis bourgeois de Sao Paulo en novembre, comme une « preuve “ s'il en fallait une, que la dictature et sa violence étaient indispensables pour contrer la lutte contre la drogue et la violence dans les favelas
il suffit d'ailleurs de voir comment sont montrés les étudiants qui se dévouent au sein de la favela dans le film…comme des pauvres utopistes qui n'ont rien compris au problème
je précise que j'ai vu ce film en vo, puisque le portugais est ma langue maternelle
De simondamien
15H56 | 17/02/2008 |
J'ai moi aussi vu le film au Bresil, ou je vis depuis 1 an et demi. Comme Moondancer, je pense que le message du film est plus complexe que ce qu'on peut lire dans les critiques.
En ce qui concerne la corruption de la police, le film est tres proche de la realite (collusion avec les trafiquants, tournee de fin de journee pour recuperer la « remuneration » de la protection accordee aux commerçants…)
Je ne comprends pas la remarque de Paradoxe (« La morale à la fin est très claire, les policiers sont des gentils qui deviennent méchants à cause du trafic … »). Ce n'est pas ce que j'ai retenu du film, et je ne pense pas que ce soit le message que le realisateur voulait faire passer.
Le film insiste plus sur la complexite du trafic du drogue, notamment l'implication des classes moyennes et des « social elites » - qui ont beau jeu de denoncer la violence et la corruption de la police mais finalement s'en accomodent parfaitement (et en profitent au quotidien, puisque cette corruption leur assure une forme d'impunite vis a vis de la loi).
Ce qu'on peut reprocher au film, c'est de montrer - de nouveau - le visage le plus violent du Bresil. On pourrait egalement regretter que le film ne cherche pas plus a comprendre l'origine de cette violence, de ces desequilibres. Mais on ne peut pas dire de ce film qu'il fait l'apologie de la violence ou qu'il justifie les methodes du BOPE …
à simondamien
De Dominique MAMERE
Professeur d'Histoire-Géographie) (... | 16H48 | 17/02/2008 |
Entièrement d'accord. On voit bien le paradoxe des fils à papa qui financent le crime en se fournissant en drogue dans les favelas. C'est le genre à critiquer et à se plaindre des favelas, des politiques corrompus, en famille, mais ce sont les premiers à financer la pègre en achetant de la drogue. Playboyzinhos de merda !
à simondamien
De Manoplas
en los madriles | 22H01 | 17/02/2008 |
A voir sur le sujet : Noticias de uma guerra particular, ou encore Falcão, Meninos do trafico.
Le premier traite de ces tropas de elite, et des relations avec les trafiquants, la corruption du pouvoir politique, l'abandon d'une population condamnée à rester sur les morros ou juste descendre faire le ménage dans les maisons ultra protégées de la bourgeoisie de Rio.
Le deuxième traite de Rio, et a été réalisé par un musicien de hip hop nommé MVBill, ancien trafiquant repenti sur l'utilisation des enfants dès leur plus jeune âge dans le système du narcotrafic.
L'avantage de ces deux documentaires est de montrer plusieurs face au problème, même si je n'irais pas jusqu'à parler d'objectivité.
De paradoxe
16H07 | 17/02/2008 |
simondamien pour en avoir débattu longuement sur place avec la bourgeoisie locale, je persiste et signe que le message qui a été vehiculé et compris par les « paulistas » en tout cas, c'est qu'il faut laisser les policiers agir comme ils veulent(ben oui, ils s'accomodent, ça les arrange ! ) et surtout pas penser aux respects des individus, ce ne sont que des pauvres et des drogués en plus !
Qu'en Europe ce film soit consideré comme un documentaire de la realité brésilienne actuelle je le conçois
Reste, que pour les classes dirigeantes et riches du pays, donner un prix européen et renomé à un film pareil est une incitation à continuer ce type de politique
Lula se bat actuellement dans le pays pour faire changer les choses et c'est deja assez difficile comme ça
Aujourd'hui les écoles, la vie dans les favelas, est financé par le trafic de drogue , je ne pense pas que ce soit une répression policière qui fera changer cela, mais une vrai politique sociale qui viendra se mettre en place
à paradoxe
De toots
void | 02H24 | 18/02/2008 |
« simondamien pour en avoir débattu longuement sur place avec la bourgeoisie locale, je persiste et signe que le message qui a été vehiculé et compris par les “paulistas” en tout cas, c'est qu'il faut laisser les policiers agir comme ils veulent(ben oui, ils s'accomodent, ça les arrange ! ) et surtout pas penser aux respects des individus, ce ne sont que des pauvres et des drogués en plus ! »
Cela me fait penser à Montiesqueu écrivant à propos de l'esclavage, qui était si ironique que même les esclavagistes le prenait pour un texte sérieux..
Serait-ce le cas ici ?
à toots
De paradoxe
10H20 | 18/02/2008 |
Des spots actuellement à la telé au Brésil, ou un grand acteur de « novela » demande justement des bénevoles pour aider à ouvrir des écoles et alphabetiser les gamins des favelas……..ce film montre les fils de bourgeois bénevoles comme des utopistes, qui ne vont dans les favelas que pour mieux acheter leur drogue
Ce n'est qu'en passant par l'éducation de ces gamins,en leur donnant la possibilité de s'en sortir, qu'on arretera ce puissant trafic qui nourri des familles entières, tout ça est loin d'etre explicité dans tropa de elite
ce film est une critique de la politique sociale de Lula,et un message pour un retour aux forces armées et à une police toute puissante, comme du temps de la dictature
Alors oui, le message n'est peut etre pas clair, mais c'est peut etre voulu ?
De simondamien
16H43 | 17/02/2008 |
Paradoxe, vivant a SP, je sais que les paulistanos comprennent / justifient la violence de la police. Mais je n'ai pas dit que j'etais d'accord avec ça - j'ai juste dit que, selon moi, le message du film ne porte pas uniquement sur la violence de la police, mais egalement sur la complaisance des elites
Je suis aussi d'accord quand tu dis que le fond du probleme est dans la politique sociale du pays - a ce niveau la, je ne sais pas si Lula est le meilleur exemple vu la corruption generalisee dans ses gouvernements successifs.
Enfin, quand on sait que les attaques du PCC en 2006 ont ete dirigees depuis une prison, ou que les trafiquants de Rio ont fait brule 50 personnes dans un bus sur la Linha Vermelha a Noel 2006, on peut parfois comprendre la tentation pour la police - et pour les citoyens - de justifier la violence policiere.
De paradoxe
17H17 | 17/02/2008 |
Le héros de ce film est un flic qui torture, et non la violence policière ne se justifie pas…la preuve, ça ne marche pas que je sache et c'est de pire en pire non ?
Pendant les années de dictature, la violence policière bien que n'atteignant pas celle d'autres pays d'amérique latine a été quand même pas vraiment dans la lignée des droits de l'homme
Aujourd'hui au Brésil, l'élite hurle au loup parce qu'ils doivent payer des impots pour financer en particulier la « bolsa familia », qui est donné à chaque famille par enfant scolarisé….c'est comme ça qu'on va lutter contre le PCC, pas en mettant en avant une police d'élite, violente, qui a tous les droits
Ce film m'a été montré par l'élite de Sao Paulo, qui ne se sentait nullement attaquée, mais qui au contraire m'expliquait que ce n'est que des gens comme ces flics la qui pourraient arreter le trafic et le PCC….on a vu ce que ça a donné en Colombie
Quant aux playboisinhos, ce qui m'a été dit c'est qu'il fallait pas qu'ils s'impliquent dans l'aide des favelas et que les ONG ça servait à rien…faut laisser faire les flics ! mort aux pauvres et aux traficants ! ! (sauf les bonnes ein ? faut quand meme pas déconner)
Que la corruption existe au Brésil, c'est malheureusement exact et on ne changera pas la donne en deux minutes…c'est toute une culture et une éducation sur des longues années à changer
Reste , que comparé aux anciens gouvernements, Lula est ce qu'il y a de mieux pour que le pays avance enfin,mais ce n'est que mon avis
N'as tu pas remarqué, qu'on parle beaucoup plus de corruption maintenant qu'avant ? Ben oui, avant ça existait, ça arrangeait tout le monde et…on en parlait pas ; -)
Je trouve, par ailleurs curieux que ce film, très bien realisé par ailleurs, ai beneficié d'autant de moyens et de pub
à paradoxe
De unagi
Fatalitas | 21H16 | 19/02/2008 |
bah non, ce n'est pas curieux, le film est excellent, la « condamnation » sans appel » ;
De machinchose
18H43 | 17/02/2008 |
je n'ai pas vu le film mais je rappellerais pour mémoire que « starship troopers » de Verhoeven a été pris au premier degrès (film fasciste clair) par de très nombreuses critiques américaine. (alors même qu'il est clairement la dénonciation d'une dérive fascisante et abrutissante)
Idem pour le très sombre « fight club » qui décrit une organisation quasi-fasciste et deshumanisante mise en place par les héros du film. Pris au premier degré il est limite.
Dans les deux cas le coté primaire de la narration serve précisemment comme une picure de rappel glaçante au risque assumé de conforter les abrutis dans leur position.
Du coup je me demande si les « bourgeois » qui brandissent le film ne seraient pas passé à coté de son coté dénonciateur tant ils sont aveugles eux même plus leur dérive.
à machinchose
De paradoxe
10H38 | 18/02/2008 |
l'ennui c'est que ce sont eux qui tiennent les renes du pays, et qu'un prix européen ne peut que les confirmer dans leurs sentiments
à paradoxe
De unagi
Fatalitas | 21H18 | 19/02/2008 |
alors autant censurer, vous avez raison
De Miliciano
08H00 | 18/02/2008 |
Je sais pas si c'etait l'intention de l'auteur du film. Mais le film a l'air de cautioner les agissements de cette police d'elite. je ne pense que ce montre le film est le probleme, mais ce que ne montre pas le film. C'est a dire le point de vue de ce qui vive dans les favelas, et je pense c'est pourquoi ce filme pose un reel problem. Et aussi important, c'est le fait qu'il critique seulement jeune petite bourgeoisie qui consomme de la drogue, et non la grande bourgeoisie qui est la cause de cette inegalite et donc du traffique de drogue et de la violente repression policiere.
à Miliciano
De unagi
Fatalitas | 23H38 | 18/02/2008 |
je viens tout juste de voire « tropa de elite », une chose m'a surprise c'est l'empathie qui s'installe envers le capitaine.
Je comprend et je perçois la polémique suscitée et je la perçois et ne la comprend pas. J'imagine un documentaire sur cette unité ou sur sur n'importe quelle troupe d'élite en situation de combat. Ou peut être le contrepoint dans cette situation. Et pourtant à mon sens il est présent tout le long du film par la révolte du propre corps du capitaine et c'est cette résistance interne et cette autodestruction qui pointent la fracture entre l'engagement, l'esprit de corps et le mensonge dans la structure même des mp et leur rôle et au delà, la société brésilienne. je suis gré au réalisateur de ne pas borner son scénario par un regard en contre ou un discours plus politisé.
Je suis terrifié par ce que j'ai vu, fasciné aussi. La complexité interroge mais toutes les réponses se dévoilent en filigranes, elles sont ténues, ébranlent.
Costa gavras a été parfait.
à Miliciano
De unagi
Fatalitas | 21H13 | 19/02/2008 |
avez vous vu le film ?
De Eljorge
13H33 | 18/02/2008 |
« Le film “ Troupe d'élite ” a créé une polémique. Ancré dans une stratégie de marketing magnifiée de désordre, qui a cohabité avec la reproduction “ illégale ” de millions de copies avant même que le film ne sorte en salles, il a fini par jouer un rôle qui se démarque dans la réflexion sur un aspect paradigmatique de la réalité brésilienne contemporaine : la violence dans les périphéries des grandes agglomérations urbaines. Rien que cela serait déjà une bonne nouvelle. Mais le film est bon dans sa dimension esthétique, et suggestif dans sa dimension éthique. En ne présentant pas d'issue, le film révèle une vision nihiliste qui, pour autant, ne peut pas être identifiée comme une perspective réactionnaire. C'est la logique qui engendre la société qui a besoin de la police du Bope, qui est violente et autoritaire. Il n'y a pas de gloire à exploser la tête d'un bandit avec un 12 mm, mais une conscience assumée de la nécessité de sa fonction pour le bon ordre de la société, qui ne comprend pas mais connaît les rouages. L'ordre, ici, c'est le chaos. »
Tel est le début d'une analyse menée par João Ferrer et traduite ici :
http://www.autresbresils.net/spip.php ? article1311
Dans ce texte, l'auteur va dans le sens d'un film plus complexe que la lecture « fascisante » qui peut en être faite. Il dit que le film ne montre pas d'issue au cycle violence/corruption/pauvreté que connaissent certaines favelas du Brésil. Mais il pense que ce film pousse à la réflexion.
Moi je pense qu'une question importante qui est posée par ce film est : comment ce film est-il perçu ? Et là, on connait les réponses : ça dépend par qui ! C'est le problème de l'interprétation des films et autres discours artistiques ou non. Le réalisateur ne maîtrise pas l'interprétation qui peut être faite.
Aussi, je comprends que certains réagissent mal. Mais je me dis que le jury de Berlin, et Costa Gavras en particulier, ont voulu plébisciter un film qui non seulement est techniquement très très bien fait (on aime ou pas, c'est une autre question) mais pousse aussi à la réflexion.
a+
Jorge
De moondancer
13H55 | 18/02/2008 |
Merci El Jorge de nous apporter ce texte de ce M. Ferrer et permet de commencer à élever le débat.
De carioca
Proffesseur Universitaire | 15H01 | 18/02/2008 |
Je ne suis pas cineaste mais membre de la « classe moyenne -haute » de Rio et j´habitte un quartier moins violent (mais, comme touts les autres, entourré de favelas) depuis 47 ans.
Le film n´est pas un simple documentaire mais un portrait trés precis de la realité de Rio.
Qu´on n´aime pas voir cette violence exposée doit expliquer pour quoi la pluspart même des citoyens ferment les yeux ou minimisent les consequences. Les chifres qu´on a ici sont comparables a ceux des conflits comme la Palestine, l´Iraq et l´Afeganistan mais on ne peut pas penser a ça et vivre une vie normale dans une ville si belle et si interessante comme Rio. Le film viens exposer cette realité et aussi avertir au consomateurs des petites quantitées de drogue des touts les soirs chez des amis, aux nightclubs, ….., qu´ils sont une partie importante de cette chaîne de violence.
Ceux qui se sont pris aux aspects artistiques ou ont même inventé des tendences facistes ( ? ? ? ? ? ) dans l´histoire, n´ont aucune idée du contraste cotidien de Rio ou viennent ici seulment pour visiter les favelas comme des touristes.
Ce n´est peut être pas une realité unique au monde mais un standart emergent des grandes villes, au moins dans les pays ou la justice, le pouvoir publique et l´education ne sont pas faits pour touts.
PS-Excusez mois pour le mauvais français.
De paradoxe
15H04 | 18/02/2008 |
et voila ce qu'on lit sur ce lien
» »« Pour cette raison, “ Troupe d'Élite ” n'est pas un film réaliste. Il est le récit d'une interprétation. D'ailleurs, il ne prétend pas l'être, même s'il parle de “ portrait de la réalité ” dans sa publicité. » » »
on parle de portrait de la réalité dans la pub, on diffuse des millions d'exemplaires avant meme sa sortie en salle,mais c'est pas réaliste et il faut pas s'en inquièter, t'as raison moondancer, on va élever le débat ; -)
Ceci dit, je suis tout à fait d'accord avec ce que dit El Jorge ,intervention très pertinente, après il faut savoir si un film doit être jugé de par sa qualité artistique et par le message qu'il passe à une certaine élite qui sait ce que c'est le nihilisme,et qui n'est certainement pas la majorité de la population, particulièrement en Amérique Latine
De Chad
02H48 | 19/02/2008 |
Je n'ai pas vu le film mais d'après les commentaires il semblerait que pour lutter contre les trafiquants, un policier utilise la manière forte.
Je pense, comme Paradoxe, que la violence policière ne se justifie jamais. Et les bandits, trafiquants, pédophiles et autres sont bien utiles pour justifier la répression qui s'applique ensuite aux marginaux, opposants, manifestants, etc…
C'est peut-être un peu hors-sujet mais je ne peux m'empêcher de penser à ce qui se passe chez nous avec les lois de plus en plus répressives qui ont été votées ces dernières années (loi contre les récidivistes éventuels, par exemple).
Se méfier, donc, de la banalisation de la répression : la police n'a pas tous les droits.
De compte supprimé 23.01.09
17H48 | 19/02/2008 |
J'ai vu le film avec des sous-titres anglais , et au premier degré , c'est nettement une apologie de la violence policière
http://img249.imageshack.us/my.php ? image=69077407hv4.png
Le livre dont est tiré ce film a été très controversé à sa sortie parce que le BOPE y est décrit comme « une véritable machine à tuer » et c'est je pense ce que le réalisateur voulait montrer ; mais il y a peut-être trop bien réussi …
à compte supprimé 23.01.09
De moondancer
19H44 | 19/02/2008 |
Le réalisateur a trop réussi à montrer que le BOPE est « une véritable machine à tuer » et le film est apologétique ?
à moondancer
De compte supprimé 23.01.09
23H44 | 19/02/2008 |
Non , je pense que le réalisateur voulait certainement dénoncer les agissements du BOPE . Mais si les policiers sont « des assassins de l'ordre », de l'autre bord , chez les trafiquants de drogue des favelas , un mec qui réussit à être encore en vie à 20 ans , a déjà tué une demi-douzaine de personnes . Alors … bof
Je comparerais l'impression que m'a laissé ce film (toute proportion gardée bien sûr) a des évènements récents en France ; le cirque énorme, disproportionné des policiers à Villiers-le-Bel et en même temps la satisfaction de voir que les voyous ont été appréhendés