TRIBUNE

Afghanistan : le rôle ambivalent de l'Union européenne

J'ai eu la chance de pouvoir discuter avec Michael Semple, samedi soir, lors d'une mini conférence sur le rôle de l'UE en Afghanistan. Semple, un géant dublinois à la barbe taille méga, a passé les vingt dernières de sa vie entre Kaboul et Islamabad, travaillant successivement pour Oxfam, l'ONU et pour finir avec le Haut Représentant de la PESC (UE) en charge du processus de paix en Afghanistan. Semple est plus connu pour avoir fait la une des journaux en décembre dernier lorsqu'il a été expulsé d'Afghanistan avec Mervin Patterson de l'ONU qui, par un curieux hasard, est né à Belfast. Hamid Karzaï ayant accusé les deux hommes de négocier avec des talibans liés à Al-Qaeda

Semple avait pourtant un mandat clair de l'UE : celui d'être un « go between » pour tenter de convaincre les chefs tribaux d'abandonner la lutte contre les forces de l'OTAN et de se rallier au gouvernement de Karzaï. Semple était aussi en charge de négocier la libération d'otages occidentaux. Bref, tout le monde savait que ce genre de mission implique de discuter discrètement avec l'ennemi.

Négocier tout en faisant la guerre ?

Est-ce qu'il voit une contradiction dans le fait que d'un côté presque tous les États membres de l'UE font partie de l »ISAF (la force internationale pour l'Afghanistan) dont le but est d'atomiser les talibans, et que de l'autre ces mêmes États membres autorisent quelqu'un comme lui à parler directement avec les talibans ? Absolument pas me répondit Semple : il existe une grand cohérence dans l'action de l'UE. Presque tous les États membres sont impliqués au sein de l'ISAF et tous les États membres sont convaincus qu'une action militaire est inutile sans un processus de réconciliation. Pourtant convaincu de la légitimité de l'action de l'ISAF en Afghanistan, il est resté très évasif sur la capacité de l'ISAF à gagner la guerre contre les talibans.

Sur son expulsion, Semple s'est fait aussi peu disert. Avait-il le soutien direct du gouvernement de Karzaï ? Oui, répond le diplomate dans une interview parue samedi avec Henry McDonald, correspondant du Guardian à Belfast (1). Et Semple rajoute que ces négociations n'ont jamais inclus des talibans liés à Al-Qaeda. Il affirme ainsi que son expulsion a été « créée de toute pièce » par un leader politique local. L'Irlandais semble garder la confiance de l'UE puisqu'elle continue de l'employer. Il reste tout de même de grandes questions : jusqu'à quel point peut-on négocier avec des personnes avec lesquelles on est en guerre ? Jusqu'à quel point peut-on prendre des initiatives sans avoir l'assentiment total du gouvernement afghan.

(1) Henry a réussit à inverser les rôles entre Michael et Mervin.

► En partenariat avec le blog Le Croche-Pied »

4 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de parousnik

De parousnik

14H00 | 17/02/2008 | Permalien

N'y a t-il pas dans ce pays une résistance légitime que la propagande occidental nomme Talibans et terroristes ? N'y a t-il pas dans ce pays des milliers gens non Talibans qui ne sont pas d'accord avec ce gouvernement installé par les occupants « style Vichy » et qui collabore au lieu de les combattre et les virer les occupants ?

Portrait de riverain désinscrit

De riverain désinscrit

15H55 | 17/02/2008 | Permalien

Je doute que M. Semple soit naïf car, en vingt ans passés dans la région, il a forcément compris que les alliances ou rapports de force, se nouent et se dénouent à un rythme élevé.
Il ne peut donc être étonné d'une expulsion qui a pu être demandée par un petit chef de guerre local dont le gouvernement central a besoin (même temporairement).
Quant à l'UE, il serait dangereux (et risible) de penser qu'elle défend sur place un intérêt commun à tous les pays qui la composent. Là, pour le coup, ce serait de la naïveté.

Portrait de C. Creseveur

De C. Creseveur

D'actualité | 16H23 | 18/02/2008 | Permalien

Je m'excuse d'être un peu brutal, mais on se contrefout de l'expulsion de ce Mr Semple, et de son rôle bidon dans une guerre impossible.
La vraie question c'est plutôt que faisons nous militairement là-bas ?
L'Europe a t'elle un sens quand elle se réduit au rôle de supplétif au sein de l'Otan, qui n'est que la meute de caniche des américains ?

Portrait de mlrocap

De mlrocap

22H47 | 18/02/2008 | Permalien

J'en ai marre des réactions caricaturales de mecs qui savent que critiquer, voir des caniches des Américains partout et un projet européen nulle part. D'accord, la conclusion de l'article est idiote : j'aimerais bien savoir ce qu'on peut légitimement faire d'autre en Afghanistan qu'aider le gouvernement qu'on y soutien à affirmer son autorité, et donc éviter de la miner d'une main en prétendant la conforter de l'autre. Mais les trois commentaires ci-dessus sont vraiment affligeants :

A Parousnik : quelle est ta solution pour que les milliers de gens non talibans puissent décider du gouvernement qu'ils veulent soutenir ou pas ? La mienne, c'est la démocratie et les droits de l'homme, et si l'intervention de la communauté internationale peut y contribuer, je juge qu'elle est la bienvenue. Notre départ d'Afghanistan laisserait la place aux seigneurs de la guerre et aux talibans, qui ne demanderaient leur avis à la populations ni les uns ni les autres.

A Alan Smithee : j'ai du mal à voir ce qui serait dangereux et risible dans l'idée que l'Europe défendrait un intérêt commun. Ton idée, c'est quoi : qu'il n'y a pas d'intérêt européen (en l'occurrence, on en a pourtant un paquet, des plus grandiloquents - la démocratie, les droits de l'homme, la crédibilité de la communauté internationale - aux plus concrets - l'opium, la lutte contre le jihadisme terrorisme, la stabilité du Pakistan) ? Ou que l'Europe est incapable de les défendre : l'Europe y parvient parfois, ici et ailleurs (en Afrique), pour le meilleur (la CPI) et pour le pire (les subventions agricoles à l'OMC).

A C. Creveseur : le sens de l'Europe, ce serait précisément d'avoir une vraie politique extérieure, qui ne serait pas uniquement mue par des impératifs et des structures militaires. L'Europe a sa place en Afghanistan, parce que celle qu'elle laisserait vacante serait immédiatement occupée par l'Otan, précisément, et que l'intervention internationale dans ce pays se meurt d'être uniquement commandée et orientée par des types qui ne savent que mener des combats et éradiquer brutalement l'opium (et le reste en passant, parce que la logique dominante, c'est pas de détail).

Voilà, maintenant, je sais pourquoi je laisse jamais de commentaires sur ces sites : la complexité, c'est difficile à faire passer, et trop long pour résister à l'instantannéité et au zapping du web 2.0. Mais au moins, maintenant, je me sens un peu mieux.

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