Pendant huit mois, la RMIste a échangé avec le Haut commissaire. Un dialogue haut en couleur publié dans un livre.

Attention, cette fille est blonde. "Tendance cruche", allons-y franchement. Elle le dit beaucoup, éclate de rire, encore une pirouette. Elle le dit un peu trop pour qu’on la croie. Quand le rire s’estompe, revient un regard perçant, mais un peu inquiet quand-même.
Les rendez-vous avec les journalistes, ce n’est pas son monde à elle, qui vit à Lamballe dans les Côtes d’Armor et qui galère depuis une grosse décennie. Ça la rend sarcastique, mais elle s’y prête quand même, parce qu’elle y croit : elle publie cette semaine avec Martin Hirsch "La Chômarde et le Haut commissaire", un livre tiré de sa correspondance avec l’ancien président d’Emmaüs entré au gouvernement.
Gwenn Rosière a 33 ans et "pas d’enfants, heureusement". Elle dit qu’elle travaille "officiellement depuis l’âge de 19 ans", mais qu’elle a commencé bien plus tôt. Elle n’a pas le bac, soutient un peu plus le regard quand elle le dit. Elle a toujours fait des petits boulots, "un peu de tout" sauf de la restauration.
Depuis le mois d’octobre, elle a un contrat aidé de six mois comme blanchisseuse dans un atelier de repassage. Six mois au milieu du "chômage chronique", cela fait longtemps qu’elle n’avait pas connu ça :
"Maintenant, on ne peut plus enchaîner aussi facilement CDD et petits contrats. L’intérim est devenu de plus en plus précaire. Avant, six mois en intérim, c’était six mois. Maintenant, six mois en intérim, c’est un contrat qui est renouvelé toutes les semaines et qui peut s’arrêter à tout moment."
Actuellement, elle touche 751,84 euros par mois. Longtemps, ce fut 380 euros : le RMI. C’est parce qu’elle était allocataire qu’elle a été contactée par Martin Hirsch, le Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté. Plus précisément, par son antenne locale dans les Côtes d’Armor, au départ : le département conviant les allocataires à une consultation sur le Revenu de solidarité active(RSA).
Gwenn Rosière envoie un mot d’excuse : elle travaille dans le cadre d’un petit contrat au moment où tombe la réunion locale. Pourtant, l’idée de donner son avis l’intéresse, et elle écrit ce qu’elle en pense sous forme d’un "Petit guide du chômard". Un texte bien ficelé, assez long, et plutôt dépourvu de pathos, même si elle en arrive à dire des choses comme :
"Etre RMIste signifie au maximum 50% d’énergie à sauver la face, conserver sa dignité d’être humain et tenir debout."
Précise et percutante, elle décrit aussi le quotidien après quatorze ans de galère, des transports au compte bancaire en passant par le rôle de l’entourage. Lorsque Gwenn Rosière écrit ces mots, nous sommes en juin 2007. Quelques jours plus tard, l’agence locale trouve son courrier intéressant, et le transmet à Martin Hirsch. Le 21 juin, Hirsch adresse une carte à Gwenn Rosière :
"J’espère que vous continuerez à nous éclairer de vos conseils et que cela servira à celles et ceux qui subissent ces difficultés."

La RMIste prend le Haut commissaire au mot et décide de lui répondre. Au passage, "ébahie" de trouver sa lettre dans sa boîte, elle en profite pour chercher sur Internet qui est ce Martin Hirsch dont elle n’a pas entendu parler. Elle se renseigne et se prend au jeu. Nouveau courrier :
"Pardon de ma franchise, mais je n’ai pas de baguette magique, et je ne vois guère ce que je pourrais éclairer du fond de mon gouffre."
Forte en gueule dans la vie, elle en profite par écrit pour suggérer au haut-commissaire de se frotter un peu au coût de la vie :
"Je pousserai ici l’insolence en vous demandant de vous prêter à un petit exercice. Chaque jour, notez avec précision chaque dépense que vous générez."
Martin Hirsch lui répond, le dialogue est enclenché. Six lettres en tout sur le seul mois de juin, des caricatures d’elle, et encore d’autres courriers pas toujours tendres à partir du mois de juillet. La dernière lettre date du mois de décembre 2007. Elle est signée "Votre dent dure, Gwenn".
Entre temps, des dizaines de lettres mais aussi de mails et une proposition du Haut commissaire : publier leur correspondance telle quelle. Elle ne comprend pas sur le champ qu’elle sera la seule interlocutrice, pense d’abord que plusieurs RMIstes ont été sollicités : "Quand je vous disais que j’étais bien blonde ? "
Mais l’échange se poursuit et l’idée du livre progresse, promue par le journaliste Jean-Michel Helvig, qui aide à le structurer. Huit mois plus tard, la blonde au franc parler, qui griffe le "parisianisme" et le mépris des politiques pour la vie des gens, n’en revient toujours pas : ils ont réussi à s’apprivoiser. Sans se rencontrer, même, puisque c’est seulement cette semaine, "une demi-heure avant le début de la première conférence de presse pour le livre", que leur éditeur présente Gwenn et celui qu’elle appelle "Martin".
Pour Martin Hirsch, issu du secteur associatif mais choisi par Nicolas Sarkozy pour son gouvernement d’ouverture, ce livre n’est sans doute pas dénué d’un bénéfice politique. Et pour elle "juste une petite lambda", comme elle dit ?
"Je ne le sais pas encore. Je ne sais même pas s’il faut que je demande quelque chose à Martin. Par contre, ce que je sais, c’est que je vais en prendre plein la gueule quand je vais retrouver mon fer à repasser, après les jours de congé que j’ai pris pour la promo du livre."
► La Chômarde et le Haut commissaire de Martin Hirsch et Gwenn Rosière (avec Jean-Michel Helvig) - Oh éditions - 250p., 14,90€.










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J’ai la faiblesse de croire à la sincérité de M.Hirsch autant qu’à son ambition immense. Je pense que depuis le début il ronge son frein devant les ignominies à répétition de ce gouvernement. Mais il est beaucoup plus intelligent que son petit Président. Il tient à ses idées sur l’exclusion et se dit que le peu qu’il pourra faire dans ce sens sera toujours ça de pris pour les plus démunis et accessoirement pour sa propre aura. Il saura quitter le navire à temps avant le grand naufrage annoncé, au besoin avec une petite action d’éclat, histoire de se refaire une jolie virginité avant de rejoindre le camp qu’il n’aurait jamais dû quitter.
Joli coup de jarnaque quand même.
Il y a plusieurs dispositions majeures sur le RMI et les minima sociaux qui ont été prises avec l’aval et la collaboration active de Martin Hirsch ces derniers mois
- le décret sur le train de vie des allocataires de minima sociaux: concrètement ce décret va permettre de prendre en compte, pour l’octroi du RMI, les possessions de chacun. Par exemple un cadre en fin de droits chômage pourra se voir opposer sa maison ou sa bagneule et être contraint de tout vendre pour accéder à un revenu de subsistance et à la CMU.
-le RSA: faire financer par la solidarité nationale la précarité imposée par les employeurs, en compensant les temps partiels, les salaires de misère par un complément allocation. Le RSA prévoit aussi l’augmentation des contrôles et les pressions pour accepter un emploi non choisi et fait l’impasse sur l’insertion sociale.
Il y a eu aussi cette disposition inique qui conditionne l’allocation de parent isolé à une procédure judiciaire pour percevoir une pension alimentaire. Cette disposition met des femmes qui subissent des pressions terribles de la part de leur ex conjoint en danger, et surtout elle met la charrue avant les boeufs ce qui en jette des milliers dans une précarité accrue, dans la nécessité d’entamer mille démarches alors qu’elles n’ont rien pour nourrir leur gosse.
Pas vu grand chose dans les médias, à part le soutien plus ou moins réfléchi à la soi disant lutte contre la fraude. Ainsi le rapport sur la question de la CNAF vient de sortir: à peine 30 millions d’euros récupérés sur 60 milliards de prestations. Pas un journaliste pour commenter le fait que le cout de la lutte contre la « fraude ( et oui, le contrôle c’est des logiciels, des moyens humains) est forcément supérieur aux sommes récupérées.Pas un journaliste pour faire du terrain, sinon ils auraient pu constater par exemple que le manque de personnel à la CAF du Val d’Oise a fait que certaines antennes ont fermé pendant un mois, que des retards de versement du RMI de plusieurs semaines ont eu lieu.
Non, on préfère prendre l’os jeté par le gouvernement pour justifier ses politiques. Dans la grande Star AC des assistés, on a eu successivement
- la fainéasse qui vit dans le lucre , Thierry F, chômeur heureux à l’allocation de solidarité spécifique, et cette grotesque mise en scène avec lunettes noires et voix masquée
- Laurence Pinault Valenciennes, milliardaire au RMI, pour justifier le contrôle accru ( qu’elle le garde son RMi et qu’elle nous rende le reste, on gagnera à l’échange )
- et maintenant Gwen la chômarde, dont la vie correspond effectivement à celle d’une partie des Rmistes mais avec un happy end dégoulinant. Gwen la chômarde, qui finit, oh miracle avec sa dent dure par approuver le RSA.
Nicolas Sarkozy a ses dialogues avec les parents d’enfants victimes de la pédophilie pour justifier sa politique répressive, on conseille à Brice Hortefeux un dialogue avec un sans papiers: au début il y aurait ses refus de titre de séjour, quelques lettres envoyées du centre de rétention et pour finir joliment, un courrier envoyé avec émotion qui détaillerait les beaux cadeaux à la famille faits avec l’aide au retour.
Et si les journalistes faisaient leur boulot et allaient chercher les Rmistes partout en France, et notamment sous les tentes et dans les cabanes en bord de périph, ou dans les boites qui proposent des ménages à bas pris pour les gens fortunés ?
J’ai parcouru quelques commentaires. Certains se demandent ce que deviennent les droits d’auteurs de ce livre, comment il sont répartis et si Gwenn Rosière s’est faite arnaquer.
Ce livre comporte 3 auteurs : Gwenn Rosière, Jean-Michel Helvig et Martin hirsch. les droits sont partagés un tiers, un tiers, un tiers. En ce qui me concerne, je ne touche pas le tiers qui me revient mais je le reverse intégralement car j’estime que je n’ai pas à gagner d’argent sur les livres. C’est ce que j’ai fait pour le manifeste contre la pauvreté, pour la pauvreté en Héritage et pour le code des droits contre l’exclusion. pour ce livre, les droits d’auteur auxquels je renonce seront partagés entre des personnes en difficulté financière et des associations.
Gwenn ne s’est donc pas fait arnaquer. elle est traitée comme un auteur à part entière, ce qui est la moindre des choses et je ne touche pas d’argent ce qui est naturel. Vous pouvez donc, sans scrupule et sans sans crainte d’enrichir une mauvaise cause, se procurer le livre. Cela vous permettra d’apprécier ou non la sincérité de la démarche et son intérêt.
Ce livre a été fait avec deux objectifs: on me dit souvent que le rsa, c’est compliqué, là nous essayons de le faire comprendre le plus simplement possible pour mettre le plus de chances du côté du RSA, afin d’aller jusqu’au bout d’une réforme qui doit aider les allocataires de minima sociaux et les travailleurs pauvres. Le deuxième objectif est de contribuer au « changement de regard » sur les rmistes et les chômeurs. Sur ce point, le livre parle de lui-même
martin hirsch