
Trois ans après l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, la détermination d’une partie des Libanais à obtenir justice ne faiblit pas. C’est ce qu’a réaffirmé avec fermeté mardi soir, à l’Institut du monde arabe, à Paris, Choucri Sader, un magistrat libanais, membre de la délégation libanaise qui négocie avec les Nations unies la mise sur pied du Tribunal spécial international pour juger les assassins de Rafic Hariri.
Au cours de son intervention lors d’une soirée organisée par le Courant du futur, le mouvement de l’ancien premier ministre, Choucri Sader a souligné que l’identité des juges libanais qui siégeraient avec leurs collègues étrangers au sein de la Cour internationale à La Haye ne pouvait être rendue publique, "pour des raisons de sécurité" évidentes après la vague d’attentats au Liban. Mais il a souligné, sous les applaudissements, qu’il y avait des juges au Liban qui n’accepteraient pas d’être intimidés :
Le magistrat, haut fonctionnaire au ministère de la justice libanais, a également souligné que l’impasse institutionnelle au Liban -il n’y a pas de Président depuis l’expiration, il y a bientôt trois mois, du mandat d’Emile Lahoud- n’empêcherait pas le Tribunal de voir le jour le 10 juin.
La résolution 1757 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée le 30 mai 2007, a contourné cet obstacle prévisible en plaçant sous le "chapitre VII" de la Charte de l’ONU -c’est-à-dire prévoyant le recours à la force- toutes les clauses concernant la participation des autorités libanaises à la mise en oeuvre du Tribunal.
Ainsi, selon ce magistrat, l’inventivité juridique permet de contourner l’absence de vote du parlement ou de président :
Le Tribunal spécial continue donc son chemin, malgré la montée des périls au Liban même -malgré, aussi, l’hostilité de la Syrie d’Assad, qui fait office d’accusé numéro un… même si nul ne sait jusqu’où iront les accusations dans le procès à venir.
Un bâtiment lui a été attribué dans la banlieue de La Haye, le budget vient d’être bouclé grâce à des contributions saoudiennes et d’Etats du Golfe, et il comptera quatre juges libanais et six juges étrangers (pas d’Israéliens ou d’autres pays arabes que le Liban, a précisé Choucri Sader).
D’ici juin, l’enquête internationale, aujourd’hui dirigée par le juge canadien Daniel Bellemare après le magistrat allemand Detlev Mehlis et le juge belge Serge Brammertz, devra également avoir abouti. Daniel Bellemare deviendra alors le procureur du Tribunal international.
Joumblatt : "Vous voulez la guerre ? Elle sera la bienvenue"
Mais parallèlement à cette construction juridique, la situation politique ne cesse de se détériorer au Liban même, au point que certains parlent ouvertement de climat de guerre civile larvée.
Alors que l’élection d’un nouveau président de la république vient d’être reportée pour la quatorzième fois, des incidents ont opposé les membres des factions rivales. Et le ton monte : "Vous voulez le désordre ? Il sera le bienvenu. Vous voulez la guerre ? Elle sera la bienvenue", a menacé dimanche le leader druze Walid Joumblatt, en direction du Hezbollah chiite.
Mardi soir à l’Institut du monde arabe, Omar El Nahour, un haut responsable du ministère de la Justice libanais, a tenu à conclure son intervention par une citation de Blaise Pascal :
"La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force ; et pour cela faire que ce qui est juste soit fort, ou que ce qui est fort soit juste."
Un idéal qui sera difficile à tenir dans le contexte d’un Liban confronté à sa plus grave crise interne depuis la fin de la guerre civile, en 1990.
L’assassinat, mardi à Damas, d’un membre important du Hezbollah libanais, Imad Moughnieh, recherché par Interpol pour sa participation à de très nombreux attentats dans les années 80 au Liban, a fait monter la tension un peu plus à la veille de cet anniversaire. Son corps a été ramené mercredi à Beyrouth qui redoute une journée chaude jeudi.
► Mise à jour, 13/02/2008, avec la nouvelle de l’assassinat d’Imad Moughnieh.










En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.
Oh, comme j’aimerai aussi qu’un tribunal s’occupe de la mort des 1300 civils libanais tués par les Israéliens pendant la dernière guerre du Liban.
bravo SB68 tout est fait expres l’attentat est signé cia et mossaad afin d’occuper le liban libanais réveillez vous !satan est parmi vous
Vous croyez vraiment ce que vous écrivez, que l’attentat contre Rafic Hariri est dû à la CIA et au Mossad?… Vous savez bien que ce n’est pas crédible.
Avec le désir explicite et affirmé de l’administration Bush de « redessiner la carte du Moyen Orient » et depuis qu’ils ont ajouté la liste de l’Iran et de la Syrie à l’axe du mal.. Leur insistance à pointer les Syriens comme les grands responsables de tous les attentats qui ont eu lieu au Liban me paraît des plus suspectes..
Les Français avaient plus de clairvoyance lors de l’invasion de l’Iraq..
Il est vrai qu’un de leur leitmotif lors de l’opposition à l’invasion était qu’il existait d’autres moyens plus subtils d’arriver aux mêmes fins (à savoir la domination du Moyen Orient par les occidentaux et le contrôle de la manne pétrolière).
Dans le même ordre d’idée, le Hezbollah est présenté uniquement comme une organisation terroriste à la solde de l’Iran, mais en réalité le Hezbollah c’est bien plus que cela..
Les occidentaux sont soit-disant en train d’apporter la démocratie au Moyen Orient, mais alors, il faut qu’ils me disent pourquoi ils boycottent le Hamas qui a été démocratiquement élu ? et pourquoi ils ne soutiennent pas le Hezbollah et les Shiites du Liban qui représentent une majorité démographiquement, mais qui sont sous-représentés au niveau politique.
A noter aussi que depuis le début de la crise politique (qui remonte plusieurs mois avant la fin du mandat politique d’Emile Lahoud), les dirigeants du Hezbollah n’ont manifesté leur force que pacifiquement et qu’ils ont réussit à désamorcer toutes les situations qui auraient risqué de dégénérer en guerre civile..
En revanche, comment expliquer les récentes déclarations belliqueuses du Courant pour le Futur et de Walid Joumblatt ? Est-ce que c’est parce qu’ils espèrent qu’après avoir déclenché/provoqué des hostilités l’UNAFIL viendra à leur secours grâce à une extension du mandat de l’ONU ? Qui est-ce qui a intérêt à pousser à une déstabilisation au Liban ? Car évidemment après les provocations verbales du Courant pour le futur et l’assassinat de leur militant, le Hezbollah a répondu sur le même ton (quoique toujours sans laisser dégénérer le grand rassemblement qui a eu lieu pour ses funérailles).
Une fois de plus, les puissances occidentales sont en train de fausser le jeu politique au Liban et je m’étonne qu’un site de gauche ne se montre pas plus critique face aux médias ordinaires.
Les rapports entre les ex-puissances coloniales et leurs colonies, ce n’est pas seulement « nous défenseurs des droits de l’homme et de la démocratie on va aider ces pauvres opprimés par des régimes à tendances totalitaires » Le prétexte de la démocratie a servi à trop de crime, y compris à l’invasion et à la destruction de l’Iraq par les Etats-Unis. La gauche ne devrait pas se laisser tenter par le discours neoconservateur.
Bonne nouvelle
un tribunal
des juges
la volonté d’aboutir à un procès
mais il manque les accusés et accessoirement les preuves irréfutables.
pour ma part je ne sais pas si c’est le mossad ou la cia mais l’histoire nous appris que ce ne pouvait peut etre pas impossible.en ce qui concerne monsieur haski il me semble quil n’y a pas de doute c’est la syrie qui est derriere cela;ce monsieur semble ce deconsiderer de plus en plus
Ce n’est pas moi qui ai aucun doute, ce sont les enquêteurs de l’ONU. Vous pouvez sans doute trouver qu’ils se déconsidèrent, mais ça ne changera rien à l’affaire.
On voit la sérénité et l’impartialité exemplaires qui président à la mise en place de la cour, laquelle est une juridiction d’exception: dans un contexte de guerre civile larvée, le négociateur libanais auprès de l’ONU s’exprime sous les vivats d’une réunion du Courant du futur, parti (gouvernemental) du défunt Hariri, violemment contesté par les deux principaux libanais, le CPL et le Hezbollah, qui sont dans l’opposition. Toutes les garanties d’impartialité sont réunies, à ce que je vois. Et j’attends avec impatience qu’un tribunal spécial soit établi par le Conseil de sécurité pour juger du meurtre à la voiture piégée d’Imad Maghniyyeh…
on peut toujours rêver mais je crains bien que la notion de justice soit variable en fonction des victimes.
D’ailleurs Marie Seurat pourrait vous en parler, elle dont le mari a eu le malheur de croiser le chemin d’Imad Moughnieh…
une enfant a eu le malheur de croiser la trajectoire d’une balle et son assassin vient d’être blanchi.
on joue à victime contre victime ?
sans grand intérêt, en effet, mais je trouvais assez ironique de réclamer un tribunal international pour juger les assassins d’Imad Moughnieh quand lui-même avait quelques bonnes raisons d’être jugé et ne l’a jamais été.
En tout cas, à ceux « qui savent », je vous souhaite le courage de ces magistrats libanais.