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Un maton jugé pour dénonciation calomnieuse d'un détenu

Prison de la Santé, à Paris, en 2000 (Charles Platiau/Reuters)

Fait rarissime, l’administration pénitentiaire a désavoué un surveillant qui dénonçait, à tort, un détenu. Fait encore plus rare, le détenu poursuivait jeudi le maton devant le tribunal de grande instance de Paris. Alors que les altercations entre détenus et surveillants sont fréquentes dans le milieu carcéral, la responsabilité en est quasi systématiquement attribuée aux premiers. Le cas de Bachir, incarcéré à la maison d’arrêt de la Santé (Paris XIVe), fait donc bien exception.

Bachir a été condamné en 2005 à huit ans de prison pour le braquage d’un fourgon de la Brinks. Au cours de sa détention, il est également mis en examen pour avoir participé, en 2003, à l’évasion à l’explosif d’Antonio Ferrara, dit Succo, figure du grand-banditisme français. Des faits pour lesquels il sera jugé en octobre.

"De toutes façons, dehors, vous êtes un homme mort"

A l’exception de ces faits, Bachir, incarcéré depuis cinq ans, se présente comme un détenu modèle. Aucun antécédent disciplinaire, jamais fait parlé de lui… Pourtant, dans une lettre adressée à sa hiérarchie le 4 juillet dernier, un gardien l’accuse de l’avoir menacé de mort  :

"L’ayant surpris en train de faire les œilletons du rez-de-chaussée de la première division, je l’ai donc sommé de rejoindre poliment le lieu où se déroulaient les cantines ; lieu de sa destination première. Ce dernier a refusé de céder à mes injonctions, je l’ai donc tiré par le bras. Il m’a menacé en ces termes  : ‘Surveillant, de toute façon, dehors, vous êtes un homme mort.’"

Suite à cette dénonciation, l’administration pénitentiaire réunit, le 18 juillet dernier, une commission de discipline. Bachir y est reconnu innocent  : selon deux témoins incarcérés, aucune menace de mort envers le surveillant n’a été proférée par le détenu.

Mais Bachir ne compte pas en rester là  : il décide de poursuivre le maton en justice "pour dénonciation calomnieuse". Une manière pour lui de mettre en lumière une dérive du milieu carcéral  : le chantage et la pression exercés par les matons sur les détenus. Comme l’explique son avocat, maître Romain Boulet  :

"C’est juste une question de principe. Bachir n’a rien à gagner dans cette affaire. Nous avons demandé un euro symbolique de dommages et intérêts."

Habituellement, les surveillants restent anonymes pour ce type de dénonciations, afin d’éviter tout type de représailles. Mais dans sa lettre, le surveillant a laissé son nom. Permettant à l’avocat de Bachir de l’assigner.

"Une manière d’assoir son autorité"

Pourquoi le surveillant aurait-il menti  ? "C’était sans doute pour lui une manière d’assoir son autorité", suppose Me Boulet, qui craint que "le rapport de détention établi par le surveillant puisse avoir des conséquences dramatiques pour Bachir, notamment sur les conditions de sa détention".

Lors de sa plaidoirie devant le tribunal de Paris, l’avocat du surveillant a quant à lui dénoncé "une instrumentalisation du dossier, prétexte pour préparer la défense du détenu en octobre prochain", lors du procès de l’affaire Ferrara. Une version des faits qu’approuve globalement le procureur, pour qui les preuves de l’innocence du détenu sont pour le moins floues. Ce qui inquiète Me Boulet  :

" C’est la première fois que l’on démontre que des surveillants peuvent utiliser des moyens de chantage sur les détenus. Je suis surpris par l’avis du procureur. C’est inquiétant. On peut se demander si la justice est la même pour tous."

Si cette dernière suit l’avis de l’administration pénitentiaire, le surveillant risque cinq ans d’emprisonnement et 45000 euros d’amende. Pour le moment, il travaille toujours à la maison d’arrêt de la santé. Jugement le 20 mars.


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Par kikietalain
14H59    11/02/2008

Juste un point sur la forme : le terme de « maton » est particulièrement méprisant. A ce rythme là, rue89 nous parlera bientôt des « baveux » (avocats), des « putes » (prostituées) et des morues (femmes)…

 
Par gerara
00H40    12/02/2008

bon il y en a qui vont se régaler un « maton », mot qui ne vient que de la mate de bambou qu’avait les surveillants dans les bagnes, s’est fait épingler. quelle joie.
Pour 1 cas d’abus des fonctionnaires d’état, combien d’insultes, de coups et autres intimidations sont enterrées ? Si dans ma profession il y a des « ripoux » ou des « affabulateurs » je n’ai jamais syndicalement parlant, défendu ces individus. Par contre SVP soyez plus prudent dans ses joies non camouflées dont vous nous avez fait état. 99,99 % des surveillants font leur boulot plus que correctement. Chaque fois qu’un des notre se fait « casser la gueule » peu de monde s’en émeut.
Dans la vie tout n’est pas blanc ou noir, tous les détenus ne sont pas des « voyous » prêt à se payer un surveillant.
La vraie question à se poser serait plutôt :
Que font les toxicomanes en prison ?
Que font les malades mentaux en prison ?

La vraie réponse ne serait elle pas qu’une place de prison coute moins cher qu’une place en hôpital spécialisé ?

Je serais très honoré si d’aventure les journalistes pros ou en herbe exerçaient a bon escient et avec parcimonies des mots qui peuvent avoir ds conséquences sur nos jeunes.
 merci

 
Par Manumanu
01H03    12/02/2008

« La vraie question à se poser serait plutôt :
Que font les toxicomanes en prison ?
Que font les malades mentaux en prison ?
La vraie réponse ne serait elle pas qu’une place de prison coute moins cher qu’une place en hôpital spécialisé ? »

C’est un fait  ! Et la qualité des psys des SMPR -Services médico-psy régionaux - qui exercent en prison m’a semblée douteuse… Ca neuroleptise à tour de cachets !
Mais plus encore m’a semblée douteuse la posture d’un encadrement qui par exemple, refusait d’envoyer des détenus qui y avaient droit à des activités que j’ai organisé, simplement parce que ça lui occasionnait, à cet encadrement, le désagrément d’avoir à faire son travail ; combien de fois il fallût me déplacer pour constater qu’un surveillant laissait « par mégarde » son téléphone d’étage décroché… se rendant ainsi injoignable au moment où il aurait du faire circuler des personnes vers des activités socioéducatives ? Et que penser de l’attitude des collègues du « fautif », le couvrant en refusant, quand je ne le chopais pas directement, de me donner son nom pour que j’en cause à sa hiérarchie ? Vraiment, vue de près, cette institution confie les personnes les plus fragiles ou asociales à d’autres personnes, les surveillants, bien mal placés pour permettre aux premiers amendement et évolutions positives…

 
Par Dragonfly
11H59    12/02/2008

Qu’est-ce qu’attend l’Etat pour mettre des caméras voire des enregistrements sonores dans les prisons? Apparemment, des suicides, des meurtres, des agressions, des viols, des tabassages, etc, ne sont pas suffisants pour que l’Etat se décide… En même temps, certains doivent se demander à quoi bon s’occuper de la sécurité de délinquants…

Par exemple, nous pourrions imaginer des caméras dans les couloirs et des enregistrements sonores dans les cellules afin de préserver une certaine intimité. Ces enresgistrements ne pourraient ensuite être visionnés ou écoutés que sur autorisation judiciaire.
En effet, il y a des caméras sur la voie publique donc pourquoi pas dans des couloirs et les cours des prisons? Peut-être parce que cela pourrait compromettre une petite minorité de surveillants pénitentiaires « délinquants » et par conséquent le système carcéral dans son ensemble.

Pour ma part, je pense qu’il s’agit d’une mesure de bon sens qui pourrait sûrement éviter voire prouver certains événements malheureux.