vos reactions 11/02/2008 à 14h55

Gifle d'un enseignant : la défenseure des enfants doit réagir

Bernard Girard | Enseignant blogueur

Lettre ouverte à Madame Dominique Versini, défenseure des enfants.

Madame,

Au-delà de l'impact médiatique outrancier auquel cet épisode a donné lieu, la gifle lancée par un enseignant à un élève éclaire d'un jour particulier le peu de cas qu'on semble faire en France, tout spécialement dans les établissements scolaires, de la Convention internationale des droits de l'enfant, pourtant signée par la France, mais aussi, plus simplement, du respect le plus élémentaire pour sa personne.

Dans son article 19, la convention stipule en effet :

« Les Etats parties prennent toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l'enfant contre toute forme de violence, d'atteinte ou de brutalités physiques ou mentales (...), de mauvais traitements ou d'exploitation, pendant qu'il est sous la garde de ses parents (...) ou de toute autre personne à qui il est confié. »

Bien que le texte de la convention soit affiché depuis peu dans toutes les salles de classe, le respecte-t-on pour autant ? Pour une gifle dont le retentissement traverse pour une fois les murs de l'école, combien de brutalités « physiques et mentales », de coups, de vexations, d'humiliations sont le lot quotidien d'élèves qui préfèrent se taire, encaisser sans broncher, parce qu'ils ont peur ou parce qu'ils savent bien que, de toutes manières, leur parole ne sera pas entendue.

Cet enfant de 11 ans, maltraité, rudoyé, humilié devant toute la classe, comment devait-il réagir ? L'injure sortie de sa bouche n'est pas venue de rien, elle est la réponse, certes maladroite, à un adulte sorti de son rôle. Dans ses conditions, et même si la gifle qui a suivi peut être imputée à un réflexe impulsif, il est inadmissible que les plus hautes autorités de l'Etat, derrière le Premier ministre et le ministre de l'Education nationale, aient pu, en apportant leur soutien à l'enseignant fautif, légitimer cette forme de violence et sembler couvrir à l'avance tous les dérapages dont les adultes se rendraient coupables à l'intérieur d'un établissement scolaire.

Alors que ces mêmes autorités n'ont pas de mots assez forts pour dénoncer la violence lorsqu'elle vient des élèves, que la ministre de la Justice réclamait il y a peu « pour les mineurs, une réponse pénale à chaque infraction », on peut quand même s'étonner de la complaisance ainsi manifestée pour la violence lorsqu'elle vient des détenteurs de l'autorité.

Faut-il croire, comme on le soutenait encore il n'y a peu, que les coups feraient grandir ou qu'un enfant n'en souffrirait pas ? La campagne lancée dans l'opinion publique suite à cet événement, où, malheureusement, les enseignants ne sont pas les moins virulents, est le signe d'une formidable régression dans le débat éducatif.

Cette évolution est déjà à l'œuvre depuis plusieurs années, par exemple dans les domaines de la pédagogie ou de la justice des mineurs. Des pétitions initiées par des syndicats bien mal inspirés, ont ouvert les vannes à un flot furieux de paroles haineuses qui dépassent de beaucoup les deux protagonistes à l'origine de l'histoire. Il ne s'agit plus de défendre un enseignant mais d'en appeler, avec une brutalité invraisemblable, au retour des « bonnes vieilles méthodes », celles d'une époque où l'on pouvait frapper les enfants en toute bonne conscience, en toute impunité.

Avec les conséquences que l'on pressent : vous êtes mieux placée que quiconque, Madame, pour constater les dégâts de la violence exercée sur les enfants, à l'école comme à la maison. Et lorsque des enfants meurent sous les coups, lorsque d'autres sont détruits pour la vie, c'est toujours parce qu'au départ il y a eu ces mots criminels : « C'est pour ton bien ! “ (lire sur ce sujet le livre d'Alice Miller).

Votre fonction de défenseure des enfants vous impose, Madame, d'intervenir dans les médias, auprès de l'opinion publique, des autorités, pour faire cesser ce déferlement irresponsable, pour faire en sorte que, dans les établissements scolaires, la Convention des droits de l'enfant soit autre chose qu'une simple affiche placardée sur un mur, pour que l'on comprenne que les coups portés aux enfants ne sont jamais légitimes, que l'adulte n'a pas toujours raison, que l'enseignant peut aussi avoir des comptes à rendre.

Il est plus que temps que, dans les écoles, ‘le droit de l'enfant au respect’ (Janusz Korczak) soit réellement pris en considération.

C'est pour ton bien ! Racines de la violence dans l'éducation de l'enfant d'Alice Miller - éd. Aubier (1984).

Bernard Girard est enseignant et tient le blog Journal d'école.

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  • Hatamoto
    Hatamoto
    Vendeur de temps de cerveau (...)
    • Posté à 16h02 le 11/02/2008
    • Internaute
      Vendeur de temps de cerveau (...)

    J'aurais tendance, comme chacun, à minimiser le geste du prof, pourtant il est clair qu'un tel geste doit être sanctioné.

    Imaginons la situation suivante : vous vous engueulez avec quelqu'un, il vous giffle en public vous infligeant une rude humiliation devant vos pairs.
    Que faites vous ?

    a) Tendez la joue droite ?
    b) L'humiliez a votre tour par une réplique (verbale) cinglante ?
    c) Vous lui en collez une en retour ?
    d) Portez plainte ?

    La réponse « a » est à mon sens inadaptée. Rien ne justifie la violence, même la plus insignifiante, sinon c'est l'escalade.
    La réponse « b » nécessite une certaine maitrise de langue, et soyons sérieux, nous ne sommes pas tous des Cyranos en puissance, encore moins un enfant de 11 ans.
    La réponse « c » est sans doute celle que je choisirai à chaud, mais soyons raisonables, une telle réponse provoquerai une escalade. Si l'enfant avait choisi cette solution, il serai en prison aujourd'hui.
    La réponse « d » est celle qu'a choisi l'élève (ou ses parents) et au vu des autres réponses, me semble la plus adaptée.

    J'ignore ce que j'aurai fait à la place de l'enseignant, mais aprés tout je ne suis pas prof, je n'ai pas été formé pour faire face à ce genre de situations.

    Le prof s'est fait justice lui même en giflant l'enfant, ce qui n'est pas compatible avec la notion même de justice impartiale.
    De plus, en giflant l'enfant, il à démontré son incapacité à se faire respecter. La violence, n'est en aucun cas un outil pour obtenir le respect. La peur peut être, mais pas le respect.
    Le gosse ne pouvait pas répliquer, alors que le prof lui avait de quoi répliquer aux insultes de l'élève autrement que par la violence.

    Les réactions du gouvernement tendent à donner encore une fois l'image de « la restauration de l'autorité », par la force, et au mépris des droits du plus fort.

    Si l'affaire n'avait pas été médiatisé, le prof aurai eu une sanction disciplinaire aprés médiation avec les parents, ce qui aurai été normal et satisfaisant pour toutes les parties je pense.
    Maintenant c'est « l'opinion publique » qui va juger, et en général ça ne donne rien de bon.

  • yapadebug
    • Posté à 16h05 le 11/02/2008

    Ce qui est choquant dans cette affaire c'est de voir un parent d'élève utiliser son statut de gendarme pour mettre en garde à vue un prof. C'est très excessif je trouve, et je me demande si tous les gendarmes qui giflent un gamin vont aussi en garde à vue.

    Ce qui est choquant dans cette affaire c'est de voir un premier ministre soutenir un prof qui a donné une gifle à un élève. Un prof qui gifle un élève commet une faute, et ne devrait pas voir son geste approuvé de fait par un ministre.

    Les 2 partis ont tort dans cette malheureuse affaire, mais tout cela ne mérite pas tout le tapage médiatique qui a été fait autour.

  • mangue
    • Posté à 16h43 le 11/02/2008

    Vous écrivez : « cet enfant de 11 ans, maltraité, rudoyé, humilié devant toute la classe, comment devait-il réagir ? »
    on peut écrire pareillement :
    ce prof rudoyé, insulté, humilié devant toute une classe...
    classe qui aura toute l'année scolaire pour se souvenir qu'on peut dire « connard » à un prof... et qui s'en souviendra

  • Claude PELLETIER
    • Posté à 17h02 le 11/02/2008

    J'ai été d'abord d'accord avec votre conclusion mais ce fait divers donne du sens aux pressions contradictoires qui sont en jeu dans un établissement scolaire et dans tout rapport pédagogique. Et ce n'est donc pas anodin. De plus, la presse a joué son rôle de tambour et le retentissement donné en fait un événment d'importance.

    Avant toute chose, il faudrait être mieux informé(e)s sur la réalité des faits, sur les enchaînements d'événements et le contexte. Je soupçonne —question d'habitude— les médias de nous livrer des versions très simplifiées et donc de nous induire en erreur. Je considère donc qu'il est délicat (pour nous, ici) de se lancer dans une évaluation. Sauf que le ministre prend de sacrés risques puisqu'il se prononce sans temps de réflexion contre le droit ……… alors qu'il devrait se contenter d'un rappel du droit !

    La violence d'un enseignant peut avoir deux origines.
    Dans le temps, cette violence pouvait être théorisée ; c'était un élément, un outil dans le dispositif scolaire. Cela ne doit plus être.

    De tous temps, elle a pu être aussi un élément non théorisé, un incident, une réaction impulsive. Elle nous dit sûrement des choses sur l'état d'une école, d'un enseignant et d'une institution et de sa place dans la société. Encore faudrait)il avoir de bons instruments de mesure et une méthode d'analyse … et donc les renforts d'experts.

    La réaction impulsive, on sait qu'elle peut se produire mais elle n'a pas de légitimité. Pourquoi ? Elle est contre-productive dans le processus éducatif ; même si elle révèle quelque chose sur la réalité, elle tire l'effort pédagogique en arrière. En effet, tous les efforts des adultes et de l'institution éducative visent à substituer à la violence naturelle des enfants des comportements policés et à les doter de moyens d'action, de pouvoirs individuels tournant le dos à l'agressivité. C'est essentiellement la richesse du langage qui fournit ou devrait fournir des armes nouvelles.

  • A déménagé le 8-10
    • Posté à 18h26 le 11/02/2008

    Texte démesuré, quasi-discrédité par ses outrances comme vous le dites. Démesuré comme la réaction policière et judiciaire qui a suivi. Mettre sur le même plan un mauvais réflexe momentanée et un comportement régulier fondant une pédagogie sur une crainte permanente obtenue par la brutalité, non. Ce n'est sans doute pas un hasard s'il émane de « pédagogistes (oui, je suais, ils détestent ce qualificatif ; -). Pédagogistes qui, à vouloir placer “ l'élève au centre ”, l'ont placé au-dessus. Et, si on voulait rire, on dirait que ce texte est comme ceux des élèves-au-centre : incapables de nuances, utilisant le même “ génial ! ” pour qualifier la Chapelle Sixtine et leurs dernières shoes (bon, pas sûr qu'ils diraient ça de la chapelle. Cette affaire devait être réglée en interne et dans la discrétion (attention, je ne dis pas : enterrée). Si cela n'a pas été possible, c'est parce que la majorité des parents est passée, en moins de deux générations, d'un excès à l'autre. Autrefois, le maître était sacré, aujourd'hui il est discrédité. Autrefois qu'il agisse bien ou mal il était cru, maintenant, un élève-au-centre se plaint chez lui (note insuffisante, sanction, etc) les parents ne prennent même pas la peine de contacter l'enseignant et foncent directement chez son proviseur voire au Rectorat.

    Quand va-t-on remettre au centre non l'élève ni le prof, mais le balancier ? Quand va-t-on enfin mériter notre réputation de cartésiens ?

    PS Je rappelle que j'ai donné deux ou trois gifles en trente-sept ans de carrière. Je frémis en pensant que ce serait maintenant, j'irais au gnof et ma carrière serait comme celle de ce prof : brisée.

  • m a i a
    • Posté à 19h55 le 11/02/2008

    Monsieur Girard,

    L'énergie me manque un peu au retour du lycée pour vous faire une réponse aussi développée que je le souhaiterais.

    Je trouve votre texte outrancier et de ce fait incohérent, écrit sans grand recul ni profonde reflexion quelle qu'elle soit, hormis des relents brighellistes (quelques conférences ou lectures de vrais chercheurs pointus en sciences de l'éduc ne sont pas du luxe parfois, perso je m'y plie).

    La lecture du début de votre blog donne également à penser que cette « affaire » de la gifle vous obsède furieusement ; j'espère qu'elle vous laisse le temps de préparer et d'assurer vos cours dans la sérénité, entre deux lectures de publications syndicales ou d'autres blogs fumeux.

    Il est, à mon sens, des combats plus nobles, plus urgents, plus fondamentaux, que de déterminer qui du prof ou de l'élève aurait dû demander l'autorisation de balancer « connard » ou une « gifle ».

    Je ne prétends pas détenir la vérité sur cette « affaire », ni me poser en détentrice de la justice, d'autres sont là pour s'en charger, mais un peu de discrétion et d'humilité ne nuisent jamais.

    maia *vit-elle sur la même planète ? *

  • Bernard Girard
    Bernard Girard
    Auteur(e) de l'article Enseignant blogueur
    • Posté à 21h37 le 11/02/2008
    • Expert
      Enseignant blogueur

    Je me garderais bien de répondre aux attaques personnelles qui émanent majoritairement de ces réactions, sauf peut-être, à celles de Maia, CPE, qui trouve à ma lettre ouverte des « relents brighellistes », ce que Brighelli trouvera sans doute offensant, lui qui fut l'un des premiers à signer la pétition de soutien au prof gifleur, émanant du très droitier et très conservateur Snalc et dont les conceptions pédagogiques et éducatives sont aux antipodes de celles que le lecteur a pu trouver dans mon courrier. De même qu'assimiler Janusz Korczak ou Alice Miller à des « publications syndicales ou autres blogs fumeux » ne fait pas spécialement sérieux... Restons-en aux faits et les faits sont tout ce qu'on veut sauf cet énorme mensonge véhiculé depuis une semaine par une large partie des médias et des enseignants vraiment mal inspirés : dans l'histoire qui nous intéresse, c'est bien d'un enseignant qui ne se contrôlait plus que tout est parti, ce que confirme encore le procureur de la république :

    « il ne s'agit pas du tout d'une simple gifle, explique-t-il mais d'une vraie scène de violence longue d » une minute qui dépasse largement les bornes. La classe entière a été choquée par ce qui s'est passé et ce sont deux élèves traumatisées qui, à la fin du cours, se sont rendues à l'infirmerie pour raconter ce à quoi elles venaient d'assister. » (Le Figaro, 11/02/2008).

    On est à mille lieux des clichés sur un ado rebelle, quasi-délinquant, du prof qui craque, des parents démissionnaires ou de la permissivité de la société post-soixante-huitarde. Il y a bien là violence d'un adulte sur un enfant (11 ans ! ), violence qu'aucun éducateur digne de ce nom ne peut cautionner car on n'éduque par par des coups, surtout lorsque l'on est dans son tort. Ce qui fait problème, ce qui fait peur, c'est – comme je l'ai écrit dans cette lettre à la défenseure des enfants, lettre dont la première phrase a été malheureusement tronquée – la réaction de dizaines de milliers de pétitionnaires, des plus hautes autorités de l'état qui semblent manifester ici une inquiétante phobie de la jeunesse. Bernard Girard, enseignant en collège (un collège pas spécialement favorisé...)

  • rol8329
    rol8329 répond à bolomig
    • Posté à 21h43 le 11/02/2008

    Père de famille, je suis scandalisé et effrayé qu'une personne chargée de l'éducation de mes enfants puisse proférer de telles paroles à l'encontre d'un rédacteur qui ne fait que rappeler des règles élémentaires de vie en société qui s'imposent à tous. Si demain je viens vous demander des comptes en tant que parent d'élève, que la discussion s'envenime et que je vous colle une gifle parce que je pèse quand même 120kg et que vous en faites la moitié, que se passera t'il ? Vous évoquerez aussi la perte de sang-froid ? Foutaise. Il ne doit pas y avoir de rapport physique dans les rapport d'autorité. Faut-il que la société française soit à ce point ramollie pour qu'on oublie ce principe fondamental ? Même les maîtres chiens n'utilisent pas la violence physique car ils savent trop bien où elle mène.

    Vous tirez votre autorité de la mission d'éducation que l'état vous a confié. Vous avez normalement l'ascendant moral sur vos élèves. Si ce n'est pas le cas, c'est que vous n'êtes pas à votre place. Vous devez - avec votre équipe pédagogique - développer un arsenal de mesure répressives qui vous permet de faire régner l'ordre en cours. Ces mesures ne doivent en aucun cas comporter des sanctions physiques car cela signifierait que pour avoir raison, il suffit d'être plus fort que celui qui détient la loi. Est-ce cela le message que vous voulez faire passer ? Si vous manquez d'imagination pour les mesures disciplinaires, je peux vous conseiller. Mais si vous vous battez pour le rétablissement des châtiments corporels, vous vous trompez de combat : la France est un pays civilisé et a vocation à le rester.

  • Mon-Al
    Mon-Al répond à rol8329
    roturière : -)
    • Posté à 23h21 le 11/02/2008
    • Internaute
      roturière : -)

    « Quand les hommes de 120 kilos s'expriment, ceux de 60 les écoutent. »
    Michel Audiard