Gifle d'un enseignant : la défenseure des enfants doit réagir
Lettre ouverte à Madame Dominique Versini, défenseure des enfants.
Madame,
Au-delà de l'impact médiatique outrancier auquel cet épisode a donné lieu, la gifle lancée par un enseignant à un élève éclaire d'un jour particulier le peu de cas qu'on semble faire en France, tout spécialement dans les établissements scolaires, de la Convention internationale des droits de l'enfant, pourtant signée par la France, mais aussi, plus simplement, du respect le plus élémentaire pour sa personne.
Dans son article 19, la convention stipule en effet :
« Les Etats parties prennent toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l'enfant contre toute forme de violence, d'atteinte ou de brutalités physiques ou mentales (...), de mauvais traitements ou d'exploitation, pendant qu'il est sous la garde de ses parents (...) ou de toute autre personne à qui il est confié. »
Bien que le texte de la convention soit affiché depuis peu dans toutes les salles de classe, le respecte-t-on pour autant ? Pour une gifle dont le retentissement traverse pour une fois les murs de l'école, combien de brutalités « physiques et mentales », de coups, de vexations, d'humiliations sont le lot quotidien d'élèves qui préfèrent se taire, encaisser sans broncher, parce qu'ils ont peur ou parce qu'ils savent bien que, de toutes manières, leur parole ne sera pas entendue.
Cet enfant de 11 ans, maltraité, rudoyé, humilié devant toute la classe, comment devait-il réagir ? L'injure sortie de sa bouche n'est pas venue de rien, elle est la réponse, certes maladroite, à un adulte sorti de son rôle. Dans ses conditions, et même si la gifle qui a suivi peut être imputée à un réflexe impulsif, il est inadmissible que les plus hautes autorités de l'Etat, derrière le Premier ministre et le ministre de l'Education nationale, aient pu, en apportant leur soutien à l'enseignant fautif, légitimer cette forme de violence et sembler couvrir à l'avance tous les dérapages dont les adultes se rendraient coupables à l'intérieur d'un établissement scolaire.
Alors que ces mêmes autorités n'ont pas de mots assez forts pour dénoncer la violence lorsqu'elle vient des élèves, que la ministre de la Justice réclamait il y a peu « pour les mineurs, une réponse pénale à chaque infraction », on peut quand même s'étonner de la complaisance ainsi manifestée pour la violence lorsqu'elle vient des détenteurs de l'autorité.
Faut-il croire, comme on le soutenait encore il n'y a peu, que les coups feraient grandir ou qu'un enfant n'en souffrirait pas ? La campagne lancée dans l'opinion publique suite à cet événement, où, malheureusement, les enseignants ne sont pas les moins virulents, est le signe d'une formidable régression dans le débat éducatif.
Cette évolution est déjà à l'œuvre depuis plusieurs années, par exemple dans les domaines de la pédagogie ou de la justice des mineurs. Des pétitions initiées par des syndicats bien mal inspirés, ont ouvert les vannes à un flot furieux de paroles haineuses qui dépassent de beaucoup les deux protagonistes à l'origine de l'histoire. Il ne s'agit plus de défendre un enseignant mais d'en appeler, avec une brutalité invraisemblable, au retour des « bonnes vieilles méthodes », celles d'une époque où l'on pouvait frapper les enfants en toute bonne conscience, en toute impunité.
Avec les conséquences que l'on pressent : vous êtes mieux placée que quiconque, Madame, pour constater les dégâts de la violence exercée sur les enfants, à l'école comme à la maison. Et lorsque des enfants meurent sous les coups, lorsque d'autres sont détruits pour la vie, c'est toujours parce qu'au départ il y a eu ces mots criminels : « C'est pour ton bien ! “ (lire sur ce sujet le livre d'Alice Miller).
Votre fonction de défenseure des enfants vous impose, Madame, d'intervenir dans les médias, auprès de l'opinion publique, des autorités, pour faire cesser ce déferlement irresponsable, pour faire en sorte que, dans les établissements scolaires, la Convention des droits de l'enfant soit autre chose qu'une simple affiche placardée sur un mur, pour que l'on comprenne que les coups portés aux enfants ne sont jamais légitimes, que l'adulte n'a pas toujours raison, que l'enseignant peut aussi avoir des comptes à rendre.
Il est plus que temps que, dans les écoles, ‘le droit de l'enfant au respect’ (Janusz Korczak) soit réellement pris en considération.
► C'est pour ton bien ! Racines de la violence dans l'éducation de l'enfant d'Alice Miller - éd. Aubier (1984).
Bernard Girard est enseignant et tient le blog Journal d'école.
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Vendeur de temps de cerveau (...)
Vendeur de temps de cerveau (...)
J'aurais tendance, comme chacun, à minimiser le geste du prof, pourtant il est clair qu'un tel geste doit être sanctioné.
Imaginons la situation suivante : vous vous engueulez avec quelqu'un, il vous giffle en public vous infligeant une rude humiliation devant vos pairs.
Que faites vous ?
a) Tendez la joue droite ?
b) L'humiliez a votre tour par une réplique (verbale) cinglante ?
c) Vous lui en collez une en retour ?
d) Portez plainte ?
La réponse « a » est à mon sens inadaptée. Rien ne justifie la violence, même la plus insignifiante, sinon c'est l'escalade.
La réponse « b » nécessite une certaine maitrise de langue, et soyons sérieux, nous ne sommes pas tous des Cyranos en puissance, encore moins un enfant de 11 ans.
La réponse « c » est sans doute celle que je choisirai à chaud, mais soyons raisonables, une telle réponse provoquerai une escalade. Si l'enfant avait choisi cette solution, il serai en prison aujourd'hui.
La réponse « d » est celle qu'a choisi l'élève (ou ses parents) et au vu des autres réponses, me semble la plus adaptée.
J'ignore ce que j'aurai fait à la place de l'enseignant, mais aprés tout je ne suis pas prof, je n'ai pas été formé pour faire face à ce genre de situations.
Le prof s'est fait justice lui même en giflant l'enfant, ce qui n'est pas compatible avec la notion même de justice impartiale.
De plus, en giflant l'enfant, il à démontré son incapacité à se faire respecter. La violence, n'est en aucun cas un outil pour obtenir le respect. La peur peut être, mais pas le respect.
Le gosse ne pouvait pas répliquer, alors que le prof lui avait de quoi répliquer aux insultes de l'élève autrement que par la violence.
Les réactions du gouvernement tendent à donner encore une fois l'image de « la restauration de l'autorité », par la force, et au mépris des droits du plus fort.
Si l'affaire n'avait pas été médiatisé, le prof aurai eu une sanction disciplinaire aprés médiation avec les parents, ce qui aurai été normal et satisfaisant pour toutes les parties je pense.
Maintenant c'est « l'opinion publique » qui va juger, et en général ça ne donne rien de bon.




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