entretien

A Noumea, la tension monte entre Etat et syndicalistes kanaks

Une nuit d’affrontements entre l’Union syndicale des travailleurs kanaks et exploités (USTKE) et les forces de l’ordre à Nouméa en Nouvelle-Calédonie, a fait des dizaines de blessés le 17 janvier.

Pas de morts comme lors de la prise d’otages d’Ouvéa en 1988, mais des jets de pierres, côté manifestants, et des tirs de flashballs et de gaz lacrymogènes, côté policiers. Une vidéo diffusée par l'USTKE montre des policiers postés sur un pont, tirant sur des manifestants en contrebas :



Quinze syndicalistes sont toujours détenus à la prison du Camp-Est et seront jugés le 22 février. Le résultat du durcissement d’un conflit social qui oppose, depuis octobre 2007, l’USTKE, syndicat indépendantiste, à la direction de Carsud, la société de transports en commun de Nouméa appartenant au groupe Veolia, et qui a commencé avec le licenciement pour vol d’un salarié.

Gérard Jodar (DR).Depuis deux semaines, Gérard Jodar, président de l’USTKE, vit retranché avec une centaine de sympathisants au siège du syndicat à Nouméa. Il est recherché pour “participation à un attroupement armé après sommation de se disperser, violences avec arme sur agent de la force publique et « dégradation sur des biens d’utilité publique ».

Rue89 l’a interviewé, lundi, alors qu’il venait de renoncer à prendre l’avion pour la France pour assister aux obsèques de sa mère, décédée samedi à Lyon.

Pouvez-vous nous décrire la situation actuelle ?

Ça fait quinze jours que j’habite dans le siège du syndicat, 24 heures sur 24. Nous avons construit un campement à l’extérieur du bâtiment, avec des syndicalistes qui se relaient. Il y avait des policiers autour du siège jusqu’à vendredi, aujourd’hui, on en les voit plus.

La réaction des Kanaks est extrêmement réconfortante : des gens apportent de la nourriture et nous organisons des tournois de pétanque pour recueillir des fonds pour les grévistes.

Quinze militants sont en détention provisoire depuis un mois à la prison du Camp-Est. Ils ont refusé d’être jugés en comparution immédiate sans avocat, et doivent attendre la fin des vacances judiciaires. De la fin de l’année à mi-février, les fonctionnaires partent souvent en vacances en France. C’est comme ça, on est une colonie ici.

Je sais que le procureur de la République [Robert Blaser, ndlr] me fait rechercher parce que je ne me serais pas rendu aux auditions, mais je n’ai reçu aucune convocation, contrairement à ce qu’il avance. Les membres du tribunal sont complètement partisans.

Lui, ça fait huit ans qu’il est ici, qu’il se prépare une retraite dorée. Il a des amis politiques dans la majorité de droite, et il n’est plus capable de faire preuve d’impartialité. Nous sommes une bête à abattre pour lui : une organisation syndicale indépendantiste qui vient de créer un parti politique, le parti travailliste [en novembre 2007, ndlr].

Que s’est-il passé exactement dans la nuit du 16 au 17 janvier 2008 ?

Un nouveau
haut-commissaire

Yves Dassonville, haut-commissaire du territoire, qualifie les actes des syndicalistes de méthodes de voyous.

L’ancien directeur de cabinet de Christian Estrosi a remplacé en octobre Michel Mathieu. Ce dernier avait déplu à Christian Estrosi en refusant de faire donner les forces de l’ordre face à des militants de l’USTKE.

Le 16 janvier au soir, nous avons décidé, en assemblée générale, de lancer une grève générale. On voulait s’installer devant les grilles de Carsud. Le haut-commissaire [Yves Dassonville, lire encadré] a envoyé le GIPN et des gardes mobiles, qui ont fait une intervention musclée.

Ils disent avoir fait des sommations, mais ils ont tiré des flashballs à bout portant, et des lacrymos. Ils ont blessé beaucoup de militants. Selon eux, j’aurais donné l’instruction de matraquer les forces de l’ordre. Mais ça aurait été suicidaire ! Imaginez 200 policiers qui débarquent à deux heures du matin ! Les gens sont partis et ont commencé à jeter des pierres. Je comprend tout à fait leur réaction, la responsabilité en incombe uniquement à l’Etat. Dix militants ont été interpellés sur les lieux, cinq la semaine suivante. On est plutôt dans une petite dictature que dans une démocratie.

Pourquoi un tel emballement dans un conflit social lié à un simple licenciement ?

Carsud n’a pas respecté un protocole d’accord qui prévoyait la proposition d’un emploi à ce salarié licencié, au plus tard en octobre 2007. Malgré deux mois de débrayage, la direction de Carsud refusait de négocier.

Le conflit a été déplacé sur le terrain politique par les partis de droite, qui sont inquiets de la montée du parti travailliste. Nous aurons des élus aux municipales dans plusieurs communes. Veolia aura désormais du mal à obtenir des marchés aurpès des collectivités territoriales. Ce que les partis de droite et l’Etat font aujourd’hui, radicalise les positions dans le pays.

La situation est très tendue. C’est le grand mutisme : l’Etat, les partis politiques, les syndicats ne disent rien et attendent de voir les évènements. Mais si l’Etat continue les arrestations, c’est sûr qu’il y aura des réactions violentes sur le terrain : les militants ne l'acceptent plus.

Nous, nous voulons revenir à une situation plus saine et calme et inciter Veolia à négocier.

Est-ce la peur de vous faire arrêter qui vous a dissuadé de prendre l’avion aujourd’hui, comme prévu, pour assister aux obsèques de votre maman à Lyon ?

Non, malgré le décès de ma maman et le deuil, je reste ici avec mes camarades, qui sont bien vivants et dans des difficultés extrêmes pour montrer à l’Etat français qu’on ne se laissera pas faire.

Le procureur de la République a dit qu’il me laisserait partir si je prouvais que ma mère était bel et bien décédée. On ne joue pas avec la parole des gens ! Je ne m’imagine pas dire ça pour me sauver ! Ce n’est pas lui qui décide si je vais ou non à l’enterrement de ma maman.


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Par tonydanza
22H01    11/02/2008

Une interview critiquable dans sa forme(pas très punchy cet intervieweur…et un « brin » partial dans sa présentation des faits…pourquoi n’est-il pas fait mention du motif du licenciement du gréviste? de la tradition « sociale » en NC? des développements du conflit social en question et des responsabilités de l’USTKE dans sa radicalisation? si on insiste lourdement sur les méchants qui empêche le gentil de prendre l’avion, il faut au moins parler de son action, au gentil, non? ah ouais elle n’est pas toujours reluisante, l’action en question… ça gâcherait la clarté du propos…à bas les nuances!)

…mais surtout navrante pour ce qu’elle révèle de méconnaissance du sujet dans son fond : déjà, la référence, complètement hors propos et méchamment datée, au drame de la grotte d’Ouvéa n’annoncait rien de bon, tant elle n’a rien à voir avec la problématique des conflits sociaux -et de leur violence- en nouvelle-calédonie.

Ensuite, il aurait au moins convenu de retracer un peu le contexte syndical, et notamment la conception, développée en maintes occasions, qu’à l’USTKE -sans parler des autres… - de l’exercice du droit de grève.

Toujours quant au fond, j’adore l’image des kanaks ravitaillant les assiégés, cernés par la police blanche coloniale répressive…comme s’il n’y avait que des kanaks à l’USTKE et comme si tout les kanaks soutenaient l’USTKE…On voudrait « racialiser » - pour le dramatiser peut-être?- un conflit syndical qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Excellente idée pour un pays qui en a bien besoin et pour des journalistes qui pannent que dalle à la situation. là au moins, des noirs, des blancs, c’est clair! (sic)
Enfin, le commentaire sur le néocolonialisme est juste complètement débile…malheureusement pour les blancs chevaliers des causes manichéennes, la NC est un peu plus compliquée que cela.

en un mot comme en cent, l’objectivité c’est pas, comme disait godard à propos de la télévision, 5 minutes pour les juifs, 5 minutes pour les nazis…il faudrait étoffer un peu le propos, non ? argumenter, expliquer! …mais encore faut-il en avoir envie et les moyens…c’est certainement la limite d’une sorte de « journalisme de témoignage » qui aime les situations bien nettes et bien tranchées, les gentils, les méchants et les causes bien identifiées. Qui n’aime pas trop la politique en somme.

Dommage! on aimerait bien avoir des éléments plus intéressants sur la NC -et les DOMTOM en général- il se passe des choses tout à fait passionnantes (au double sens de consternantes et d’enthousiasmantes) dans ce petit pays, dont la situation politique, économique et culturelle est tout à fait originale.

dommage, dommage, mille fois dommage…

 
Par because...
23H04    11/02/2008

Pourquoi ne pas parler du motif de licenciement? parce que l’ustke défend un voleur, pardi!

Pourquoi ne pas parler de la transaction proposée par Carsud avant la grève? parce que l’USTKE dit qu’il n’y a pas eu négociation, donc ça doit être vrai. or la transaction est désormais publique, cela a été abondamment écrit dans « les nouvelles calédoniennes ». l’équivalent de 120 000 euros proposés au licencié.

Pourquoi ne pas publier ce protocole d’accord d’il y a un an? parce que le journalisme consiste à rapporter les propos d’une partie sans se référer aux faits. bravo l’étudiante en journalisme.

Pourquoi parler d’Ouvéa? parce que c’est tout ce que ces gens informés qui informent savent raconter. on sent le vague regret que ça ne soit pas bien sanglant, ça ferait de la bonne info ça coco. et puis mieux vaut parler d’Ouvéa (1988) que du fait que l’état a, par exemple, racheté le massif du Koniambo (1 milliard en 1997) pour que les indépendantistes le possèdent et fassent leur usine de nickel : les actions de l’état qui ne vont pas dans le sens « colonialiste », ça n’est pas porteur, c’est pas assez anticolonialiste.

Pourquoi oublier de préciser que le FLNKS ne soutient pas l’USTKE, pourquoi oublier de préciser que le FLNKS avait appelé à l’intervention de la police quand l’USTKE bloquait le port en 2006? parce qu’il faut présenter ce conflit comme celui des kanaks contre l’état colonial. ça conforte les gens qui croient que la calédonie en est restée à 1988.

Dommage, oui, que les informations soient aussi partiales et médiocres. la calédonie mérite mieux, ce pays a évolué.

 
Par asozial
23H33    11/02/2008

enfin des nouvelles ce qu’il se passe en nouvelle-calédonie - en métropole les seuls échos que j’en avais eu passaient par les réseaux syndicalistes… pour qu’il y ait des informations objectives, il faudrait déjà qu’il y ait des informations, or cela fait des mois que ce conflit existe et que c’est le black out total… on veut entendre toute les parties - y compris les représentants de l’état qui font donner la maréchaussée contre des syndicalistes.

 
Par nicogé
02H46    12/02/2008

le diable est dans les « détails »?

pour un licenciement, c’est la grève. c’est la solidarité qu’ont connu mes grand-parents, et que mes parents voient disparaître.

en métropole, pour un licenciement: les autres se disent « chouette, je vais pouvoir faire des heures supplémentaires » ou « oui, mais bon, il a quand même blablabla ».

pour moi ce « détail » change toute ma vision de l’affaire (que je connais très mal par ailleurs).

et puis franchement, je ne vois pas en quoi l’article serait partial: en tout cas pas plus que les commentaires de droite, qui auraient été plus élogieux sans doute si l’article était moins impartial mais conforme à leurs dogmes.

 
Par because...
02H54    12/02/2008

»Mais c’est peu fort de café de me présenter comme une vieille passoire qui en serait restée à la Nouvelle-Calédonie de 1988. J’ai découvert la prise d’otage d’Ouvéa et les Accords de Nouméa, dix ans plus tard au lycée, comme la plupart des lycéens.«

comment voulez-vous que je sois au courant de votre parcours scolaire? d’ailleurs ce n’est pas mon problème, vous auriez fait une thèse d’état sur l’accord de Nouméa que cela ne changerait rien à l’affaire, à savoir le choix de votre accroche et de la « référence ».
ce choix est celui de l’ustke : raccrocher le conflit récent à un imaginaire « Ouvéa ».
je ne fais que l’analyse du discours.
Ca marche en métropole, puisque les gens ne sont pas informés et peuvent en rester à des clichés.

Pour autant, l’article aura été utile car des calédoniens ont pu apporter un éclairage sur ce qui se passe. C’est là un grand avantage de la presse sur le net, qui permet - quand le commentaire est libre - d’apporter des correctifs ou des compléments.

Alors merci à Rue89 pour cette liberté d’expression.