A debattre 10/02/2008 à 19h58

Pouvoir d'achat, image, Europe : les trois poisons de Sarkozy

Pascal Riché | Redchef Rue89

Opération « Restore President » : tel était clairement l’objet de l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy, dimanche soir, avec la Marseillaise et des accents gaulliens comme bande sonore.

La dégringolade dans les sondages de Nicolas Sarkozy est en grande partie liée à l’image qu’il a donnée à la fonction présidentielle. Les deux dernières semaines, malgré son mariage, ont été terribles pour lui : sondages cata, reculade sur les taxis, présentation d’un piètre Plan banlieue, affaire du SMS de l’Obs et, pour finir, le bouquet : explosion en vol de son porte-parole David Martinon, candidat aux municipales de Neuilly...

Il s’agissait donc, dimanche soir, devant les Français, de s’oindre de l’huile sacrée présidentielle. Une huile mêlant, dans la grande tradition, politique étrangère, institutions, Europe. Nicolas Sarkozy a annoncé le « retour de la France » , vanté le vieux thème de « l’Europe-puissance » et s’est présenté comme le rassembleur des partisans du oui et de ceux du non...

Nul doute que Nicolas Sarkozy rame, et que cet exercice continuera jusqu’en 2012. Il a certes été bien élu, avec une majorité confortable. Mais son mandat est affecté par trois poisons, des poisons lents, dont il aura du mal a se défaire.


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Premier poison : le pouvoir d’achat

Le Président a plutôt de la chance : le chômage, principale calamité économique de la France, ne sera peut-être pas le principal problème de son quinquennat, car des changements de démographie à l’oeuvre -la retraite des baby boomers- facilitent sa décrue. En revanche, les électeurs l’attendent au tournant concernant leurs difficultés à vivre. N’est-ce pas lui qui a promis d’être “ le président du pouvoir d’achat” ? L’amélioration du sort des Français les plus modestes devrait être son obsession. Mais Nicolas Sarkozy présente, jusque-là, une politique économique touche-à-tout et désordonnée. Tantôt une envolée libérale, tantôt une tirade interventionniste. Un jour il présente une “ politique de civilisation” , le lendemain il endosse sans trop y réfléchir le rapport Attali... Quel est le cap ?

Les Français attendent des mesures concrètes. Mais lorsqu’il s’agit d’entrer dans le concret -d’appliquer des politiques, donc- le Président semble patiner, faute de moyens budgétaires. Ce fut le cas, il y a quelques jours, avec la présentation du Plan banlieue.


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Second poison : son caractère ‘ bling bling’

Nicolas Sarkozy a toujours du mal à ‘ s’investir de sa fonction’ . Il pensait le faire, juste après l’élection présidentielle, en se retirant dans un monastère, mais au dernier moment, il a changé de plan, et s’est reposé dans le yacht de Vincent Bolloré. Il s’agite, perd son sang froid (” descends un peu l’dire ! “ ), affiche sa vie privée, son goût pour le luxe, ses amis vulgaires (Bigard à Rome), sa fiancée à Disneyland. Il distribue des légions d’honneur à ses copains (Alain Minc, Ivan Ciganer-Albeniz, frère de Cécilia, Isabelle Balkany ou bien Agnès Cromback, présidente de Tiffany France, avec qui il a passé ses vacances d’été). Il attaque un journal au pénal, une première...

Bref, il est lui-même, ‘ décomplexé’ . Problème : les Français n’y voient pas une ‘ modernisation’ de la vie politique. Ils y voient plutôt une dégradation de la fonction de Président et s’inquiètent de l’apparition de phénomènes de cour. Sarkozy a commencé dimanche soir à s’employer à corriger le tir, mais selon le vieux proverbe, ‘ chassez le naturel, il revient en Falcon 900’ .


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Troisième poison : le référendum confisqué

C’est le poison le plus discret. Pour débloquer l’Union européenne, embourbée depuis les non français et néerlandais de 2005, Nicolas Sarkozy a proposé, pendant sa campagne, de faire ratifier par voie parlementaire un traité simplifié. Ce sera chose faite jeudi 14 février. Mais ce texte, pour l’essentiel, ne fait que reprendre la Constitution’ rejetée il y a trois ans... Et pour beaucoup, l’impression désagréable qui reste de tout cela, c’est que le pouvoir, considérant que les Français avaient ‘ mal voté’ , s’est passé de leur avis.

C’est cet épisode que le Président a voulu solennellement conclure dimanche, dans son adresse télévisée aux Français :

‘ Par ce succès, car c’est un succès, la France est de retour en Europe. Elle y a retrouvé son influence, sa capacité à faire valoir son point de vue, ses valeurs et le rôle moteur qui avait toujours été le sien par le passé.’

Les médias ont plutôt été peu critiques sur l’ensemble de la manoeuvre. Après tout, il fallait bien sortir de la situation de blocage, très dommageable pour l’Union européenne. Pourtant, l’épisode du ‘ référendum confisqué’ a fatalement aggravé la relation entre le citoyen et ceux qui le représentent. Il laisse des traces.

Nicolas Sarkozy lui même est conscient que la partie européenne va être, pour lui, l’une des plus dures à jouer, comme cela transparaissait dimanche soir dans son discours :

‘ Rien ne serait plus dangereux que de faire comme si rien ne s’était passé, comme si tout pouvait continuer comme avant. Maintenant que l’Europe peut décider, le problème est de savoir ce qu’elle veut.’

Nicolas Sarkozy a promis une démocratie irréprochable, c’est une promesse qu’il ne devra pas oublier, s’il ne veut pas que ce poison du référendum confisqué s’instille plus profondément dans la société.

Il y a quelques jours, sous un article de Jean-Yves Camus, des internautes débattaient de la violence en politique. L’un d’entre eux estimait :

‘ Démocrate convaincu, je pense que les urnes sont le meilleur moyen de se faire entendre.’

Ce à quoi un autre pouvait rétorquer :

‘ Les urnes pour se faire entendre ? Comme le référendum, par exemple ? Mort de rire !
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  • DidierB63
    DidierB63
    Devant un écran
    • Posté à 22h28 le 10/02/2008
    • Internaute 30265
      Devant un écran

    Non, non, non ! Le Poison numéro 3 n’est pas vrai.
    C’est la faute des autres membres de l’Union Européenne, c’est eux qui l’ont obligé a passer par la voix parlementaire.

    Du moins, c’est ce qu’il a dit pendant son allocution, ce soir, en Live de l’Élysée.

    « Il fallait qu’en cas d’accord [sur le traité], nous nous engagions a le faire approuver par voix parlementaire. Si cette condition n’avait pas été remplie, aucun accord n’aurait été possible... »

    Donc, son discours était un peu étrange. l’Europe c’est bien, mais c’est de la faute de l’Europe si on a pas respecté votre décision...

    Ou alors, je ne comprends plus le français...

    Rue89 en pense quoi ?

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  • Peureux anonyme
    • Posté à 22h38 le 10/02/2008
    • Internaute 24415

    S’il est venu à la télé, c’est parce qu’il sent que son autorité fout le camp.
    Il aura du mal à tenir jusqu’en 2012.

    Ses prédécesseurs changeaient de premier ministre au bout de 3 ans. Etant lui même son propre premier ministre : problème ! Il va avoir du mal à se changer.

    Il est à craindre que son électorat apprécie moyennement un président qu’il perçoit comme flambeur, cupide et débauché. Quand à ses opposants, n’en parlons pas !

    La crise de régime est en vue.

  • NANARD223
    • Posté à 23h29 le 10/02/2008
    • Internaute 23162

    Bonsoir à tous
    J’ai voté Sarko et je croyais dans son efficacité.L’éfficacité viendra peut-être de son premier ministre qui est certainement quelqu’un de rangé et qui a des idées pour essayer de sortir la France de son marasme. Mais Sarko ne leur facilite pas la tache par ses déclarations qui semblent peu réfléchies et plutôt impulsives. Quand il a employé l’expression Karcher, j’ai cru que c’était calculé. Mais je pense maintenant que c’était impulsif.
    Pourquoi il baisse dans les sondages, c’est facile à comprendre.
    Il a commis sa première erreur le soir de son élection en allant fêter sa victoire au Fouquets avec ses copains, alors que les français qui l’avaient élu l’attendaient place de la concorde. Cette erreur est très significative . Elle est largement confirmé par les comportements suivants.
    Il aurait du se rendre d’abord place de la concorde et remercier ses électeurs, il avait tout le temps de retrouver ses copains après. Quant à ses vacances, après tout cela relève de sa vie privée et ce sont les journaliste qui en ont fait une affaire.
    Ce qui est mal passé,
    1 Il a augmenté son salaire de façon importante.
    2 Il parait agité et veut s’occuper de tout. Il n’avait pas à aller au Tchad pour chercher les otages.Il me semble qu’il y a assez de personnel dans les ministères
    3La politique semble désordonnée. On part dans tous les sens et l’on ne voit rien aboutir.
    4 Il a un avis sur tout et réagit plus vite que tout le monde (Lucky luke)
    5 Pour l’affaire de la Sté Générale, il a demandé la démission du président, mais il n’a pas été entendu.
    Ce qu’on souhaite, c’est d’avoir un président calme sereinqui réfléchi, qui écoute chacun qui étudie les dossiers et qui décide après avoir écouté ses conseillers.
    Les taxis on arrête tout . Pourquoi ?
    C’est quand même nécessaire cette réforme, mais pas n’importe comment. Il ne faut que chacun y trouve son compte et ne soit pas lésé.
    Je suis un français de base. Je souhaite que la France s’en sorte.Je suis malheureux de voir que les politiques se battent entre eux pour des fins bassement matérielles . Toute cette énergie devrait être dépensée pour nous sortir du marasme. Cest un jeu de démolition stérile.
    Quand au comportement des journalistes, on ne peut quand même pas les cautionner quand ils dévoilent la vie privée des gens dans l’intention de nuire. Si ce qu’ils écrivent est faux, c’est de la désinformation, mais le mal est fait quand même. Ces méthodes malhonnêtes sont malheureusement de plus en plus utilisées de nos jours.
    Sarko a cassé par de nombreuses maladresses de comportement la confiance que les français avaient en lui. Il va ramer longtemps pour s’en remettre. Un comportement plus sage l’aurait aidé et nous aussi car, l’on ne peut pas se réjouir d’avoir un président mal aimé. Il faudra qu’il soit doublement plus efficace pour remonter la pente.

  • Anthropia
    • Posté à 23h35 le 10/02/2008
    • Internaute 17441

    Sentiment étrange en voyant son intervention.

    Débit trop rapide, absence de conviction profonde, des yeux qui se fixent sur le prompteur, lecture sans y mettre le ton. L’impression qu’il n’y croit plus.

    Le décor, un placard, Sarkozy est dans le placard, coincé entre deux drapeaux, avec un fond décoré de baguettes de bois et de stuc doré à la feuille, un placard doré.

    Voilà l’impression que cette intervention donnait, il était devenu le fantoche, chargé de faire passer les messages, il n’était plus qu’une marionnette dans un placard doré.

    Un vrai choc. Se placardiser soi-même. Qui lui a donc conseillé ce décor cheap, cet engoncement du corps, ce dos collé au mur, si peu de marge de manoeuvre, bien à l’image de sa réalité.

    Lien

  • Pit
    Pit
    • Posté à 23h37 le 10/02/2008
    • Internaute 24196

    Je pense pas que le point 3 soit un réel poison que Sarkozy va se trainer tout au long de son mandat. L’autorité de Bruxelles reste très distante pour beaucoup de Francais, et le problème sera rapidement eclipsé.

    Au contraire, la question du pouvoir d’achat va revenir régulièrement, surtout avec la politique profondément inégalitaire qui s’amorce (régimes spéciaux, cadeaux fiscaux...). De la même manière, le président bling bling va avoir du mal à effacer cette image, notamment à cause de sa compagne de « choc », qui sort d’ailleurs un album bientot...

    Sarkozy a commencé son quinquennat de la pire des manières, mais le point crucial reste sa surexposition - qu’il a orchestrée. En faisant descendre la fonction présidentielle de son piedestal, il s’expose à une critique qui auparavant était reservée, ou du moins transposée, sur le gouvernement. Sarkozy s’expose tout entier à l’ire des medias et du peuple, qui sort lentement de sa léthargie. Ca ne sent pas bon en Sarkozie.

  • miresa
    • Posté à 23h53 le 10/02/2008
    • Internaute 23506

    en réécoutant le discours de Sarkozy, j’ai entendu quelque chose que personne ne semble avoir relevé ici...
    Voilà notre homme à nouveau en campagne ...pour la présidence de l’Europe cette fois
    Il a lancé quelques thèmes assortis d’un bon nombre de « je veux pour l’Europe »

    Il va pouvoir faire le clown au niveau européen et nous , on sera encore un peu plus ridicules

  • A.V.
    • Posté à 00h12 le 11/02/2008
    • Internaute 24685

    Le poison de Sarkozy, c’est l’intégration par l’exubérance. Dans une culture de parti « hyper-énarquisée », il se distingue par un style caricaturale, typique de l’outsider. Effectivement, il a un problème d’image.
    Mais ce que fait Sarkozy n’est pas en rupture avec les politiques précédentes. Je trouve même qu’il est l’aboutissement d’une dérive qui a vidé la politique de sa substance. L’action est progressivement passée au second plan, loin derrière la « com ». Le pouvoir a fait une OPA sur les médias, parce que la parole est son principal mode de gouvernance, et les sondages son seul baromètre.

    Le pouvoir d’achat et l’Europe n’ont pas été non plus les points forts des précédents gouvernements. Le premier s’érode depuis le début des années 80, et l’Europe est la panacée d’une classe politique dépassée par la mondialisation.

    Ce qui a plu à 53 % des français, c’est le côté « réac » de Sarkozy. Là où Chirac et Mitterand incarnaient un conservatisme générationnel, le « jeune » sarkozy prône le retour aux vieilles valeurs : la foi, la morale d’avant 68, l’ordre... Un jeune qui rassure les vieux, quoi. Mais tout ça dans un emballage trop tape-à-l’oeil. C’est le grand écart entre le discours et l’image.
    Sarkozy va sûrement changer de cap et s’acheter une vertu, à défaut d’une vrai vision politique. Mais ça ne suffira pas. Par les temps qui courent, le manque d’action politique passe difficilement inaperçu.

  • nicolasdegauche
    nicolasdegauche
    employé
    • Posté à 12h13 le 11/02/2008
    • Internaute 2739
      employé

    En ce qui concerne le Référendum, il ne faut pas oublier que le PS n’a pas su utiliser en sa faveur la formidable opportunité d’opposition qu’elle avait à disposition. Sarko est responsable, mais ce déni de démocratie a été aussi accepté au PS ! ! ! !

    Que Sarko et le PS coulent !

  • Stanislas Noyer
    Stanislas Noyer
    Journaliste
    • Posté à 12h21 le 11/02/2008
    • Journaliste 881
      Journaliste

    je partage à 100% votre analyse, cher Pascal ! Vous avez totalement raison sur ce point 3, qui risque fort de laisser des traces et d’éclabousser tout le monde. En revanche, on peut se demander si son but n’était pas avant tout, hier soir, d’occuper le terrain pour que le feuilleton Martinon à Neuilly n’occupe pas tout les « JT ».