Sur le terrain

Plan banlieue : des associations prennent la Halde d'assaut

« L'opposition, c'est depuis les quartiers qu'elle va venir », lance Mohamed Mechmache, président du collectif AC le feu. Démonstration à l'appui avec la prise, de force, du siège de la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité) à l'appel d'une dizaine d'associations œuvrant dans les banlieues. De Devoirs de mémoires à AC le Feu, toutes souhaitaient ainsi manifester leur déception face à l'annonce, quelques heures plus tôt, du Plan banlieue.

La Halde « n'a rien modifié depuis sa création »

Rendez-vous avait été donné aux médias devant le désormais symbolique Ministère des mal logés, rue de la Banque, ce vendredi à 13h00. Le départ est finalement lancé par les organisateurs. Il fait beau et la marche prend rapidement des allures de visite des beaux quartiers… par des habitants de banlieue. Tout se précipite au cœur du très chic quartier de l'Opéra : le cortège s'engouffre brusquement dans le bel immeuble haussmannien abritant le siège de la Halde. Après un bref assaut, son hall est finalement occupé :


La plupart des participants ont écouté Nicolas Sarkozy trois heures plus tôt. Ils en tirent l'amère impression de ne pas avoir été entendus : « On est dans le flou, on ne nous a pas parlé de moyens financiers ni de méthodes. »

C'est pourquoi ils ont choisi d'occuper ce lieu symbolique. La Halde a été instituée en 2004 pour lutter contre les discriminations et « n'a rien modifié depuis », estime Tarek Kawtari, du Forum social des quartiers populaires. Pour lui, « ce énième plan banlieue est dans la même veine ». Pour Mohamed Mechmache :

« On est dans le flou, on ne nous a pas parlé de moyens financiers ni de méthodes. »

En ce qui concerne le renouvellement urbain, pour lequel l'Etat a budgété 35 milliards d'euros, et la mixité sociale, Jean-Baptiste Eyraud, du Droit au logement, tranche :

« Il faudrait, dans un premier temps, commencer par appliquer les lois existantes. Celle sur la réquisition des logements non occupés par exemple. »

Le président d'AC le feu a tout de même retrouvé dans le discours de Nicolas Sarkozy certaines idées forces des cahiers de doléances établis par l'association à l'issue des révoltes urbaines de 2005 : « Mais de là à ce qu'elles soient appliquées… »


« Amalgame nauséabond »

A en croire les habitants de ces quartiers réunis à la Halde, ce nouveau plan ne règle donc pas le sentiment de stigmatisation qu'éprouvent les intéressés. Une blessure réveillée par le discours de Nicolas Sarkozy lorsque ce dernier a brandi en exemple Rachida Dati, Fadela Amara et Rama Yade. Kaïssa Titous est membre de la Coordination anti-démolition des quartiers populaires : « Si on est là aujourd'hui, c'est pour demander que les habitants de nos quartiers soient traités comme les habitants des centre-ville. »

Dans ce vaste et luxueux hall de la Halde, chacun y va de son analyse pour déconstruire les paroles du Président. Nima et Abdel, respectivement lycéens à Gagny et Clichy-sous-Bois, attendent de voir l'efficacité du busing, proposé dans le Plan banlieue pour mener à la mixité sociale dans les écoles. Abdel :

« Les riches sont enfermés derrière leur boulevard périphérique comme les seigneurs dans leurs châteaux forts au Moyen-Age. Je sais pas si ça changera un jour… Mon lycée obtient 85% de réussite au bac STI chaque année sans l'aide de grand lycée parisien. C'est pas de l'excellence ça ? “

La volonté unanime de passer au-delà du discours n'empêche pas Axiome (voir la première vidéo) de regretter « l'amalgame nauséabond entre voyoucratie, quartiers populaires et immigration fait par Nicolas Sarkozy ». Ce rappeur avait écrit à l'issue des révoltes de 2005 sa Lettre au président. Deux ans plus tard, il est toujours plus inquiet pour la santé de son pays et compte bien le faire savoir.

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3 commentaires sélectionnés

Portrait de LUC A

De LUC A

19H40 | 09/02/2008 | Permalien

dommage de s'en prendre à ce qui essaie justement de retisser du lien et lutter contre les exclusions. même si -médiatiquement - on comprend qu'il s'agit de s'indigner du « pas-assez ». Le paradoxe est qu'essayer de disqualifier la HALDE, c'est radicaliser les choses et enfermer les sujets potentiellement en cause entre silence et revolte violente. Pourquoi ne pas se retourner vers Bercy ? vers le minsitre de L'intérieur ? etc ..

Portrait de skalpa

De skalpa

actif et militant ? | 20H13 | 09/02/2008 | Permalien

Puisqu'on en parle plus haut,
voici la vidéo

http://kprodukt.blogspot.com

Portrait de meg

De meg

01H34 | 10/02/2008 | Permalien

Le choix de la Halde me semble interessant au point de vue symbolique et prudent vu le contexte décomplexé actuel. Je l'interprète plutôt comme une demande de refuge ou de protection de la Halde et un effet d'annonce qui peut attirer les médias sur leur revendications.
Avec la traque actuel des sans papiers, mariages mixtes et autres contrôle au faciès et abus commis par la police et l'administration servile, choisir le ministère de l'intérieur (ou même Bercy) me semble relever du masochisme ou du suicide collectif, au moins à la Halde les flics ne peuvent pas ouvertement les coller en garde a vue et comparution immédiate pour je ne sais quel outrage. A la Halde la presse a une chance d'arriver avant les flics alors qu'au ministère de l'intérieur… On habite Sarkoland ne l'oubliez pas, c'est un pays qui crain, surtout quant on s'appelle Nima ou Abdel et qu'on paye pas l'ISF. D'autre part si ils se font chasser « manu millitari » des locaux de la Halde il me semble que ca a une autre portée que si c'était de Bercy, du coup les autorités risquent d'y réfléchir a deux fois avant de les « disperser » comme ils savent si bien le faire avec les étudiants.

En passant j'en profite pour poster ce lien d'utilité publique
http://quefaitlapolice.samizdat.net/ ? p=234

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