Il y a trois ans à peine, l'actuel ministre de la Défense fustigeait les relents coloniaux de la politique de la France en Afrique et s'engageait devant l'association Survie à soutenir le changement (voir le courrier ci-dessous). Aujourd'hui ministre de Nicolas Sarkozy, il cautionne en connaissance de cause la poursuite d'une politique anachronique et dangereuse au Tchad.
La condamnation du néocolonialisme français en Afrique figurait parmi les thèmes de campagne de plusieurs candidats à la dernière élection présidentielle. Nicolas Sarkozy, on s'en souvient, avait lui aussi promis la rupture avec les « réseaux d'un autre temps » et s'était engagé à ne plus défendre des chefs d'Etat illégitimes. Promesses vite contredites une fois arrivé au pouvoir, comme l'illustrent le soutien apporté par la France au tchadien Idriss Déby, les accolades avec Omar Bongo ou le tapis rouge déployé devant Mouammar Kadhafi.
Moins connues sont cependant les promesses émises sur la question par une autre personnalité politique aujourd'hui en charge d'un secteur clé de la « Françafrique », le ministre de la Défense, Hervé Morin.
En décembre 2004, interpellé par l'association Survie dans le cadre d'une campagne contre le soutien de la France aux dictateurs africains, celui qui était alors le président du groupe UDF à l'Assemblée écrivait ces quelques lignes à François-Xavier Verschave, président de Survie et auteur de plusieurs livres sur la question :
« Je partage avec vous la conviction que la politique africaine de la France a, depuis les années Foccart, mené un cours particulier, peu lisible, manquant de transparence et empreint de clientélisme.“Ces relations, marquées par le souvenirs de l'époque coloniale et reposant le plus souvent sur des relations personnelles d'homme à homme, n'ont plus lieu d'être aujourd'hui. L'UDF souhaite qu'un nouveau cours soit donné à la politique africaine de la France pour lui donner enfin une vraie transparence, une vraie lisibilité. […] Je salue votre initiative […], vous pouvez compter sur notre vigilance et notre soutien.”
Parmi la trentaine de députés ayant répondu aux sollicitations de l'association dans le cadre de cette campagne, cette lettre apparaissait sans conteste comme une des plus argumentées et des plus explicites.
Explicite mais peut être pas vraiment sincère. Car à peine plus de trois ans plus tard, si l'on se fie aux déclarations du même Hervé Morin sur la crise tchadienne et à sa défense de la prétendue “légitimité” d'Idriss Déby, le changement de ton apparaît brutal. Malgré ses engagements précédents, le ministre Hervé Morin s'inscrit aujourd'hui dans la droite ligne de la politique françafricaine de la “stabilité”, celle qui consiste à soutenir les dictateurs en croyant défendre les intérêts français.
Il est vrai qu'il était sans doute plus facile de s'attaquer à la politique de Jacques Chirac depuis les rangs de l'UDF (alors quasiment un parti d'opposition) que d'oser critiquer aujourd'hui la politique de Nicolas Sarkozy au sein même de son gouvernement. Les places sont chères et Hervé Morin n'est pas le plus en sécurité, si l'on croit certaines rumeurs… Le secrétaire d'Etat à la Coopération Jean-Marie Bockel, qui a annoncé il y a peu vouloir “signer l'acte de décès de la Françafrique” mais quasiment muet sur la situation au Tchad, se montrera-t-il, lui, plus courageux ? Si les peuples africains ont bien “droit à la démocratie, comme tous les hommes”, ainsi que l'écrivait le député Morin en 2004 dans son courrier, il y a cependant fort à redouter qu'ils attendent encore longtemps que certains dirigeants français mettent en adéquation leur politique de coopération avec l'Afrique avec les principes défendus lorsqu'ils sont en campagne.
A moins que M. Morin ne pense vraiment, pour reprendre les propos contenus dans sa lettre, que le clientélisme a disparu de la scène franco-africaine, que la politique menée au Tchad ou en Libye est plus lisible et plus transparente qu'en 2004 et que les relations d'homme à homme ne sont plus la règle.
On aimerait y croire aussi…





















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De Art-35_Constitution-1793
Pour une Republique Bonsensiste!! | 12H02 | 08/02/2008 |
Mais … vous êtes tous des nuls les Journalistes, on est en 2008, pas en 2004 ! (ne pas prendre au sérieux)
C'est le drame de notre société, tout faire pour se faire élire, le délit de mensonge ou de faux usage de faux n'existe que dans l'autre sens !
De plus nous sommes maintenant en Sarkozie, plus en France , en 2004 le contexte geographique était différent !
En 2004, on avait pas le « pote Kaddafi » pour nous épauler de l'autre coté de la méditerranée, maintenant en 2008, tout est transparent, on peut dire ce que l'on veut, pourvu que ça rapporte !
Des hommes politique courageux ? Quand ça , ou ca ? Non c'est la ou il y a un grand risque, le mensonge et la bassesse est a un tel niveau que l'on va droit dans le mur, a la vitesse grand V
Que va t-il se passer dans les mois a venir ?
De DidierB63
Devant un écran | 12H20 | 08/02/2008 |
C'est le retour de la « realpolitik » (enfin, elle n'avait jamais vraiment disparue)
On ferme les yeux sur les problèmes ethiques et on garde le controle.
Jusqu'au jour ou tout ça va nous peter à la gueule…
Mais bon, comme disait Louis XV « Après moi le déluge »
http://polemiquons.over-blog.com/
à DidierB63
De pablico
14H30 | 08/02/2008 |
même pas, Hervé Morin est un homme, et il applique notre vieille loi de la tribu (qui est dans nos gènes les plus primaires).
Faible avec le fort, et Fort avec le faible.
Dommage l'évolution n'est pas encore finie…
De Pictulo
12H52 | 08/02/2008 |
Comme le dit l'article, c'est effectivement une question de courage politique. De ce point de vue, nous voilà renseignés sur M. Morin, en attendant les réactions de M. Bockel.
Un portefeuille ministériel est une forme d'aboutissement personnel chez ces personnes. D'où le nombre de candidats à l'ouverture à gauche. D'où aussi la capacité qu'ont ces personnages à oublier leurs beaux élans humanistes, dès lors qu'il y a un fromage à partager. Morin fait partie de ces seconds couteaux, sans grande conscience politique, obnubilés par leur maroquin. Un personnel politique qui n'est pas à la hauteur des enjeux.
De Baptiste Hamon
13H02 | 08/02/2008 |
C'est toujours le même problème… Au pouvoir on a les mains liées… Faut-il y aller et essayer de changer les choses comme on peut, ou rester loin et crier caca ? Difficile « hésitation philosophique » comme dirait Montebourg…
Morin, je l'aimais bien quand il était chez Bayrou, un centre droit malin et pas langue de bois… Mais faut croire que faire partie d'un gouvernement c'est vendre un bout de son âme…
De gege59300
13H17 | 08/02/2008 |
Et une fois de plus il retourne sa veste. Comment faire confiance à ce genre de politicien
De Baal-84
13H17 | 08/02/2008 |
Concernant les rapports qu'entretiennent la France avec d'autres chefs d'état, notamment Kadhafi, il faudrait quoi ? Les laisser dans leur coin ? C'est ça qui ferait avancer les choses ?
Pourquoi est ce qu'il n'y a plus de guerre entre la France et l'Allemagne ? Pourtant ennemis jurés pendant près d'un siècle. Peut être parce qu'à une époque, au lieu de faire les gamins et de bouder chacun de notre côté on a fait un effort pour se rapprocher. Et qu'on a mis l'avis des populations de côté (à l'époque ils ne devaient pas être ravis).
Alors je vois pas en quoi ces réactions primaires : « il a fait des trucs qu'on juge mauvais, donc on le reçoit pas », devraient arranger quoi que ce soit. Ah si, il devrait se sentir tellement honteux de ne pas être reçu par un si grand pays qu'est le notre (alors qu'on est quand même un des rares pays à s'en formaliser à ce point), qu'il serait touché par la grâce et devenir exemplaire … Enfin exemplaire à nos yeux de juges du monde.
Est ce que tout ça est bien constructif ?
Idem pour le Tchad. Peut être qu'on a défendu nos intérêts mais je vois mal en quoi l'intérêt du Tchad aurait été de passer sous contrôle des rebels. Les témoignages et le respect de la résolution de l'ONU me font penser au contraire que l'opération a été respectueuses de tous les partis en présence.
Je pense plutôt qu'on se traine pas mal de complexes historiques : immigration, fichage, colonisation, qui affectent nos jugements. Par exemple je ne fais pas l'amalgame entre les Algériens d'aujourd'hui et le FLN, alors j'estime que je n'ai pas à me justifier de ce qu'à fait un gouvernement français y a 50 ans. Et c'ets valable pour à peu près tout. A un moment il faudra peut être tourner la page. On vit dans le présent, pas dans le passé.
à Baal-84
De toots
void | 13H35 | 08/02/2008 |
« A un moment il faudra peut être tourner la page. On vit dans le présent, pas dans le passé. »
Vous rendez-vous compte que votre argumentation se contradit elle-même ?
Vous commencez par un argument « historique » sur l'Allemagne, pour finir en disant que du passé il faut faire table rase…
Enfin, vous confondez allègrement entente entre nations souveraines et ingérence étrangère. Nous avons construit une amitié franco-allemande, certes, mais nos n'avons pas envhahit l'Allemagne à chaque fois qu'un gouvernement amis était menacé. Cela s'apelle le libre droit des peuples à disposer d'eux mêmes.
Enfin, je ne commenterai pas le point sur l'action Française lors des « évenements » algériens, il y a là un trop fort relent du discours de Sarkozy sur la non repentance qui est écoeurant en soit. D'ailleurs je me garderai de faire l'amalgame entre votre position et l'OAS hein….
Question subsidiaire, qui me vient maintenant, qui sait de nos jours que l'AOS était un groupe terroriste français ? ? Quel média le dit ?
http://fr.wikipedia.org/wiki/OAS
à Baal-84
De Pictulo
13H55 | 08/02/2008 |
Tu te trompes de débat, Baal84. La question soulevée par l'article est celle de la cohérence personnelle d'un ministre, qui fait aujourd'hui ce qu'il condamnait vigoureusement hier.
On pourrait discuter de la repentance, de la néo-colonisation, mais à une autre occasion. Je suis sûr qu'elle ne tardera pas à se produire sur rue89.
De Seam
Chargé d'études | 14H33 | 08/02/2008 |
Il faut peut etre quand même prendre en compte le fait que la France a soutenu le régime face à des rebelles armés par le Soudan, qui ne sont ni des démocrates, ni des humanistes, non ?
De Don Matito
17H22 | 08/02/2008 |
C'est un peu simpliste. Devrait-on laisser un pays ami se faire envahir par des rebelles, avec son cortege de massacre (et empechant au passage l'envoi d'une force au Darfour), pour des principes qui paraissent tres beau vus de Paris ? La situation au Tchad est compliquee et je trouve qu'elle a ete plutot bien geree, la France ne s'est pas trop impliquee mais n'a pas pour autant laisser tombe un gouvernement ami.
Evidement, ce que je viens de dire n'est pas une defense de la visite a Bongo…
De Palavazouilleux
17H29 | 08/02/2008 |
Désopilant.
J'ouïssais aux aurores de ce jour les propos du sieur Morintintin, avatar pléonasmant chez nos valeureux guerriers qui viennent de sauver la mise, une fois encore, une fois de plus, à un détestable autocrate.
Morintintin, devant le micro tendu par ce qu'il faut être bien sot pour reconnaître comme journaliste, s'adressait à un Tchadien. Un qui, par le plus pur des hasards, se retrouvait du bon côté des franchouillardes baïonnettes.
Du Morintintin au Congo !
Hergé pur jus.
Condescendance du colonisateur à l'égard du colonisé.
Comme s'il ne s'était rien produit au cours des cinquante dernières années.
Comme si subsistaient sur la carte de l'Afrique ces grosses taches vinasseuses sensées représentées le franchouillard empire.
A l'Est et à l'Ouest.
Oui, monsieur mon instituteur, si j'ai oublié votre nom, ce que je ne me pardonne pas, je me souviens par contre de la carte du continent africain, des taches et de l'énumération de « nos » possessions.
Morintintin porte cette culture là avec une sorte de véhémence infantile.
Qui me donne l'envie de lui botter le cul.
Une farouche envie.
Exacerbée par la photo que publie Le Monde (d'hier et d'aujourd'hui).
Morintintin, Ministre Désarmé, l'oeil rivé au viseur d'une arme qui vous extermine, en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, une flopée de rebelles.
La mèche au vent du désert, Morintintin.
Mais si fier de démontrer qu'il en a.
Des armes, bien entendu.
Ce qui est un comble pour un Ministre Désarmé.
De skalpa
actif et militant ? | 17H38 | 08/02/2008 |
http://kprodukt.blogspot.com
De Tita
oiseau | 18H58 | 08/02/2008 |
Hervé Morin, ce n'est pas le type qui a créé le nouveau centre en abandonnant Bayrou tout en le torpillant afin de sauver sa tête ?
Faut-il alors s'étonner que ses idées soient celles d'un caméléon, changeantes selon le contexte où il se trouve ?
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 20H55 | 08/02/2008 |
Et le même Hervé Morin (traître), mardi prochain, pour aller voir les gendarmes et le GIPN à Evreux, se fait accompagner par Mme le ministre de l'Intérieur et M. le Premier ministre.
Après, on va nous faire croire que les élections municipales n'ont pas de rapport avec un enjeu national…
Fabien
http://menilmontant.noosblog.fr/
De marie 75 3563
21H27 | 08/02/2008 |
Après Léon Morin « Prêtre »…
Hervé Morin « prêt à tout » … pour la soupe !
à marie 75
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 22H43 | 08/02/2008 |
@marie75,
d'où son surnom de Hervé Morin, traître !
Fabien
http://menilmontant.nosblog.fr/
De Daniel R
Visiteur d'entreprise | 23H11 | 08/02/2008 |
L'étude du mode de vie des hommes politiques ne réserve que peu de surprise. Un peu comme des animaux soumis à leurs instincts, leurs comportements obéissent à des règles simples.
Par exemple, si le mâle dominant leur laisse entendre qu'il pourrait recevoir un maroquin dans un futur proche. Aussitôt il se découvre une sympathie irrésistible envers celui qu'ils critiquaient sans retenue jusqu'alors et s'empressent de trahir au passage ceux à qui ils doivent tout.
C'est comme ça que le mâle dominant et malin comme un singe conquiert la troupe qui le propulsera vers les plus hauts sommets malgré la jalousie, le mépris et parfois la haine qu'il avait pour lui.
Si en plus, le mâle dominant leur donne effectivement le maroquin, alors leur reconnaissance ne connait plus de bornes. Peut-être que finalement, ils ne sont pas si nuls. Leur métamorphose s'achève alors. Les vieux principes qui ont conduit toute leur vie tombent en lambeaux comme de vieilles peaux. Les valeurs humanistes et le courage politique qu'ils montraient parfois ne sont plus que de vagues souvenirs d'un temps révolu.
S'ils étaient anti-colonialiste par exemple, ils deviennent fervents partisans de l'interventionnisme militaire dans l'unique intérêt de gros actionnaires de multinationales.
S'ils étaient laïques, ils deviennent religieux.
S'ils étaient démocrates, ils deviennent versaillais.
En réalité, nous trouvons leurs singeries pathétiques mais heureusement le mâle dominant fait le pitre et le monde entier rigole.
à Daniel R
De Tita
oiseau | 10H36 | 09/02/2008 |
Bon, alors attendons qu'un autre mâle dominant arrive pour chiper au mâle alpha, une partie de sa troupe, (voire toute la troupe).
à Tita
De Daniel R
Visiteur d'entreprise | 00H43 | 10/02/2008 |
J'ai pronostiqué dans un ancien commentaire que ce serait Villepin, le vieux singe à qui on n'apprend pas à faire la grimace. Le signe de la fin de Sarko serait l'appel que ferait signer Devedjan aux députés de l'UMP.
Mais je me demande si les parlementaires UMP tiendront jusque là. Fillon, malgré son souhait d'une américanisation de la constitution, devant la transformation comico-bling bling de l'ex-champion, pourrait reprendre la main avec le soutien de la majorité des députés après la catastrophe annoncée des municipales.
Evidemment il faudrait qu'ils aient un peu de cran et de courage, mais faute de conscience politique, si leur réélection est en danger, ils devraient avoir un réflexe naturel de survie.