Decryptage

Ecopolis : vers des villes nouvelles vertes

Passées au karsher vert, les villes nouvelles des années 1960 réapparaissent en « écopolis » dans le rapport Attali.


Bedzed, îlot résidentiel vert au sud de Londres (DR).

S'inspirant des » ecotowns » annoncées l'été dernier par Gordon Brown, le rapport propose donc de » mettre en chantier dix écopolis, villes et quartiers d'au moins 50 000 habitants, intégrant technologies vertes et technologies de communication » .

A quoi ressemblerait une écopolis ?

Jean-Pierre Gautry, président de la Société française des urbanistes, imagine une ville compacte mais pas forcément verticale, économe en ressources et pratiquant une agriculture de proximité, à la façon des cités-jardins du début du XXe siècle :

Pourquoi construire des écopolis ?

D'abord pour le geste politique. De Gaulle a eu ses villes nouvelles, Sarkozy aurait ses écopolis. Effet vitrine assumé par le rapport, qui parle de » laisser une trace forte dans le pays » : créer par l'exemple ce fameux choc de croissance qui se fait attendre.

Ensuite, pour concrétiser un rapport qui donne l'impression de partir dans toutes les directions. C'est ce qu'explique Laurent Coudroy de Lille, maître de conférence à l'Institut d'urbanisme de Paris :

 » C'est une politique transversale qui s'attaque à un certain nombre de problèmes en bloc. Les écopolis font le lien entre diverses propositions comme le logement, l'innovation technologique et la politique de développement durable. »

Au final, trois objectifs pour les écopolis : large accès aux technologies numériques, réduction de l'empreinte écologique et mixité sociale.

Pourquoi construire plutôt que rénover l'existant ?

Construire n'est, a priori, pas une mauvaise idée vu les prix de l'immobilier et la pénurie de logements actuelle. Mais cela suppose parfois de manger sur des terres agricoles, comme le rappelle Arnaud Gossement, porte-parole du groupement d'associations France Nature Environnement :

Pour lui, les écopolis n'ont rien d'écologique. Il y voit » un cheval de Troie de l'équipement » pour relancer la construction d'autoroutes et remettre en cause le moratoire sur les autoroutes décrété par le Grenelle de l'environnement :

Penser le réseau et le territoire dans lequel la ville s'insérera, c'est aussi la recommandation de Jean-Pierre Gautry, président de la Société française des urbanistes. Favorable aux écopolis, il rappelle que construire des habitations écologiques ne suffit pas à créer une ville verte :

Une assertion frappée de bon sens mais qui n'a pas toujours été respectée lors de la construction des cinq villes nouvelles de la région Île-de-France. Faute de réseaux de transport bien pensés, la voiture y est devenue reine (cf. plus bas).

Bill Dunster et son cabinet d'architecte sont à l'origine de l'écoquartier Bedzed (Beddington zero energy development) au sud de Londres. A ses yeux, rénovations et contruction vont de pair :

 » Le premier obstacle à la construction de bâtiments » zéro carbone » en est le coût. Ce sont des composants spécifiques et tout ce qui est spécifique est cher. Si on bâtit des écovilles de grande taille, réellement sans émission de carbone, on va créer des économies d'échelle qui vont réduire le coût des matériaux. La chaîne d'approvisionnement est la même pour la construction et la rénovation. Rénover l'existant deviendra du coup meilleur marché. »

Quelles leçons tirer de l'expérience des villes nouvelles des années 1960-70 ?

Le rapport Attali évite soigneusement toute référence aux » villes nouvelles » , construites à la fin des années 1960 pour organiser la croissance des grandes agglomérations françaises et principalement de Paris. Laurent Coudroy de Lille a fait partie du programme d'évaluation des villes nouvelles mené de 1999 à 2005 :

 » Les villes nouvelles des années 1970 sont mal perçues dans l'opinion publique, car elles n'ont pas satisfait à tous les idéaux qui en étaient à l'origine. On voulait rompre avec les grands ensembles et développer une mixité sociale. Par une dérive institutionnelle et économique, on y a construit énormément de logements sociaux et elles sont apparues comme une reconduite de ces grands ensembles. »

Principal écueil : des villes conçues pour la voiture, sans transports en commun transversaux, » en particulier vers d'autres villes que la ville centre » , souligne Jean-Pierre Gautry. » Les écopolis doivent être maillées, reliées avec une dimension de transports en commun qui qui soit préalable à leur construction. »

Autre leçon : bâtir une ville demande du temps et de la constance. Pas forcément le point fort du quinquennat actuel. Laurent Coudroy de Lille est sceptique :

 » Quand on lit que le rapport Attali prévoit ces villes pour 2012, ça fait sourire. Dans quatre ans, au mieux nous n'en verrons que les prémisses. »

Le rapport précise bien que les écopolis ne devront pas augmenter la fiscalité locale. Il faudra donc trouver des partenariats public-privé à budget constant pour les collectivités locales. Un équilibre difficile à tenir sur la durée :

 » A partir de 1973, les villes nouvelles comme Saint Quentin en Yvelines ou Marne la Vallée, ont connu plusieurs années de déficit important que l'Etat a du porter. Il a été question d'arrêter ces projets là où ils en étaient restés. Il a fallu que la gauche les adopte à partir de 1977 au niveau local, puis de 1981 au niveau du gouvernement pour les relancer. »

Où créer ces écopolis ?

Dans les années 1970, l'Etat, dans une logique géographique de rééquilibrage des grandes agglomérations, avait lui-même désigné de façon directive les emplacements. Aujourd'hui, le rapport Attali envisage un appel à projets qui mette les territoires en concurrence.

Sur la ligne de départ, trois cas de figure imaginables : des territoires ruraux, des villes qui voudraient créer une écopolis dans leur périphérie, ou des périphéries urbaines qui proposeraient qu'un ensemble de communes se fédère pour devenir une écopolis.

Le rapport Attali veut en placer trois dans des » zones sensibles » . Laurent Coudroy de Lille s'en félicite :

 » Les écopolis pourraient entrer dans la politique de ville de restructuration sociale. Je pense à deux sites en région parisienne : le nord-est de la Seine-Saint-Denis, un secteur dont on a beaucoup dit qu'il lui avait manqué une ville nouvelle, et la plaine centrale du Val de Marne, où il y a d'importantes friches et donc des possibilités foncières. »

Et ailleurs ?

Pour pallier les carences du marché de l'immobilier britannique (le prix des maisons a doublé en dix ans) et réduire les émissions de Co2, le premier ministre Gordon Brown a annoncé, en juillet 2007, la création de cinq » ecotowns » de 5000 à 20000 habitants. Nombre porté à dix devant l'affluence des candidatures.

Après Bedzed, dans le sud de Londres, le cabinet d'architectes de Bill Dunster participe actuellement à la construction de trois écovilles de 4500 unités en Chine et espère bien contribuer aux » ecotowns » anglaises :

 » Il est très intéressant de voir qu'une grande partie de la réflexion actuelle n'a pas lieu en Europe mais à l'Extrême-Orient, en Chine et en Corée. C'est très important que les gouvernements français et anglais s'en saisissent. Sinon toute notre expertise sera exportée. »

En Corée, sur une île artificielle à soixante kilomètres de Séoul, des entreprises américaines et coréennes font ainsi sortir de terre une U-ville, prévue pour 2014. U pour « ubiquitous computing » : New Songdo City sera une ville informatique qui autorisera tous les systèmes d'information à partager leurs données. Tout sera connecté et suivi en temps réel. Des cartes-clefs de maison qui permettront d'emprunter un vélo, de voyager en métro ou de prendre un livre à la bibliothèque aux poubelles de recyclages intelligentes qui créditeront le compte de celui qui y jette une cannette.

Le rapport Attali cite également Mountain View, en Californie, siège de la société Google. Pas de ville nouvelle en vue ici mais un accès wifi gratuit dans tous les lieux publics de cette ville de 70700 habitants. En 2006, le célèbre moteur de recherche a équipé tous les lampadaires municipaux d'émetteurs wifi.

Selon Jean-Pierre Gautry, les villes nouvelles ont encore de beaux jours devant elles : » On va passer de 6,3 à 9 milliards d'humains sur la planète en 2050, soit en l'espace de quarante ans. On ne peut pas imaginer que la France va être à l'écart des mouvements migratoires qui vont se produire. Cette croissance de la population la concerne. »

22 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de François-Laforgue

De François-Laforgue

13H43 | 07/02/2008 | Permalien

ce serait plutôt Kärcher, c'est-à-dire la marque allemande du dit fameux produit…

Portrait de pablico

De pablico

14H02 | 07/02/2008 | Permalien

On imagine suivant les besoins et technologies du moment. On construit.
Quelques années après tous ces deux paramètres ont changés, la ville devient caduque, obsolète, mal adaptée, voir inhumaine.
Et on recommence…..on ne peut pas juger,tout évolue.

Le seul jugement négatif qui apparait, c'est qu'on doit penser aux transports d'abord, et, urbaniser dessus,
et non l'inverse.

Portrait de kawouede

à pablico Portrait de pablico De kawouede

19H22 | 07/02/2008 | Permalien

Très juste pablico ; c'est justement la démarche des Verts français (en tout cas dans leur majorité) : non pas des technocrates rêveurs et dangereux qui ont du mal à voir la réalité résister à leur théorie (tendance Attali) que des acteurs de terrain soucieux de concertation. La « révolution verte » imposée par en-haut, c'est le modèle Nicolas Hulot-Sarkozy (pensée bonapartiste) ; celle qui se fait uniquement depuis les citoyens manque de souffle et de force face aux intérêts adverses ; la solution est donc dans une transformation à tous les échelons de pouvoir, du local au global, dans la concertation et la prise en compte des différents acteurs.

Portrait de El Fredo

De El Fredo

14H19 | 07/02/2008 | Permalien

Si les écopolis attaliennes ne sont pas basées dès l'origine sur le principe du zéro-voiture, elles sont vouées à l'échec. Car une telle agglomération n'aura rien d'écologique si elle induit une utilisation massive de l'automobile pour communiquer avec l'extérieur.

Voir à ce sujet l'excellent site carfree.com, fruit du travail d'un urbaniste visant à supprimer l'automobile de la ville en la rendant inutile :

http://www.carfree.com/

Voir notamment la topologie « 6 lobes » qui permet de relier les quartiers entre eux :

http://www.carfree.com/topology.html

Chaque quartier peut avoir sa propre identité. Sa taille est calculée afin de favoriser la circulation piétonnière :

http://www.carfree.com/district.html
http://www.carfree.com/var_district.html

Enfin chaque bloc est organisé autour d'un espace vert communal ou privatif :

http://www.carfree.com/block.html

Cet urbaniste a apparemment participé à une conférence sur Lyon en 1997, où il a présenté son concept de ville zéro-voiture dans l'optique d'une extension de l'agglomération :

http://www.carfree.com/existing.html
http://www.carfree.com/draw/lyon_big.html

Il s'est beaucoup inspiré des villes européennes et marocaines (Venise par exemple), où la densité et le plan favorisent ou nécessitent la circulation piétonnière. A l'opposé des villes nouvelles basées sur le modèle nord-américain, favorisant la prédominance de l'automobile, l'étalement urbain et le zonage hyper-spécialisé, générateurs de problèmes de transports. Les écopolis doivent affirmer leur identité européenne. Ici il définit une « bibliothèque » d'éléments réutilisables (« patterns » dans le jargon architectural), briques élémentaire à partir desquelles on peut construire et décrire une ville :

http://www.carfree.com/design/index.html

Les écopolis peuvent parfaitement être conçues comme de nouveaux quartiers d'une agglomération existante, à condition de prendre en compte les problèmes de transport au niveau global. C'est même souhaitable dans un premier temps pour éviter les phénomènes d'isolement générateurs de pollution automobile.

Portrait de DBL8

à El Fredo Portrait de El Fredo De DBL8

Retraité | 08H03 | 08/02/2008 | Permalien

Zéro véhicules… Pensez un petit peu aux personnes qui ce déplacent difficilements !
Et avec les vagues de papy-boum qui sont là ou arrivent… car ce sont des personnes qui vont-être dans ce cas.
Les bâtiments existants peuvent-être équipés d'isolations performantes, mais voila, il faut vouloir le faire sans faire travailler les copains bétonneurs !
Les constructions neuves actuelles sont abérentes, isolées par l'intérieures des conditions climatiques, comme ça, la masse du bâtiment chauffe en été et est froide en hiver (tout un chacun le sait), et il est plus difficile de maintenir une température correct dedans les habitations. De plus les matériaux sont là depuis longtemps, et pas beaucoup plus cher.

Portrait de El Fredo

à DBL8 Portrait de DBL8 De El Fredo

15H32 | 08/02/2008 | Permalien

Rassurez-vous, personne ne parle d'interdire la voiture, juste de rendre son utilisation inutile dans la majorité des cas, en transformant chaque quartier en mini centre-ville.

Portrait de Suppriméàlademandeduriverain17.02.09

De Suppriméàlademandeduriverain17.02.09

14H47 | 07/02/2008 | Permalien

Il est hors de question que ces utopiaques viennent manger sur mes terres. Les bétonneurs sont de retour,les Bouygues, les Vinci et autres bons copains de la droite capitaliste qui s'enrichit en proposant des projets pharaoniques autant que polluants.

Les villes nouvelles ont empiété sur les territoires agricoles d'Ile-de-France, on a vu le résultat. Celui qui nous est promis ne peut être différent du précédent.

La seule solution passe par répartir la population sur l'ensemble du territoire, rénover les grandes villes et les banlieues, certainement pas par grignoter les terres arables au profit d'écopolis et de villes nouvelles.

Ajouter pour être complet que l'idée d'une polis technologique n'est absolument pas rebutante en soi. Mais on ne peut imaginer détruire l'environnement pour parler ensuite d'écologie, c'est un non-sens absolu. On l'a vu en Seine-et-Marne notamment ou dans les Yvelines où il a fallu en urgence classer la forêt de Fausses-Reposes.

Méfiance, notre éco-système devient fragile. Les nappes phréatiques et nos rivières sont souillées, nos champs pollués, nous devrions devenir à ce rythme de plus en plus dépendants des importations agricoles alors que la France a de tout temps été auto-suffisante.

Le futurisme BD-américain n'est pas concevable dans un territoire exigü comme la France. D'ailleurs, si ç'avait été transposable en Europe, nos voisins auraient importé l'idée depuis longtemps, non ?

Portrait de kawouede

à Suppriméàlademandeduriverain17.02.09 Portrait de Suppriméàlademandeduriverain17.02.09 De kawouede

20H45 | 07/02/2008 | Permalien

Les Verts proposent une solution plus sûre pour faire de l'écologie en ville : les éco-quartiers
Voir sur le programme de Baupin à Paris
http://www.baupin2008.fr/Les-eco-quartiers.html

Portrait de DBL8

à kawouede Portrait de kawouede De DBL8

Retraité | 08H05 | 08/02/2008 | Permalien

BAUPIN…Les Parisiens ne lui disent pas merci (pour parodier une pub) ! !
Vous n'avez pas d'autre exemples qui ne donne pas envie d'être agressif ?

Portrait de aissachris

De aissachris

techelec s/of | 14H47 | 07/02/2008 | Permalien

el fredo, merci, l avantage du plan Attali est qu il peut decider de la mise en oeuvre a grande echelle des travaux, et si par chance, les concepteurs s appuient sur les bonnes infos, on peut esperer qu il en sorte du bon.
Mais que de temps perdu, on entend peu parler des travaux en cours, y a t il des freins, ou est ce encore un probleme de financement ?

Portrait de karghyl

De karghyl

informaticien, Paris | 15H06 | 07/02/2008 | Permalien

Le rapport Attali préconise donc des Ecopolis, qui seraient économe en ressources permettraient de pratiquer une agriculture de proximité.

Est-ce que ceci n'est pas incompatible avec une autre mesure de ce rapport, à savoir le développement des grandes surfaces ?
Sachant que toutes ce mesures devraient, selon Attali, être appliquées en même temps, ça promet un beau bo..el

Portrait de repmi

De repmi

15H10 | 07/02/2008 | Permalien

Ecopolis pour moi c'est Globalia
Des centres propres trés propres ,une connexion wifi pour tous et la surveillance de Bog Brother
Pourra-t-on s'échapper de ces bulles ? ou ce sera interdit ?

Portrait de pietro

De pietro

Retraité Cadre-VRP | 15H25 | 07/02/2008 | Permalien

Et si on construisait,dorénavant,toutes Villes Nouvelles,(céations ou développement de l'éxistant) au centre des bassins d'emplois ou éxiste déja un schémat directeur etune bonne part des structures indispensables, et limiterait les flux du déplacement quotidien de nos concityens qui vont au travail ?

Portrait de François Doutriaux

De François Doutriaux

Juriste et enseignant chercheur | 15H55 | 07/02/2008 | Permalien

Quelques remarques pour complêter si possible cet article fort intéressant :

d'une part l'échec relatif des villes nouvelles (notamment dans le nord de la France) a largement résulté de l'incapacité de ses promotteurs à établir durablement un tissu de commerces de proximité. La désertification commerciale de ces zones a abouti à la mise en place d'immenses cités dortoirs souvent dépourvues d'activité attractive ou de vie de quartier. Concilier les impératifs d'une « écoville » avec le maillage de communication et de commerces (antiécologique par définition) seuls suspectibles d'assurer sa perennité est un pari extrêment risqué, sinon impossible. Sauf à modifier des structures existantes, auquel cas on voit mal quelles seraient les réelles particularités de ce projet au regard de l'évolution naturelle de l'urbanisme actuel (obligations renforçées en matière de prise en compte du risque technologique, de la consommation énergétique, des diverses formes de pollution, etc..).

d'autre part, un projet de cette nature, si attractif qu'il soit sur le papier, est effroyablement complexe a réaliser dans la pratique : outre les difficultés techniques innombrables et les problémes de cumul de décision à différents niveaux (commune, région, état), le probléme crucial du finançement n'est guère abordé par le rapport Attali, alors même que son ambition parait démesurée (10 écovilles de 50 000 habitants, là où Gordon Brown n'envisage pour l'instant d'un point de vue concret que 2 projets similaires pour 15 000 habitants chacun).

Le rapport Attali prévoit trois obligations à la charge de l'état : la création d'emploi (on voit mal ceci étant comment la construction neuve à hauteur de 500 000 unités de logement pourrait ne pas créer d'emploi…), la qualité et la densité les plus adaptées aux exigences environnementales (c'est là la définition même d'une écoville…) et surtout…l'absence totale d'impact des opérations sur la fiscalité locale (donc des CTIE : commune, département, région) !

L'état devrait donc assumer seul la charge finançière pharaonique de ce projet : créer en 4 ans, 500 000 unités de logement ainsi que toute l'infrastructure associée, et ce en déployant les coûteuses nouvelles technologies « environnementale ».

Pour évaluer la réalité budgétaire de ce projet, on peut se fonder sur le prix d'une maison HQE (haute qualité environnementale) « low cost » proposée par les rares constructeurs français agréés : entre 125 000 et 250 000 euros pour une maison.

En estimation prudente, la seule construction de ces logements coûterait prêt de 20 milliards d'euros.

Par comparaison, en 2007, le budget de l'état pour la construction de logements sociaux était d'un peu plus de deux milliards : 481 millions de budget, 458 millions de crédit de paiement et 1,2 milliards d'allégements fiscaux (dont l'essentiel pour les bailleurs sociaux, sans rapport avec le présent projet). La comission Attali propose donc (en supposant que l'intégralité des logements construits seraient affecté à l'habitat social, ce qui est plus qu'improbable, et sans doute peu souhaitable afin d'éviter les dérives de la ségrégation urbaine qu'a jadis connu la France) de doubler, voire de tripler ce budget !

Bien évidemment, ce chiffre n'intégre pas le coût d'achat des terrains, la création des infrastructures de transport et de communication, la mise en place des réseaux d'énergie et d'eau courante, des services publics, etc… qui imposerait au minimum un doublement de ce montant.

De fait, ce projet pharaonique supposerait de dégager 40 milliards d'euros sur 4 ans. 10 milliards par an,et ce sans participation des collectivités locales. Un montant vertigineux, largement supérieur à l'intégralité du budget « ville et logement de l'état » (7,16 milliards pour 2007).

Cela ne reviendrait qu'à augmenter de 25% le déficit public, déjà endémique…

Par ailleurs, Le développement durable est avant tout un enjeu de rénovation des structures existantes, et d'intégration de nouvelles technologies « propres » pour modifier les comportements et pratiques actuelles : il parait plus approprié d'investir dans la rénovation et l'amélioration du parc immobilier existant, qui concerne 72 millions de personnes, que de créer des logements neufs pour 500 000 habitants, quant bien même la chose serait réalisée de manière satisfaisante. La chose serait certes moins rentable pour les grands noms français du BTP et des services associés à la mise en place d'une nouvelle agglomération, mais elle le serait probablement beaucoup plus d'un point de vue environnemantale.

Enfin, les technologies environnementales, si elles existent pour bon nombre, sont souvent experimentales et loin d'être appliquées à une échelle industrielle. Le surcoût et les difficultés techniques liées à la finalisation opérationnelle de ces technologies sont totalement imprévisibles…

Le programme public de développement en matière d'écologie du logement était en 2007 doté d'un budget de 7,3 millions d'euros, un volume risible en comparaison des besoins que susciteraient la réalisation de la recommandation du rapport Attali.

On peut également noter que les fameuses ecotowns de Gordon Brown, pour l'instant virtuelles (les premiers projets proposés ont été refusés par le gouvernement britanniques) font pour le moins débat au royaume-uni. Les sites sélectionnés pour leur implatation sont partagés entre l'enthousiasme des dirigeants politiques et des entrepreneurs…et les protestations parfois véhémentes des habitants…

Portrait de Emma Indoril

à François Doutriaux Portrait de François Doutriaux De Emma Indoril

Nérévarine | 16H18 | 07/02/2008 | Permalien

Merci pour ces éclaircissements. Je comprend mieux la partition qui nous est joué…

Portrait de Marie7777

à François Doutriaux Portrait de François Doutriaux De Marie7777

22H39 | 07/02/2008 | Permalien

Comme vous l'indiquez, c'est dans la rénovation de l'existant que réside le principal gisement d'économies d'émissions de CO2 : dans le logement, mais aussi dans les 850 millions de m2 d'immobilier de bureaux et d'activités. Les mesures incitatives, puis contraignantes qui sont prévues dans le cadre du « Grenelle de l'environnement » joueront davantage, si elles sont réellement adoptées, que d'éventuelles Ecopolis. Les fonds énormes engloutis dans ces Ecopolis (50 000 habitants, soit l'équivalent d'une ville moyenne) trouveraient un bien meilleur usage, notamment, dans la recherche pour développer, industrialiser et donc rendre moins coûteuses les innovations en terme d'isolation, de gestion de l'énergie et des déchets, etc.
Au passage, le rapport Attali propose de puiser dans la trésorerie inutilisée des organismes HLM pour contribuer à financer les Ecopolis… au lieu d'optimiser la gestion de cette trésorerie pour les énormes besoins de logements sociaux que nous connaissons.
Autre précision : les expériences déjà menées à l'étranger, de type Bedzed en Grande-Bretagne, ne sont pas entièrement des réussites, notamment parce qu'elles nécessitent un changement de comportement de la part de leurs habitants ou des gens qui y travaillent. Il ne suffit pas de créer une ville « idéale » pour qu'elle fonctionne.

Portrait de DBL8

à Marie7777 Portrait de Marie7777 De DBL8

Retraité | 08H09 | 08/02/2008 | Permalien

En plus des villes à la campagne (pas nouveau et commique) pensons que les activitées créés, le sont au détriment d'autre régions !
La création d'emplois n'étant pas extancibles.

Portrait de Marc

De Marc

16H36 | 07/02/2008 | Permalien

ça me fait penser que déjà « on » avait eu la bonne idée de lancer des villes nouvelles dans les années 60/70… Environnement en moins (quoique)… la philosphie n'était pas spécialement différente… avec le résultat qu'on connait aujouurd'hui pour une majorité d'entre elles… et si on s'occupait déjà de l'existant… sérieusement ?

http://marc.vasseur.over-blog.com/

PS : je termine mon deuxième mandat dans une des ces villes nouvelles… ces quartiers nouveaux vieillissent plus que pas bien… on le sait depuis 15 ans…

Portrait de belaragoth

De belaragoth

17H58 | 07/02/2008 | Permalien

et so on fixais un budget photovoltaique de ville. Tous ces toits si inutiles servirais deja a donner en partie une bonne part d energie.
Ensuite y a des petits trucs sympas comme installées des abris pour la pluie et les utilisés pour recuperer la pluie ça fais jolie dans le paysage et on economise de l eau…

ensuite faire un decret ^^ je sais pas comment ça marche. Pour interdire aux magasins de laisser leur lumiere allumer, ça m enerve tout cette eclairage de gacher pour montrer la vitrine du coiffeur du lavomatic alors que tout est fermé.

Il y a des multitudes de solution toute simple pour reduire notre impact environnemental.
alors lançons nos idées et avançons.

Portrait de DBL8

à belaragoth Portrait de belaragoth De DBL8

Retraité | 08H16 | 08/02/2008 | Permalien

Cela fait longtemps que la lumière doit être éteinte dans les locaux, de travail, commerce, ect. la nuit ! Il me semble que cela date de la première crise du pétrol. 73/74)
Le photovoltaïque serait moins cher quant aux matériaux… et les autorisations moins difficiles à obtenir auprès des mairies ; et oui, pour certains il les faut.
Pour la récup. de l'eau de pluie, il y a des aides pour acheter des récupérateurs.
Apparemment, c'est juste une question d'infos pour beaucoup.

Portrait de gds

De gds

architecte | 18H42 | 07/02/2008 | Permalien

La ville serait ce territoire onirique où viendraient s'incruster nos désirs de vivre ensemble. La ville est le lieu où s'incarnent nos rencontres avec l'autre, à l'antipode des relations numérisées des vidéo-conférences.

La ville va mal, son avenir est sombre et incertain. Quand l'avenir se dérobe, il faut revenir résolument aux origines. C'est admis pour l'individu. Pour la ville, préciser ce qui s'est passé aux origines,s'oppose à une amnésie généralisée auprès des professionnels de la profession.

La ville survient tard dans l'histoire des hommes. Héritière de plusieurs centaines de milliers d'années d'une patiente hominisation, elle concentre en elle tous les acquis précédents puis, en quelques siècles, elle conquiert le monde.

À l'origine, issue du désir de s'affranchir des dieux, de tendre à l'immortalité et de réaliser le bonheur sur terre, la ville va devenir le lieu et la matrice de notre civilisation.

Pour vivre libres les hommes vont paradoxalement s'enfermer derrière des murailles. Microcosme clos mais incomplet, la ville trouvera dans l'ouverture à « l'autre » les raisons et les moyens de sa réussite. La ville n'est pas la réponse rationnelle a une brusque montée en puissance d'un village saisi par une poussée démographique. La ville va naître d'un désir, du désir fou de vivre sur terre comme des dieux.

Vivre en ville ne peut se réduire à une consommation individuelle sans entrave. Vivre ensemble affirme le défi de la ville entre liberté et démocratie. Face au saccage hyperlibéral de la planète, la ville représente un niveau d'organisation intermédiaire entre la solitude intime de l'individu et l'inhumanité de l'État.

Le monde en proie aux attaques enragées de l'économie libérale et aux accidents du terrorisme international ne pourra assurer son avenir qu'en réhabilitant le politique, pour maintenir ou developper, sans exclusive, un nouvel art de ville.

Portrait de vol19

De vol19

awash | 20H40 | 07/02/2008 | Permalien

Certes les villes nouvelles des années 60 -70 ne sont pas de grandes réussites. Peut-être aussi parceque l'on a « répété »… les mêmes erreurs qu'avec les banlieues ou « grands ensembles » ?

Faut-il jeter le bébé avec l'eau du bain pour autant ? C'est à dire la concentration en France dans un système centralisé autour de une ou quelques mégapoles, au centre historisé et au foncier hors de prix, aux transports bloqués, le bannissement des classes moyennes et populaires dans des « ban-lieues » ou dans des premières, deuxièmes couronnes mal accessibles ou par des processus encore plus centrifuges dans des zones rurales lointaines et mortes… En l'état de l'augmentation des prix des transports et de la désaggrégation du lien social, ce modèle est une impasse.

Le modèle polycentrique composé de villes moyennes maillées par des transports en commun bon marché autour de bonnes universités, comme on a pu l'observer dans certaines zones des Etats-Unis, Brésil, Europe du Nord, Allemagne… même si les cas sont très différents, donnent un autre espoir que ces impasses actuelles.

La cité est peut-être la seule utopie raisonnable qui nous reste, qui peut mobiliser autour de cadres, des expérimentations sociales, culturelles, économiques, technologiques, architecturales, esthétiques, écologiques… ce qui me semble grave, c'est comme maintenant en France, c'est que l'on ne peut plus rien expérimenter… et effectivement qui ose proposer quoi que soit se fait fusiller…
D'un autre côté si rien ne se passe dans les années à venir, c'en est fini tant ce système bloqué ne peut que dégénérer.

Ressortir le débat sur les « écopolis » n'est peut-être pas inutile, malgré les écueils, c'est au moins tenter de faire quelquechose en espérant que la mise en place évitera les vieilles erreurs.

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