Enseignante dans la région de Lyon, cette lectrice de Rue89, déçue du sort réservé à l'accompagnement des élèves en difficulté, nous a envoyé ce texte :
Je suis prof dans un collège ZEP dans le département du Rhône. Depuis cet automne, et conformément aux promesses de Nicolas Sarkozy et aux engagements de Xavier Darcos, mon établissement propose aux élèves en difficulté un accompagnement éducatif », le soir, après les cours.
Le dispositif fonctionne bien : plus d'une centaine d'élèves sont inscrits, à raison de deux ou trois soirs par semaine en général. Les parents, qui signent un formulaire, ont été impliqués ; les élèves viennent sans (trop) rechigner. Une trentaine de personnes assurent « l'aide aux devoirs » : des profs, des surveillants et des intervenants extérieurs.
Or, la semaine dernière, coup de théâtre. Le principal -très engagé en faveur de ce dispositif- nous a appris que l'enveloppe promise aux collèges ZEP du Rhône dans le cadre de l'aide aux devoirs allait se réduire comme peau de chagrin. Initialement fixée à 50 000 heures, elle avait déjà été ramenée à 35 000 heures fin décembre.
Tous les collèges ZEP du Rhône n'ayant pas encore mis en place l'accompagnement éducatif étaient priés d'attendre… des jours meilleurs. Mais cette fois c'est pire : fin janvier, l'inspection académique a encore annoncé que l'enveloppe allouée ne pourra plus couvrir que 10 000 heures ! L'inquiétude est grande, car toutes les heures n'ont pas encore été payées. Dans mon collège, profs et surveillants les plus chanceux ont touché fin janvier les sommes correspondant aux heures effectuées en octobre et en novembre. Mais les intervenants extérieurs n'ont toujours rien vu venir. On leur a promis qu'ils seraient payés…. en mars ! Au total, le 15 février (date du début des vacances d'hiver, ici) seules un tiers des heures faites auront effectivement été rémunérées ! Depuis, le rectorat s'est voulu rassurant quant à la rémunération des heures : ouf ! Nous n'aurons pas fait du bénévolat en croyant « travailler plus pour gagner plus'. Mais aucune précision n'a été donnée quant au nombre d'heures encore disponibles d'ici la fin de l'année scolaire (il reste quand même quatre mois ! ).
Aux dernières rencontres parents-professeurs, on avait réussi à convaincre de nouveaux parents, trop heureux qu'on leur propose quelque chose pour améliorer les eésultats de leurs enfants.
Que va-t-on leur dire le 3 mars, à la rentrée des vacances ? Que le dispositif est annulé ? Les profs et les surveillants garderont leur emploi… mais pour les intervenants extérieurs, qui pensaient s'être engagés à l'année, que va-t-il se passer ? Et à la rentrée 2008, comment pourra-t-on prendre au sérieux l'accompagnement éducatif des “orphelins de 16h30” qu'on aura laissés tomber au milieu du gué l'année précédente ?


























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De marie 75
10H27 | 08/02/2008 |
je vous transmets ce texte en provenance de Vaux en Velin que j'ai
recu ce matin.Désolée la mise ne page n'est pas terrible et il y a qq fautes de frappe, mais l'essentiel y est ! ! ! !
sans commentaire.
Vous savez tous que j'occupe depuis cette rentrée la fonction
de Principal d'un College dit « difficile », classe « Ambition Reussite ».
82% des eleves sont issus de categories socio-professionnelles tres
defavorisees. Un College ghetto, avec ses problemes quotidiens, et les
problemes de violence dans le quartier.
Je suis tres fier d'avoir travaille pendant plusieurs annees
a Meaux (Beauval et Pierre-Collinet), puis a Vaulx-en-Velin pendant 4
ans, et aujourd'hui a la Duchere. Fier d'etre fonctionnaire de la
Republique, d'assumer cette mission de service public tant decriee.
Ce soir, ma fierte m'a abandonne. J'ai honte. J'ai surtout
honte de devoir affronter le regard des professeurs, des surveillants,
des partenaires exterieurs, des parents d'eleves et des eleves. Vous vous souvenez tous de la promesse de notre president de
la Republique pour ne pas laisser les « orphelins de 16 heures » a la
rue
Vous vous souvenez des annonces de M. Darcos, Ministre de
l'Education nationale, a propos de la mise en place de
l'accompagnement educatif, ce dispositif devant accueillir tous les
collegiens de 16 heures a 18 heures ;
La circulaire a paru au journal officiel le 13 juillet 2007.
Je l'ai decouverte en details au moment meme oe je prenais mes
fonctions au College Schoelcher fin aozÂt, comme tous mes autres
collegues Principaux de Colleges en Education prioritaire (pres de
1500 Colleges dans toute la France).
Je me suis mis en quatre pour mettre en place ce dispositif,
car je suis un fonctionnaire responsable. J'ai mis mes opinions de
citoyen dans ma poche, et j'ai tout fait pour que ce dispositif soit
un succes.
Je rappelle a tous que cet accompagnement educatif devait
concerner les eleves volontaires, encadres par des enseignants
volontaires.
Sur 365 eleves, j'ai reussi a en convaincre 225 : 61,5 % de
l'effectif total. La moyenne dans le Rhone tourne autour de 28 %.
Sur 47 enseignants, j'en ai convaincu 29. Je suis alle
solliciter la MJC du quartier pour mettre en place un atelier de danse
urbaine. J'ai sollicite le Centre social pour mettre conjointement en
place l'aide aux devoirs, 3 fois par semaine. 100 % des eleves de 6eme
etaient inscrits a cette derniere action. J'ai sollicite une compagnie
artistique pour mettre en place un atelier d'ecriture. Les professeurs
ont ensuite propose un atelier de sciences physiques, un club journal
des collegiens, une activite escalade, trois groupes de soutien en
mathematiques, deux groupes de soutien en franeais. J'etais en
pourparlers avec un club d'echecs et un autre de rugby pour enrichir
l'offre.
J'ai meme reussi a debaucher un danseur de la maison de la
danse, qui vient de partir pour le cirque du soleil a Las Vegas….
Tout cela a bien sur un cout. Vous vous en doutez.
L'Inspection academique et le Rectorat nous ont transmis
courant octobre 2007 une enveloppe d'heures pour les professeurs et
les intervenants exterieurs (pour ces derniers, ces heures devaient
etre transformees en vacations, payees 15 ¤ de l'heure).
Je disposais de 1476 heures. C'est a partir de cette
enveloppe que je n'avais pas demande que j'ai construit mon offre.
J'ai informe les parents d'eleves, et le 12 novembre, les actions se
sont mises en place. L'aide aux devoirs avait commence des le 20
septembre. Les eleves etaient pour la plus part d'entre eux tres
heureux.
Debut decembre, j'ai mis en paiement aupres du Rectorat les
heures effectuees en septembre, octobre et novembre : 398 heures.
Cet apres-midi, mardi 29 janvier 2008, reunion officielle a
l'Inspection academique. L'inspecteur d'Academie preside la reunion,
flanque de ses deux adjoints et de deux chefs de service.
Configuration inhabituelle. Curiosite puis inquietude.
L'Inspecteur d'Academie ne le dit pas explicitement, car nous
sommes tous soumis au meme devoir de reserve. « Le dispositif n'est pas
supprime, mais on a reduit la voilure ». On a seulement supprime les
heures pour le faire fonctionner. Au lieu des 1476 heures, je n'en ai
plus que 397 pour terminer l'annee scolaire. Cela vient directement du
Ministere. C'est identique dans toutes les Academies, l'Inspecteur
d'Academie nous l'a confirme, comme s'il voulait nous consoler. Tous
mes collegues sont dans la meme stupeur (40 Principaux de College
abasourdis).
J'ai depense 1 heure de plus que ce a quoi j'ai droit. Et les
heures effectuees en decembre et en janvier ne sont pour l'instant pas
honorees (j'ai compte 221 heures pour ces 2 mois). Je n'en ai plus les
moyens. C'est noble le benevolat, mais, l‫ , on atteint des limites…
Concretement, des lundi prochain, 4 fevrier 2008, toutes les
actions decrites ci-dessus s'arreteront, faute de moyens. Je ne vous
fais pas de dessin.
Oui, j'ai honte ce soir. Honte pour les eleves. Honte pour
les parents d'eleves. Honte pour les profs. Honte pour les partenaires
exterieurs. Je ne sais toujours pas comment je vais leur annoncer la
chose.
Merci M. Sarkozy pour vos promesses peremptoires. Merci M.
Darcos pour avoir demontre la credibilite du systeme educatif franeais.
Bonsoir les amis, vive la Republique.