Nous ne pouvons importer toute la misère (salariale) du monde
Les salaires des deux millions de salariés français payés au Smic sont attaqués par le patronat au nom de la mondialisation. C'est l'indexation de ce salaire minimum qui est ciblée. Il semblerait que 8,44 euros de l'heure représente un salaire trop élevé par rapport aux salaires pratiqués dans certains pays concurrents comme la Chine et l'Inde par exemple.
En effet, c'est au nom de la mondialisation que le patronat réclame « une meilleure maîtrise du Smic » en invoquant « des réalités prégnantes de la compétition mondiale » , explique Jean-François Veysset (CGPME).
Même l'ancien conseiller de Laurent Fabius, Xavier Lacoste, le président du groupe de travail du Conseil d'orientation pour l'emploi (COE) s'interroge : « Les mécanismes de 1970 d'indexation du Smic sont questionnés. » Le COE rappelle cependant que 20 milliards d'exonération de charges sur les bas salaires sont compensés par l'Etat à la Sécurité sociale, au profit des employeurs...
Jérémiades patronales
Le gouvernement Fillon prête une oreille attentive à ces jérémiades. Mais, la décision sera évidemment prise par le président Sarkozy, élu au suffrage universel.
En juillet 2007, il avait refusé tout coup de pouce supplémentaire à l'application de la règle d'indexation. Le Smic avait augmenté de 2,1% passant de 8,27 à 8,44 euros de l'heure soit 26 euros de plus en un an, ce qui semble encore trop pour le Medef.
Les syndicats des salariés ont fait connaître leur désaccord sur la remise en cause du calcul de l'indexation actuel. C'est le cas de la CGT qui souligne que l'indexation est la garantie du maintien du pouvoir d'achat. Sans oublier que beaucoup de temps partiels non choisis sont payés au Smic. Ce sont ces salariés qui forment les bataillons de travailleurs pauvres, cauchemar dans lequel une majorité de Français craignent de tomber.
La concurrence salariale par le bas
La politique d'ouverture des marchés à l'échelle mondiale produit des conséquences de plus en plus dramatiques pour la population. Il est évident que le principe de mise en concurrence des salariés à l'échelle mondiale conduira à toujours plus de misères dans l'avenir.
» Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde » , avait dit en son temps Michel Rocard. Nous ne pouvons pas non plus, importer la misère tout court. Il serait temps que l'Union européenne prenne le problème à bras le corps et revienne de ses positions libérales dogmatiques. L'Europe doit se développer dans l'intérêt des populations européennes.
Les responsables politiques doivent prendre conscience que les importations massives de marchandises à bas prix en provenance de pays à des stades de développement différents, aux mépris des besoins et des droits des populations locales, ne profitent qu'aux seules multinationales et à leurs actionnaires.
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les exonérations de charges et/ou fiscales bénéficiant aux employeurs ont d'aprés la cour des comptes atteint 30 milliards annuels en 2007 (pour 3 en 1998 si ma mémoire ne me fait pas défaut). La même cour signale également que ces exonérations sont des gouffres pour les finançes publiques, mais également des mécanismes à l'efficacité douteuse, sinon inexistante.
Quant au fond du propos, la « concurrence » des mains d'oeuvre à bas salaire est le fond de commerce de l'idéologie ultralibérale et/ou conservatrice de la droite française. Monsieur Dassault expliquait il y a peu à un parterre de journalistes amusés dans la salle des quatre colonnes qu'il fallait « abolir le code du travail » pour ne pas « mourrir face à la concurrence indienne ou chinoise ».
Outre le caractère économiquement aberrant de ces positions (les PPIs et les PVDS se concurrencent relativement peu, d'un point de vue macroéconomique, leurs activités étant souvent nettement différenciées en terme de secteur et en terme qualitif (ainsi par exemple de la quasi absence de contrôle qualité dans l'industrie chinoise)), cette logique de mise en concurrence en terme de salaire et de coût du travail est une vieille lune ultralibérale qui a depuis longtemps démontré son absence de fondement.
Vouloir concurrencer une main d'oeuvre payée 30 dollars par mois et travaillant 15 heures par jour (ce qui est le cas de 40% de la population mondiale) est totalement dépourvu de sens.
Outre le caractère à l'évidence irréaliste de telles propositions, elles signeraient le glas de l'économie d'un pays qui fonctionne essentiellement sur sa consommation intérieure, et donc son pouvoir d'achat.
Les grands (et petits) patrons français sonneraient le glas de leurs entreprises en contribuant à diminuer un pouvoir d'achat déjà largement entamé sur la période 2002/2007.
La concurrence, dans le sens économique du terme, repose sur la productivité horaire, le développement des techniques et technologies de pointe, l'excellence de la formation (aussi bien à haut niveau que pour les emplois manuels), l'offre de service qualitatifs et spécifiques, l'investissement dans la recherche et le développement, etc...
La France aurait tout à gagner à augmenter les salaires de l'essentiel de la population (notamment des personnes vivant sous le seuil de pauvreté et/ou bénéficiant du RMI ou du SMIC). Le coût comparé d'une augmentation massive de ces revenus serait de plus limité au regard des dépenses somptuaires et à fond perdu de l'état au bénéfice des employeurs.
Malheureusement, la France est régie par l'idéologie et non par le principe de réalité.
Comme l'écrivent les économistes néo-classiques, tant appréciés dans notre pays : lorsque la réalité et la théorie divergent, c'est la réalité qui a tort...




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