A debattre

Prisons pour mineurs : série noire et polémique

Suicide d'un détenu à Lyon, évasions à Marseille, bronca des éducateurs à Nantes : les centres créés par Rachida Dati font débat.

La prison pour mineurs de Meyzieu (Robert Pratta/Reuters).

Samedi, un détenu de 16 ans incarcéré depuis le 17 décembre, s'est suicidé à la prison pour mineurs de Meyzieu (Rhône). Il se serait pendu dans sa cellule à une bouche d'aération. C'est le premier suicide d'un jeune dans l'un des Etablissements pénitentaires pour mineurs (EPM), lancés en juin 2007 par Rachida Dati.

Mauvaise nouvelle pour l'administration pénitentiaire : ce décès s'est doublé, en moins de quarante-huit heures, de deux évasions réussies à l'EPM de Marseille.

C'est dans ce contexte que le cinquième établissement du genre ouvrait ses portes ce mardi matin, en Loire-Atlantique. Mais depuis quelques jours, l'inauguration de la prison pour mineurs d'Orvault, près de Nantes, fait des vagues. Une pétition a commencé à circuler fin janvier, intitulée « La place des enfants n'est pas en prison, Nous ne travaillerons pas en EPM ! “. Signé par près de 150 éducateurs, dont beaucoup sont originaires des Pays-de-Loire, ce manifeste dénonce la détention pour les moins de 18 ans, une sanction jugée ‘criminogène’.

Coordinateur de la mobilisation et lui-même conseiller d'éducation dans le secondaire, Philippe Dubacq explique que l'opération a pour but de ‘refuser publiquement la logique de l'enfermement, et créer un débat dans les professions concernées par ce thème’. Pour l'instant, le personnel du nouvel EPM a été recruté sur la base du volontariat.

Inauguré la semaine dernière, l'établissement d'Orvault devait accueillir ce mardi ses premiers jeunes. Cinquième du genre depuis la création des EPM en juin 2007, la structure est destinée à un maximum de soixante mineurs entre 13 et 18 ans. Du côté du gouvernement, on valorise depuis leur lancement la dimension éducative de ces prisons ciblées. Sachant qu'au 1er juin 2007, le ministère avançait le chiffre de 784 mineurs détenus en France. C'est-à-dire 1,2% de la population carcérale.

Fracture entre deux générations d'éducateurs

Signataire de la pétition des Pays-de-Loire, Claude Théodore travaille à la PJJ (la protection judiciaire de la jeunesse) depuis 1979. Syndicaliste SNPES-FSU dans les Hautes-Pyrénées, elle s'était déjà opposée à l'ouverture des deux premiers EPM, en juin 2007. Dont celui de Meyzieu, près de Lyon, où le jeune de 16 ans a été retrouvé mort le week-end dernier.

Claude Théodore dénonce la fracture apparue au sein de sa profession avec cette nouvelle génération d'établissements. Pour cette syndicaliste, qui dit avoir ‘très peu de retours sur ce qui se passe vraiment dans les EPM’, les éducateurs sont en effet en train de se déchirer entre, d'un côté, ceux qui acceptent d'aller travailler en EPM et ceux qui s'y refusent, à l'instar des pétitionnaires de Loire-Atlantique :

‘A la sortie de la formation, on fait miroiter aux éducateurs fraîchement diplômés des postes à pourvoir et des primes. Ils trouvent du travail car notre génération refuse d'y aller. Mais l'histoire ne va pas dans le bon sens : quand j'ai démarré ma carrière, en 1979, nous militions précisément pour la fermeture des grosses structures d'éducation surveillée, où l'on enfermait les mineurs.

On revient en arrière, et, à force de faire du tout pénal’, il commence à y avoir une confusion dans la tête des jeunes entre ce qu'est un éducateur et ce qu'est un surveillant de prison.”

“Ce n'est pas en occupant un jeune non stop qu'on va le faire réfléchir”

Pour Claude Théodore, qui doute qu'on puisse vraiment “faire de l'éducatif en prison”, le nouveau dispositif peut même se révéler contre-productif. Elle qui travaille en milieu ouvert à Tarbes a déjà suivi, ces derniers mois, dans le cadre de son service, “deux ou trois jeunes” à leur sortie de l'EPM de Lavaur ;

“Franchement, quand on les écoute, on se demande parfois si ce n'est pas mieux que la colonie de vacances ! Ce n'est pas en occupant un jeune non stop, du lever au coucher, qu'on va le faire réfléchir sur son acte. Il faut un temps de pause pour qu'il puisse prendre conscience.”

Cette critique d'une vie collective permanente, y compris pendant les repas, prend à rebrousse-poil le discours du gouvernement, qui vante des jeunes pris en charge “quatorze heures par jour”. Pour Claude Théodore, l'EPM de Meyzieu, dans le Rhône, était devenu “une vraie cocotte-minute”. Dès les premiers mois, les éducateurs dénonçaient une “suractivité” et les “journées interminables” pour les jeunes détenus.

Comme d'autres, la syndicaliste de la PJJ de Tarbes souligne par ailleurs que la mixité de ces établissements peut poser problème. A l'inauguration des premiers centres, en juin 2007, le ministère de la Justice avait fait savoir que “quatre à six places” seraient réservées aux filles dans chaque établissement.

161 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Tomahawk

De Tomahawk

12H29 | 06/02/2008 | Permalien

Tout à fait d'accord avec toi, El loco !
On devrait même commencer par rééduquer certains parents… Ca pourrait être une bonne chose pour l'éducation de leurs enfants : -)

Portrait de daviid

à Tomahawk Portrait de Tomahawk De daviid

15H19 | 07/02/2008 | Permalien

Seul problème, les parents ont la concurrence rude avec la télévision et son cortège de publicité.
Moi, je dis bravo aux parents du 21ème siècle, pas évident d'éduquer des gamins pas les temps qui courent.

Portrait de quetzal2012

De quetzal2012

enseignant précaire | 12H38 | 06/02/2008 | Permalien

Ces prisons pour ados pas innocents du tout et pour cause, on la leur a volé en même temps qu'on leur a volé les moyens (intelectuels) de la révolte…Nous sommes définitivement dans une société la fragmentation du temps est assassine.
En effet, on croit que c'est en les occupant quatorze heures par jour qu'on les fera réfléchir sous prétexte que c'est sûrement à force de tenir les murs du quartier qu'ils sont amenés à faire des conneries…foutaise, cynisme ! Dans ce système ou l'on interdit aux enfants de s'ennuyer et aux ados de zoner (moment si propice à la réflexion)on compte peut-être les responsabiliser et les ramener dans « le droit chemin » en les gavant d'activités, c'est une méthode aliénante au possible que l'on employait déjà dans les maisons de corrections des anciens (les coups de ceinture en moins mais la même humiliation morale).
Comment veut-on rendre à un jeune homme l'estime de soi et des autres par l'enfermement ? Comment lui faire comprendre que sa révolte est légitime mais qu'il doit s'en servir comme d'un moteur ?
Apprendre à être adulte, c'est apprendre à être libre, mais être libre ce n'est pas être partout tout le temps et brasser beaucoup d'air comme NS, les éducateurs ne sont pas des gardiens de prison mais doivent veiller plutôt à la liberté au temps qui doit nous apprendre à comprendre qui l'on est pour trouver les moyens de sa propre existence ! ! !

http://alternativealaconstipationdelapensee.blogspot.com

Portrait de Tomahawk

De Tomahawk

12H59 | 06/02/2008 | Permalien

Cela me rappelle une émission qui est passée un soir à la TV : aux Etats Unis, des parents livraient leurs gamins « aux comportements problématiques » à une école de type « militaire » (genre les Marines). La journée (et parfois la nuit) des gamins était occupée par toutes sortes d'exercices physiques (et vas-y, fais-moi 50 pompes avant d'entamer le parcours du combattant à genoux sous la pluie).
Bref, un truc de fou, un centre de rééducation pour enfants et adolescents…
N'est-ce pas, à plus ou moins long terme, ce que Dati et Sarko nous préparent ?
Bientôt, si ça continue, on rouvrira Cayenne et on remettra la peine de mort…
Et si nous, citoyens votant (mal), nous faisions un peu plus appel à notre intelligence ?
La vie n'est pas le sac à généralités qu'on nous vend à la TV ou dans les revues. Nous n'avons pas à avoir peur de tout et de rien, nous n'avons pas à accepter d'être filmés ou pistés dans nos déplacements sous prétexte que cela permet de réduire les risques d'attentat ou d'attaques… Nous en avons déjà trop accepté et il sera difficile de faire marche arrière dans le futur.
La France, aime-la ou quitte-la, disent-ils…
Moi, je l'aimais bien avant qu'ils n'arrivent au gouvernement ! Ce sont eux qui ne l'aimaient pas comme elle était et qui en font aujourd'hui un mini-état américain !

Portrait de maitrepierrot

De maitrepierrot

16H01 | 06/02/2008 | Permalien

Et pourquoi ne pas rouvrir Cayenne tant qu'on y est ? Du concassage de cailloux,rien de tel pour former la jeunesse,non ? Bientot des barreaux aux fenetres des maternelles ? Non,encore mieux,barricadons les maternités.Le mal se cache partout.On n'est jamais trop prudent.

Portrait de gerara

De gerara

conseiller municipal | 22H34 | 06/02/2008 | Permalien

bon j'interviens ici plus en ma qualité de surveillant d'établissement pénitentiaire, qui a travaillé 2 ans au quartier mineur d'Aix.
Je ne souscris pas à la criminalisation à outrance, mais je ne souscris certainement pas aux discours angéliques qui croient que l'on a à faire qu'à des anges.
Je m'explique, quels sont les mineurs qui sont incarcérés ? , certainement pas des voleurs de poules. Pour la plupart, ce sont des tueurs, des violeurs en bande (courage courage). Bref leur délit est déjà celui d'un adulte.
Ceux là sont IRRECUPERABLES pour la société.
J'ai eu le privilège (si on peut dire) de garder en 1993 le plus jeune détenu de france : son « erreur ». Le jour de ses 13 ans, d'avoir tués froidement 2 personnes……
Alors oui, la prison n'a jamais été un remède miracle à n'importe quel criminel, mais que faire, libérer ces individus à mi peine comme le préconise un syndicat de travailleur social et une grosse centrale syndicale, les emmurer comme le préconnise d'autres…. non les garder en prison et les considérer comme des détenus adultes, CERTAINEMENT

Portrait de sabaudia

De sabaudia

07H45 | 07/02/2008 | Permalien

nous avons le résultat de décisions prises dans l'urgence sans vraie réflexion

Portrait de The Coolcat

De The Coolcat

catastrophé depuis l'election de Sa... | 11H47 | 07/02/2008 | Permalien

Plus d'écoles moins de prisons.

Portrait de gropl

De gropl

01H50 | 08/02/2008 | Permalien

j'ai tout lu.
Bon, je vais faire ma ronde. Ce soir c'est calme. Ce que je sais, au bout d'un certain nombres d'années à travailler avec des jeunes à problèmes, c'est qu'ils ont besoins d'avoir des adultes responsables face à eux, c'est ça le gros problème.

Portrait de adamet

De adamet

travailleur social | 16H11 | 11/02/2008 | Permalien

J'ai lu à propos du jeune qui vient de se suicider dans un EPM qu'un cadre de la PJJ a déclaré « Vu son pédigré, je ne vois de toute façon pas comment il pouvait échapper à la prison ». Alors que le même article (Libé du 10/02) un cadre de la pénitentiaire reconnaître que le jeune garçon ne supportait pas l'internement.Quelle inversion des rôles !
Je sais bien qu'un cadre de la PJJ n'est pas forcément éducateur de profession, qu'il est même pas exclu que ce soit un de ces bureaucrates qui gère la protection de la jeunesse comme il gérerait n'importe quel service administratif, c'est tant à la mode aujourd'hui ! Mais qu'une telle personne soit en situation de responsabilité à la PJJ en dit long sur la dégradation de cette institution gangrenée par l'idéologie sécuritaire et qui oublie vite ce que fut la grandeur de sa mission de protection de la jeunesse (et des textes comme l'ordonnance de 1945 qui lui donnait un soubassement légal et philosophique).
Ce monsieur ne mérite que le mépris destiné aux lèche-bottes de Rachida Dati
Je ne dit pas cela pour cette partie du personnel qui a encore le courage de réagir comme le montre l'article.
Comme eux je pense qu'aucun éducateur ne devrait accepter de déconsidérer la profession en prêtant la main à ce genre de structures carcérales.
Mais la responsabilité ne vient pas des jeunes éducateurs qui vont vers ces structures, attirés par un emploi stable et par les avantages offerts.
La responsabilité est celle des associations gestionnaires du secteur social qui poussées par la logique de développement de leu entreprise ont accepté de patronner les structures de ce type. Elle est aussi aux syndicats (ultraminoritaires certes comme la CFTC et la CGC) ont signés avec les syndicats patronaux des avenants particuliers pour les personnels qui travaillent en structures fermées.
Les collègues qui ont pensé bien agir « en introduisant de l'éducatif » dans ces structures carcérales qui ne disent pas leur nom devraient s'interroger sur le bilan .

Quant au surveillant qui voit des violeurs partout, conseillons lui de lire la vie du jeune Julien çà lui évitera de continuer dans le ridicule : si des crimes sont passibles de prison, que le tribunaux ordonnent de la prison mais qu'ils ne le fasse pas en pensant ne pas le faire pour des jeunes qui ne supportent pas l'internement. Pour des faits de ce type (petits larcins mais surtout comportement difficile) est-il vraiment utile de risquer la vie d'un jeune ? Je ne voudrais pas être à la place du procureur qui a ordonné l'internement de Julien. Mais peut être est-il comme Mme Dati tellement enfermée dans son délire sécuritaire qu'elle n'est pas accessible à la gravité d'un « dysfonctionnement mortel ». De telles personnes ne sont pas dignes d'être ministres de la république… nous devrions être des millions à hurler « Dati démission ! » car elle est responsable et coupable de ce qui vient de se passer.
Etienne Adam
Si quelqu'un veut bien m'envoyer la petition je la relaye en Basse Normandie sur le site anpag.org

Portrait de almaga

De almaga

08H58 | 12/02/2008 | Permalien

Je suis toujours surpris qu'un média interroge quelqu'un qui dit qu'il ne sait pas ce qui se passe…

sur les EPM, la CGT est présente dans tous les établissements… Si vous avez des questions nous sommes en mesure d'y répondre…

Enfin et sur le fond, à la CGT, nous sommes contre l'incarcération des mineurs…Mais la prison existe et la prison c'est le coeur du régalien…
Nous à la CGT, nous n'acceptons pas l'idée que la rétention et la détention soient privatisés…comme aux USA.
Nous pensons que c'est grave que les centres éducatifs fermés soient majoritairement confiés à des associations privées alors qu'il s'agit de lieux de rétention…La logique du prix de journée n'est pas sans lien avec la prise en charge.

Il s'est passé un événement grave à Meyzieu, les collègues ont souhaité respecter le deuil de la famille , c'est pour cela que nous avons laissé passer le temps.

le 7 février dernier, à lyon, la CGT a réuni une coordination nationale des EPM, tous étaient représentés…Nous sommes donc en mesure de dire sérieusement ce qui se passe dans des établissements pénitentiaires gérés par la pénitentiaire selon des priorités pénitentiaires…
Nous avons aussi à convaincre les Magistrats que les EPM ne sont pas des établissements éducatifs, mais des prisons…

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