Bilan lourd pour l'année 2007 : pas moins de 85 journalistes tués, selon Reporter sans frontières. A Paris, depuis cinq ans, la Maison des journalistes accueille les reporters en danger de mort qui demandent l'asile politique à la France. Bienvenue dans un « village planétaire », comme l« appellent les résidents.
“Certains m'appellent Kub Or. Ils disent que je suis dans toutes les sauces, que je fourre mon nez partout.” Allen Yero Emballo, journaliste d'investigation de Guinée-Bissau et correspondant pour l'AFP et RFI, a eu l'audace de s'attaquer aux gros poissons : les narcotrafiquants de la côte ouest de l'Afrique. La réaction ne se fait pas attendre : les menaces de mort pleuvent sur lui et sa famille. (Voir la vidéo.)
C'est pour ces journalistes qui, comme Allen Yero Emballo, n'ont pas eu d'autre choix que l'exil que Philippe Spinau, réalisateur, et Danièle Ohayon, journaliste à France Info, ont fondé la Maison des journalistes il y cinq ans dans une ancienne usine désaffectée, mise à disposition par la Mairie de Paris. Là-dessus, ils sont intransigeants : “On ne veut pas de touristes, pas question d'héberger de gens qui viennent se mettre au vert.”
Une “parenthèse de vie” avant un nouveau départ
Pendant six mois, “les premiers mois, les plus difficiles”, quinze journalistes venus des points chauds du globe, Ethiopiens, Cubains, Birmans, Irakiens et bien d'autres encore… partagent sous le même toit leurs joies et leurs angoisses en attendant que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) leur accorde le statut de réfugié politique.
Comme tous les autres demandeurs d'asile, cette période ne peut être que celle de l'attente sans possibilité de s'intégrer : il leur est interdit de travailler ou de suivre une formation. Pourtant, l'espoir de retour est faible. En cinq ans, aucun résident n'est rentré chez lui.
La Maison des journalistes a décidé de mettre à profit cette “parenthèse de vie”. Objectif : permettre aux journalistes en exil de souffler après s'être arrachés de drames parfois cauchemardesques. Un repos nécessaire avant de reconstruire leur vie dans un pays dont pour la plupart ils ne connaissent pas la langue.
L'invention d'un concept : la solidarité professionnelle
Seul 10% des demandeurs d'asile obtiennent le statut de réfugié. Les journalistes, eux, sont des privilégiés. A la Maison, fort de leurs soutiens, aucun n'a jamais été débouté. Ils obtiennent certes des papiers, mais restent livrés à eux même sans accompagnement de l'Etat.
C'est donc sur la solidarité professionnelle que le réalisateur et la journaliste ont tout misé. Bonne pioche. Les médias n'ont pas hésité à financer l'accueil des résidents (chaque chambre porte le nom d'un des médias partenaires), la Commission européenne complétant le budget.
Face aux accusations de corporatisme, Philippe Spineau répond qu'ils ont “inventé un concept : celui de la solidarité professionnelle, libre aux autres de le multiplier”. D'ailleurs, son prochain projet est d'ouvrir une Maison des écrivains. Ajoutant au passage que la protection des journalistes se justifie aussi par la défense de la liberté d'expression.
Les financeurs n'ont aucun droit de regard sur les résidents, ce qui garantie l'indépendance de l'organisme. Seule les directeurs et RSF choisissent. Ils tiennent à ce qu'il n'y ait aucune sélection sur la couleur politique des candidats :
“Un journaliste est un journaliste, quelques soit les idées qu'il défend, on ne fait pas de prosélytisme, on est ouvert à tous.”
Un choix qui amène à des situations cocasses. Une année, la Maison a abrité le rédacteur en chef du journal gouvernemental du Congo-Kinshasa… et son homologue du journal d'opposition.
Une vérité pas toujours bonne à dire
“Chez nous, on te tue d'une balle froide dans la tête” : en Irak, on ne rigole pas avec “les traîtres”. Pour beaucoup d'entre eux, Bakhiyar Haddad en est un. Guide et traducteur pour les journalistes français en Irak, il a endossé son métier comme un sacerdoce. Son dernier reportage avec Corentin Fleury, “Bagdad : la guerre sans fin”, diffusé en septembre dans Envoyé spécial, est à l'origine de son départ en France. Il raconte :
“L'armée kurde, la Brigade des loups, le partage des richesses par le gouvernement Irakien et les milices…. On a montré la réalité, ce qui se cachait derrière les attentats. On ne s'est pas contenté d'énumérer les victimes comme on voit à la télé en Irak.”
Bakhiyar Haddad dit “vouloir aider son peuple”, il a surtout été accusé par les siens de “casser l'image du pays”. Considéré comme espion, il a préféré fuir, sur les conseils de Corentin Fleury.
La Maison des journalistes n'a pas hésité longtemps à l'accueillir, ses responsables tenant à aider aussi les “fixers”, ces habitants qui servent de guide, chauffeur, traducteurs… aux reporters sur les zones de conflit. “Ils prennent autant de risques que les journalistes, et sans eux, ils ne peuvent pas travailler”, explique son directeur.
Le prix à payer : abandonner sa profession
Loin de son pays, Allen Yero Emballo souffre aussi d'avoir dû abandonner sa vocation :
“Le métier de journaliste, c'est comme une corde qu'on attache à un arbre. Quand on tire, cela se dilate de plus en plus, mais quand on la laisse, ça repart immédiatement au point zéro. Nous, c'est pareil : quand on n'exerce pas, on désapprend ! ‘
Souvent, les réfugiés doivent ainsi renoncer à exercer leur métier, pourtant la cause même de leur exil. Phillipe Spinau explique :
Seuls 10% d'entre eux pourront continuer leur profession, les autres travailleront dans la sécurité ou la restauration… C'est dur, certains étaient rédacteur en chef et gagnaient très bien leur vie.’
C'est le cas d'Amir, le ‘PPDA irakien’, qui présentait le journal télévisé sur une grande chaîne Irakienne. Sur son ordinateur, il me montre ses promotions d'émission : on le voit en interview avec le premier ministre irakien, en photo avec Condolezza Rice, Kofi Annan, des commandants GI… Une liberté de ton qui n'a visiblement pas plu au pays de la discorde.
Aujourd'hui, il est correspondant pour sa chaîne, et fait des reportages sur la baguette de pain française ou sur le quartier de Montmartre. Il confie qu'il se sent ‘comme un lâche’, mais au moins, il est toujours journaliste.
Pour compenser cette frustration immense, ne pas perdre la main et commencer l'intégration dans ce qui devrait être leur nouveau pays, la maison a mis en place des cours de français, un journal, ‘L'Oeil de l'exilé’ et des émissions de radio, Quasimodo, enregistrées dans le studio du premier étage, financé par l'Agence Capa. L'endroit regorge de livres, de DVD, de journaux. Télévisions et connexion Internet sont à disposition de tous. Tout pour se sentir chez soi.
Malgré ses occupations, l'exil reste souvent douloureux. La porte de Philipe Spineau est toujours ouverte. Les résidents entrent souvent lui raconter leur histoires : tortures, viols, emprisonnements… la liste est longue pour ceux qui ont dû s'arracher à leur famille. En espérant un nouveau départ.

























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De skalpa
actif et militant ? | 11H30 | 01/02/2008 |
Journaliste, métier qui a deux poids deux mesures.
d'un côté des journalistes engagés qui risquent leur vie pour nos informer
de l'autre côté, des journalistes complaisants qui pourraient risquer leur carte de presse, si l'éthique prévalait, en étant à la botte de grands groupes et du pouvoir ! ! !
Je sais que cela pourra sembler manichéen mais bon, j'assume !
http://kprodukt.blogspot.com
à skalpa
De Goldored
17H56 | 01/02/2008 |
Pareil !
De elarips
13H42 | 01/02/2008 |
et je t'approuve : )
De naturalisée328
gestionnaire paye à Antibes | 14H19 | 01/02/2008 |
La carte de presse ne suffit pas à protéger les journalistes dans certains point chaud de la planète. Alors si je pouvais inventer un concept moi aussi j'inventerai « le passport journalistique » sur le modèle du passeport diplomatique pour qu'ils aient une protection que certains utilisent à mauvais escient
« Le prix à payer : abandonner sa profession “
Abadonner sa famille aussi parfois.
Et comme la politique d'immigration choisie va vers un durcissement du regroupement familliale ça peut durer longtemps avec toutes les conséquences que cela implique.
‘Les journalistes, eux, sont des privilégiés. A la Maison, fort de leurs soutiens, aucun n'a jamais été débouté. Ils obtiennent certes des papiers, mais restent livrés à eux même sans accompagnement de l'Etat’
Est-ce un privilège de voir son droit à être protéger reconnu ? Ils ont été persécutés du fait de leur profession et ils risquent autant voir plus si ils sont ‘reconduits’ chez eux.
Effectivement l'Etat, tous les Etats démocratiques devraient les accompagner au-delà du contrat d'accueil et d'intégration français.
Nous voulons favoriser l'émergence de la démocratie chez eux, alors allons au bout de cette logique, soyons courageux car eux l'ont été là-bas.
Accueillons les, eux et leur famille, donnons leur des papiers, sponsorisons les pour qu'ils fassent un cycle dans nos écoles de journalisme à Lille, à l'IEP…
Et qu'ils puissent continuer à exercer librement et dignement en France.
Quand ces personnes dénoncent les trafics de drogue, d'arme, électoraux, terroristes…ils participent à norte sécurité. Cette drogue ne se retrouvera pas par exemple dans nos boîtes de nuit.
Ces dictateurs dont les exactions, les délits seront dénoncés feront attention et leurs peuples ne seront pas poussés à fuir dans des camps de réfugiers, ou à prendre des bateaux d'infortune et s'échouer sur nos plages.
Ces personnes sont formées, sont des intellectuels ou des personnes assez intelligentes et débrouillardes qui peuvent apporter énormémént à la France, notre cher pays de Droits de l'Homme, de l'égalité des chances, de la politique de civilisation…
Quel perte pour nous de les savoir réduit à être agent de sécurité, même si il n'y a pas de sot métier.
Quels sont les médias partenaires ?
Madame Milot (et rue89) je vous remercie de nous avoir fait découvrir cette initiative.
De parousnik
15H14 | 01/02/2008 |
Les journalistes en « exil » en France, sont aussi ceux dont les reportages et les articles interdit, car ils ne cadrent pas avec la propagande déversé sur les réseaux populaires de diffusions des médias. Le journalisme est toujours « complice » de l'occupant…sinon il est interdit ou mal ou pas diffusé ce qui revient au même… une véritable démocratie devrait avoir une loi pour punir « la collaboration des journalistes aux crimes contre l'humanité » comme certains ne cessent de le faire depuis les événements du 11 septembre 2001 en désignant de faux coupables et sans vérifier toutes les preuves qui s'accumulent et accusent, tiens ceux la même qui occupent et pillent l'Irak.
De riverain désinscrit
15H37 | 01/02/2008 |
< […] Philippe Spineau répond qu'ils ont « inventé un concept : celui de la solidarité professionnelle >
il vient donc d'inventer le syndicalisme découpé en branches professionnelles, avec - je suppose - comme slogan “journalistes de tous les pays unissez-vous”.
à riverain désinscrit
De Goldored
17H54 | 01/02/2008 |
Vous avez raison.
Et la solidarité a attendu que les journalistes l'inventent !
Les caisses de solidarité (pour les grèves, mais aussi ancêtres de la sécu sociale) n'étaient sans aucun doute pas de la « solidarité professionnelle »…
Quelle misère ! Quelle prétention ! Il sont surtout inventé la solidarité restreinte à leurs seuls collègues ! Quelle générosité !
Et en inventant le « syndicalisme découpé en branches professionnelles », il réinvente bien sûr le… corporatisme !
« journalistes de tous les pays unissez-vous » et que les autres aillent se faire foutre !
De pedro66
informaticien bon à rien | 16H30 | 01/02/2008 |
85 morts sur un an .
Combien de morts de faim, de soif et autres qui eux n'ont pas choisi .
Journalistes, arrêtez de vous regarder le nombril et de vous prendre pour le centre du monde …
Il y en a d'autres qui meurent, plus nombreux, pour des causes bien plus nobles et qui ne se répandent pas sans arrêt sur leur sort .
Vous avez fait un choix, il faut en assumer les conséquences .
Si ça vous déplait, changez de métier, mais arrêtez vos pleurnicheries ….
à pedro66
De caro
délinquante avérée | 17H12 | 01/02/2008 |
« Si ça vous déplait, changez de métier, mais arrêtez vos pleurnicheries …. »
et quand on est tué, on fait quoi ?
De caro
délinquante avérée | 17H11 | 01/02/2008 |
quoi de plus beau que la liberté de penser et d'écrire ? Un jeune journaliste afghan a été condamné à mort, les journalistes qui le soutiendraient sont menacés
http://www.afghana.org/html/article.php ? sid=2527
J'espère que la mobilisation internationale empêchera l'assassinat (il n'y a pas d'autre mot) de ce journaliste et qu'il pourra être accueilli dans cette Maison
De Goldored
17H15 | 01/02/2008 |
85 journalistes morts… dans le monde. C'est triste.
Combien d'ouvrier morts, rien qu'en France ?
Combien d'articles pour en parler ?
Pour dire la tristesse que cela représente ?
Les journalistes sont-ils plus égocentriques qu'ils ne veulent le faire croire ?
Certes, cet égocentrisme porte un masque : celui de la pseudo liberté de la presse. Mais comme celle-ci ne s'use que lorsqu'on n'en sert pas, elle a une seule gueule en France et même Rue89 peut se permettre de faire profil bas sur le sujet.
A quand un article sur les salariés dézingués au nom d'un petit profit sur la sécurité ?
A quand une analyse des statistiques sur la vitesse de la dégradation de la santé d'un chômeur, d'un Rémiste ?
A quand un article sur les courbes de la paupérisation mises en parallèle avec celles, autrement plus gracieuses, des profits financiers ?
à Goldored
De caro
délinquante avérée | 18H26 | 01/02/2008 |
A quand un article de Goldored sur un des sujets qu'il propose, très intéressants d'ailleurs ? Savez-vous que Rue89 est ouvert à des non-journalistes ?
De naturalisée328
gestionnaire paye à Antibes | 17H40 | 01/02/2008 |
Je ne pense pas que cet article a pour but d'opposer des chiffres et des statistiques morbides comme certains commentaires laissent à penser.
Admirons cette initiative qui attire l'attention sur des personnes qui luttent pour faire vivre la démocratie dans leur pays et qui risquent leur vie pour (nous) informer .
Souvenons-nous de ce journaliste japonais tué à bout portant lors des émeutes en Birmanie et dont la vidéo a été largement diffusée.
Souvenons-nous de ce qu'a connu Florence Aubenas et son chauffeur.
c'est une initiative qui fait honneur au genre humain
à naturalisée328
De Goldored
17H50 | 01/02/2008 |
Il ne s'agit pas d'opposer.
Mais on pourrait attendre - en Utopie - que l'information ne soit pas aussi nombriliste.
Je ne critique pas cette information mais l'absence d'autres informations, que la présence de la présente rend encore plus « criante » !
J'attends des initiatives qui attirent l'attention sur des personnes qui luttent pour faire vivre notre économie, source de notre petit confort petit-bourgeois dans notre pays et qui risquent leur vie pour notre bien-être.
Souvenons-nous de … ah merde ! Comment nous souvenir de ceux dont personne ne dit le nom, la souffrance, la tragédie. C'est vrai, ceux-là ne sont que des millions…
S'en souvenir serait une initiative qui ferait honneur, non pas au genre humain (la vache, ça fait cul-cul béni-oui-oui, votre formule ! ), mais déjà au journalisme… Et rien que ça, ça serait beaucoup !
à Goldored
De naturalisée328
gestionnaire paye à Antibes | 20H04 | 01/02/2008 |
« On pourrait attendre de l'information ne soit pas aussi nombriliste. je ne critique pas cette info… »
Si c'est pas de la critique, qu'est-ce que c'est ?
« j'attends », qu'est-ce qui vous empêche d'aller chercher ces initiatives et de nous en faire part ?
vous posez les questions sur combien de « salariés dézingués par les profits… »
Les suicides survenus chez Renault, chez PSA, les personnes contaminées par l'amiante, l'infirmère victime d'une sclérose en plaque suite à la vaccination obligatoire contre l'hépatite B, les 400 emplois que va supprimer Alcatel, 3M de mal logés selon la fondation Abbé Pierre.
Qui nous parlent de tous ses drames, qui a des sources fiables, des chiffres exactes, qui fait preuve de rigueur, certes pas que les journalistes mais ils participent grandement à nous informer et pas que sur leur profession.
De babelito
18H17 | 01/02/2008 |
j'ai eu la chance d'avoir pour 5 mois comme maitre de stage daniele ohayon, l'initiatrice de cette maison du journalisme./..
si tout les journalistes de france et de navarre était comme elle, ils seraient tous competents, rigoureux et brillants…
De parousnik
18H50 | 01/02/2008 |
Rsf en partie financé par la cia n'est pas une référence d'honnêteté journalistique… son classement le prouve France 31 alors que les médias sont muselés … Il n'a qu'a faire la différence entre l'info vérifié sur internet et l'info diffusé sur tous les médias principaux… quand à la place des Etats-unis…44… avec Ruppert Murdock ? Cessez donc de prendre les gens qui veulent être informé pour des imbéciles…