Qui va absorber la Société Générale?

Rachat par une banque étrangère, la BNP, la Banque postale ou démantèlement: les scénarios de sortie de crise.

Devant le siège de la Société Générale, vendredi (Benoit Tessier/Reuters)

C'est entendu, les jours de Daniel Bouton "sont comptés". Le président de la Société Générale se tient à la disposition de son conseil d'administration. Mais ce qu'on ne dit pas encore trop, c'est que les jours de la Société Générale elle-même, en tant qu'institution indépendante, sont peut-être tout aussi comptés. La banque a chuté à la Bourse, elle ne coûte donc plus très cher, ce qui la rend bigrement "opéable".

Dire que la Société Générale est fragilisée est un euphémisme. La perte qu'elle a subi, par son montant, représente un tiers de celle qui avait mis à terre le Crédit lyonnais. La valeur boursière de la banque (33 milliards d'euros) a fondu de moitié par rapport à l'année dernière. Elle est passée sous celle du Crédit Agricole. Et la grande rivale, BNP Paribas, vaut désormais près du double.

L'animal est blessé, donc, et les grands fauves bancaires se lèchent les babines. Que l'un d'entre eux lance une OPA et la Société Générale devra faire son deuil de son indépendance. Car même si cette offre est jugée hostile, il faudra chercher des "chevaliers blancs" pour la défendre...

Le gouvernement l'a très bien compris, et a aussitôt fait savoir qu'il ne laissera pas la Générale tomber dans n'importes quelles mains. Pour la ministre Christine Lagarde, les administrateurs de la banque devront "prendre leurs responsabilités à l'aune de deux choses: la situation d'aujourd'hui et le futur d'une institution qui est aujourd'hui une grande banque française qui emploie plus de 120 000 salariés et qui a des millions de clients". Le mot important, dans cette phrase, est "française". La Société Générale est tricolore et, selon Bercy, devra le rester.

Dimanche, Henri Guaino, conseiller de Nicolas Sarkozy, invité du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, avait été plus clair encore: "L'Etat ne restera pas les bras croisés si quelqu'un, un prédateur quelconque, cherche à profiter de la situation." Revue de détails des scénarios envisagés.

Une banque étrangère

L'avertissement lancé par les autorités est dirigé spécifiquement vers les banques étrangères. En avril dernier, le quotidien allemand Handelsblatt avait évoqué des discussions entre Daniel Bouton, président de Société Générale, et Alessandro Profumo, président de l'italien Unicredito. Le titre de la Générale avait alors grimpé en flèche.

Mais d'autres sont également intéressés par une extension de leurs activités en France: c'est le cas des banques anglaises HSBC ou Barclays, des néerlandaises ABN-Amro ou ING, de l'espagnol Santander...

L'Elysée laisse entendre qu'il s'opposerait à une prise de contrôle par un établissement étranger. Mais Sarkozy n'a pas tous les leviers en main: l'Europe veille au respect de la concurrence. Le sort de la Société Générale dépend avant tout de la direction de la banque, de son conseil d'administration et du droit européen. Un banquier parisien résume:

"Si Bouton veut se rapprocher d'une banque européenne, il peut le faire. C'est la raison pour laquelle Sarkozy veut le dégommer."

La rivale éternelle, BNP Paribas

C'est le scénario le plus crédible, car il aurait probablement le soutien du gouvernement. L'un des dirigeants de BNP Paribas, Pierre Mariani, responsable du pôle Services financiers, est un proche ami de Nicolas Sarkozy: c'était son directeur de cabinet lorsqu'il était ministre du Budget. Cela peut aider.

Ce serait aussi le scénario le plus douloureux, en terme d'amour propre, pour les dirigeants de la Générale. Il y a huit ans, la BNP, présidée par Michel Pébereau, avait déjà tenté de prendre le contrôle de la Générale, ce qui avait donné lieu à une violente bagarre à la Bourse de Paris. Certes, les plaies se sont largement refermées. En juin dernier, Daniel Bouton a même fait travailler deux banques d’affaires américaines sur l'hypothèse d'un mariage avec BNP Paribas.

Pour les salariés de la Générale, une fusion avec BNP Paribas ne serait pas sans conséquences sociales, même si la pyramide des âges actuelle (beaucoup de départs à la retraite) rendrait la réduction des effectifs plus aisée.

Mais il n'est pas certain qu'un rapprochement Générale-BNP aurait du sens. Les deux banques se sont développées, depuis huit ans, dans les mêmes métiers, comme la banque de marché. Une fusion risquerait d'entraîner une perte de valeur.

Selon le Wall Street Journal, BNP Paribas aurait pourtant déjà commencé à évoquer l'hypothèse d'une nouvelle OPA sur la Générale. Il est vrai que la première est toujours d'humeur conquérante. Elle a ainsi gobé en 2006, pour 9 milliards d'euros, l' italienne Banca Nazionale del Lavoro, qui venait de rompre des fiançailles avec la banque espagnole Banco Bilbao Vizcaya.

La Banque postale

L'hypothèse peut sembler farfelue, mais c'est un journal tout ce qu'il y a de plus sérieux qui l'évoque: le Financial Times, dans son édition de mardi. Une telle opération, échafaude le Financial Times, pourrait impliquer la Caisse des Dépôts et d'autres investisseurs institutionnels, comme l'assureur Axa.

Le scénario semble pourtant assez difficile à imaginer. Un tel rapprochement constituerait, de facto, une nationalisation de la Société Générale. Par ailleurs, la Banque postale (surnommée en interne "la Poste bancale"), assise sur le réseau de la Poste, n'a pas les moyens d'une telle acquisition.

La Générale découpée en morceaux

Les banquiers parlent d'un scénario "à la ABN-Amro". L'an dernier, la troisième banque britannique, Barclays, avait lancé une OPA sur la néerlandasie ABN Amro, seconde banque des Pays-Bas, pour 67 milliards d'euros. Finalement, un consortium de banques européennes, la britannique Royal Bank of Scotland, l'espagnol Santander et le belgo-néerlandais Fortis ont fait une contre-offre et ont emporté la mise, pour 71 milliards d'euros. Il ne leur restait plus qu'à dépecer leur proie, et à se répartir les morceaux.

De même, la Générale pourrait bien finir tronçonnée. On parle de discussions entre Unicredito et Santander. On évoque une solution BNP-Crédit Agricole: les activités de banque de détail de la Générale iraient à BNP Paribas, les activités de banque de marché au Crédit Agricole.

Mardi, la cote de ce dernier scénario grimpait fortement à la Bourse. De son côté, dopé par ces rumeurs, le titre de la Société Générale, a pris plus de 3%.


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Par Hatamoto
19H04    29/01/2008

Pour ma part, la solution Calyon + BNP me semble la plus plausible.
D'un autre coté, même si personne ne l'a évoqué, Dexia pourrai être le parfait candidat :
C'est un groupe Franco-Belge, donc qui n'aurai pas a subir de pressions de l'élysée, ils disposent de "trop" de fonds propres par rapport à la réglementation établie par Bâle 2 et donc les place en ligne de mire pour être racheté par des gros groupes qui n'en ont pas assez, ou alors au contraire pourraient les pousser à racheter la SG pour "équilibrer" leurs fonds propres.
De plus ils n'ont pas, ou presque pas de réseau banque de détail en France, et niveau marchés financiers, la position au niveau des produits dérivés de la SG complèterai bien la position de Dexia au niveau des emissions obligataires.

 
Par Tophee
19H04    29/01/2008

J'etais en mission au Bureau de Londres de la SG lors de la tentative de rachat par la le BNP. Je me souvient au quel point la dorection de l'epoque avait atiser les haines anti BNP, expliquer a tous le monde que ce serait la fin etc.... Je me souvient aussi de la fete qui nous avait ete offerte lors de la "victoire".

C'est sur que si la BNP rachete, cela vas faire grincer des dents a la generale. Mais je serais surpris que la BNP rachete toute la banque. Leur resaux se complete bien parait-il, mais au niveau de la banque d'affaire, il y as trop de doublon.

Mais peut-etre calyon serait interresse par cette derniere....

Barclays serait certainement interesse, mais je suis pas sur qu'il en ai encore les moyens. Il n'avait deja pas de cash pour racheter abn-amro et leur action vaut encore moin maintenant. Et je suis pas sur que Sarko laisserais faire.... (sauf peut-etre contre quelques billet d'avion et un tour sur un yacht.)

 
Par Traroth
19H08    29/01/2008

Etant donné qu'actuellement toutes les banques sont chahutées et plus ou moins impliquées dans la crise des subprimes, je pense personnellement qu'il va se passer quelques temps avant que l'une d'entre elle ait de l'appétit pour la Société Générale. Elles sont toutes en train de provisionner, puisque personne n'a de visibilité réelle sur l'ampleur du désastre de la crise immobilière américaine. Qui vivra verra...

 
Par Joseph Loiseau | Lycéen au lycée Claude Monet à Paris
20H16    29/01/2008

Le gouvernement veut intervenir et ne pas laisser la Société Générale tomber dans des mains "étrangére"

Mais, étrangére à quoi ? Comment peut-on être certain que la Société générale est française vu qu'on ne connait pas la nationalité de tous ses actionnaires ?
Avec l'économie mondialisé, les entreprises coté en Bourse n'ont plus de nationalité!

De toute façon, même si l'Etat voudrait intervenir (ce qui est un comble pour un gouvernement aussi libéral à l'image de son président!) je ne vois pas comment ... "les caisses sont vides"

Ce serait étrange qu'ils arrivent à trouver de l'argent pour "sauver" la société générale et qu'ils n'en trouvent pas pour augmenter le pouvoir d'achat... des français ...

 
Par Cesardes
21H58    29/01/2008

Barclays est pas mal plombée par les subprimes mais elle peut toujours compter sur les liens qu'elle a noués avec la China Development Bank au moment de l'OPA sur ABN Amro... Et dans le genre énorme puissance financière, on fait difficilement mieux que les Chinois... Et puis Barclays doit à tout prix grossir si elle veut éviter de devenir à son tour une cible... c'était bien l'objectif de l'offre sur ABN Amro