Selon un projet du ministère de l'Intérieur, que s'est procuré Rue89, dormir dans la rue redeviendrait passible de prison.

Et si la mission Pinte sur les sans-abris n'était que de la poudre aux yeux ? Alors que les associations avaient accueilli avec bienveillance la mission express confiée par François Fillon au député-maire (UMP) de Versailles, un extrait d'un projet de loi du ministère de l'Intérieur fait désordre : il s'agirait de rien moins que de rétablir le délit de vagabondage, pourtant définitivement supprimé du Code pénal en France en 1994.
Ce mardi, en début de matinée, Etienne Pinte doit rendre compte à Matignon de la mission d'un mois que lui a confiée le gouvernement le 21 décembre. Le tout avec l'approbation des associations, dont plusieurs soulignaient que les choses allaient « plutôt dans la bonne direction ». Quelques semaines à peine après la conférence de consensus, qui réunissait fin novembre un jury présidé par le conseiller d'Etat Jean-Marie Delarue, le ton était donc plutôt consensuel.
Document de travail ?
Mais nous nous sommes procuré un « projet de loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure », estampillé du dudit ministère. Son article 43 porte sur « l'occupation abusive et irrégulière du domaine public ». C'est cet article qui prévoit de rétablir une peine de « six mois d'emprisonnement et 3750 euros d'amende » pour tout sans abri qui continuerait à occuper la rue.
A partir de quand peut-on considérer qu'un SDF a refusé une offre tangible ? Le texte -qui n'est peut-être qu'un document préparatoire- ne le précise pas. Il stipule toutefois qu'« il peut être procédé à la saisie de la chose qui a servi ou était destinée à commettre l'infraction ». Autrement dit, la police pourrait saisir la tente ou le duvet du sans abri qui se sera, par exemple, installé sous un pont. Et selon ce texte, dormir dans la rue est passible d'emprisonnement.
Lundi soir, le ministère de l'Intérieur, plusieurs fois sollicité, n'avait pas donné suite à nos messages. Depuis qu'elles ont pris connaissance de ce document, certaines associations se disent « inquiètes qu'on veuille nettoyer manu militari les rues de Paris pour les touristes ». Tout en préférant attendre la remise officielle du rapport Pinte pour monter au créneau.
« Rétablir le délit de vagabondage serait tragique »
Jean-Marie Delarue, qui présidait la conférence de consensus, confiait à l'époque que l'urgence était bien à recentrer les acteurs du monde associatif autour d'une dynamique commune, pour qu'ils puissent exiger d'une même voix des politiques publiques conséquentes. A la veille de la publication du rapport Pinte, le conseiller d'Etat attendait d'en prendre connaissance mais se disait « attentif » à ce projet de loi qui émane du ministère de l'Intérieur :
« Il faut être prudent : une proposition dans un rapport n'est pas une décision gouvernementale. Même si les associations se félicitent plutôt d'avoir été consultées. Si l'Intérieur va jusqu'au bout, il faut que le gouvernement clarifie ses intentions, car rétablir le délit de vagabondage serait tragique. »
Même son de cloche chez un psychiatre impliqué dans le domaine, qui affirme que les pouvoirs publics multiplient ces derniers temps les appels aux experts afin que ces derniers viennent « avaliser la dangerosité des sans abris sous couvert de diagnostic psychiatrique ».
A la veille de son entrevue à Matignon, Etienne Pinte préférait, lui, s'abstenir de communiquer sur la question. Le 5 décembre, au sortir de la conférence de consensus, la présidente de la Fnars, Nicole Maestracci, résumait ainsi le dossier des sans-abris :
« La vraie révolution, ce serait de donner de la cohérence à tout cela, et d'instaurer un vrai pilotage. »
Pas sûr qu'elle ait été entendue par le gouvernement, comme le montre la cacophonie que trahit le document du ministère de l'Intérieur.
► Mis à jour le 29/01/2008 à 11h58 : après la publication du document sur Rue89, le cabinet du ministère de l'Intérieur affirmait mardi matin que la disposition ne figurerait finalement pas dans la mouture définitive du projet de loi de sécurité intérieure.
► A lire aussi : les propositions d'Etienne Pinte, rendues publiques à Matignon, mardi 29 janvier.





















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à Les Chats
De Madmad
passante | 10H10 | 29/01/2008 |
Le problème de la jeunesse (dont je fais partie), c'est qu'elle n'y croit pas… Une minorité bouge, la majorité consomme et/ou se désepère en silence, si elle a espéré un jour. L'apathie qui règne chez nous est assez inquiétante.
Essayez par exemple de faire bouger ensemble des associations (= les gens censés être les plus engagés) se trouvant sur un même campus… de quoi vous dégoûter à vie (Madmad a testé pour vous).
Mais peut-être que les associations etc. ne sont plus une forme qui nous convient ? Bref, une vraie réflexion à mener sur la façon d'entraîner ces fameux jeunes…
AVIS aux amateurs : un article de Rue 89 pourrait lancer le débat un jour, d'ailleurs. Avec des chiffres sur les envies et engagements de la jeunesse pour soutenir notre réflexion (car là, je me base sur du sentiment et des données empiriques pour faire les constats ci-dessus)…
à Madmad
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 17H34 | 29/01/2008 |
Alors Madmad il faut leur dire qu'en ne faisant rien ils est certain que rien de bien ne se passera.
Moi je crois que c'est plutôt par feignantise et par manque de volonté.
Ils sont d'une inertie qui fait peur, tellement que des fois je me demande si certains auraient encore une réaction devant le déclenchement d'un feu.
D'où ça vient ? Enfants gâtés ? Infantilisation ? Musique continuelle dans les oreilles ?
à rp
De Charles Mouloud
Bras gauche de la Vénus de Millau | 14H49 | 29/01/2008 |
Il faut vraiment être con comme un pauvre pour prendre le risque de perdre 3750 Euros en restant faire le con dans la rue et le froid !
Avec cette thune , ils peuvent se payer deux ou trois nuits au Crillon, ou Mille et une nuits au Formule 1 ! ! !
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 08H56 | 29/01/2008 |
La société fabrique des pauvres et elle veut les mettre en prison ? ?
Désolée mais je pense de plus en plus qu'il faut « foutre » ce système en l'air. çA DEVIENT INSUPPORTABLE ! ! ! 1789 1789 1789 1789 1789
De Dave Feng
08H58 | 29/01/2008 |
Je risque d'avoir une interprétation différente d'une partie des autres commentateurs.
J'ai suivi les journées des conférences consensus, et il me semble ne pas en avoir retenu les mêmes choses que le champ médiatique n'en a retenu.
Les interventions les plus intéressantes étaient celles des contributeurs étrangers qui étaient estomaqués de la frilosité des associations et institutions françaises - un désaccord que le « consens » de telles journées a effacé.
Ce désaccord reposait sur leur idée, un peu simple c'est vrai, que le meilleur moyen de « sortir de la rue », c'est de ne pas y rentrer. A cet effet, ils indiquaient qu'ils ont tenté de procéder, dans leurs pays respectifs (Pays-Bas, Danemark, Ecosse, Angleterre), à la création de politiques de lutte contre l'exclusion centrées sur l'offre de logements de stabilisation.
Au Pays-Bas, le dernier effet de cette politique a été de rendre punissable le vagabondage. Mais cet effet est lié au fait que l'offre de logements (une offre variée) permet de répondre (ou du moins, c'est ce qui a été soutenu) à toutes les demandes.
Même si c'est un pilule dure à avaler, cette idée de changement de statut de l'espace public, qui redevient un lieu de passage et non de séjour ne me choque pas.
Les deux fautes morales du gouvernement français ne sont pas de réfléchir à réinstituer ce délit.
C'est de le réinstituer alors que l'offre de logements est beaucoup trop faible. Si l'Etat livre tapidement 500.000 logements sociaux, logements de stabilisation, habitats alternatifs et logements d'urgence - accompagnés des services sociaux nécessaires, cela ne me paraît pas choquant que le statut de l'espace public change.
La seconde faute morale consiste à mettre à profit les experts du monde social afin qu'ils émettent des préconisations cohérentes - pour après faire son marché dans ces mesures en ne prenant que celles qui permettent le désengagement de l'Etat.
Il y a un vrai rapprochement à faire avec le RSA de Hirsch. Le RSA est sensé permettre la sortie du RMI. Pourquoi pas ? Mais l'Etat a commencé à limiter l'accès au RMI alors que le RSA ne fonctionne pas encore. Bref : on a retiré une prise aux gens sans leur donner avant une autre prise.
De la même façon, pour les personnes de la rue, on leur retire la rue sans leur donner de logement.
à Dave Feng
De Madmad
passante | 10H15 | 29/01/2008 |
« si l'Etat livre rapidement 500 000 logements sociaux » (en effet, ce serait beau et cela donnerait du sens à la mesure , merci pour votre contrib.)…
…si l'Etat et les collectivités locales arrêtaient de vendre les logements sociaux…
à Madmad
De Dave Feng
11H14 | 29/01/2008 |
Bonjour Madmad,
Dois-je percevoir de l'ironie dans votre remarque ? Je peux comprendre que l'argument qui consiste à dire « il n'y a qu'à construire des logements ! » peut sembler naïf. Mais cette naiveté n'est qu'illusoire.
En effet, une personne dans la rue a déjà un coût prohibitif pour la société. L'homme de la rue, c'est souvent une richesse dont la société se prive sciemment. C'est une richesse humaine - une personne qui a des idées, des désirs et des forces - qui sont réduites à rien par la rue. Ensuite, c'est le plus souvent un homme entre 25 et 55 ans. C'est donc un travailleur qui est rendu inactif par l'exclusion.
Ensuite, une personne à la rue va coûter extrêmment cher en soins psychiques et médicaux chaque année, la rue étant très « pathogène » - si vous passez quelques jours par an dans un service de soins intensifs, vous avez coûté bien plus qu'un logement mutualisé ou une place en maison d'accueil…
Toutefois il semblerait que nous préférions payer ces effets collatéraux plutôt que de faire un effort sur le logement. Pourquoi ? Parce que, idéologiquement, cela ferait mal à une grande part de la population que le logement cesse d'être un bien marchand comme les autres. Ceux qui se sont endettés pour leur logement refusent que d'autres aient accès à un logement sans les mêmes contreparties humiliantes et disproportionnées.
En un mot, quand on en bave, on veut que les autres en bavent aussi, voire plus.
Mais il ne faut pas désespérer de la grandeur de l'homme : un peu de raisonnement peut montrer que en faire baver à autrui ne change rien à notre situation propre.
Un changement de statut du logement aurait deux effets : empêcher certains d'entrer dans la rue - et éviter de maintenir dans une poche d'extrême précarité ceux qui fournissent les bataillons des personnes de la rue.
à Dave Feng
De Yakafersa
retraité consentant | 11H46 | 29/01/2008 |
@dave Feng
Et que penser des sommes faramineuse dépensées pour loger des familles chez des marchands de sommeils. 2000 euros par mois pour des chambres sordides, si ce n'est plus, alors qu'un HLM confortable reviendrait à 500 ou 600 euros… Mais ets-celes pauvres qu'on veut aider ?
à Dave Feng
De coraliedd
retraitée ET très intéressée | 12H28 | 29/01/2008 |
Croyez vous vraiement que c'est le pékin de base endetté jusqu'au cou qui ne souhaite pas que l'on construise des logements ?
Ce sont plutôt les financiers et investisseurs qui veulent créer la pénurie car qui dit pénurie dit profit ; yaka voir le pétrole et bientôt l'eau….
à coraliedd
De Dave Feng
12H58 | 29/01/2008 |
N'avez-vous pas l'impression que les gens votent régulièrement contre leurs intérêts réels (notamment économiques) ? - Il me semble même que c'est une des explications de l'élection de Nicolas Sarkozy : dresser un rideau de fumée idéologique qui efface toute prise de conscience des situations réelles de chacun.
Enfin, il y a aussi cette disposition que n'a pas inventé Sarkozy qui consiste à faire payer à celui qui vient après les violences que l'on a soi-même subies.
Ceci dit, je vous donne raison pour un point : il y a des investisseurs et financiers dont l'intérêt est de maintenir la pénurie. Et ils ont les moyens de promouvoir cette idée en soutenant un parti qui explique que la solution au problème du logement est l'accession à la propriété – mirage que beaucoup de gens veulent poursuivre (même si c'est contre leur intérêt réel).
à Dave Feng
De Thomas GREDAT
| 15H10 | 29/01/2008 |
« Nous courons sans souci dans le précipice, après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir » (Blaise Pascal).
à Dave Feng
De pravdaz
14H23 | 29/01/2008 |
Malgré vos arguments, je ne peux m'empecher de rejeter avec force l'idée que le vagabondage soit interdit.
Pensez-vous que je manque de Soma ?
à pravdaz
De Dave Feng
15H36 | 29/01/2008 |
Le refus de faire du vagabondage un délit est légitime. Mais il ne faut pas que ce problème, quelle que soit son importance, fasse oublier deux autres problèmes : la crise majeure du logement et l'instrumentalisation cynique des experts. On peut se battre sur les trois fronts en même temps. Mais n'être que sur le front de la dénonciation vertueuse d'une potentielle loi liberticide est peu efficace. Le gouvernement semble employer la technique éprouvée depuis longtemps, qui consiste à lancer des idées liberticides, fixer l'attention dessus, fabriquer un point qui absorbe tout le débat – pour détourner d'une question plus importante : le logement. Le gouvernement fait marche arrière – et nous avons le sentiment que la morale a prévalu. Mais en fait, sur la question de fond, on en est toujours au même point – les lignes de partage idéologiques sont les mêmes : il n'y a pas de vrai débat, d'avancée.
à Dave Feng
De Thomas GREDAT
| 16H27 | 29/01/2008 |
Vous avez raison : ç'a été le cas avec l'amendement Mariani, qui a monopolisé l'attention pendant que d'autres articles passaient en loucedé.
à Thomas GREDAT
De Dave Feng
17H20 | 29/01/2008 |
Il est dommage que l'article publié aujourd'hui sur Rue89 porte seulement sur la question de la réintroduction du délit de vagabondage.
Alors que la vraie information, c'est que le gouvernement est pris aujourd'hui, sur cette question des SDFs, en flagrant délit de mensonge et de promesses non tenues, de tentative de faire traîner le debat afin que l'attention publique passe à autre chose. En un mot : contrairement à ses proclamations, le gouvernement n'a pas de volonté politique de permettre à qui que ce soit de sortir de la rue.
Je comprends la logique de RUE89 : l'information qu'ils sortent est exclusive - et elle nous permet à nous lecteurs de nous sentir vertueux, dans notre concert de protestations.
Et il fallait sans doute sortir l'information. Mais la sortir comme cela, sans autre chose, sans une vraie couverture, c'est trop juste. C'est certes bon pour RUE89 (un journal qui mérite d'être encouragé) - mais pas terrible pour le débat.
RUE89 était pourtant un des seuls journaux a avoir joué un rôle dans la conférence consensus de la FNARS !
Peut-être que d'autres articles viendront !
à Dave Feng
De Thomas GREDAT
| 17H36 | 29/01/2008 |
J'en suis sûr.
« Le gouvernement n'a pas de volonté politique de permettre à qui que ce soit de sortir de la rue. » Evidemment, puisque ce serait sortir de la logique manichéenne de culpabilisation du pauvre. Qu'il agisse en contradiction avec les promesses proclamées, qu'il soit pris « en flagrant délit de mensonge », comme vous le dites, importe peu : que peut-on faire ?
Vous avez raison quant à notre sentiment d'être « vertueux ». Je crois que, pour l'instant, nous sommes encore groggy, nous ne savons quoi faire.
Si la situation demeure ainsi, et elle aura plutôt tendance à s'aggraver, la cocotte-minute finira par exploser. Comme je le disais dans un précédent post, il ne faut jamais pousser les gens au désespoir. C'est ce que nos dirigeants sont en train de faire.
à Dave Feng
De Wiecha
18H36 | 29/01/2008 |
Bonsoir,
Votre point de vue est extrêmement inquiétant : parce qu'il mélange deux domaines complètement séparés, deux problèmes qui ne devraient pas l'être.
D'un côté celui du logement social, de l'autre celui de la criminalisation des comportements et du contrôle de l'espace public.
On ne sort pas les gens de la rue par la force : prenons le meilleur des mondes que vous décrivez , des places d'hébergement en masse et des peines de prisons pour les ingrats qui dormiraient encore dehors. En cas de conflit dans le foyer avec d'autres résidents, avec la direction du foyer, la personne concernée n'aura donc d'autre choix que rester dans la structure qu'on lui a imposée ou aller en prison. Je viens de relire « Dans la dèche à Paris et à Londres “ d'Orwell et votre système ressemble fort à celui du Londres des années 30, ou une place à l'asile de nuit est conditionnée à l'obligation d'y rester une partie de la journée. Et, le reste du temps, les pauvres hères contraints de marcher dans les rues car s'asseoir par terre est passible de prison.
Autre chose : admettons même que les personnes n'aient aucune bonne raison ( selon vos propres valeurs, du moins) pour dormir dehors. Qu'elles soient cinglées, désocialisées, ce que vous voulez. Les mettre en prison, ça va régler le problème ?
Absurde.Une dernière chose : votre conception de l'espace public comme ‘un lieu de passage est bien triste, à l'image de nos métropoles déshumanisées. L'espace public est pour moi un lieu de rencontres, un lieu de lutte ( et c'est aussi cela que ce texte va criminaliser ), de discussion, de socialisation.
Et cette volonté de vouloir à tout prix gérer le flux humain, chacun à sa place ne faisant que passer, n'est jamais à mon avis qu'une des manifestations de l'utopie du contrôle total des pauvres, jusque dans leurs parcours quotidiens.
à Wiecha
De Dave Feng
20H32 | 29/01/2008 |
Wiecha bonsoir,
Le logement (pas seulement le logement social) et le contrôle de l'espace public sont deux problèmes parfois liés (comme ici). Ce sont deux problèmes différents mais ils ont un rapport. Ainsi, quand le processus d'exclusion et ses divers facteurs (économiques, psychiques, sociaux…) conduisent quelqu'un à résider dehors, il est amené à privatiser un espace public. La rue, c'est chez lui.
L'idée de mon intervention, pourtant formulée avec précision, était que, encore une fois, tout le débat porte sur les effets derniers du problèmes et non sur les leviers qui empêchent l'entrée dans la rue.
Je n'ai jamais mentionné d'hébergement de masse et de peines de prisons. J'ai au contraire parlé d'habitat alternatif, de places de stabilisation, de logement d'urgence, d'accompagnement social (sous-entendu : vers l'autonomie). L'idée est au contraire de ne pas sédimenter l'exclusion en plaçant d'emblée celui qui quitte son toit dans le logement d'urgence, ce qui ne manquerait pas de l'enfoncer, mais de lui proposer quelque chose, au moment de sa chute, qui limite la casse et lui permette de se relever. Diverses expériences existent, de maisons-relais à petite capacité d'accueil. Mais elles sont souvent proposées d'abord à ceux qui sont un cran plus bas dans l'exclusion. Ce qui veut dire que, si vous êtes exclu, vous devez aller tout au fond de l'exclusion, d'abord, pour avoir le droit, ensuite, par étapes devenues difficilement accessibles pour vous, de remonter. C'est délirant : pour avoir le droit de remonter, il faut être absolument cassé et démuni des moyens propres de se battre.
Je signale que, dans ces maisons-relais, du moins dans celles qui marchent ; il y a un vrai espace de liberté, pas d'horaires, le droit d'avoir des animaux et une vie amoureuse. Ce que je décris n'a rien à voir avec Orwell !
Je suis profondément hostile à ce projet avorté, mais je pense que focaliser la discussion dessus est néfaste.
Je n'ai jamais dit, ni suggéré que les personnes « n'avaient pas de bonnes raisons » de dormir dehors (cessez de me traiter de normopathe ! ). Toutefois, votre refus du « contrôle social » confine en fait à une négation du sociétal. Le processus qui mène à la rue est empreint, comme chacun de nos gestes, de facteurs sociaux – on est jamais complètement libre en fait, d'être sous un toit ou à la rue (même si, en droit, on l'est).
L'idée n'est pas de contrôler qui que ce soit, mais, puisque nous sommes des créatures très perméables aux situations, d'agir sur ces situations – et, en changeant les circonstances de ces situations, de permettre à chacun que l'effet de la vie en société sur lui ne soit pas destructeur (au moins).
Quant à l'expression de « lieu de passage » - vous greffez dessus vos fantasmes. Moi aussi je suis pour la rencontre. Je ne dis pas qu'il faut y passer en courant. Flânons ensemble ! – Mais désigner le lieu public comme un « lieu de passage », cela veut dire que vous avez la possibilité de retrouver un espace privé. La personne à la rue ne retrouve jamais pleinement un espace privé. La rue ne peut l'être vraiment, l'accueil d'urgence, avec ses sorties et retours, ne peut l'être non plus.
Enfin, la pauvreté et l'exclusion sont deux choses différentes. La pauvreté, c'est un état (relatif ou absolu). L'exclusion, c'est un processus. La cible de toute cette réflexion n'est pas la pauvreté, mais les moyens de permette aux individus de se défendre contre un processus.
à Dave Feng
De Wiecha
22H46 | 29/01/2008 |
Re-bonsoir
J'ai toujours trouvé ce concept d'exclusion et surtout d'exclus particulièrement pervers, .Propre à occulter toutes les réalités,à alimenter tous les fantasmes sur le pauvre perçu comme un objet passif, sujet de toutes les « expérimentations », objet de « processus ». C'est certainement le fait d'être Rmiste, moi même,et d'avoir le sentiment qu'à force de faire un problème sociétal de mon problème économique, une fois qu'effectivement je serai à la rue, il se trouvera tout un tas de gens pour pointer ma désocialisation totale : et de trouver comme solutions, au choix, la maison relais, la pension de famille, ou de l'autre côté de l'échiquier politique, l'asile psy ou la prison.
Je suis d'accord avec vous, on n'est jamais complètement libre d'avoir un toit ou d'être à la rue. C'est la raison pour laquelle il est inconcevable d'ajouter une contrainte à une autre, la prison à la rue. Et que cette idée même est un terrible retour en arrière, et je le maintiens une utopie du contrôle total, ou chaque individu va ou on lui dit d'aller.
Ne pas focaliser ? Mais comment faire autrement,à moins de cantonner le débat aux conférences de consensus et aux colloques, quand la réalité est aussi ailleurs, quand la construction de logements sociaux ne dépend pas seulement des analyses et des discours de ceux qui prétendent traiter le problème, mais aussi et principalement, des luttes de ceux qui le vivent ? Comment ne pas voir dans cet article du projet de loi, écrit en toutes lettres, non seulement le harcèlement et la peur pour les SDF isolés mais aussi et surtout une arme de plus contre les campements de lutte, dont les derniers dérangent si fort nos ministres qu'ils n'hésitent plus à faire matraquer quinze fois de suite ou à jeter à l'eau les pauvres un peu trop visibles ? Comment ne pas y voir la légalisation de ce qui se pratique au quotidien, la confiscation des tentes, des duvets, la destruction méthodique des cabanes et des bidonvilles ?
Prendre ce genre de mesures, les évoquer ne peut être compatible avec la construction de logements parce qu'il s'agit de s'attaquer à ce qui peut l'amener. C'est glisser petit à petit vers l'idée que je trouve ignoble que le principal problème n'est pas qu'une personne n'ait pas de logement à elle mais qu'elle soit à la rue ! Et de décréter l'hébergement comme une solution bien suffisante pour nous autres, desinsérés, jusqu'au jour ou un intervenant extérieur estimera que nous sommes assez « grands “ pour avoir un vrai logement.
Et bien sûr pour cela, on nous montrera quelques maisons relais ‘témoins , de charmants endroits, de petites structures quasi libertaires, une expérience réussie ici ou là, alors que les concernés savent bien que l'immense majorité des structures existantes aujourd'hui entretiennent la dépendance, l'absence d'autonomie, par l'édiction de règles sans cesse plus contraignantes ( obligation de prendre n'importe quel emploi, contraintes d'horaires, contrôles sur la vie privée,…).
Voilà on s'éloigne un peu, mais il me semble que ce projet de loi n'a rien d'une torpille isolée et qu'il participe au contraire d'une politique d'ensemble pas menée seulement par les fractions les plus droitières de nos dirigeants
à Wiecha
De Dave Feng
23H42 | 29/01/2008 |
Wiecha,
Je vous remercie de vos messages. Il est rare d'avoir des discussions intéressantes et argumentées. Je crois être en accord avec une bonne partie de ce que vous dîtes. Je précise quand même quelques choses sur les points suivants : 1) le terme d'exclusion. 2) Les maisons relais. 3) La focalisation du débat.
1) Il y a effectivement une possibilité que le terme d'« exclusion » finisse par ne plus rien dire. Mais je pense que c'est un terme qui, bien employé, conserve une capacité de description utile. Quand un SDF vous retrace sa vie, ou que vous la retracez avec lui, on voit à l'œuvre une série de coups que lui porte l'organisation sociale, et une série d'affaissements. C'est en ce sens qu'il y a processus. – Je pense que c'est un terme adéquat car c'est une dégradation par étapes, qui est similaire pour beaucoup de personnes. Je vous donne un exemple de sa capacité de description. Par exemple, la plupart des gens pensent qu'ils peuvent devenir SDFs. Or, c'est strictement faux. Les SDFs viennent majoritairement de la partie la plus pauvre de la société – car c'est dans cette partie de la société que les barrières qui protègent le plus l'individu de l'effondrement sont faibles. La plupart des individus sont affiliés à des éléments du système qui préviennent ou limitent ces effondrements (ils sont inclus). – Attention, et si je parle de processus, c'est aussi pour signifier qu'il y a des gens plus ou moins exclus. « Exclu » ne veut pas dire « anormal » - mais exclu d'un ensemble de liens qui font la vie en société.
2) Les maisons relais qui marchent sont présentées comme des exemples dans la mesure d'inciter à l'adoption étendue de leur mode de fonctionnement. Elles cachent l'échec de tout le reste, échec écrasant dont tous sont conscients – même si tous ne comprennent pas qu'il faut changer de stratégie et non plus seulement augmenter les moyens. Changer de stratégie implique de réviser le statut du logement.
3) Et j'en viens à la raison de mon intervention. Croyez-vous que le combat sur cette question se fasse entre vous et moi, entre nous et les lecteurs de RUE89 ? Un rapide coup d'œil sur les commentaires montre qu'à une écrasante majorité, nous sommes tous les ennemis jurés du gouvernement actuel. Mais si je reviens toujours à la charge, c'est parce qu'il me semble, que même s'il est bon que les lecteurs de ces pages soient scandalisés par ce projet avorté, il est souhaitable aussi qu'ils aillent plus loin, qu'ils passent d'une stratégie défensive qui consiste à hurler à chaque pas du gouvernement, à une stratégie offensive, qui consiste à formuler une politique alternative dont la cohérence perce le rideau de fumée dont le gouvernement enveloppe la population. Sur la question du logement, cela veut dire faire accepter au plus grand nombre que le logement n'est pas un bien, mais une nécessité. Que sans logement, on ne peut faire sa vie (et je tiens compte du fait qu'il y a de multiples formes de logement, que le squat autonomiste est aussi un logement). Cela veut dire promouvoir, par la parole, le vote ( ? ), l'engagement, par la récupération citoyenne d'espaces, par mille façons, une définition non-marchande du logement.
De Thorgal46
Informaticien dans le Lot | 09H07 | 29/01/2008 |
J'ai 50 ans, je suis divorcé, je vis seul. L'usine dans laquelle je bossais, pour quelques millions d'euros de bénéfices supplémentaires vient de se délocaliser et par la même occasion de me licencier. Sans boulot depuis des semaines, je n'arrive plus à payer mon loyer. Je me retrouve expulsé.
Je dors dans la rue, sous des cartons.
Demain, on pourra me mettre en prison pour ce motif.
J'irai en prison pendant que mes anciens patrons gagneront plus !
Cette France me fait pleurer…
Je vais mourir…
à Thorgal46
De Thomas GREDAT
| 11H56 | 30/01/2008 |
Je ne sais pas quoi vous dire…
De andelle
09H14 | 29/01/2008 |
Oui, c'est la honte !
Mais les prisons sont DEJA essentiellement remplies de pauvres et de malades mentaux.
Ceux qui sont « méritants » (= qui travaillent plus, qui gagnent du fric) ont le droit de vivre normalement, les autres (ça peut être chacun de nous à un moment ou à un autre) sont bons pour la poubelle et après pour en ressortir….
M'enfin plus de la moitié des français sont contents avec ça ! ! !
De kate
mariée | 09H18 | 29/01/2008 |
honte à lui
j'attends CHRISTINE BOUTIN au tournant ; comment pourra t'elle rester muette face à ce scqandale ?
et puis comment les sdf pourront ils payer cette amende ?
avec les sous de la SOCIETE GENERALE ?
De jeannot_babélou
ardèche | 09H19 | 29/01/2008 |
Les relants populistes de sarko sentent le petainisme a pleines narines. Nous ressortirai-t-il pas la bonne vieille tactique du « Ayez peur ! » ? . Tactique purement sarkozyste, deux mois avant les municipales, sortir une bonne grosse loi bien déguelasse et vive la pêche aux moules chez FN & Co. Le Pen doit en baver ! Sarko et toute sa clique sont la pour faire disapraitre entre quatre murs ces empecheurs de tourner en rond ! Etrangers, Roms et maintenant les SDF… Triste temps mes amis !
Combattons !
De coraliedd
retraitée ET très intéressée | 09H21 | 29/01/2008 |
escroquez et profitez (à condition d'être patron de banque) car vous ne serez pas sanctionné, au contraire vous partirez avec un bon pactole (prévu avec vos « collègues » du conseil d'administration).
Je viens de prendre connaissance du texte de Mr BENTOLILA (encore un « acteur de la société civile » qui est prié de fournir sa pensée à notre président)et je constate que les enseignants vont être soumis à des contrôles, évaluations, notes au mérite… Toujours les travailleurs considérés comme « imparfaits », incapables, peut-être débiles, en tout cas : infantiles, au regard de ceux qui nous dirigent.
Bien sûr ceux qui ont dépassé ce stade sont « supérieurs » et intouchables donc non soumis à critique et encore moins à évaluation car on ne peut pas payer au mérite quelqu'un qui perd des milliards (qui vous appartiennent à vous qui avez des comptes chez lui).
Il faut asservir (du mot servage) les classes laborieuses afin de leur ôter toute envie de rébellion et la mise au ban de la société ne peut finir que par la mise en prison de ceux qui en sont tellement exclus qu'ils ne sont plus récupérables car non rentables ; ne vous étonnez donc pas des propositions concernant les clochards. Georges Orwell, grand visionnaire avait tout prévu ! Ce qui me rassure c'est qu'il a aussi prévu la révolte, alors….
De k@rine
citoyenne | 09H25 | 29/01/2008 |
Notre président doit confondre HLM et prison !
De sinclair
09H26 | 29/01/2008 |
Solution éprouvée pour son efficacité. Une loi et hop plus de problème puisque c'est interdit par la loi. C'est pas cher et c'est rapide surtout que les chambres votent vite yeux fermes tout ce qu'on lui propose.
Prochaine étape, déchéance de la nationalité pour ceux qui insistent donc expulsion. Non je plaisante.
Bon c'est vrai la technique a été essayé plusieurs fois depuis quelques années sans résultat autre que médiatique.
De ras-la-patience
09H28 | 29/01/2008 |
mon rêve : ouvrir rue89 un matin et y lire une bonne nouvelle ! ! ! !
vous avez donc décidé de me plomber toutes mes journées ? est-ce que ces ordures vont continuer longtemps à se conduire comme les pires des rats ?
les sans-abri en prison ? elles sont déja pleines !
une amende ? ils ne pourront pas la payer !
les cerveaux tordus qui conçoivent des projets aussi lamentables, voilà ceux qu'il faut enfermer !
cooper59 a raison ; même plus le temps de se mettre en colère !
le jour ou ça va péter, il ne faudra pas s'étonner s'il y a des excès.
la honte sur ce gouvernement de merde !
De auchomage
09H43 | 29/01/2008 |
Ne vous laissez pas lobotomiser. La rue appartient à tout le monde et ceux qui ont fait le choix d'y dormir tandis que d'autres possèdent hôtels particuliers, villas et appartements dans des pays différents méritent mon respect. En démocratie (athénienne), il y a 4 principes fondamentaux dont l'« issopolitia », le même droit de cité pour chacun. En premier lieu, il faut se demander quelles sont les causes qui ont amené ces citoyens à une telle situation, qu'est-ce qui les a jetés à la rue. Quand on a mal à la tête, il ne suffit pas de prendre de l'aspirine il faut se demander pourquoi on a mal à la tête.