Docteure, taliban ou travesti prostitué… A travers trois personnages, Rue89 esquisse un portrait du Pakistan d'aujourd'hui.
9H30. Rahbia entame sa tournée des malades à l'hôpital chrétien de Peshawar. Dans la salle d'attente, les femmes sont assises d'un côté du couloir, les hommes de l'autre. Musulmans, chrétiens, sikhs, hindous… Toutes les confessions sont représentées ici. Seul point commun de cette clientèle : elle est essentiellement pauvre. Problèmes oculaires, déformations des pieds, Rahbia, accompagnée d'infirmières, ne chôme pas, depuis vingt-cinq ans qu'elle pratique dans cet établissement appartenant au diocèse de Peshawar.
Dans cette ville proche de la frontière afghane, l'islam radical prodigué par les talibans progresse chaque jour un peu plus. Une évolution qui inquiète la communauté internationale :
« Nous avions beaucoup de fonds venant de pays étrangers comme l'Allemagne. Mais tous ont suspendu leurs dons. Le 11 septembre est une des raisons. »
Dans cette société exclusivement masculine, où la burqa efface les autres visages, de plus en plus d'hommes refusent de recevoir des soins des mains d'une femme. Mais Rahbia refuse de généraliser :
« Pour la plupart des patients, cela importe peu que je sois une femme. Une minorité de femmes, celles qui portent le hijab, préfèrent consulter une femme médecin. »
« Peut-être nous les femmes, travaillons davantage »
Tout cela n'a pas dissuadé Kush, 22 ans, la fille de Rhabia, de vouloir reproduire le schéma familial : « Très jeune, je suivais ma mère lors de ses consultations. » Unies, la mère et la fille, qui vivent avec le mari de Rahbia et leur second enfant au sein du diocèse, ont toujours été soutenues dans leur carrière.
Comme Rahbia, Kush est la seule chrétienne à l'école de médecine de Peshawar. « Quand elle avait deux ans, elle voulait déjà devenir docteur », se souvient Rahbia, qui n'hésite pas à donner un coup de main à sa fille pour ses leçons. Parmi les chrétiens, il y a plus de femmes médecins que d'hommes : « Peut-être que nous, les femmes, travaillons davantage », plaisante-t-elle. Il est très difficile d'intégrer l'école de médecine, où une seule place est réservée aux minorités religieuses :
« Il y avait beaucoup de compétitions à mon époque. Il n'y avait pas encore de problèmes liés à la religion, mais des comportements et des a priori machistes. Les temps changent. Il y a désormais plus de filles qui tentent cette voie. »
Chaque jour, Rahbia se demande si sa fille rentrera le soir. Les risques sont bien réels : attentats, attaques à la roquettes, enlèvements, fusillades, pressions d'extrémistes. Pour Kush, résignée, cela fait partie du quotidien :
« Depuis le 11 septembre, nous vivons une situation très tendue. Dès que nous sommes au courant d'un attentat-suicide, nous avertissons par texto nos camarades. Ce genre d'attaques peut arriver n'importe où. L'hôpital et l'université ont reçu des menaces du genre : “On va vous exploser.” Nous n'avons pas d'autre choix que de vivre avec. »
« Vivre cachée, ce n'est pas vivre »
Deux fois par semaine, Rahbia se rend au dispensaire gynécologique de Nowshera, une bourgade de la province du Nord-Ouest du Pakistan. Une heure de route, seule. Un voile rose pastel sur ses épaules, Rahabia reste tendue durant tout le voyage.
Arrivée sur place, le professionnalisme reprend le dessus. Les hommes attendent devant des locaux à la fois propres et rudimentaires. Le blanc des blouses des infirmières se confond avec les murs du dispensaire. Aujourd'hui, c'est plutôt calme. Des femmes de tous âges et de toutes confessions viennent se faire ausculter pour 15 roupies.
Rahbia refuse d'aborder le sujet, mais, récemment, ce centre a reçu des lettres de menace. Les auteurs seraient les membres des madrasas voisines, les écoles coraniques extrémistes. Dans les coins reculés comme celui-ci, les conditions de travail sont plus dures qu'il y a vingt ans. Il devient de plus en plus difficile de s'adresser aux hommes. Une dame âgée, vite diagnostiquée, est pourtant rassurée :
« Cela fait quarante ans que je viens ici. Je pourrais pourtant me faire soigner par l'armée, car mon fils est militaire. Mais ici je me sens bien parce que l'équipe médicale est gentille. “
Rahbia a essayé sans succès de s'installer en Grande-Bretagne, où elle a de la famille :
‘Pour l'instant, la charia n'est pas encore établie dans la région. Mais je ne sais pas ce que ma famille et moi ferons quand ce sera le cas.’
En attendant, elle assure ne pas baisser les bras et continuer sa ‘mission’ : ‘Vivre cacher ce n'est pas vivre.’
► Deuxième épisode de notre série de portraits du Pakistan : Omar Khaled, chef taliban prêt à tout




















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De Simple-passant-rue89
12H16 | 28/01/2008 |
de la véritable information, des reportages, ca change des dépeches AFP sur le cours de la bourse qui monte ou qui descendent (comme toujours) ça fait plaisir ! merci rue 89
De re-belle
mère au foyer | 12H19 | 28/01/2008 |
saluons son courage de continuer de soigner malgrès les menaces de mort dans un pays dominé par l'obscurantisme religieux ! ! ! …
De salutlesmecs
12H56 | 28/01/2008 |
Bravo pour cette série.
Par contre le Taliban de demain est mort depuis un p'tit bout de temps déjà … merci de préciser que ce ne sont pas des reportages datant d'aujourdh'hui et de préciser leur date de création …
bonne continuation
à salutlesmecs
De GSPETIT
13H33 | 30/01/2008 |
A l'attention de Salutlesmecs
Omar khaled est bien en vie. Nous en avons eu la confirmation hier, suite à la lecture de votre message.
G.S PETIT
De SiDi
Kitten ! | 13H43 | 28/01/2008 |
La société pakistanaise est au coeur d'une lutte d'influences. Il ne s'agit pas que de religions. Musharraf a sa part de responsabilité en changeant l'armée en véritable mafia, et en instaurant une justice et un système à deux vitesses. C'est ce genre de braises que les fanatiques attisent pour recruter des membres.
De Humain
13H57 | 28/01/2008 |
Comme elle dit elle même, c'est en tant que chretienne, que la position pour pour elle est très tendue… ! !
Mais probablement faut il ne pas souligner ce point !
De Pentelique
consultant biotechnologie | 15H26 | 28/01/2008 |
Ce n'est pas une question d'etre medecin chretien ou non c'est avant tout la question d'etre femme et au Pakistan pour pouvoir ouvrir un centre de planning familial,il faut lui donner un autre objet officiel, diabetologique par exemple. Que la femme medecin soit musulmane ou chretienne pas de difference.Ceci est conforme aux elucubrations de la Genese, mysogynes en diable, qui condamne la femme sans appel pour avoir voulu gouter a l'arbre de la connaissance et de la science et qui est toujours suspecte de vouloir comprendre avant d'obeir.Les trois religions monotheistes du monde ont le meme concept de base, ce qui fait la difference c'est la position politique des eglises dans les societes, colonne vertebrale comme pour le Pakistan ou article lateral comme en France.Faut il vraiment toucher a la loi de 1905 ?
De Mon-Al
roturière :-) | 18H43 | 28/01/2008 |
Cette femme mérite notre respect : elle met tous les jours sa vie en danger en voulant soigner. D'abord parce qu'elle est une femme dans un pays où il ne fait pas bon l'être ! Ensuite parce qu'elle soigne tout le monde, sans faire de différence, quelle que soit la religion des malades, ni même leur sexe (malgré quelques irréductibles bornés), celà met aussi sa vie en danger. Et quand on sait le danger que tout voyageur risque. Franchement, Madame, RESPECT.
De LeGardian
indépendant | 19H11 | 28/01/2008 |
Moi j'aime bien la 1ere photo où l'on voit un « barbu » sur le lit avec deux femmes qui se penchent dessus et la croix pour porter la poche, tout un symbole…
Ce genre d'image me donne toujours beaucoup d'espoir et de confiance.
En tout cas j'ai beaucoup d'admiration pour ce que fait cette femme et toute celles et ceux de ce type.
à LeGardian
De Pentelique
consultant biotechnologie | 09H06 | 29/01/2008 |
J'ignorais que le Christ eut ete crucifie sur un pied a serum,mais si vous le dites…
De lilooliloo
20H34 | 28/01/2008 |
Bravo pour ce reportage très interessant…
hate de voir la suite de la Serie Pakistan !
lil
De XavXav
23H18 | 28/01/2008 |
Refusera-t-on le droit d'asile à cette famille si elle venait un jour en France gonfler le nombre des clandesins et sans-papiers ? La laisserait-on se jeter par une fenêtre d'un immeuble parisien si la police française, un jour, devait lui appliquer un arrêté de reconduite à la frontière pour cause de « chiffre » à respecter ?
Souhaitons ne jamais avoir à répondre, car je ne suis pas certain que la réponse, si elle doit un jour être dite, soit bien digne de cette dame courageuse.
De Myntha
11H06 | 29/01/2008 |
Très intéressant ! et les photos pertinentes, elles parlent d'elles même. ça c'est du reportage.
merci.
De GSPETIT
16H51 | 29/01/2008 |
A l'attention de Salutlesmecs
Omar khaled est bien en vie. Nous en avons eu la confirmation hier, suite à la lecture de votre message.
G.S PETIT
De LeDoc
Médecin à Marseille | 06H12 | 30/01/2008 |
Dernière phrase de ce reportage, fort intéressant par ailleurs :
En attendant, elle assure ne pas baisser les bras et continuer sa « mission » : « Vivre cacher ce n'est pas vivre. »
« Vivre cacher » ? Ce serait pas plutôt « Vivre hallal » ?
: )