Alors qu'il devait rester jusqu'à fin juin, il claque la porte: le président de la Société des rédacteurs du Monde (SRM), Jean-Michel Dumay, quittera son poste vendredi, en réaction au "marchandage indigne" qu'il estime avoir subi. Il revient pour Rue89 sur les raisons de cette démission surprise.

Vendredi dernier, le conseil de surveillance du Monde s'était terminé par l'élection d'Eric Fottorino à la tête du groupe. Mais, comme l'a révélé Rue89, cette élection s'est accompagnée d'un accord signé entre Fottorino et Alain Minc, le très controversé président du Conseil de surveillance. Ce dernier, soutenu par la quasi-unanimité des administrateurs externes, posait comme condition sine qua non à l'élection de Fottorino le départ de Jean-Michel Dumay, emblématique président d'une SRM qui a provoqué, en moins d'un an, les départs de Jean-Marie Colombani et d'Alain Minc (qui devrait être effectif le 31 mars prochain). Il demandait aussi l'instauration d'un groupe de travail sur une recapitalisation par Lagardère et le groupe espagnol Prisa.
Dumay a fini par signer un texte où il s'engageait à partir à la fin de son mandat, le 30 juin. Un week-end de réflexion plus tard, il claque donc la porte, refusant pour des raisons "de souveraineté" que le président de la SRM se fasse dicter sa conduite par les actionnaires externes:
Jeudi dernier, Alain Minc avait désigné sa cible dans une très virulente interview à Libération:
"Il n’y aurait qu’un cas de figure où je serais prêt à partir immédiatement: si, dans un souci d’apaisement, Jean-Michel Dumay quittait la présidence de la SRM, je l’accompagnerais volontiers. Sinon, je partirai à l’heure dite, comme prévu."
En démissionnant aujourd'hui, Jean-Michel Dumay espère donc bien provoquer la démission immédiate d'Alain Minc, car le groupe Le Monde s'en porterait "infiniment mieux":
Quelle que soit la réaction que son "honneur" dictera à Alain Minc, cet énième épisode de la crise du Monde s'inscrit dans un contexte de difficultés financières qui, du point de vue d'Alain Minc et des actionnaires externes, appelle une recapitalisation du groupe. Ce que refuse Jean-Michel Dumay, qui redoute, à travers des propositions du type "plus de capitaux permettraient moins de casse sociale", un "chantage à l'emploi":
Au conseil de surveillance de vendredi, Jean-Michel Dumay aura des "déclarations" à faire aux actionnaires externes. Dans sa lettre aux salariés du Monde, il donne des détails sur l'accord passé entre Eric Fottorino et Alain Minc:
"Vendredi, une demi-heure avant le conseil de surveillance [...] Eric Fottorino, accédant enfin à notre demande de connaissance des trois conditions précises sur lesquelles il s'était engagé pour obtenir le soutien des administrateurs externes, dont Alain Minc, nous a montré [...] une feuille A4 intitulée 'protocole d'accord':
- Au deuxième point figurait que je devais moi-même 'personnellement m'engager' à quitter mes fonctions de président de la SRM au 31 mars.
- Au troisième point, que la commission chargée d'examiner une éventuelle recapitalisation allait plancher sur l'exacte proposition faite par Lagardère-Prisa [...] susceptible de nous faire perdre le contrôle du groupe."
Le successeur de Jean-Michel Dumay devrait être élu rapidement par les journalistes du quotidien.

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Un peu comme Attali, Minc a longtemps été épargné par les enquêtes approfondies des la presse - au mieux, on propageait la légende du petit Minc tout pauvre et tout méritant devenu le génial Minc, homme simple faisant son marché en loden dans le 6ème entre deux coups fumants. Au pire, il pouvait passer pour un caractère autoritaire quoique pas loin du génie.
Je ne sais pas quelle est la part de réalité dans cet image mais, pour l'avoir entendu à quelques occasions défendre sa position dans l'affaire du Monde, ce bonhomme m'a surtout laissé une impression de brutalité cassante.
On sent bien que celui-là, les Dumay ou Fottorino ne sont pas de taille à l'affronter, tout simplement parce qu'ils n'en ont ni l'appétit, ni la sauvagerie appropriée.
N'oubliez pas que Le Monde mythique que vous aspirez à retrouver était SOBRE. Cette sobriété, incarnée par son fondateur n'était pas que de style ; elle était aussi et avant tout financière (et salariale).
C'est donc un choix consubstantiel à l'indépendance. Le Canard Enchainé le prouve depuis 100 ans déjà avec ses 8 pages hebdo, moches, presque sans photos ni couleurs, mis en page à la mordmoil, sans publicité bien sûr.
Mais les salariés du Monde ont peut être du mal à assumer ce choix désormais. On peut les comprendre.
La démission de J-M Dumay de son mandat au sein de la SRM ne surprend pas et la lecture de la lettre qui l'annonce ne laisse, malheureusement,aucun doute sur l'avenir de "son" journal. Il est de bon aloi dans la société actuelle de clouer au pilori les garants de l'indépendance et de la vertu. Ils sont par essence le révélateur des basses manoeuvres toujours alimentées par des forces occultes liées au pouvoir et à l'argent. Le "Monde" perd un de ces derniers chevaliers et il est nu face aux assauts. Gardes-toi à gauche, gardes-toi à droite!
Je crains que l'issue du combat ne soit déjà paraphée.
Je connais Jean-Michel Dumay depuis ses débuts au Monde. C'est un vrai beuve-meryen, peut-être le dernier. Il essaie de sauver l'honneur. Quant à Eric Fottorino, sa capacité de discernement ne semble pas proportionnelle au talent de sa plume: s'il accepte une nouvelle recapitalisation il parachève les desseins de Minc puisque cela revient à vendre Le Monde à Lagardère et à priver la Société des Rédacteurs du droit de veto dont elle dispose encore sur le choix de son directeur. Est-ce que Fottorino a envie d'entrer dans l'Histoire de la presse française comme le sous-Colombani qui aura bradé l'héritage de Beuve-Méry? Est-ce la SRM a vraiment l'intention de le laisser faire? Le vieil HBM aurait préféré saborder son journal plutôt que de le voir vendu aux puissances d'argent... De tout coeur avec toi Jean-Michel!