A debattre 27/01/2008 à 23h04

Guerre des nerfs sur un film islamophobe aux Pays Bas

Peggy Corlin | Journaliste


Geert Wilders en 2004 (Jerry Lampen/Reuters).

Les Pays-Bas scrutent depuis plusieurs semaines la sortie du film du député conservateur Geert Wilders présenté comme une violente diatribe anti-coran.

Après les mises en garde de certains pays musulmans, le gouvernement néerlandais redoutait cette semaine un remake de l’affaire des caricatures de Mahomet. Le mystère reste pourtant entier autour du contenu de ce clip, mais sa promotion avant l’heure semble largement réussie.

Vendredi soir, le PVV, le Parti pour la liberté, aura déçu les plus fervents de ses supporters en ne diffusant pas, lors de ses trois minutes d’antenne mensuelle sur la chaîne publique Nederlands 1, le film annoncé par son leader populiste Geert Wilders.

L’audience, elle, aura sûrement été au rendez-vous, sans commune mesure avec les faibles scores que font habituellement ces clips politiques peu regardés des hollandais. C’est le résultat de plusieurs semaines de polémiques aux Pays Bas.

A l’origine de ce sursaut d’audience du PVV : un film dont l’annonce a filtré dans la presse hollandaise et dans lequel le député Geert Wilders souhaite démontrer le caractère « affreux et fasciste » du Coran. Coutumier des déclarations provocantes, le député avait demandé en août le retrait du livre sacré des musulmans et de « Mein Kampf » .

Redoutant le spectre des caricatures de Mahomet, le gouvernement exhorte depuis une semaine le député à la réserve. Mais les déclarations de Wilders sont allées crescendo et la rumeur d’une vidéo ultra-violente à l’encontre du Coran s’est répandue comme une traînée de poudre dans la communauté musulmane du pays faisant craindre des affrontements.

Une publicité inespérée

Héritier du populiste Pim Fortuyn, assassiné en 2002 à la veille des législatives qui consacrèrent son parti, le député aux cheveux peroxydés a depuis radicalisé le discours du PVV. Sa rhétorique : l’islam est une menace pour les démocraties libérales occidentales.

Fort de ses neuf sièges au Parlement, le député bénéficie d’une couverture médiatique d’autant plus importante que son argumentaire est jugé habile par les observateurs de la vie politique hollandaise : Bas Soetenhorst, du journal Het Parool, analyse :

« Il a réussi à dominer le débat sur l’islam en avançant des arguments nouveaux. C’est le premier à avoir posé la question de l’identité nationale en remettant en cause la présence au gouvernement de deux ministres ayant la double nationalité. »

Début 2007, Wilders avait enflammé le débat en avançant que les membres du gouvernement ayant deux passeports avaient des loyautés divisées, ce qui était incompatible avec leur fonction.

Un jeu malsain entre le député et les médias

La polémique autour de son film fait aujourd’hui bénéficier à l’animal médiatique qu’est Geert Wilders d’une publicité inespérée. Wouter van der Brug, politologue et spécialiste des partis d’extrême droite, pointe un jeu malsain entre le député et les médias :

« Cette histoire prend des proportions déplorables, les médias se sont emparés de l’affaire pour ensuite faire mine d’engager un débat. »

Car au-delà du spectre des caricatures de Mahomet, c’est l’assassinat de Theo Van Gogh qui hante les esprits. En 2004, le cinéaste avait été assassiné par un islamiste radical après la parution de son film « Submission » sur la place des femmes dans la religion musulmane. « Wilders n’a jamais employé le terme de film, il a toujours parlé d’un clip » précise le professeur.

En effet, nul ne connaît de talent de réalisateur au député et, à ce jour, aucun cinéaste ne travaillerait sur le projet.

Martin Sommer, chroniqueur au Volkskrant, quotidien de centre gauche, voit dans cet engrenage médiatique le résultat d’une tendance de la presse à « diaboliser le personnage » . Une solution aussi contre-productive que la diabolisation de Jean-Marie Le Pen en son temps :

« A l’origine, raconte-t-il, je ne crois même pas que Wilders lui-même ait parlé du film à la presse, De Telegraaf (quotidien conservateur) l’a annoncé, mais l’information serait venue du ministre de l’interieur qui aujourd’hui dément. »

Les craintes des services secrets hollandais qui ont filtré dans la presse auraient-elles devancé les intentions de Geert Wilders ? « Que le film existe ou pas, il est devenu un sujet politique et cela peut avoir des conséquences réelles. »

« Guerre larvée »

Le député conservateur a repoussé cette semaine sa diffusion à février ou mars, probablement sur Youtube, laissant présager de nouvelles semaines de polémiques. La tension est montée à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Le Grand Mufti de Syrie a mis en garde les Pays Bas contre les dérapages que pouvait engendrer une profanation du Coran.

L’Iran a menacé de couper toutes relations diplomatiques si la Hollande ne calmait pas don député. Sur Internet, une vidéo montrant une cible à l’effigie du député criblée de balle circule déjà. Et, selon le journal The Trouw, l’homme a gagné en notoriété dans « le monde virtuel arabe » puisque « la combinaison “ parlementaire néerlandais” et “ Coran” fournit plus de 66 000 résultats sur Google » .

De quoi servir l’argumentaire de Geert Wilders, que son clip soit en préparation, ou pas. Commentaire de Hocine Benkheira, islamologue et directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études à Paris :

« La situation devient lassante, on a l’impression d’être dans une situation de guerre larvée où chaque accrochage serait un point marqué. Les musulmans de Hollande doivent résister à la provocation car il ne s’agit au final que d’une provocation. »

Benkheira poursuit :

« Sur le fond, la comparaison avec les caricatures de Mahomet a ses limites : les critiques d’ordre intellectuel à l’égard du Coran -Wilders l’a qualifié de ’fasciste’- sont dans une certaine mesure moins graves pour les musulmans que les atteintes à Mahomet. Depuis le Moyen Age, chrétiens et musulmans multiplient les atteintes réciproques à leur livre religieux. »

Aussi incertain que soit le contenu du film, « mettre le feu au Coran (l’une des rumeurs circulant sur le film) est en soi une atteinte moins grave que la souillure » explique l’islamologue. Mais dans cette guerre des nerfs, on se demande si le fond du débat a encore de l’importance...

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  • Saryes
    Saryes
    Chercheur d'infos
    • Posté à 05h31 le 28/01/2008
    • Expert 26562
      Chercheur d'infos

    « L’islamofachisme » voila le nouveau slogan à charge contre le sois disant
    « complot islamiste mondiale »
    Nos « nouveaux philosophes médiatiques »,plus précisément le ramassis d’escrocs intellectuels que l’on aperçoit ici et là apporter leur sciences aussi infuses que fumistes sur des sujets touchant à la non moins « sainte guerre au terrorisme ».

    A grand renforts de moyens et avec l’arme de destructions massive la plus sournoise qui soit que sont nos médias traditionnels on essaye subliminalement de modeler l’esprit des opinons publiques occidentales et autres de manière très méthodiques.

    On essaye de nous faire croire que le concept de guerre, de choc, de conflit, de crash.....de partouze...des civilisations est bien réel et très proche.

    On essaye de susciter chez les « consommateurs“une confusion permanente et un grossier amalgame entre une écrasante majorité de gens qui vivent leur religion comme une ligne de vie sans ‘faire chier personne ! !’ et
    les cadres manipulés de bandes de mercenaires,d’illuminés ou d’opportunistes politiques qui servent les intérêts de nombreux gouvernements de part le monde,et qui ne représentent qu’eux même. Malheureusement ces derniers sont tous les jours sous les feux de la rampe et Ils ont le dos larges ces ‘terroristes’.

    Pourquoi ? me direz vous.C’est encore plus déguelasse que vous ne l’imaginer.

    Attention ce concept de guerre permanente contre un ennemi invisible et qui ‘n’existe pasau sens d’entité, nous amènera, nous, par contre a vivre dans une société très sécuritaire ou nos
    libertés ne seront que comtes de fées pour petits enfants au coin du feu.

  • Charles Mouloud
    Charles Mouloud
    Bras gauche de la Vénus de (...)
    • Posté à 09h27 le 28/01/2008
    • Internaute 12542
      Bras gauche de la Vénus de (...)

    Oui , il existe un fascisme vert, le nier serait ridicule et vain.

    L’instrumentalisation des doctrines religieuses au service d’une pensée guerrière n’a rien de nouveau dans l’histoire de l’humanité.

    Si les ayatollahs fondamentalistes alliés aux politiciens théocrates savent utiliser ce levier pour parfaire leur domination sur des peuples en quête de sens et de destin plus grands qu’eux,et les encourager à une guerre civilisationnelle, il est un autre fait tout aussi condamnable.

    Voir des fascistes bruns se saisir de ce fait est révélateur de de ce qu’ils ont en commun : la haine de l’autre.

    Mêler Islam et Fascisme est intellectuellement malhonnète et dangereux.

    Se cacher derrière les croix , les croissants n’éclipse pas les bras tendus en saluts romain déguisés.

    Les rats de Hamelin prolifèrent derrière les joueurs de flûte.

    Aujourd’hui c’est le fascisme Islamique qui donne des frissons. Aucun démocrate ne veut que la charria, pas plus que l’Ordre Nouveau des Identitaires de tout poil brun, ne régisse leur vie.

    La Laïcité est un patrimoine de l’humanité.

    Critiquer les religions, tout comme les doctrines politiques est une liberté inaliénable.

    La roue de l’histoire tourne, les peuples musulmans ont eut aussi leurs Lumières, dans un temps où l’occident était à l’âge de pierre des idées.

    Ne soyons pas dupes , il y a une alliance objective entre les fascismes « Benetton“de toutes les couleurs : combattre la démocratie .

    Je n’aime pas les religions, c’est mon droit et ma liberté.

    Qu’elles restent dans le domaine de l’intime et du privé.

    Mais de grâce , que cessent les amalgames douteux associant Islam, arabes,musulmans et invasion , mise en danger de l’identité nationale,immigrés , délinquance , etc...

  • raspou
    raspou répond à Stéphane ARLEN
    • Posté à 10h00 le 28/01/2008
    • Internaute 29047

    Vous connaissez beaucoup de livres du 7e siècle qui soient compatibles avec les Droits de l’Homme tels qu’ils ont été formulés au 20e siècle ?

    Le Coran contient un certain nombre de principes moraux et cultuels, avec lesquels on peut être d’accord ou pas d’accord, là n’est pas la question. Mais comme Mahomet, contrairement au Christ, a « réussi » de son vivant, c’est-à-dire qu’il a eu à diriger une société, le Coran contient aussi beaucoup d’applications de ces principes... D’applications à la société bédouine arabe du 7e siècle, qui n’était pas d’une grande douceur.

    Dans le contexte de son époque, les dipositions qu’on appèlerait aujourd’hui « législatives » du Coran étaient plutôt « progressistes » (pour continuer dans l’anachronisme). Les 4 femmes, par exemple, c’était une LIMITATION du nombre des épouses (limitation non respectée par Mahomet lui-même, d’ailleurs). De même la part d’héritage pour la femme, certes inférieure à celle de l’homme, c’était l’introduction d’une garantie minimale qui n’existait pas auparavant. Et Mahomet a carrément supprimé des coutumes aussi riantes que l’assassinat de bébé de sexe féminin, couramment pratiqué quand c’était la première naissance de la famille (il ne fallait pas que l’aîné soit une fille).

    Donc à son époque, le Coran était plutôt « progressiste ». L’erreur à ne pas commettre, c’est de lui accorder une quelconque place dans la définition d’une législation moderne, ce pour quoi il n’a pas été conçu. Et cette erreur, elle est commise tant par les islamistes, qui sont rétrogrades jusqu’à l’absurde, que par ceux qui, au lieu de s’opposer à l’islamisme, s’en prennent au Coran pour en dénoncer le caractère « fasciste » ou « liberticide ». Dans les deux cas, en positif ou en négatif, c’est valider l’idée qu’un texte du 7e siècle peut avoir une quelconque pertinence dans la définition d’une politique moderne.

    Ce qu’il faut faire, à mon sens, c’est juste de laisser le Coran à la place qui est la sienne : dans la sphère privée. Si des croyants y trouvent des principes moraux et une foi qui les aident à vivre, tant mieux pour eux. S’ils ne prétendent pas imposer leur credo dans la sphère publique, emmerder ces gars-là en les traitant de fascistes ne peut être que contre-productif : ça finira par les rendre plus réceptifs au discours islamiste qui lui veut imposer le Coran comme outil législatif moderne.

    Donc pour résumer : tapons sur les islamistes mais foutons la paix aux musulmans, c’est ce qu’il y a de mieux à faire.

  • Humain
    • Posté à 12h44 le 28/01/2008
    • Internaute 21387

    Diffuser un film ?
    Mais faut-t-il auparavant demander à une organisation politique, voire, aux « républiques » qui seraient concernées leur avis avant de le diffuser ?

    Mais, en clair, cela se nomme tout simplement une censure !

    En France, depuis deux siècles, et particulièrement depuis 1905, nous essayons de mettre en place un etat vraiment laique...
    C’est long ! ! Mais est-ce pour remplacer une religion par une autre ?

    Que l’on s’accuse d’avoir été, depuis des siècles sous la coupe de Dieu, de la chrétienté en général et des catholiques en particulier est une chose douloureuse pour l’ensemble de notre société.

    Mais vouloir simplement remplacer le curé du village par un bras faussement séculier, supposé être laïque, m’apparaît comme poser un cataplasme sur une jambe de bois…
    Pire, vouloir remplacer une religion par une autre sous le couvert d’ouverture à des « cultures » nous acculerait au pire à une nouvelle « soumission » que nous souhaitons rejeter depuis plus de deux siècles, mais…

    Mais il y a un mais… L’Islam, et cela ne sera jamais suffisamment dit, est un système politique, plus encore qu’une religion.
    En effet, elles se nomment, elles-mêmes, « républiques Islamiques ».

    Nous remplacerions alors une religion forte ou la morale était associée à un symbolique significatif, par une rite tout bonnement archaïque, où la dhimitude que l’on voit ressurgir en nos contrées, deviendrait chose courante ! !

    Et cela serait vraiment dommageable pour notre république.
    _

  • machiavel.
    • Posté à 19h26 le 28/01/2008
    • Internaute 24412

    Ca sent un peu le réchauffer ! C’est curieux cette manière quasi systématique qu’ont quelques extrémistes à exacerber les convictions des autres en voulant les vexer à tout prix !
    Apparemment il ne s’agit pas d’un trait d’humour, de caricatures ou de troisième degré, mais bien une volonté d’appuyer là ou ça fait mal sans aucune légèreté !
    Est-il réellement nécessaire de faire un film anti... ? Pourquoi faire ? A part mettre de l’huile sur le feu ! Finalement Il est beaucoup plus difficile de nous parler de l’islam modéré que pratique des millions d’êtres humains ! Parce que de cet islam là, tout le monde s’en fou, ! Ce n’est pas assez racoleur pour faire les gros titres ....Ce n’est pas en nous parlant avec modération d’une religion qu’une personne pourra sortir de l’anonymat mais bien en rempironnant une situation déjà délicate !

  • antonio Monteiro
    antonio Monteiro
    Musicien
    • Posté à 21h06 le 28/01/2008
    • Internaute 30082
      Musicien

    Je conseille à tout ceux qui ont pris le temps d’écrire en défense de la laicité et de la liberté d’expression de lire le livre de l’écrivain Colombien Fernando Vallejo,intitulé : « La puta de Babylonia » (La pute de Babylone), c’est ainsi que les Albigiens (ont dit comme ça en Fance ?) appelaient l’Église Catholique et Romaine. Un délice de dé-construction historique mené de main de maître, tout y passe !

    Vive la laicité ! Vive la liberté d’expression, et d’information !