« Un journaliste digne de ce nom ne donne pas ses sources. Chacun doit le comprendre, chacun doit l'accepter. » Nicolas Sarkozy était en verve pour ses voeux à la presse. Sa première promesse, pour 2008, fut d'annoncer pour l'année une loi assurant le secret des sources. Un mot repris au vol par les avocats de Guillaume Dasquié qui ont déposé une requête en annulation contre la procédure visant le journaliste.
Placé en garde à vue, il est menacé de partir en détention provisoire
Le journaliste est sous le coup d'une plainte du ministère de la Défense pour « détention et diffusion au public de renseignements, de documents ou de fichiers ayant le caractère d'un secret de la Défense nationale ». La Grande Muette lui reproche d'avoir publié quelques facs-similés de la production de la DGSE sur l'année antérieure au 11 septembre 2001. Or, comme Rue89 le révélait début décembre, ce spécialiste des affaires de renseignement a fait l'objet d'un chantage durant sa garde à vue.
Malgré une défense classique -l'article 109 du code de procédure pénale-, Dasquié se voit intimer de donner au moins l'une de ses sources. Sans quoi, il partira en détention… Coup de bluff ou menace réelle des enquêteurs de la DST ? En tout cas, le journaliste craque et donne une de ses « sources secondaires ».
Une jurisprudence française très en retard par rapport aux textes européens
Dans leur requête, ses avocats dressent un tableau confondant de la jurisprudence en vigueur : la France a plusieurs décennies de retard sur les décisions de la Cour européenne des droits de l'Homme.
Premier point du débat : un journaliste peut-il divulguer des documents classifiés ? S'il est légitime de restreindre l'accès et la diffusion de ce type de documents, l'exercice du droit de l'information permet des entorses à la règle. Sous deux conditions :
« D'une part, que toute restriction à cette liberté fondamentale ne peut être que causée par “des motifs impérieux” et proportionnée au but légitime poursuivi, et d'autre part, que les motifs invoqués par les autorités nationales pour justifier la restriction doivent être pertinents et suffisants. » (Arrêt Janowski/Pologne)
En clair, il faut que la publication de tels documents réponde à un besoin d'intérêt général. Une notion à la définition variable, surtout en France, où les fonctionnaires habilités « secret défense » ont le tampon facile…
En 2006, la CEDH a sanctionné la condamnation d'un journaliste suisse qui avait publié le rapport confidentiel d'un ambassadeur, listant les stratégies à adopter lors de négociations diplomatiques. Pas de quoi nuire aux intérêts helvètes, ont alors estimé les juges de Strasbourg.
L'enjeu de la prochaine loi : protéger le domicile des journalistes
Question : un journaliste peut-il constamment rester hors la loi ? Et si oui, jusqu'où ? Si le journalisme est un art de l'effraction, alors le cambrioleur doit respecter certains principes. En particulier ceux définis par la Charte des devoirs professionnels de 1918, révisée en 1938. Un texte dont certains aspects sont d'ailleurs inapplicables. La « juridiction de ses pairs », la seule que le journaliste est censé reconnaître en matière d'honneur professionnel, n'a par exemple aucune existence réelle.
Dans la pratique, les juges d'instruction ont multiplié ces dernières années les gardes à vue et les perquisitions, avec saisie d'ordinateurs, de téléphones portables et autres carnets de note. Dans quel but, sinon celui précisément d'identifier les sources ? Là encore, la jurisprudence européenne a une longueur d'avance, comme le rappelle Me Jean-Marc Fedida et Nicolas Verly en citant deux arrêts de 2003 :
« Des perquisitions ayant pour objet de découvrir la source du journaliste -même si elles restent sans résultat- constituent un acte plus grave qu'une sommation de divulgation de l'identité de la source. »
En promettant d'assurer le principe du secret des sources, le président de la République a donc, implicitement, pris aussi l'engagement d'étendre au domicile des journalistes les garanties qui protègent les locaux des entreprises de presse. Ce sera l'un des principaux enjeux de la loi à venir devant le Parlement.
Mettre un coup d'arrêt à une stratégie médiatique et faire un exemple
En fait, ce qui gêne les autorités dans l'affaire Dasquié, c'est l'idée qu'un journaliste puisse publier sans vergogne des documents confidentiels bruts. Il s'en est fait une spécialité sur son site (payant) geopolitique.com. Visiblement, les politiques voulaient faire un exemple et, au passage, lancer un avertissement contre les amateurs d'enquête.
Mieux : en privé, plusieurs spécialistes des services de renseignements estiment que les poursuites lancées par Michèle Alliot-Marie (alors ministre de la Défense) contre le journaliste sont complètement improductives. Elles n'ont en rien servi la cause défendue.
Dernier dommage collatéral de l'affaire : Philippe Hayez, maître des requêtes à la Cour des comptes, a écopé d'une mise en examen pour « recel et détention » de documents classifiés. Ce haut fonctionnaire brillant et très estimé à la DGSE (qu'il a quittée en 2006) avait gardé de son passage à la Piscine quelques rapports. Pas de quoi fouetter un chat, mais les juges n'ont pas laissé passer cette erreur… Quant à Dasquié, les magistrats auront peut-être changé d'avis depuis les voeux de Nicolas Sarkozy ?




















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De yan
loin | 13H32 | 26/01/2008 |
En tout cas, le journaliste craque et donne une de ses « sources secondaires ».
C'est rassurant, 48h de garde à vue et le journaliste balance ses sources. Il n'est fait pas bon lui livrer des secrets. De ce fait, n'est-il pas « grillé » pour ses enquêtes à venir.
à yan
De daniel72
retraité obsolète | 13H52 | 26/01/2008 |
Yan franchement. Sois tu es un super caid qui ne craque jamais, et surtout pas au bout de 48 misérables heures d'interrogatoire et alors chapeau bas Monsieur.
Sois tu es plus surement un idiot qui ne sait pas ce que c'est que c'est que se trouver dans cette situation. ( je l'ai été pour des raisons politiques dont je n'ai pas à rougir) Ce qui est grillé à coup sur c'est ta capacité de réflexion sur ce sujet. Bon film.
à daniel72
De yan
loin | 14H13 | 26/01/2008 |
Mon frère a vécu cette épreuve de garde à vue. Il a vécu un enfer et à tenu bon. Ce n'est pas un caid pour autant.
Les flics lui promettaient 15 piges à l'abri.
à yan
De robbybarbe
17H23 | 26/01/2008 |
Et il est où le rapport entre votre frère qui ne « craque » pas et une éventuelle loi pour les protection des sources des journalistes ?
On peut vous citer une liste très longue de gens qui n'ont pas craqué durant des « interrogatoires », mais on s'en tamponne royalement car, pour le moment, le sujet c'est de savoir si les journalistes français vont pouvoir un jour faire leur travail correctement sans craindre certaines menaces inopportunes du/des pouvoir(s) en place.
à yan
De boissonzyskind
15H33 | 26/01/2008 |
Nul doute que ce jugement émane d'une persone qui a assisté à la garde à vue. Sinon comment pourriez vous savoir de quelle façon elle s'est déroulée. Quelles menaces ont été proférées à l'encontre de guillaume dasquié ? Bref comment pourriez vous juger sinon objectivement, au moins en votre âme et conscience et avec équité ?
D'autre part, vous réagissez parfaitement, en bon petit soldat, puisque au delà de l'intimidation des journalistes, c'est justement celle des sources potentielles qui est recherchée.
à yan
De pissefroid
26278
râleur velléitaire | 11H20 | 27/01/2008 |
Ce n'est pas une raison pour se taire. Le journaliste fait son travail, moi, je ne lui demande pas d'être un héros, mais seulement de raconter ce qu'il sait et qui est documenté. S'il peut prouver par un document réel ce qu'il dit cela me convient.
De Infovite
Plébéien. | 13H36 | 26/01/2008 |
Les « sourciers » de l'Info n'ont plus qu'à aller à la pêche !
L'information sans restrictions,élément vital, sera toujours indispensable pour faire « grandir » la Liberté !
http://info-espress.over-blog.com/
De scrapp
14H33 | 26/01/2008 |
ce devrait étre comme au usa avec la protection des sources , mais tous est manipulable .
sarko va pondre une loi pr les sources des journalistes ou il n'y aura que l'emballage qui semblera bien et le reste ne tiendra pas la route du tout .
De alain69
14H33 | 26/01/2008 |
La presse doit garder le secret sur ses sources, ou il n'y aura bientôt plus de presse libre.
Dasquié, tenez bon.
Journalistes de tous bords, soutenez le.
De SiDi
Kitten ! | 15H02 | 26/01/2008 |
Si je ne m'abuse, la loi Européenne sur la protection des sources aurait du suffir à faire condamner l'action de la DGSE ?
De boissonzyskind
15H38 | 26/01/2008 |
C'est bien de poser le principe de la protection des sources. A condtion que les exceptions prévues ne soient pas dissuasives, voire permettent au principe de s'appliquer et donc de constituer une garantie tant pour les journalistes que pour les sources.
Ainsi, un représentant de direction des affaires criminelles nous a expliqué que « oui la protection des sources c'est nécessaire si elle s'inscrit dans un objectif de de préservation de l'intérêt général ». Cette formulation risque fort, si elle était adoptée, d'obliger les journalistes à dévoiler leur source chaque fois qu'ils n'auraont pu établir qu'ils en ont usé pour l'intérêt général. D'autre part, au delà du domicile, il y a tous les leiux où l'on travaille : la rue, les lieux publics en général, des camionnettes de télé, voitures…
De Léon1
16H12 | 26/01/2008 |
les notions du « bien et du mal » et » l'interet general » sont au service d'une autre : le secret défense ,qui permet à l'état de taire quelques procédures douteuses dans des domaines comme les affaires étrangéres et des contrats avec des pseudo-démocraties.Heureusement,des journalistes osent encore au nom de la liberté nous indiquer ces « magouilles » officielles.Aux journalistes,merci ! !
De riverain désinscrit
17H44 | 26/01/2008 |
La loi promise ne pourra pas s'appliuer au cas précis : il n'y a jamais de rétroactivité des lois.
à riverain désinscrit
De camillouche
étudiante | 22H13 | 26/01/2008 |
Si il peut y avoir retroactivité de la loi, en pénal je crois lorsque la nouvelle loi est plus « douce » par exemple (= à l'avantage de la personne par rapport à la loi précédente)
C'est à vérifier pr les cas où il y a retroactivité ms c sur qu'elle existe parfois !
à camillouche
De françoise.V
p'tite lyonnaise | 15H20 | 27/01/2008 |
Exact : la loi pénale plus douce est en principe rétroactive, mais il y a des exceptions, en particulier si le nouveau texte le prévoit ou si ce texte est considéré comme interprétatif…
Méfiance donc, ce n'est pas un principe intangible !
à camillouche
De Alice77
17H48 | 28/01/2008 |
Yes. C'est vrai ;
Comme vous êtes juriste je ne saiss pas si vous avez remarqué cette chose anomalique : Rachida Dati s'est fait renvoyer dans les pâquerettes pour non-respect, dans les lois qu'elle proposait, (elle et et aussi un autre ministre, pour les déductions fiscales sur les achats de maisons) du principe de non-rétroactivité des lois.
C'est en première année de droit civil je crois que l'on apprend cela. C'est le B. A. ba du droit civil.
Donc quand les ministres l'introduisent dans une loi, cette rétroactivité, sauf atteints d'Alzheilmer profond et contagieux, ils savent ce qu'ils font : quand le Conseil Constitutionnel renvoie le projet pour cause d'interdiction de lois rétroactives, on en parle à la radio. Et le méchant Conseil Constitutionnel endosse le rôle de l'empêcheur d'avancer….
Style : « Ah ! si le Conseil Constitutionnel disparaissait… »,
ou bien « C'est la faute au Conseil Constitutionnel, si mes lois ne peuvent s'appliquer ».
« Ah ! ce vilain JL Debré ! »
Cela peut marcher.
Tout le monde est censé ignorer la loi.
Parce depuis que j'ai mes diplômes de droit, je n'ai jamais entendu cela, vu cela : pondre des lois rétroactives. Je me demande donc où est l'embrouille.
A qui profite ce « crime » ?
De petite mère de famille
18H31 | 26/01/2008 |
de mémoire, il peut y avoir rétroactivité si la loi qui est votée est plus favorable que celle à laquelle elle se substitue
à petite mère de famille
De riverain désinscrit
20H14 | 26/01/2008 |
je veux bien vous croire j'avoue ma méconnaissance.
à petite mère de famille
De Alice77
17H49 | 28/01/2008 |
En droit pénal oui, mais pas en droit commercial, fiscal etc…. Car plus profitable à qui ? Il faudrait savoir.
Il faut qu'on repotasse nos books de droit.
Zut mince ils font yeche ! *
De Thomas GREDAT
| 18H35 | 26/01/2008 |
Vous savez parfaitement que Sarkozy est capable de tout dire et son contraire dans le seul but de plaire à son interlocuteur du moment. Témoin son émouvante déclaration bulgare sur les opprimés du monde qui deviennent automatiquement Français.
Si j'étais avocat de Guillaume Dasquié, je ne tablerais pas sur l'élaboration d'une loi sur la protection des sources.
Une loi sur les méchants journalistes qui disent des choses qu'ils ne devraient pas dire, par contre…
à Thomas GREDAT
De Alice77
17H50 | 28/01/2008 |
Et pensons à Denis Robert.
De survivant
18H49 | 26/01/2008 |
Cela va vous paraitre idiot David Servenay. Mais j'ai sincèrement du mal à comprendre votre info qui me semble contradictoire. Vous annoncez que DASQUIE risque la détention provisoire s'il ne dévoile pas une de ses sources et dans un même temps vous révélez qu'il aurait au bout de 48 heures de garde à vue dénoncé une de ses source secondaire. Enfin, vous dites que les avocats de DASQUIE sont sur le point de déposer une requête en annulation en rapport à l'annonce des voeux de sarkosy. Maintenant qu'une source est donnée la requête servirait à mon avis à moins que je ne trompe plutôt comme jurisprudence pour les enquêtes des journalistes à venir si toutefois le sacro-saint secret défense est levé pour eux.
à survivant
De David Servenay
(auteur)
Rue89 | 21H44 | 26/01/2008 |
Reprenons dans l'ordre survivant.
1/ Dasquié est placé en garde à vue. L'équipe de la DST et le juge cherche à savoir qui sont le ou les sources du journaliste qui a eu accès à des dizaines de rapports de la DGSE, pré 11 septembre.
2/ D'après Dasquié, démenti par le procureur de Paris (logique), le deal est le suivant : vous donnez vos sources sinon vous partez en détention provisoire. Après 40 heures de cet exercice, il livre une de ses « sources secondaires », ainsi qu'il l'a expliqué à de nombreuses reprises.
3/ Lors de ses voeux à la presse, Nicolas Sarkozy annonce une loi pour garantir complètement le principe du secret des sources pour les journalistes.
4/ En guise de contre-attaque, les avocats de Dasquié dépose une requête en annulation pour défendre leur client.
5/ On peut souhaiter que la législation française s'alignera enfin sur la jurisprudence européenne.
C'est plus clair ?
à David Servenay
De survivant
22H15 | 26/01/2008 |
Plus clair oui et non. Puique le risque encouru malgré le deal de livrer une de ses sources restaient tout de même d'actualité, comme la plainte de MAM est toujours en justice. Le deal n'avait pas vraiment de signification et la source pouvait restée secrète. Pourquoi alors se revirement soudain de sarkosy qui je pense est loin d'être dupe d'introduire une loi visant à préserver le secret des sources des journalistes en sachant qu'elle avait un rapport avec DASQUIE. Le deal a peut-être été fait à double sens. Je crois que la presse pourra s'acquitter d'un grand hommage auprès de DASQUIE qui a mouillé sa chemise jusqu'au bout.
De survivant
19H31 | 26/01/2008 |
Pourriez-vous éclairer ma lanterne ? Si les autres internautes daignent cesser de jouer au petites boules rouges pour masquer mon commentaire.
De Hugo Chavez
20H40 | 26/01/2008 |
Cette affaire Dasquié vient au bon moment pour redire aux journalistes :
« Ne parlez pas du 11 septembre. »
Parler de ce tabou, c'est risquer son emploi, et même sa liberté.
Est ce un hasard si Dasquié a été interpelé en décembre sur des faits datant d'avril ?
Est ce un hasard si son interpellation survient quelques jours après les déclarations fracassantes de l'ancien Président Italien Cossiga sur le 11 septembre ?
Quels journalistes de grands médias ont relayé ses déclarations ?
pour information, l'ancien Président a dit : « les services secrets américains et européens savent parfaitement que cette attaque désastreuse fut planifiée et exécutée par la CIA et le Mossad »
Quels journalistes de grands médias ont relayé ce qui s'est passé au parlement Japonais il y a quelques jours ?
Pour information : Le principal parti d'opposition japonais remet en cause la version officielle du 11 Septembre 2001 !
Voir le site http://www.reopen911.info/
De survivant
21H03 | 26/01/2008 |
Comme ça les choses sont plus claires. Je me sent moins roulé dans la farine. Tant qu'à commencer à donner une information autant la donner dans sa version officielle pour moi c'est o.k. Hugo Chavez.
De pissefroid 26278
râleur velléitaire | 07H30 | 27/01/2008 |
A quoi sert une nouvelle loi puisque la police et la justice ne respectent pas la loi actuelle ?
De gaius
12H06 | 27/01/2008 |
le secret sur les sources d'information permets au journaliste de raconter n'importe quoi ! ! !
à gaius
De Thomas GREDAT
| 19H47 | 27/01/2008 |
Surtout quand il travaille à TF1 !