Otan : cinq généraux veulent des frappes nucléaires préventives

Peter Sellers en 'Docteur Folamour', film de Stanley Kubrick (Action cinéma, théâtre du Temple).

La nouvelle est passée jusque là relativement inaperçue : cinq anciens généraux de l'Otan, et pas des moindres, ont rédigé un manifeste pour une nouvelle organisation du traité de l'Atlantique nord, qui prévoit, selon le Guardian, que » l'Occident doit être en mesure de déclencher une attaque préventive pour contrecarrer la menace imminente d'une diffusion d'armes nucléaires ou de destruction massive » .

Deux citations du rapport des » cinq »

 » L'emploi « en premier' des armes nucléaires doit rester, dans la panoplie de l'escalade, comme ultime instrument pour empêcher l'usage d'armes de destruction massive, en vue d'éviter de vrais dangers existentiels. Au premier abord, cela peut paraître disproportionné ; mais en prenant en compte les dommages que cela pourrait éviter, cela peut être proportionné. »

 

 » Le risque d'une plus grande prolifération est imminent et, avec lui, le danger de combats nucléaires qui, même limités dans leur ampleur, peuvent devenir possible. Il faut prévenir un tel développement. Il faut donc garder à l'esprit que la technologie peut fournir des options qui vont au delà du rôle traditionnel des armes nucléaires, en empêchant un opposant doté d'armes nucléaires de les utiliser. En résumé, les armes nucléaires restent indispensables, et l'escalade reste un élément de n'importe quelle stratégie moderne » .

Le rapport des cinq galonnés (les généraux John Shalikashvili, ancien chef de l'état major interarmes des Etats-Unis, Klaus Naumann, ancien chef de l'armée allemande, Henk van den Breemen, ancien chef d'état-major hollandais, Lord Inge, ancien chef d'état major de l'armée britannique et l'amiral Jacques Lanxade, ancien chef d'état-major français) doit être discuté par l'Otan lors du sommet de Bucarest en avril .

Le but : empêcher l'usage d'armes de destruction massive

Ce quinquette de » sages » propose donc tout bonnement que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou la France ( » l'Occident » nucléaire, donc) puisse atomiser un pays non plus pour répondre à une attaque nucléaire, ni même pour » préempter » une telle attaque qui serait imminente, mais simplement pour empêcher un pays d'utiliser des armes nucléaires, chimiques ou bactériologiques.

Avec une telle doctrine, les Etats-Unis auraient été en droit de rejouer Hiroshima à Badgad en 2003, où à Pyongyang en 2006 ? Et même, pourquoi pas, à Téhéran en 2007 ?

Une doctrine rejetée pendant la guerre froide

Selon nos cinq généraux, relève Le Monde, l' » emploi en premier' » de la bombe est légitime, puisqu'il aurait servi de fondement à la planification nucléaire de l'Otan pendant la guerre froide.

En réalité, cette doctrine avait été rejetée pendant la guerre froide, comme le rappelle l'économiste James Galbraith dans le Guardian. Kennedy avait rejeté catégoriquement l'idée de » guerre non provoquée » , jugée contraire à la loi internationale.

Les principes de Nuremberg considèrent comme criminelles les guerres d'agression, et particulièrement les » destructions de villes ou villages qui ne soient pas justifiées militairement » . Le concept de » frappe première » comme » instrument indispensable » pour répondre aux nouvelles menaces, doit être pris pour ce qu » il est : une idée digne du Dr Folamour.

Photo : Peter Sellers en « Docteur Folamour', film de Stanley Kubrick (Action cinéma, théâtre du Temple).

► A lire, en anglais : le manifeste des cinq généraux.

►Mise à jour à 17 heures, avec renvoi au rapport.

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2 commentaires sélectionnés

Portrait de xtph

De xtph

13H14 | 26/01/2008 | Permalien

Cette déclaration doit sans doute être lue après celle du général Iouri Balouïevsky, chef d'état-major russe, [qui] a prévenu samedi que Moscou n'hésiterait pas à utiliser des armes nucléaires pour des frappes préventives en cas de menace grave.

la breve d'AP du 19 janvier 2008

Portrait de ThomasLefebvre

De ThomasLefebvre

Rapatrié | 16H05 | 26/01/2008 | Permalien

hummm, j'ai une vision un peu differente de ce rapport. N'existe-t-il pas une difference entre avoir la capacité d'agir préventivement (mauvais anglicisme, je sais, mais mon dico est au bureau) et se servir de cette capacité. La logique voudrait que l'utilisation « préventive » de la bombe atomique dissuade le developement de bombes nucléaires en dehors de tout controle de l'AIEA ? Cela ne veut pas dire que l'on va s'en servir. Et en dernier lieu, ce n'est pas un carteron de généraux de l'OTAN qui va prendre la décision mais des politiques. Surtout pas l'UE qui n'en n'a pas les capacités. Le but de la dissuasion nucléaire est justement de ne pas se servir de la bombe… La bombe emm..de d'ailleurs nombre de militaires francais qui preferent voir les resources du budget de la défense en France etre attribuées a de l'équipement qui va…servir.

Peut-on vraiment prendre JFK comme exemple ? JFK ayant largement contribué a la course aux armements. Le logique de l'équilibre des forces, voulait que le developement de missiles longues distances a tetes nucleaires allait empecher un affrontement direct entre l'Ouest et les Soviétiques. Il est aussi difficile de croire que la course aux armements était simplement réactive.

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