La crise devait s'achever vendredi, avec l'élection du directeur du Monde à la présidence de l'ensemble du groupe. Il a bien été intronisé en début de soirée, à l'unanimité. Mais Eric Fottorino a passé mercredi un accord secret avec Alain Minc, le président sortant du conseil de surveillance, ce qui provoque déjà des remous dans la rédaction. Les actionnaires externes ont obtenu la tête du président de la Société des rédacteurs (SRM), Jean-Michel Dumay, qui partira fin juin.
Jeudi, face à l'assemblée générale des journalistes du Monde, leur directeur, Eric Fottorino, l'a promis: "Je ne demanderai jamais la démission du président de la SRM." Pourtant, dès vendredi après-midi, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre dans la rédaction: Fottorino a signé mercredi un accord avec Alain Minc. Certains l'auraient lu. Cet accord acterait les "conditions" mises par Minc au soutien des dix actionnaires externes à la candidature Fottorino.
Selon nos informations, la feuille paraphée par les deux hommes comprendrait trois points: que Fottorino gouverne en tandem avec un directeur au profil de gestionnaire; qu'il procède à une "recapitalisation rapide" du groupe; et, donc, qu'il fasse en sorte que Jean-Michel Dumay parte avant le 31 mars (date du départ de Minc).
Ce parjure supposé d'Eric Fottorino vis-à-vis des salariés qu'il s'apprête à diriger, et qui l'ont largement soutenu lors des scrutins du personnel organisés cette semaine, a failli faire capoter son élection. Ainsi que les modalités du départ de Dumay, qui conditionnent, pour les actionnaires externes, l'élection de Fottorino. Dumay, qui avait déjà accepté le principe de son départ, refuse de le faire aux conditions de Minc: il veut aller au terme de son mandat de président de la SRM, en juin. Au bout d'une demi-heure, la réunion du conseil est donc suspendue.
Trois heures de suspension dans une ambiance électrique
Chaque partie négocie avec ses équipes de son côté, pendant qu'une cinquantaine de journalistes se masse devant la salle du conseil. La rumeur enfle, l'ambiance est électrique: Dumay, à la tête d'une SRM qui a obtenu les départs de Jean-Marie Colombani puis d'Alain Minc, est soutenu par la plupart des journalistes. Minc, conseiller de Nicolas Sarkozy et architecte d'une dilution du pouvoir des rédacteurs, est considéré comme la principale menace à l'indépendance éditoriale du groupe.
Trois heures plus tard, le conseil se reforme et plébiscite Fottorino. Que s'est-il passé entre-temps? Impossible d'entendre les trois principaux acteurs de ce joyeux vaudeville, dont les téléphones portables sont éteints ou saturés de messages.
On sait juste qu'un nouvel accord a été signé par l'ensemble des participants. Le principe d'un groupe de travail sur la recapitalisation (qui verrait les actionnaires externes Lagardère et Prisa prendre le contrôle du Monde SA) a été acté, avec Dumay comme participant. Ce dernier ira au bout de son mandat, et ne partira pas sans qu'un pacte d'actionnaires, le plan de redressement, un "code de bonnes pratiques" et les contours de la recapitalisation soient, au moins, bien esquissés.
Voilà pourquoi l'élection d'Eric Fottorino à la tête du groupe, présentée comme une formalité, s'est finalement faite dans la douleur. Si la rumeur de mensonge se confirmait, le nouveau président serait décrédibilisé et commencerait très mal son mandat. Un gestionnaire -probablement David Guiraud, tout juste renvoyé des Echos- devrait le rejoindre la semaine prochaine. Mais la crise au Monde n'est peut-être pas encore finie.

Commentez les articles de Rue89 en vidéo avec votre webcam.





En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.
Et critch critch font les termites devorant le cadre en bois du portrait de Pierre Vianson ponté ...
Si seulement "Le Monde" était resté un journal crédible...
Que ce dinosaure, ses archaïsmes et ses pédants disparaissent!
Sauvons les fôrets !!
Ma bonne résolution de 2008 était d'arreter mon abonnement à lemonde.fr, je suis content de voir que c'était la bonne décision.
Comment on fait pour donner un peu tous les mois à rue89 ?
on clique sur les pub !
Attention, pas plus d'une fois par pub et par jour !
Sinon, on peux aussi parler de rue89 à ses amis afin que la pub soit vendue plus cher...
Alors, c'est très simple, vous envoyez vos dons à : Ali Goodson, trésorier ponctuel, Rue 89, 89 Rue Minant 89000 Auxerre.
A voir que Lagardère se dit rassuré, on a compris : Minc partira par la porte mais rentrera par la fenêtre.
Le journalistes du Monde vont accentuer leur virage sarkozyste, et devenir ce que sont devenus tous les autres journalistes des grands médias sous contrôle, comme on a pu le constater lors de la cérémonie de presse à l'Elysée : des employés.
Attendons-nous à une promotion de Philippe Sarkoridet.
Et le seul anti-sarkozyste sera l'ultra-libéral Le Boucher. Etonnant, non ?
Le départ de Demay est un scandale en soi. Cette reculade de Fottorino devant un Minc à bout de crédibilité lui ôte toute autorité. Commencer son mandat par une trahison signe le destin de Fottorino: il sera trahit par les amis de Minc et par la camarilla de Sarko.
Je ne pensais pas assister à la seconde mort de Beuve.
Sirius, que n'auront-ils fait pour te remplacer sans aucun respect et cette fois-ci avec bassesse.Un seul sort la tête haute de cette galère Dumay, qui à mes yeux te ressemble le plus.
J'espère qu'il n'en est rien, pour que les membres de la SRM puissent se regarder dans la glace tous les matins.
Jean Michel Dumay peut etre contestable et contesté, c'est la loi du genre,mais on ne peut lui enlever son courage et sa détermination.Des mots, surtout le premier, qui ne sont pas l'apanage de beaucoup de ses mandants.
Pour le reste, l'arrivée de David Guiraud serait intéressante et symbolique.
L'ancien directeur général du journal du MEDEF à la tete du Monde, ça ne manquerait pas de piquant...Et ceci quelles que soient les qualités de l'homme...Gestionnaire, c'est comme ça qu'on dit?
Ca aurait au moins le mérite d'éclaircir définitivezment la situation.
Bof... les meilleures choses ont une faim.
Les incapables, les incompétents de service (Minc, Colombani & co) ont eu la peau d'un journal de renom, qui avait, il faut bien le dire, baissé de plusieurs degrés.
Encore une fois, le fric roi va gagner. Mais on s'en balance, perso je ne mettrai plus un euro dans le nourin. Engraisser ces mecs, beurk
Lapsus révélateur ? Fin et non faim...
!!
J'ai entendu à maintes reprises, sur différents médias, Mr Fottorino annoncer, toujours avec le ton calme qui semble le caractériser, que la situation financière du Monde ne nécessitait pas de capitalisation supplémentaire, et qu'il n'y en aurait pas....
Les mots ont ils encore un sens ?
La parole une valeur ?
Minc tire les ficelles ?
Me vient à l'esprit ce palindrome qui semble écrit pour l'occasion : "élu par cette crapule ".
>"La parole une valeur ?"
En tout cas, vraiment, ça n'a pas de sens.
Ce qui est incroyable c'est l'influence que Minc conserve envers et contre tout. Il donne dans Libé une interview d'un mépris assez incroyable envers les journalistes du Monde, conditionne son départ à celui de Dumay... et parvient à ses fins... Pauvre Monde, pauvre Fottorino. La presse écrite est vraiment malade par ici, attention au jour où Minc va s'intéresser au net !!
Pourquoi l'article "Fottorino élu, Dumay s'en va" (et ses commentaires) n'est-il plus disponible ?
Le président de la Société des Rédacteurs du Monde tient sa légitimité de la Société des Rédacteurs du Monde et d'elle seule. Il n'appartient à personne d'autre de décider de la durée de son mandat. C'est à la Société des Rédacteurs et à elle seule de décider, éventuellement,de modifier ses statuts sur ce point. Si la Société des Rédacteurs ne valide pas la mise à l'écart de Jean-Michel Dumay le "compromis" intervenu au cours de la réunion du Conseil de surveillance devient caduc. Et si, pour sa part, Eric Fottorino a déjà accepté de recapitaliser cela signifie qu'il est prêt à vendre Le Monde à Lagardère, donc qu'il a, en effet, trahi les siens. Claude Julien a été naguère "désélu" par la Société des Rédacteurs pour bien moins que çà...
Il faut lire les réactions à l'édito de Fottorino, très "Dr Tant-Mieux". Au début les gens applaudissent au compromis. Et progressivement, les gens (abonnés au Monde, je le rappelle) réalisent que tout cela n'a été qu'un jeu de dupe, et piquent leur colère.
Mais la plus belle réaction est celle d'un lecteur satisfait de l'affaire (il y en a quelques-uns), en ce que selon lui elle assure la survie du Monde tout en permettant aux journalistes de rester "indépendants". Vous avez remarqué ses guillemets, au béni-oui-oui ? Quand on vous dit que le diable se niche dans les détails !