
Tant que la batterie de son portable tiendra, Fares Chahin témoignera. Installé à Gaza ville, ce médecin, 52 ans, francophone, veut dire ce que vivent les Palestiniens de Gaza depuis le début du blocus israélien il y une semaine. Il veut expliquer quel est son cauchemar et celui des Gazaouis. Il parle aussi de ses espoirs après la chute du mur entre l'Egypte et Gaza. Avant d'aller recharger son téléphone dans un des rares commerces qui dispose encore d'électricité grâce à un générateur, Fares Chahin parle sans cesse. Un besoin vital pour lui. Son téléphone, c'est tout ce qui lui reste pour être en contact avec le monde.
Un témoignage poignant alors qu'à Genève, la Commission des droits de l'homme a sommé mercredi Israël de desserrer son étau sur la bande de Gaza et qu'à Davos, le Premier ministre palestinien Fayyad et le président israélien Shimon Péres se sont demandé comment relancer le processus de paix sous le regard des décideurs de la planète.
Fares Chahin, vous vous trouvez à la fenêtre de votre appartement à Gaza ville. Que voyez-vous ?
Les rues sont presque désertes. La circulation automobile a disparu. Plus de 700 000 Gazaouis seraient à Rafah, à la frontière égyptienne. Et une bonne partie de la population de Gaza continue de se diriger vers l'Egypte. C'est une manière de souffler après sept mois de blocus. Ici nous sommes des prisonniers. Notre maison, c'est notre cellule. Et Gaza, c'est la plus grande prison du monde
Quelle est la situation ?
Nous manquons de tout, surtout depuis la dernière semaine et la fermeture des points de passage avec Israël. Nous n'avons plus d'électricité. Nous vivons tous les soirs dans l'obscurité. En outre les stations de pompage des égoûts se sont arrêtées et les rues sont inondées par les eaux usées. Et comme si cela ne suffisait pas, on manque d'eau potable dans les maisons.
Et du côté sanitaire ?
Elle est catastrophique, mais on a évité le pire. Les hôpitaux ont des réserves de pétrole. Sans cela, les générateurs n'auraient pas pu prendre le relais et des centaines de patients seraient morts. On manque aussi de médicaments.
Nous recevons les images de Palestiniens traversant la frontière avec des valises. Assiste-t-on à un exode ?
Ce sont des émigrés palestiniens qui vivent en Egypte ou dans les pays du Golfe et qui étaient venus passer leurs vacances d'été à Gaza. Ils sont restés bloqués dans le territoire durant des mois. Mais beaucoup d'entre eux sont aujourd'hui au chômage ou ont perdu leur carte de séjour.
Et les autres ?
La plupart y vont pour acheter ce qui leur manque. Ce qui d'ailleurs fait exploser les prix de 200%. Mais ce qui me chagrine, c'est que les Egyptiens font de très bonnes affaires sur notre dos d'affamés. Un paque de cigarettes coûte par exemple dix dollars. Or la situation ne va pas durer éternellement. Pour l'instant, les Egyptiens attendent que les choses se calment, puis ils fermeront la frontière. S'ils intervenaient maintenant, ce serait un massacre.
Est-ce un coup de maître pour le Hamas ?
C'est un coup médiatique. Les islamistes en profitent pour montrer combien nous souffrons du blocus. Avec une action aussi éclatante, le Hamas essaie aussi de redorer son image de marque en mêlant l'Egypte à nos problèmes. Mais les Gazaouis sont furieux du cauchemar actuel. Quand ils ont voté pour le Hamas, ils étaient fatigués de la corruption de certains responsables de l'Autorité palestinienne. Reste qu'ils n'avaient jamais pensé qu'ils seraient confrontés un jour à de tels problèmes. La popularité du Hamas a beaucoup diminué à Gaza.
Craignez-vous une intervention israélienne ?
Ils ne sont pas si bêtes. Ils laissent aller les choses tout en nous observant de près. Depuis la chute du mur, les drones de l'armée israélienne sont tellement nombreux sur nos têtes qu'on les entend continuellement et qu'ils brouillent les images des quelques téléviseurs qui fonctionnent encore dans les cafés.
Qu'attendez-vous de la communauté internationale ?
Pas grand-chose. C'est toujours le même silence quand il s'agit de la politique de l'Etat hébreux. Plus de 1,5 million de personnes sont punis collectivement et personne ne bouge. Après 60 ans d'occupation, les Palestiniens ont le droit de vivre normalement. Je m'adresse aussi aux gens du Hamas. Son putsch armé a entraîné une cassure dans la société palestinienne. Il faut retrouver notre unité.
► Mis à jour le 25/01/2008 à 13h20. Les autorités égyptiennes ont commencé, vendredi 25 janvier, à combler les brèches ouvertes depuis mercredi dans le mur dressé à la frontière de la bande de Gaza, qui ont permis à des dizaines de milliers de Gazaouis d'aller se ravitailler chez leur voisin. La frontière entre l'Egypte et Gaza devrait être à nouveau fermée vendredi à 15h00, heure locale (14h00, heure de Paris), ont annoncé les membres de la sécurité égyptienne par haut-parleur à Rafah et El-Arich.



















4
De kalisher
16H16 | 25/01/2008 |
La situation de Gaza est problematique depuis bien longtemps : cen est pas un hasard si l Egypte a d ailleurs tout fait pour s en debarasser quand elle etait sous son controle.
Par contre Paff, dans le cas de la Cisjordanie, cette derniere avait l un des PNB les plus eleves de la region avant que n eclate la seconde intifada, grace en particulier a l apport economique des palestiniens qui rtavaillaient qui quotidiennement en Israel.
Si la situation s est degradee les Palestiniens doivent s en prendre a leurs chefs, et en particulier a Arafat dont le soutien au terrorisme a condamne une partie des echanges entre la cisjordanie et israel
Desornais Israel importe des travailleurs thailandais et chinois ; les patrons sont bien contents car ils les paient encore moins chers que les Palestiniens. Par contre ces derniers se trouvent au chomage…
De Paff
Citoyen lambda | 16H34 | 25/01/2008 |
Oui c est sur
ce qui n empechepas non plus Israel en Cisjordanie de bloquer les taxes des revenus d exportation de fruits legumes et autrres que l oin trouve sur nos marchés comme étiquettés « made in israel », d empecher l utilisation de l eau souterraine, de voler les champs, de bloquer les fleurs aux check point…
oui la situation est plus facile en Cisjordanie mais de la a la trouver « normal » je suis pas d accord.
Oui l intifada y est pour quelque chose mais Israel aussi non ? ?
De kalisher
16H40 | 25/01/2008 |
« de bloquer les fleurs aux check point » : on est un peu dans le melo la non ?
Enfin bon pour le reste, je soutiens pas l occupation en Cisjodanie, et j ai en son temps applaudi au desengagement de Gaza, alors je suis pas en complet desaccord avec toi. Oui la population palestinienne souffre. Mais desormais il est clair pour moi qu un retrait israelien de Cisjordanie apportera la meme chose : une prise de pouvoir par le Hamas, et un harcelement quotidien du territoire israelien.
Car la population palestinienne aspire peut etre a la paix (quelle paix ? Ca reste la question…) mais il est clair que Abbas ne tient actuellement que grace a la protection de Tsahal. Sinon il tomberait en qqs heures, exactement comme sa soi disant force d elite cet ete a Gaza. Sans meme combattre
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 08H33 | 26/01/2008 |
Je me rappelle toujours la phrase d'Abba Eban qui prétendait que « les Palestiniens ne ratent jamais une occasion de rater une occasion ». Bien sûr, il y a un fond de justesse dans ce constat (qui pour autant est très insuffisant à la compréhension de la situation).
Mais comment ne pas constater que, simultanément, les Israéliens semblent eux aussi ne jamais rater une occasion de rater une occasion ?
Je me rappelle que le principal reproche qu'on adressait à Sharon lorsqu'il a évacué Gaza était de le faire unilatéralement. Autrement dit, alors qu'il prenait une décision politique majeure, il n'a en rien cherché à bâtir une politique sur cette décision. L'évacuation de Gaza par Sharon ne consistait qu'à fermer la porte et jeter la clé.
De même, on peut faire tous les reproches du monde au Hamas (et certains sont incontestablement fondés), il n'en reste pas moins qu'il a remporté les élections de la manière la plus régulière qui soit. On peut le déplorer, mais à ce compte autant déplorer carrément la démocratie. (Ce qui, du reste, devrait relativiser l'idée d'un putsch à Gaza : si putsch il y a eu, il s'est bien plus commis à Ramallah.)
Or Israël n'a rien trouvé de mieux à faire que refuser a priori de toute discussion, alors même que plusieurs membres éminents du Hamas déclaraient qu'il était hors de question de « reconnaître Israël sans contrepartie ». J'avais lu dans Le Monde (je crois) un entretien avec Khaled Mechal dans lequel il se montrait beaucoup plus nuancé que les caricatures qu'on nous sert généralement. Par ce refus a priori, Israël faisait la même erreur qu'avec Arafat : perdre du temps alors que (je prends le pari) il faudra bien qu'ils y viennent.
Je comprends bien qu'il ne soit pas agréable, du point de vue israélien, de négocier avec le Hamas… sauf qu'on ne négocie jamais qu'avec ses ennemis. J'imagine qu'il n'est pas plus agréable, du point de vue palestinien, de négocier avec Israël.
La marmite gazaouie est finalement le résultat de tout cela, sans oublier la médiocrité (de part et d'autre) de personnages politiques confrontés à des enjeux qui paraissent trop grands pour eux. La destruction de la frontière avec l'Egypte ne peut être qu'une soupape : il faudra bien qu'un jour, enfin, une vraie politique reprenne ses droits.