
Edgar Morin, le père du concept de « politique de civilisation » remis à l'honneur par Nicolas Sarkozy lors de ses voeux 2008, prêtera main forte aux antipubs le mois prochain.
A bientôt 87 ans, l'intellectuel, qui avait été reçu par le chef de l'Etat début janvier, apparaîtra comme témoin au procès en appel des Déboulonneurs, dont l'audience aura lieu le 6 février.
C'est le parquet qui fait appel de la décision de première instance. Comme pour les affaires précédentes du collectif des Déboulonneurs, le juge avait prononcé une condamnation à un euro d'amende seulement le 9 mars 2007 contre sept « barbouilleurs » qui avaient soigneusement massacré des affiches publicitaires accrochées dans le sud de Paris, six mois plus tôt.
« La justice reconnaissait la justesse de la cause »
Pour Nicolas, un des Déboulonneurs, « la justice reconnaissait, avec des condamnations purement symboliques, la justesse de la cause et des enjeux soulevés ». Le porte-parole du groupe se flatte que leurs appels à la désobeissance civile ont « depuis très longtemps le soutien du sociologue ».
Edgar Morin, nouveau maître à penser de Nicolas Sarkozy, déplore pour sa part des pubs « stupides et crétinisantes » :
Pour l'intellectuel, les actions de désobéissance civile sont justifiées dans ces cas-là :
« Nous devrions même envisager un contrôle publicitaire, social et culturel, qui serait composé d'experts. »
Et le Bureau de vérification de la publicité, qui existe déjà ?
« Manifestement, il ne remplit pas si bien son rôle. D'autant qu'il ne s'agit pas seulement de vérifier, mais de dire qu'on vend souvent du rêve et de l'illusion. Dans ce cas, la désobéissance civile est d'autant plus nécéssaire que se sont ligués contre les Déboulonneurs des forces économiques extrêmement puissantes. Si ces militants étaient condamnés en appel, ce serait une justification terrible de cette intoxication. »
« Des forces économiques extrêmement puissantes se sont liguées »
Le soutien d'Edgar Morin est d'autant plus remarqué que le nombre de procès de militants anti-pubs ne cesse d'augmenter, les annonceurs n'hésitant plus à porter plainte contre les barbouillages et autres démontages de panneaux 4x3.
Elue (Verts) au Conseil de Paris et adjointe au maire du Xe arrondissement, Charlotte Nenner témoignera, elle aussi, à l'audience du 6 février. En campagne pour les prochaines municipales, elle parle de « harcèlement judiciaire des afficheurs publicitaires ». Et défend le « règlement local de publicité », actuellement en stand by, qui doit notamment interdire tout nouveau placard devant les école :
« Cette stratégie procédurière est d'autant plus critiquable que cette guerre est menée par des multinationales régulièrement en infraction avec le code de l'environnement. »
Prochain barbouillage, sur les Champs-Elysées : samedi 26, « 14h30 précises du côté des numéros pairs » indique le site des Déboulonneurs. Juste avant Noël, la dernière opération du collectif s'était soldée par deux panneaux barbouillés et 6 interpellations.


























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De indfrisable
14H39 | 25/01/2008 |
Je suis assez réservé sur l'action « Anti-pub » en tant que telle, mais il faut les appuyer symboliquement devant la justice, et la participation publique que Fait Edgar Morain en ce moment est exemplaire. A l'instar de Pierre Bourdieu, Edgar Morain cherche à faire prendre conscience, après un travail théorique poussé, qu'il y a un problème, quelque chose qui ne fonctionne pas.
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. . Si la justice cherche à mesurer les dommages causés par certains activistes « anti-pub », on devrait chercher logiquement à combattre l'envers de la publicité, ce qu'il y a entre elle et nous : le contenu en général ou « culturel » au sens large de ce qu'on met dans la boîte (cerveau et média). Mais si on ne mesure pas les dégâts mentaux causés par la publicité d'une part, c'est surtout les dégâts comportementaux causés par le contenu des émissions, qui fonctionne en général comme une publicité : brièveté de l'énoncé, caractère saturé du message, on passe sur l'expérience singulière, etc…. On ne réglemente pas une publicité qui sévit dans l'impunité d'un CSA, qui transgresserait par exemple, le désir de ne pas consommer, quand on a plus rien. Il ne s'agit pas non plus de réglementer le contenu illégal de tout contenu, car le rôle du CSA est justement de permettre une transgression relative. Il est une autorité symbolique qu'on doit transgresser dans une certaine mesure. Pas question de diffuser par contre un Jess Franco à une heure de grande écoute.
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. . En tant que donnée évaluative, on peut dire que les sciences cognitives ne cherchent pas à rendre compte de la capacité qu'a la publicité où la plupart des émissions de télévision, basées sur la rentabilité et non pas sur l'expérience singulière, de causer des dommages. C'est à croire qu'elle se placent du côté d'un consumérisme heureux, ce qui est largement utopique comme donnée préconçue ? Une nostalgie de la rue agissante, une réplique rebelle n'est que l'infime réaction qu'un Edouard Leclerc ne manquera pas de récupérer dans sa com'.
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. . Si l'action « anti-pub » peut sévir dans l'espace public, dans une station de métro déserte de préférence, comment une résistance pourrait-elle « avoir lieu » sur le net ? Car ce que vise aujourd'hui le monde civilisé de la publicité, c'est la possibilité de se prolonger sur l'internet. Croire que la publicité disparaîtra de l'espace publique est à mon avis faux, mais satisfait l'idée de prise de pouvoir sur l'événement ou ce qu'il reste d'événement à notre portée, que de fringants rebelles aimeraient prendre au fond.
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De elmadj
17H41 | 25/01/2008 |
antipub tres antipub
envoyé par elmadj
De BobLaMouche
subversion + construction = substru... | 18H35 | 25/01/2008 |
« Nous devrions même envisager un contrôle publicitaire, social et culturel, qui serait composé d'experts. »
Bien que je sois globalement d'accord avec les déboulonneurs et Edgar Morin, cette petite phrase-là me fait un peu froid dans le dos tout de même. Nous vivons dans une société déjà bien trop régie par des experts. C'est un régime politique qui s'appelle la technocratie. Un régime qui éloigne toujours plus le citoyen moyen du pouvoir, de la maîtrise de son cadre de vie et des règles régissant la vie en société. C'est le renoncement à se préoccuper de ce qui nous fait vivre concrètement (« concrètement », par opposition à un métier hyperspécialisé, où l'on produit des choses que l'on utilise pas pour les échanger contre de l'argent afin d'acheter des produits faits par des personnes que l'on ne connaît pas)
Donc non ! Ne réclamons pas plus d'experts ! Quelque soit son indépendance, le BVP est un attrape-nigaud, comme l'est la CNIL vis-à-vis de l'informatique et des libertés. Nous ne pouvons compter sur personne d'autre que nous pour définir et défendre NOS libertés.