Un mois après la sortie de son audacieux deuxième album « Un bruit qui court », dont l'accueil a été mitigé, et à la veille de sa nouvelle tournée, rencontre avec Pauline Croze dans un bar de son quartier, à Paris. La jeune chanteuse s'est prêtée au jeu de l'abécédaire, pour parler de son nouveau disque, de Camille et de la chanson française.
Déroutante. A 28 ans, cette jeune femme à l'allure frêle force l'admiration en livrant un deuxième opus libre et exigeant. Attendue au tournant après le succès de son premier album, paru en 2005 et double disque d'or, Pauline Croze a feinté. Dans « Un bruit qui court », pas de mélodie accrocheuse dès la première écoute, qui pourrait d'emblée prendre d'assaut les radios.
Depuis sa sortie en novembre, les ventes d » « Un bruit qui court » n'atteignent pas les scores espérés. La chanteuse, qui s'y était pourtant préparée, reconnaît avoir été déçue : « Mais je ne regrette rien, je suis consciente que cet album mettra plus de temps à trouver son public. »
Aux dernières nouvelles, la courbe des ventes remonte. Signe que ses chansons se laissent lentement apprivoiser ? Mais Pauline Croze ronge son frein, trop impatiente de défendre ses nouvelles compositions sur scène. Alors elle passe ses journées à peaufiner ses interprétations et réfléchit à la scénographie, en attendant le démarrage de sa tournée, le 15 février à Bruxelles. Elle passera par Paris et le Bataclan, les 10 et 11 mars.
Sous une fragilité apparente, une détermination têtue
Pauline Croze s'impose en douceur et en chaloupant, sans s'embarrasser d'une reconnaissance fraîchement acquise. Elle peut aussi s'enorgueillir de faire partie de « la relève », avec la chanteuse Camille notamment, qui repousse les limites formelles de la chanson française :
« Même si je sais apprécier notre patrimoine musical, j'ai du mal avec la chanson française. Pour ma part, quand j'écris une chanson, je ne peux pas concevoir une composition en simple accompagnement d'un texte. »
Et la chanteuse de citer ceux qui ont formé son oreille, comme Keziah Jones, Led Zeppelin ou Frank Zappa. Pas d'artistes français dans son panthéon personnel, où le jazz figure aussi en bonne place avec Charlie Parker.
Sous une fragilité apparente, on découvre une détermination têtue chez la chanteuse-guitariste révélée en 2003 sur la scène des Trans Musicales de Rennes. Comme chez beaucoup de grand(e)s timides, l'audace est une évidence qu'elle a naturellement intégrée à sa démarche artistique :
« Pour renouveler ma créativité, j'avais besoin de me mettre face à l'inconnu pour voir jusqu'où j'étais capable de m'aventurer et ce que je pourrais en rapporter. » (Voir la vidéo.)
Loin de rester sur le quant-à-soi de sa guitare sèche, Pauline Croze (auteur-compositeur de 11 des 13 titres du nouvel opus) n'a pas hésité à faire appel à un éventail d'instruments pour accompagner ses chansons aux balancements trip hop ou aux accents électro, funk, jazz ou carrément free et bossa : hang, calebasse, cajón, guimbri et autres marimbula -ainsi qu'un surprenant gamelan balinais, sur la chanson « Valparaiso“-, emmènent l'inspiration de Pauline Croze dans des directions inattendues et convaincantes. (Voir la vidéo.)
Grâce au talentueux Jean Lamoot (Noir Désir, Bashung), avec qui elle a coréalisé cet album, Pauline Croze parvient à tourner la page du registre pop/folk devenu ‘trop étroit’ pour elle. La section rythmique de Portishead, avec Martyn Barker à la basse et Simon Edwards à la batterie, Daniel Paboeuf au saxophone et Jean-Louis Solans (Mano Solo) à la guitare et aux programmations, embarqués dans l'aventure par Jean Lamoot, permettent à Pauline Croze d'aller au-delà de ses envies et de se dépasser.
Baiser d'adieu
Jour de foule
Faux contact
Nous voulons vivre
Une voix un peu cassée aux accents aznavouriens
Le résultat est saisissant. La voix un peu cassée aux accents aznavouriens de Pauline Croze, reconnaissable entre toutes, s'est muée en véritable instrument. Sans effet, comme mise à nue, elle s'échappe tantôt en filet vers des aigus libérateurs dans ‘Nous voulons vivre’, la chanson-manifeste de l'album ‘Un bruit qui court’, ou ‘Légère (Soulève-moi)’.
Elle groove, se fait enveloppante et puissante dans ‘Jour de foule’, ou bien s'envole dans un mimétisme parfait avec les autres instruments dans ‘Les gens qui jasent’ ou, façon Double Six, dans ‘Sur ton front’. Au fil de l'album, la voix de Pauline Croze séduit en variant les registres, touche et bouleverse par sa simplicité, dans ‘Baiser d'adieu’ notamment, une chanson, signée Arthur H.
Côté écriture, Pauline Croze se dit plus influencée par ses lectures que par les paroliers français et cite volontiers John Fante ou Charles Bukowski. En auteur accomplie, la chanteuse est dans une quête sans relâche du mot juste. L'écriture est pour elle un jeu de cache-cache avec la langue où les non-dits sont légion.
En 2006, Pauline Croze était repartie bredouille de la cérémonie des Victoires de la musique. C'est la chanteuse Camille, qu'elle tient en très haute estime, qui avait tout raflé. Espérons que 2008 donnera raison à l'audace artistique de Pauline Croze…
► Reprises de La Javanaise et de Laetitia, de Serge Gainsbourg, avec Hocus Pocus.
► Aux Victoires de la musique en 2006.
► Un bruit qui court de Pauline Croze - Wagram Music.



















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De Ecniv
du bling bling au big bang | 18H20 | 24/01/2008 |
Une voix qui frôle la rupture, une mélodie accompagnée et enrobée.
P.CROZE dispose de cette faculté de transporter la fragilité (évocation subjective je l'accorde) sur le terrain de l'aventure vocale, l'échappée belle.
Le « respect » porté à Camille (aux dires de l'article) trouve peut-être ses racines dans cette option (risque) de laisser la voix s'aventurer sur le terrain du « pas-forcément-attendu/convenu ».
Je m'égare, j'intellectualise ce qui demande simplement à être découvert.
De sorry
panseuse | 18H27 | 24/01/2008 |
Je l'ai entendue et vue aux Francofolies de la Rochelle, elle est tout simplement géniale, et en lisant dans cet article ses sources d'inspiration (écrivains et musiciens) je ne peux qu'applaudir des deux mains ! ! !
De captain achab
18H58 | 24/01/2008 |
Pauline Croze est l'ovni que j'attendais depuis longtemps dans la chanson française, pour m'emmener ailleurs, me sortir de la condition musicale ambiante. Hors du commun, elle fascine par sa voix et ses choix d'arrangements. Ses compositions se démarquent vraiment de tout ce que j'ai entendu depuis longtemps.
Bravo et courage, Pauline, n'arrête jamais. La musique c'est comme une pirogue qui remonte une rivière : même si tu veux rester surplace, tu dois ramer sec.
Captain achab
producteur indépendant entêté
De MAGENTA
Pesteux génétique | 19H14 | 24/01/2008 |
Moi je n'aime presque rien de la production Française mais elle je l'aime , elle a une voix qui calme mes aigreurs multiples quand je vois ce qui m'entoure !
De aidan
09H58 | 25/01/2008 |
voilà une chanteuse digne de ce nom loin de toutes ces pseudos chanteuses bling bling, surmédiatisées et que l'on écoute forcé et contraint même sur france inter
De senga33
22H38 | 25/01/2008 |
J'ai eu le bonheur de la voir sur scène en juin 2006, « Dame Pauline » comme l'appelle ma fille (qui adore chanter et danser sur « T'es beau » depuis qu'elle à deux ans) et mon corps se souvient encore des intenses frissons provoqués par sa voix si incroyable.
Une très grande artiste.