Sur le terrain

Le Maroc veut se débarrasser de ses bidonvilles d'ici 2012

Dans le bidonville de Sidi Moumen, à Casablanca (Virginie Vilar).

(De Casablanca) Les cabanes de tôle sont isolées de la route par un haut mur en béton, seules les paraboles dépassent. La barrière de ciment cache les tas d'ordures et les excréments d'animaux qui jonchent les allées boueuses de Douar Skouila. Dans ce bidonville de Casablanca, près de 3  000 familles vivent entassées dans des baraques construites à partir de briques et de plaques de métal.

En pleine journée, les bruits et les visages sont rares. Au détour d'un ruelle, assis sur un tas de déchets, un enfant sniffe de la colle dans un sac plastique. Plus loin, des femmes sont venues chercher de l'eau à la pompe ou laver leur linge. Au sol, le savon se mélange à la terre mouillée, mais son parfum ne réussit pas à masquer l'odeur nauséabonde qui occupe les lieux.

480 bidonvilles
à Casablanca

Casablanca abrite environ 70% de l'activité économique du Maroc. Petite localité côtière devenue un port de premier plan sous le protectorat français, « Casa » a avalé des vagues de migrants venus des campagnes pour fuir la pauvreté, et compte à présent plus de trois millions d'habitants. Mais 50  000 emplois industriels ont disparu ces dix dernières années.

La région du Grand Casablanca concentre aujourd'hui plus d'un tiers des bidonvilles du Maroc, et 500  000 Casablancais vivent dans ces baraques de fortune. Il y a deux mois, le gouvernement marocain a annoncé que les pouvoir publics investiraient 700 millions d'euros pour tenter de résorber d'ici cinq ans les 480 bidonvilles de la capitale économique du pays.

Le programme « villes sans bidonvilles » a été lancé en 2004 sous l'impulsion du roi Mohamed VI. Quatre-vingt centres urbains à travers le Maroc sont concernés.

« Même des animaux ne pourraient pas vivre ici », lance Mohamed, un habitant assis sur une chaise au milieu des débris. En pénétrant dans le dédale, les baraques se succèdent, presque toutes identiques… Dans l'une d'elle, un poste de télévision est allumé et plusieurs hommes, allongés sur des couvertures à même le sol, rient aux éclats.

De 3 500 et 7 000 euros pour un appartement

Youssef, 30 ans, vit dans cette cabane de 25 mètres carrés avec sa femme, ses parents et sa soeur. Il gagne environ 30 dirhams par jour (moins de 3 euros), grâce à un emploi de gardien. Le sourire figé, il explique :

« J'ai peur qu'on rase notre maison et qu'après, je n'aie pas assez d'argent pour me payer autre chose. Ma famille et moi n'attendons qu'une chose, c'est de pouvoir quitter cet endroit et d'être relogés dans de vrais immeubles. »

Le mois dernier, il a appris à la télévision que les autorités marocaines prévoyaient de détruire tous les bidonvilles de Casablanca d'ici 2012 et de reloger les habitants dans de nouveaux immeubles, un programme intitulé « Villes sans bidonvilles ».

Le prix des appartements proposés oscille entre 40  000 et 80  000 dirhams (3  500 et 7  000 euros) mais le gouvernement verse une subvention de 25  000 dirhams (environ 2  200 euros) par ménage. « C'est bien, mais il faut quand même avoir un apport d'argent à la base. Même un crédit, je ne pourrai pas l'assumer seul, il faut que l'Etat nous aide. »

« Je fais encore la manche parfois »

Cette année, près de 30  000 logements de fortune ont été démolis dans la région du Grand Casablanca. Dans certains coins de Douar Skouila, les monticules de pierres qui encombrent les rues offrent une vision de fin du monde. Il s'agit des restes des baraques détruites le mois dernier dans le cadre du programme national.

Naïma, son mari et leur cinq filles ont vécu pendant quatre ans à Douar Thomas, un autre bidonville de Sidi Moumen, quartier d'où étaient issus les auteurs des attentats de Casablanca en 2006.

Il y a un mois, cette famille a laissé sa baraque derrière elle quand on est venu lui annoncer qu'elle allait déménager dans un appartement neuf. Naïma assume seule les rentrées d'argent pour le foyer depuis que son mari a perdu la vue il y a plusieurs années.

Cette quinquagénaire alterne les ménages ponctuels et les services domestiques en tout genre, pour acheter de la nourriture ou des fournitures scolaires à ses filles. « Je fais encore la manche quand je ne peux pas faire autrement. »

Ils vivent désormais dans un 55 mètres carrés avec deux chambres et un salon. Son prix : 75  000 dirhams (6  500 euros). Mais grâce aux subventions de l'Etat, ils n'ont eu à débourser que les deux tiers de cette somme.

« Si les logements ne sont pas rasés, d'autres les rachètent à moindre coût »

Pour cette famille de Casablanca, la vie a changé le jour où ils ont pu habiter sous un toit « sans avoir peur chaque jour que la tôle en métal s'envole avec une bourrasque de vent », lance Sofia, l'aînée de 14 ans. Pour autant, ce nouveau logement n'a pas fait disparaître la misère. Naïma s'insurge :

« Ça fait un moins qu'on est là et on n'a ni eau, ni électricité. Ils nous ont dit qu'il fallait être patients car déjà on avait de la chance d'avoir été choisis pour être relogés. »

Leur ancienne baraque n'a pas été détruite pour l'instant. Ils l'ont revendue à des proches pour une somme modique.C'est bien là le problème, explique Zahidi Elarbi, de l'Alliance des associations de Sidi Moumen. Si les logements ne sont pas rasés, d'autres les rachètent à moindre coût, et la misère n'est pas éradiquée, mais juste déplacée.

Lui a vécu plus de quinze ans dans les bidonvilles de Sidi Moumen. Il exerce depuis vingt ans le métier de professeur, ce qui lui a permis d'acheter un appartement à crédit :

Il ne faut pas rêver, les habitants des bidonvilles de Casablanca ne seront pas tous relogés. Seuls ceux qui auront un minimum d'argent pourront bénéficier du programme. Ici, beaucoup ne savent pas de quoi ils vont vivre le jour même.

Lire aussi : Les législatives marocaines bien loin de Sidi Moumen


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jide
13H27 22/01/2008

Comme toujours avec ce genre de projet-annonce: C’est une très bonne chose si le but est le bien-être de la population, et que l’État s’engage et tient ses promesses.
Sinon, ces gens seront autant de candidats a l’émigration vers le Nord…

http://jide.romandie.com

 
aeros
15H02 22/01/2008

ça me rappelle ceci:

« Le Royaume-Uni ressemble de plus en plus à un pays du Tiers-Monde, pauvre, jonché de déchets, laid, usé, sans but ni sens, mal gouverné par un gouvernement typique du Tiers-Monde, corrompu, incompétent et antidémocratique. (SOURCE : George MacDonald Fraser, « How Britain Has Destroyed Itself », in « The Daily Mail »

http://national-et.blogspot.com/2008/01/le-politiquement-correct-en-gran…

 
aidan
19H38 25/01/2008

je rentre d’un voyage à LONDRES et on ne peut te contredire c’est de plus en plus sale mais de la à comparer la situation au MAROC n’exagérons rien.
NOUS n’avons pas encore acceuilli de jeunes anglais qui traversent la MANCHE vers un nouvel eldorado français!

 
Infovite | Plébéien.
14H17 22/01/2008

Souhaitons que la politique qui veut lutter contre les bidonvilles ne soit pas du… bidon!
http://info-espress.over-blog.com/

 
sumacel
15H11 22/01/2008

Ce genre d’initiative est à saluer, tant elle prend en compte la dimension humaine du problème, en proposant des solutions alternatives. Au Brésil par exemple, il y a des campagnes d’éradication des bidons villes, lors desquelles on se contente de raser, sans reloger, ce qui ne fait qu’empirer la situation de ces pauvres gens.

Bien sûr, il y a des dérapages, et il arrive que l’on rase des habitations dont les occupants n’ont pas été relogés, mais il semble que ce soit exceptionnel.

Toutefois, des bruits commencent à sérieusement faire jaser au Maroc, dont on ne peut que difficilement avoir des preuves. Il semble que certains cadres des offices chargés de construire ces logements sociaux les achètent pour leur propre compte (sous prête nom), afin de spéculer sur un marché qui, tôt ou tard, finit par entrer dans la logique de l’offre et de la demande.

Il y a fort à parier que cela ne devienne d’ici peu un scandale national.

 
SB68
16H36 22/01/2008

En six mois (l’annonce faite ici n’est pas de première fraîcheur), le prix du ciment a augmenté de 200 % !

 
ray89
16H51 22/01/2008

La situation déplorable de ces malheureux va en pousser une partie vers les extrêmes, car personne n’a jamais rien fait pour eux.
Qu’auraient-ils donc à perdre ?

D’autres, se lanceront peut-être vers l’eldorado européen. Mais peut-on pour autant leur jeter la pierre.
Tant que notre monde restera ce qu’il est à savoir le chacun pour soi, et qu’on laisse dans la misère la plus inhumaine une majorité des habitants de cette planète, rien n’ira bien.

Les pays riches feraient mieux de se préoccuper d’eux au lieu de se cantonner à des effets d’annonces minables « d’aide aux pays pauvres ».

 
Pierrrrre
20H31 22/01/2008

« …..Le Maroc veut se débarrasser de ses bidonvilles d’ici 2012….. »

==> je sens que Delanoé y contribuera.. par la réquisition de terrains vides autour du Grand Paris….

 
albin | journaliste, écrivain & éditeur
21H14 22/01/2008

C’est toujours très facile de critiquer. Alors qu’en France la situation du logement n’est pas évident non plus. Le gens qui sont dans ces bidonvilles sont ceux qui sont partis de leur campagne, de leur village. Chercher le bonheur ailleurs a toujours été le maître mot de l’homme. On les a poussé et surtout il y a eu beaucoup de magouilles à Casablanca. J’ai une amie, qui fait du cinéma et que vous voyez parfois dans les téléfilms qui se passent en Algérie (mais tournés au Maroc) qui vit dans un bidonville. Ils ont donné à un « homme au-dessus de tout soupçon » l’argent pour acheter un appartement. Appartement jamais construit. Ils sont là depuis vingt ans !!!
Ce sont des histoires d’êtres humains et il faut évidemment s’insurger mais il ne faut pas oublier les aléas de la vie que l’état où qu’il soit ne peut pas résoudre.

En fait, je pense de plus en plus que de s’insurger bêtement en criant « les voyous » ou « les salauds » ne sert pas à grand chose et encore moins dans un forum, le cul assis sur une chaise bien au chaud. Cette nouvelle pensée - je sais tout, j’ai raison, je ne fais rien (sauf cliquer sur un lien pour signer une pétition) - est la pire.

En revenant au Maroc, sachez que le pays n’a jamais autant construit que depuis l’arrivée de Mohammed VI. Que des villes entières se construisent proche de Marrakech et de Casablanca. Mais peut-être direz-vous ensuite… qu’on construit trop vite, des villes-champignons, etc…

Le destin d’un pays, du monde, n’est pas entre les mains d’un seul homme. Il est dans nos mains à tous.

 
cooper59 | pour la decroissance !
23H46 22/01/2008

belles paroles Albin , je viens juste de regarder le teléfilm sur l’affaire Ben Barka et effectivement je me demande vraiment pourquoi ce pays a pris tant de retard , avec des dirigeants autant a l’ecoute du peuple ! Un pays n’est jamais dans les mains d’un seul homme , sauf en cas de dictature mais ça n’arrive jamais ! notre destin est dans nos mains a tous (et si on te les coupent debrouilles toi avec tes pieds)

 
babakchit
00H38 23/01/2008

Merci pour ce article qui, même si on sent par moment des partis pris, semble vouloir poser « le pour et le contre » et reste équilibré.

Pour info, les idées ne suffisent pas tout le temps, il faut aussi les moyens et bien sûr la volonté. Le Maroc ne dispose pas de réserve d’or noir. Son PIB repose principalement sur l’agriculture, le tourisme et le textile. La croissance est passée d’environ 8,1% en 2006 à 2,5% en 2007 sous l’effet de la conjoncture internationale. Cependant des efforts ont été consentis au niveau de l’inflation qui passe de 3,3% à 2%.

Je pense qu’il faut saluer l’initiative entreprise, sachant bien sûr que les dérives restent possibles, malheureusement.

 
cooper59 | pour la decroissance !
00H42 23/01/2008

quand je discute avec des potes marocains , si je prononce les mots « economie marocaine » ils levent les yeux au ciel , en fait ce sont des mots qui les fatiguent un peu ! bon . . maintenant tout le monde ne pensent pas la meme chose , y compris au Maroc .

 
Neil | Étudiant
01H27 23/01/2008

En connaissance de cause, habitant moi-même à Casablanca, l’article est bien vrai, et il est aussi bien vrai que les chiffres ne servent strictement à rien, pas plus que de savoir sur quoi est basée ou non l’économie d’un pays. Ca ne marche pas du tout comme ça, ici, le système et même les moeurs profondes sont différentes qu’en France. Juste pour que vous sachiez, ne vous y méprenez pas ;)

 
Aimeho de Tahiti
02H23 25/01/2008

Si les autorités marocaines arrivent à éradiquer ces 400 bidonvilles autour de Casa en si peu de temps, ce serait un véritable exploit dont il faudra détailler l’architecture à tous ceux qui oeuvrent dans ce sens à travers le monde. La volonté politique, les financements très lourds, une technocratie enthousiaste en surface ne suffisent pas.Il faut un maillage humain à tous les niveaux qui doit s’investir au-delà de la norme ou du raisonnable et surtout reconquérir la confiance des populations. Celles-ci ont été abreuvées de promesses sans lendemain parce que irréalistes et si quelques solutions de relogement se profilaient, c’était pour propulser ces familles dans les bras d’une administration déshumanisée parce que dépassée par les enjeux et empêtrée dans une réglementation aussi souple que du plomb. A ce tarif-là, seul le clientélisme a de l’avenir. Par définition, il fait le lit de privilèges tout aussi injustes même si les bénéficiaires viennent du peuple.
Je ne sais comment cela se passe au Maroc mais à Tahiti les autorités jouent souvent de la culpabilisation. C’est de la faute de ces populations qui devraient retourner dans leurs îles (l’équivalent de l’exode rural). Elles sont trop ignorantes (l’échec scolaire est en hausse) pour se retrouver dans le dédale administratif. Elles affichent parfois des signes extérieurs de richesse qui font un peu « bling bling » à côté de barraques de bric et de broc.
Dans les études réalisées, nous avons pu mettre en évidence des cumuls de handicaps inextricables. Les familles n’ont plus alors de capacité d’initiatives individuelles ou parentales. Les Pouvoirs publics sont eux mêmes paralysés, il ne faut pas demander à de simples citoyens de trouver des solutions. D’où le plan banlieu de Fabela Amara mais elle a dû réduire la voilure de ses ambitions. Du Plan Marshall des banlieues, elle doit se contenter du « Plan espoir pour les banlieues » au Programme « Villes sans bidonvilles » au Maroc à celui des « RHI » (Résorption d’Habitat Insalubre) de Tahiti, nous sommes dans les mêmes problématiques où l’essenteil est de regarder les réalités en face et de ne pas se cacher la vérité.
 Aimeho