Krach boursier, la sanction d'une dérive

Nous y voilà. Lundi 21 janvier 2008, le krach boursier, qu’on sentait menaçant, vient d’avoir lieu. Et rien qui permette d’envisager une inversion à court ou à moyen terme. Les « petits actionnaires » paniquent, les spécialistes s’affolent, essaient de sauver la face en (se) rassurant à grands coups d’hypothèses savantes. Rien n’y fait, la machine est durablement enrayée, compromettant tout l’édifice économique.

Chacun, à commencer par les médias, semble abasourdi par l’ampleur de la catastrophe. Pourtant, il me semble que nul n’est besoin d’être un technicien jonglant avec les variables savantes pour comprendre. Le déroulement des évènements est d’une logique imperturbable et d’un bon sens enfantin. Mais la logique et le bon sens, quand on a les yeux hypnotisés par les indices…

Résumons: le système libéral est entièrement basé sur le moteur de la croissance financière. Sans croissance, plus de système. Justement, nous en sommes là. Quelle croissance pourrions-nous encore attendre? Qu’on le veuille où non, dans tous les pays du monde, la croissance est indissociablement liée à la consommation. Or cette dernière pèche pour deux raisons.

Première raison, dans les pays riches, ceux où il y a encore quelques moyens financiers pour consommer, la consommation sature par excès et même inutilité de l’offre. Pour alimenter la machine à croissance, il y a des années que nous en sommes réduits à créer artificiellement des besoins. Le 4X4 dernier cri, le nouveau téléviseur plasma, le téléphone multifonctions, bientôt le steak cloné… La consommation devient entièrement artificielle, aucune nécessité ne la justifie.

Seconde raison, la perte du pouvoir d’achat par le plus grand nombre, due à une captation de la richesse financière par une élite restreinte. Or cette élite, de par sa restriction démographique, ne suffit plus à assurer la consommation nécessaire à la machine capitaliste. En privant de ressources suffisantes ceux-là mêmes qui pourraient consommer, ils se privent du carburant essentiel. C’est là une des principales failles des mesures d’urgences lancées en catastrophe par l’administration Bush le vendredi 18 janvier 2008. À quoi bon offrir un programme de réductions fiscales quand ceux qui pourraient relancer la consommation, ne sont plus imposables depuis des lustres.

D’autres facteurs viennent aggraver la crise en cours. Ainsi, gavés jusqu’aux yeux, les privilégiés qui ont pu accumuler les richesses, ne les réinjectent même plus dans le circuit. Préférant l’enterrer dans quelques stériles paradis fiscaux. Ou dernière mode, choisissant de l’investir dans les pays émergents comme la Chine ou l’Inde.

Seulement il y a un hic de taille: les pays émergents, eux aussi, dépendent de la consommation. Comme chez eux, la population a encore moins de moyens de consommer que chez nous autres repus, il leur est impératif d’exporter. Vers chez nous. Qui saturons. La boucle est bouclée, le cercle est vicieux en diable. Renforcé par l’insigne fragilité de ces nouveaux pays « riches » bâtis sur du vent. C’est d’ailleurs sur les places asiatiques que le krach boursier est aujourd’hui le plus sévère.

Nous voici donc arrivés au bout d’une course folle à l’entrée d’un tunnel dont nous ne sommes sans doute pas prêts de voir le bout. La machine néo-libérale est en rade et la plupart des États se sont privés de moyens financiers d’agir par excès de dette publique. Fassent que ces quelques lignes servent au moins de modeste éclairage pour une traversée qui risque fort d’être cahoteuse. Les plus privilégiés, eux, comme au bon vieux temps des avant-guerres, commencent à planquer leur or au fond de leur jardin. Le cours de la bonne vieille valeur-refuge atteint des sommets. Un classique


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ThomasLefebvre | Rapatrié
22H37 21/01/2008

Quelle(s) alternative(s) proposez-vous a la croissance?

 
Le Yéti | yetiblog.org
23H08 21/01/2008

Réponse dans une prochaine tribune (si elle est retenue). Pour l’heure, il est juste question d’essayer de donner quelques pistes de compréhension des mécanismes économiques et financiers en cours aux non-spécialistes.

 
Homere | antique poete
13H11 22/01/2008

la decroissance!!!

http://www.ladecroissance.net/

 
Christobal Colon | Scandalisé à 999%
23H15 21/01/2008

… »il y a des années que nous en sommes réduits à créer artificiellement des besoins »…

Tout est dit.

La circulation d’argent a permis la concentration d’argent.
La concentration d’argent a besoin de plus pour gagner plus.
Croissance requise.
Consommation au final saturée.
Fric non réinjecté là où il faudrait.

Welcome in the merdier.
Epuration financière murmure-t-on sur le web…
vaste programme…
Merci aux instances mondiales pour leur sérieux :

Lamentable spectacle.

 
02H22 22/01/2008

Trés bien Le Yéti, et même que DSK n’a pas osé le dire.
Le « paquet fiscal » de Bush est de 150 milliards de $, mais il a fait comme Sarkozy, il les a donné à ceux qui n’en ont pas besoin et qui les placent au lieu de les dépenser. Et ils peuvent trés bien les placer dans l’immobilier saisi par les banques et vendu une misère.
Mais ceux qui auraient dépensé cet argent parcequ’ils peinent à survivre n’ont rien eu, comme le paquet fiscal à Sarko.Comment font-ils pour être si bêtes, Bush et Sarko?

 
Le Yéti | yetiblog.org
02H36 22/01/2008

Me permettrai-je d’ajouter, cher Servais-Jean, cette douloureuse réflexion : comment font-ils pour être si bêtes, ceux qui ont porté au pouvoir ces Bush et Sarko, et qui aujourd’hui se retrouvent Gros-Jean comme devant ?

 
06H44 22/01/2008

La quatrième guerre mondiale a commencé.
Sous commandant Marcos 1997

« Le néolibéralisme impose ainsi la destruction de nations et de groupes de nations pour les fondre dans un seul modèle. Il s’agit donc bien d’une guerre planétaire, la pire et la plus cruelle, que le néolibéralisme livre contre l’humanité.

Nous voici face à un puzzle. Pour le reconstituer, pour comprendre le monde d’aujourd’hui, beaucoup de pièces manquent. On peut néanmoins en retrouver sept afin de pouvoir espérer que ce conflit ne s’achèvera pas par la destruction de l’humanité. Sept pièces pour dessiner, colorier, découper et tenter de reconstituer, en les assemblant à d’autres, le casse-tête mondial.

La première de ces pièces est la double accumulation de richesse et de pauvreté aux deux pôles de la société planétaire. La deuxième est l’entière exploitation du monde. La troisième est le cauchemar d’une partie désoeuvrée de l’humanité. La quatrième est la relation nauséabonde entre le pouvoir et le crime. La cinquième est la violence de l’Etat. La sixième est le mystère de la mégapolitique. La septième, ce sont les formes multiples de résistance que déploie l’humanité contre le néolibéralisme. »

Si cette disséquation du néo libéralisme vous interresse, vous pouvez lire l’intégrité du commentaire de Marcos (qui est loin d’être un guignol!) qui contribue à apporter des éléments de réflexions supplémentaires à celui du Yéti.

Le seul espoir qu’il nous reste est de RESISTER

 
12H07 22/01/2008

Merci pour cette analyse pleine de bon sens. A la question de ThomasLefebvre, l’alternative logique a l’excès de croissance est la décroissance (gageons que ce mot-concept sera repris abondamment les prochains jours, pas toujours a bon escient…).
Décroissance ne veut pas dire récession (c’est a dire croissance négative).
A nous tous de choisir, maintenant, si l’ont veut rester sur notre confortable Titanic, ou si l’ont veut prendre les chaloupes de la décroissance.
Il n’y a certes sur ces chaloupes, pas de télé, ni même de jouets en plastique rose fabriques en Chine par d’autres enfants (vive la Croissance !).
Mais sur ces petites embarcations, il y a les amis, le temps de vivre, de quoi manger et à boire. De quoi vivre, Peut être même une guitare.
La décroissance, c’est ça.
Vivre plus simple pour vivre mieux. Collectivement et individuelement.
Çà vous fait sourire ? Çà vous semble naïf ? Mais la naïveté est le visage de la vérité. C’est pas de moi mais de Victor Hugo…
Le mantra néolibéral « TINA » se retourne contre ses maîtres: There Is No Alternative, que de sauter gaîment dans ces chaloupes de secours… On peut aussi le faire de mauvaise humeur, acide, aigri et chafouin. Outre le fait que ça ne changera pas le problème, l’ambiance à bord est l’affaire de tous…

http://jide.romandie.com

 
Homere | antique poete
08H00 23/01/2008

Eh jide, c’est moi qui ai donne la bonne reponse le premier (cf plus haut)!!!
http://www.ladecroissance.net/

Mais c’est bien, tu as le merite d’avoir joliment argumente la reponse et je suis de cette galere, meme s’il faut eccoper de temps en temps sous le pont de la chaloupe les fuites radioactives du monde d’avant, celui de la croissance… pour conclure par un autre poete:
Non ce n’etait pas le radeau,
de la meduse ce raffiot etc. vous connaissez la suite…

 
yapadebug | Informaticien 50naire au chomage
12H48 22/01/2008

Très bon article, M. le Yéti !
Et maintenant on va nous expliquer que pour pallier aux défaillances de la machine néo-libérale, il faut encore plus de néo-libéralisme. Comme si, pour réduire les accidents dues à la vitesse excessive, on augmentait la vitesse limite. Continuons comme ça…

 
robindesfoix | cherche une issue
22H50 22/01/2008

et voilà, ou comment faire du vilain gâteau une jolie crêpe….hé…..hé…hé..
arretons de consommer inutile histoire d’aplatir un peu plus la crêpe !!!!!

 
Homere | antique poete
12H40 23/01/2008

bien d’accord, il ne faut plus consommer. Et pour aller plus loin dans la desobeissance civile et economique, les economies sur le compte bancaire en fin de mois seront retirees en beaux billets de cent euros, et brules en feux de joie, reduisant ainsi la masse monetaire, donc les flux economiques, donc les finances mondiales, donc le pouvoir des gouvernements et celui des multinationales: la fin du capitalisme est a la portee de nos briquets…

Et pourquoi pas?

 
Art-35_Constitution-1793 | Pour une Republique Bonsensiste!!
23H09 23/01/2008

Tu as raison le Poète résistons, !!

Depuis que je suis a la retraite je vide mon compte et ne paye plus qu’en espèces ou par chèque (agrafés de préférence). Pas content le banquier : Allez sur mon blog ou je raconte l’histoire complète et véridique :

http://antifricocratie.canalblog.com/

 
07H42 24/01/2008

bravo à yeti
je pense qu’il a raison. Mais actuellement nous prenons le chemin inverse : remise en cause des acquis, supression des 35 heures ……..alors que les marchés sont saturés, que les entreprises délocalisent et créent du chômage de masse.

pourtant il y a egalement un livre interressant prefacé en son par Rocard « la fin du travail » de Jeremy Rifkin sorti en 1996 qui donnait d’autres pistes notamment une civilisation post-marchande….