Cela a commencé par une tribune publiée par Jean-Pierre Raffarin: "Tony Blair-UMP, même combat" (Le Monde, 11 janvier). Le lendemain, l’ex-Premier ministre britannique a été reçu par Nicolas Sarkozy au Conseil national de l’UMP. Après avoir apporté un soutien appuyé à son hôte, le néotravailliste a confié avec ironie que s’il était Français, il serait "probablement au gouvernement" de François Fillon.
Cette empathie mutuelle a choqué des dirigeants socialistes. Le jour même, Pierre Moscovici a fait part au Monde de son "incompréhension" de voir un "homme de gauche" faire un "geste inamical" à l’égard du PS. Il a estimé que l’entente blairo-sarkozyste n’avait "aucun sens" et que M. Blair s’était "ridiculisé" en apportant une "caution de gauche" au président français. Il a prédit que l’invitation sarkozyste allait "mettre les électeurs de gauche en colère", car Nicolas Sarkozy commence sérieusement à "se moquer d’eux". Un tel point de vue est probablement majoritaire au sein de la direction du PS.
Amitiés droitières
L’entente politique entre MM. Blair et Sarkozy est pourtant aussi réelle que publique. A l’occasion de la campagne présidentielle, Tony Blair avait indiqué sa préférence pour M. Sarkozy. Avant son départ de Downing Street, il avait noué des liens étroits avec son homologue de l’Elysée. Ce rapprochement s’était inscrit dans le fil d’alliances antérieures sur sa droite: MM. Barroso, Aznar et Berlusconi, pour poursuivre l’ambition d’une Europe néolibérale et atlantiste, et M. Bush, pour l’aventure irakienne. Tony Blair et Nicolas Sarkozy s’apprécient: ils se sont retrouvés avec leurs compagnes en Egypte pendant les vacances de Noël. C’est à cette occasion que l’invitation parisienne fut lancée.
Les instincts de droite de Blair
Tony Blair est un homme politique aux idées et aux instincts politiques de droite. Son parcours politique et ses déclarations l’attestent. Il est devenu le dirigeant du Parti travailliste dans des conditions exceptionnelles: dans l’après-thatchérisme qui a néolibéralisé la Grande-Bretagne plus que tout autre pays européen, sans aucune opposition sur sa gauche et dans un paysage syndical défait. Le désarroi des travaillistes était tellement profond qu’ils ont, en connaissance de cause, élu un leader conservateur, censé leur assurer le retour au pouvoir.
On ne peut sur ce point accabler Tony Blair. Il avait promis à son parti de gouverner à droite, il a tenu promesse. Entre 1997 et 2007, les inégalités se sont nettement creusées (seuls les riches ont profité de la croissance économique), les privatisations ont continué (euphémisées sous le vocable de "partenariats privés-publics"), les services publics restent à la traîne en Europe en dépit d’investissements massifs.
Sur le plan européen, Blair s’est opposé avec succès à toute intégration politique et sociale (il a obtenu que la Charte des droits fondamentaux ne s’applique pas à la Grande-Bretagne). Et puis, il y a eu l’Irak. Beau bilan pour une "homme de gauche"!
Accuser par conséquent M. Blair de se "ridiculiser" en apparaissant aux cotés de M. Sarkozy et pour ce dernier "de se moquer" du peuple de gauche ne fait, pour le coup, "aucun sens". Les deux hommes se ressemblent : ils tendent à sur-médiatiser leurs faits et gestes, personnalisent à outrance le pouvoir, ont les mêmes réflexes autoritaires, éprouvent la même fascination pour la jet set et les milliardaires et cultivent une identique américanophilie.
Un non-événement
Pourquoi le PS est-t-il embarrassé par ce qui aurait dû constituer un non-événement? Sous la conduite de Lionel Jospin et de François Hollande, les socialistes n’ont-ils pas officiellement rejeté le révisionnisme blairiste au nom du maintien d’un cap "à gauche". Pourtant, en pratique, le PS s’est de plus en plus inspiré du New Labour. Des renoncements politiques fondamentaux (rôle de l’Etat, Europe, mondialisation) ont été masqués par un parler social-démocrate orthodoxe.
Les succès de Tony Blair
Mais en privé, les "succès" de Tony Blair ont fasciné des dirigeants qui se sont finalement résignés à singer le néolibéralisme décomplexé de Tony Blair. Avec le départ de Jospin, un homme au profil de gauche crédible, les digues ont cédé.
Les slogans et la novlangue blairistes ont fait leur apparition lors de la campagne présidentielle de 2007 (remise en cause des 35 heures, critique de la revalorisation du Smic, discours sécuritaire et nationaliste, mise à l’index des "assistés" qui refusent un emploi, langue managériale, tel le "donnant-donnant", etc.). Cette blairisation rampante a crédibilisé le microscopique courant blairiste du PS, dont les ténors ont rejoint le gouvernement Fillon.
Vers un blairisme à la française
En dépit de ce lourd échec, la marche forcée vers un blairisme à la française se poursuit. Des dirigeants socialistes ont conclu des alliances avec le MoDem pour les élections municipales, sans que le parti n’ait au préalable débattu des conditions politiques d’un tel ralliement. Cette course à droite est semblable à l’alliance que Tony Blair avait voulu conclure avec le Parti libéral-démocrate. Officiellement favorable à une adoption référendaire du traité de Lisbonne, le PS a décidé de s’abstenir de voter à Versailles le 4 février. Cette abstention garantira la révision de la Constitution et, ensuite, l’adoption parlementaire du traité. On a connu des oppositions plus cohérentes et plus résolues…
Le blairisme du PS est la stratégie masochiste d’un parti qui s’est auto-convaincu que pour paraître "moderne" et "réformateur", il lui faut se déporter toujours plus à droite. Contrairement à ce qu’a déclaré Pierre Moscovici, ce n’est pas Tony Blair qui apporte une "caution de gauche" à Nicolas Sarkozy, mais le PS lui-même.






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Hum. Ce que vous écrivez est très vrai. Le PS est bien hypocrite de jeter la pierre à Blair alors que toute la campagne de Royal s’inspirait de celle de Blair. Si elle a inspiré celle de Sarkozy, ça ne fait que confirmer.
En ce qui est du rapprochement de Royal avec le Modem, c’est une des raisons pour lesquelles elle s’est discréditée. Le langage de Hollande était beaucoup plus intelligent, en appeler aux électeurs Modem alors que Royal en appelait directement à Bayrou, grosse faute policienne.
Maintenant pour ce qui est des alliances avec le Modem pour les Municipales, sans l’accord du Bureau National, cela ne relève pas d’un rapprochement de la politique du PS et de l’ancien UDF : c’est simplement de l’opportunisme pour ne pas perdre les mairies.
Tentant, mais est-ce que cela sera payant ?
Les alliances avec l’extrême-gauche d’un côté, les alliances avec le Modem de l’autre. Et puis ? Retour à la case départ en 2012 car chacun reprendra ses billes avec plus d’élus locaux, donc encore 4 ans à attendre pour vérifier sur le terrain ce que veulent les électeurs.
Au bout du compte Royal aurait inspiré Sarkozy ? ^^
A ma connaissance - aux élections de 2004 en tout cas - le parti « Lib-Dem » était plus européen et social-démocrate (et anti-guerre) que le Labour. Y voir une sorte de Modem britannique me semble un peu rapide.
« Entre 1997 et 2007, les inégalités se sont nettement creusées (seuls les riches ont profité de la croissance économique) »
C’est faux, l’acces aux soins, a l’éducation, au travail, a la mobilité sociale ont augmenté depuis que la gauche est au pouvoir. »
Heu… et le nombre de working poors, qu’est-ce qu’il a fait, lui ?
Ok, je cite le dernier rapport du IPPR:
http://www.ippr.org/members/download.asp?f=%2Fecomm%2Ffiles%2Fworking%5F…
« The proportion of workers who are low paid has declined slightly over the last decade - reversing two decades of rising wage inequality and a growing proportion of the workforce being low paid. Wages have grown fastest for the lowest paid over the last 10 years, thanks to a series of rises in the minimum wage above the rate of average earning growth. This has slightly squeezed the gap between the bottom and the middle of the wage distribution. » En considerant quelqu’un qui est « low paid » comme gagnant jusqu’a 1500€/mois pour 35h/semaine.
Comment, comment ! Les anglais ne travailleraient que 35 heures par semaine ! Je croyais que c’était une exclusivité française!
Cher Thomas Lefebvre, je vois bien que vous trouvez à votre goût la nouvelle NON-civilisation que mettent en place ceux qui sont du côté du manche, à leur seul profit.
Ma fille vit à Londres, en ce moment…
Je ne crois pas que 1500 € en Angleterre représente exactement le même pouvoir d’achat qu’en France… Les prix se situent environ entre 1/4 et 1/3 au-dessus des prix français, pour les produits de consommation courante.
Sans parler des loyers de Londres dont le qualificatif « exorbitant » donnerait encore une piètre idée. Du genre 600 € /mois pour une chambre pas grande dans une collocation de 6 personnes, accès à la cuisine et à la salle de bain collective compris.
Pas beaucoup d’hôtel à moins de 150 €
£3 le billet de métro (+ de 4 €) contre 1,50 € à Paris (je crois, mais je vis à la campagne, donc…). £12 la place de ciné soit plus de 16 €, les cigarettes environ 7,10 € (contre une moyenne de 5 € en France… J’imagine… Comme je ne fume plus ! Trop cher !)
C’est pourquoi je lui envoie des petits colis, comme à une prisonnière du système libéral… Avec rien que des trucs utiles…
Comparaison n’est pas raison !
Chere Moulinette,
Sur la civilisation, c’est vrai que l’on est vachement mieux en France ou la civilisation (pour ce que cela veut dire) est désormais une doctrine politique.
Le Royaume-Uni ne se résume pas a Londres mais c’est vrai, Londres est une ville chere. On ne peut donc, encore une fois, que se réjouir de la capacité a la Banque Centrale Européenne a controler l’inflation dans la zone euro. Les salaires a Londres sont tout de meme plus élevés, si vous regardez les offres d’emplois, elles proposent tres souvent une compensation pour habiter a Londres. Ce que notre prisonnier du systeme libéral-néo-travailliste-etc Dr Maliere ne peut ignorer et doit sans doute bénéficier en tant qu’employé de UCL. Si vous voulez une liste de B&B a moins de 150€/la nuit, envoyez moi un mail.
Pardonnez ma curiosité mais pourquoi votre fille a-t-elle choisie d’etre « prisonniere du systeme libérale » (consentante, j’imagine)? Comment expliquez-vous que tant de jeunes francais, polonais choisissent de s’exiler au RU ou en Irlande?
Cher Thomas Lefebvre…
Mystère, à vrai dire… Mais il semblerait que les pays anglophones n’offrent pas vraiment un grand panel d’options politiques…
Et comme elle semble passionnée par cette langue, qu’elle a envie de savoir le petit nom de tous les légumes, parler avec l’épicier du coin et son accent pakistanais, elle n’a pas trop le choix, voyez-vous…
Comme je le disais dans mon précédent commentaire, je vis à présent à la campagne, dans le sud du Berry…
Comment expliquez-vous, cher Thomas, que tant d’anglais décident de quitter définitivement (semble-t-il) leur belle île si prospère pour venir s’installer dans notre archaïque pays ? Où ils comprennent fort bien et fort rapidement les aspects les plus intéressants du « retard pas modernisé encore » de notre sécu, par exemple.
J’ai encore rencontré cette semaine un gentleman charmant qui a tout quitté, tout vendu, de l’autre côté du Channel…
Moi non plus, je ne sais pas ce qu’est la civilisation, mais j’imagine ce qu’est un pays qui n’est pas civilisé… C’est un pays où il y a un recul de l’engagement de l’état, qui doit assurer à tous égalité de traitement dans les domaine de la santé, de l’éducation, de l’accès à l’énergie et à l’eau.
Pour ma part, je considère que les pays qui restreignent l’accès aux études supérieures (en les réservant aux riches ou aux « méritants »), qui n’assurent pas un accès aux soins pour tous, une retraite décente à ceux qui ont travaillé leur part à l’enrichissement des rentiers, qui privent d’eau et d’électricité, de chauffage, d’un minimum de confort les plus démunis (et j’en passe, tant la liste est longue) ne peuvent pas revendiquer le qualificatif de « civilisés ».
Là où ces solidarités n’existent pas, peut-on parler de démocratie ?
Chere Moulinette,
Comme je l’ai écrit dans d’autres fils: je ne crois pas que le RU soit ni l’enfer décrit par certains ni le paradis revé par d’autres.
Détrompez-vous, les pays anglophones offrent un choix politique tres vaste. Les differentes chambres (House of Commons, Scottish Parliament, Stormont…) sont peuplées de 16 partis politiques différents. La Republique d’Irlande a 6 partis politiques qui se partagent le pouvoir, toujours en coalitions.
Alors, vous habitez dans la Berry que j’adore, vous avez bien de la chance. Si des Britanniques peuvent venir s’installer dans votre paradis, c’est qu’ils ont pu s’enrichir, vendre leurs maisons generalement en faisant une jolie plus-value en profitant de la spéculation immobiliere. Ces personnes profitent de la mobilité offerte par l’Union européenne et tant mieux pour eux.
Si vous saviez comme l’Etat intervient au Royaume-Uni. Il intervient tellement qu’on l’appelle le nanny State: un Etat qui veut controler la vie de chacun. Et en particulier sa santé. Ce n’est pas un hasard que la civilisation a repris le dessus dans des pays modernes comme l’Irlande, premier pays a avoir interdit le tabac dans les lieux publics. Comme je l’ai aussi écrit, j’ai visité des hopitaux au Royaume-Uni et en France. Et bien, j’ai vu des hopitaux plus pourris en France qu’au RU. Je vais regulierement chez le docteur (je ne paye rien alors qu’en France je devais debourser de l’argent meme quand j’étais étudiant).
Vous pensez-reellement que l’Etat va payer une retraite decente aux baby-boomers francais: il n’y a pas d’argent pour payer ces retraites. Cela aurait du etre le sujet majeur de la campagne présidentielle et cela ne l’a pas été…
Sur les universités, le systeme d’éducation, etc… Vous trouvez qu’il est génial notre systeme éducatif francais? Vous trouvez que tout va bien dans les ZEP? Vous trouvez normal qu’un étudiant qui a bien bossé pour sa licence d’Histoire ou de psycho doive galérer un max pour trouver un job ‘décent’ en dehors de l’Educ Nat? Vous trouvez vraiment génial un pays qui n’offre que des allocs, des stages nazes et aucune possibilité de carriere a ceux qui sortent de fac?
Bonsoir.
Pour le dernier point : je ne sais pas qui croire, vos deux avis sont diamétralement opposés, et je ne connais pas du tout ce sujet.
Je connais seulement quelques couples d’anglais qui ont quitté la Grande Bretagne pour venir s’installer en France : tout y est moins cher, et ils y vivent mieux.
Effectivement, la Banque Centrale Européenne est assez efficace pour minimiser l’inflation et rend la France attractive pour les Britanniques.
Perso, j’habite au Royaume-Uni (Belfast Est) dans un quartier qui était dans la misere noire il y a une dizaine d’années. C’est désormais un quartier populaire, pas spécialement riche, ni spécialement pauvre, avec des aspirants bobos comme moi, avec beaucoup des petits commerces, des gens qui s’enrichissent, saisissent des opportunités. Et puis, mes diplomes francais (fac) n’ont aucune valeur sur le marché du travail francais alors que mes étudiants sont assurés de trouver du travail, bien rémunéré, des l’obtention de leurs diplomes. Voila la différence, il existe des opportunités pour briser la reproduction sociale au Royaume-Uni. Et évidemment on ne peut pas parler de ces succes sans etre taxé de « dérive droitiere, blablabla… »
Article intéressant mais concernant la caution, le « complément » de Gauche avec une acception sociale est certainement de trop.
http://info-espress.over-blog.com/
Bonjour Philippe.
Félicitations.
Tout est dit.
Cordialement.
J.C.M.
« Jospin, un homme au profil de gauche crédible »
ahahahaha
mais bien sûr
évidemment oui
Ça me fait bien rire quand on associe Blair et gauche ou Blair et socialisme… Mes copains anglais n’ont pas de chance… ils sont plutôt de gauche.
Maintenant, ça ne me fait pas rire quand on associe Royal et gauche, voire PS et gauche. Merde, il va falloir que je me mette au thé ! C’est mes copains anglais qui vont bien rire !
Tony Blair, improbable président de l’Europe
UNION EUROPEENNE. L’éventuelle candidature de l’ex-premier ministre britannique irrite.
‘article dans le temps, quot suisse le 19/1
selon moi, blair est avant tout un opportuniste.
qui va prendre la présidence le l’europe prochainement, n’est-ce pas la france…
veut-il y être nommé