L'edito

Avec 140 milliards de dollars, Bush se fait keynésien

Une idée reçue veut que les Américains ne se fieraient qu'au marché, et à sa main invisible, pour résoudre leurs problèmes économiques. Ils auraient depuis longtemps enterré le » keynésiannisme » , cette idée selon laquelle l'Etat peut faciliter, par des politiques actives, le retour au plein emploi, que ce soit par l'augmentation des dépenses publiques, les allègements d'impôts et/ou l'injection, par la banque centrale, de monnaie dans les circuits.

C'est une idée fausse, comme on peut le constater à chaque fois que la croissance menace de chuter outre-Atlantique. Les Etats-Unis sont bien plus décontractés que les Européens lorsqu'ils s'agit de voler au secours de leur économie. Dès que des signes de récession sont perceptibles, ils appuient, fort, très fort, sur les deux pédales qui sont à la disposition du pouvoir fédéral : budgétaire et monétaire.

Ronald Reagan était ainsi allé jusqu'à pousser à près de 6% du PIB le niveau des déficits publics pour sortir son pays de l'ornière. Un niveau qui ferait s'évanouir n'importe quel banquier central européen.

Ce vendredi, George Bush a annoncé un plan de relance de 145 milliards de dollars, soit 1% du PIB. Quelques jours plus tôt, Hillary Clinton, croyant prendre de court les Républicains, avait promis un plan deux fois moins ambitieux : 70 milliards de dollars. Il est vrai que Bush a un avantage sur la candidate : il peut charger l'ardoise, ce n'est pas lui qui devra l'effacer.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, c'est le refus du chômage qui guide, avec pragmatisme, la politique macroéconomique des Américains. Une telle attitude semble frappée au coin du bon sens.

L'Europe manque de pragmatisme

Elle n'est pourtant pas partagée en Europe. Les dirigeants y sont plus doctrinaires : ils ne jurent que par l'équilibre budgétaire, la concurrence parfaite, l'inflation terrassée. La croissance ? Elle découlera de cette politique vertueuse ! Résultat : on s'est trop longtemps contenté d'une croissance molle, d'un chômage élevé, et de déficits publics qui ne redescendent jamais.

Et on a bardé l'Europe de mécanismes rigides pour assurer cette » vertu » : la Banque centrale européenne n'a pour seul objet que de lutter contre l'inflation, un pacte de stabilité enserre les politiques budgétaires, etc.

Ainsi, que se passe-t-il aujourd'hui ? La Banque centrale européenne, sous la direction du Français Jean-Claude Trichet, menace de relever les taux, au nom des risques d'inflation. Alors qu'il faudrait, pour éviter une récession, les baisser, comme le fait sans barguigner la Banque centrale américaine…

Le risque de connaître une panne en Europe est donc réel. Pour redémarrer, les Européens risquent une fois de plus d'être condamnés à attendre une locomotive… qui sera probablement américaine.

Pascal Riché

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4 commentaires sélectionnés

Portrait de Ah la la...

De Ah la la...

00H17 | 19/01/2008 | Permalien

Eh oui,
Quelle ironie quand le pays où est né l'ultra-libéralime n'hésite pas à faire des entorses au dogme quand il y va de sa survie économique. Certes il n'est pas dit que cela fonctionne à terme, mais les autorités économiques américaines savent mettre une dose de pragmatisme là où les banquiers européens restent figés dans leur absolutisme libéral.

L'Europe, plus royaliste que le roi, veut appliquer à la lettre le manuel du parfait petit libéral. Engoncée dans son dogme, elle est incapable de se montrer imaginative face aux difficultés. Les seules solutions sont des coup de pouces rikikis à enveloppe constante. Comment créer lorsqu'on se borne, qu'on limite son champ d'action ? On ne crée pas, on gère, on calibre. On éparpille.

Et pendant ce temps là, les chinois rigolent. Convertis au capitalisme, ils ont eu vite fait de retrouver ces qualités de négociants qui furent les leurs jadis. Leur appareil économique est tout entier au service de leur état, lui. Ils placent leurs billes et attendent. Leur tour viendra bientôt.
Et pendant ce temps-là, les banquiers européens font joujou avec leur boulier. Allez, c'est au moins ça qu'ils leur laisseront…

Portrait de ThomasLefebvre

De ThomasLefebvre

Rapatrié | 01H00 | 19/01/2008 | Permalien

« Elle n'est pourtant pas partagée en Europe. Les dirigeants y sont plus doctrinaires : ils ne jurent que par l'équilibre budgétaire, la concurrence parfaite, l'inflation terrassée. La croissance ? Elle découlera de cette politique vertueuse ! Résultat : on s'est trop longtemps contenté d'une croissance molle, d'un chômage élevé, et de déficits publics qui ne redescendent jamais. »

Ca c'est la France…pas l'eurozone. L'eurozone connait une bonne croissance et a réduit considérablement son chomage :
- 2005 : taux de chomage de l'eurozone de 10%
- 2007 : taux de chomage de l'eurozone de 7.7%

Le taux de croissance de la zone euro a dépassé celui du Royaume-Uni ainsi que celui des EUA depuis les derniers mois de 2006.

C'est au contraire grace a la discipline budgetaire que la zone euro ne va pas trop mal.

Les déficits diminuent aussi (sauf en France) : le déficit budgétaire de l'Allemagne était a plus de 4% il y a dix ans. Il est désormais de 1.3% (2007). L'Allemagne qui était a la traine en matiere de croissance a désormais l'un des taux de croissance les plus fort de la zone euro.

Et puis, on parle de récession aux Etats-Unis et on ne parle que d'un ralentissement de la croissance dans la zone euro.

Si on rabaisse les taux, deja tres bas, de la BCE (plus bas que ceux de la FED ou de la BoE) on court vers le risque de relancer la spéculation immobiliere qui destabilise tant les marchés. Il vaut mieux calmer les choses pour le moment.

Portrait de stephanemot

De stephanemot

Author & Chief AtoZ Officer | 09H31 | 19/01/2008 | Permalien

pas d'accord : il ne s'agit certainement pas d'une relance keynesienne mais d'un simple sparadrap électoral.

au lieu de relancer la machine avec des grands travaux et un soutien aux plus faibles, Bush se contente d'offrir des cadeaux à la base conservatrice aisée.

facile de clamer « no more tax » sur ce coup là : son papa avait pris le risque d'ajouter « read my lips », Dubya invite simplement ses concitoyens à lire l'addition à régler par son successeur.

Portrait de Pascal Riché

De Pascal Riché 7

Rue89 | 11H18 | 20/01/2008 | Permalien

Thomas, je ne parle pas des derniers mois :

GDP growth 1996- 2006 2005- 2006 2004- 2005

United States 3.2 3.3 3.2

Euro area 2.2 2.7 1.5

 

 

Source : OECD

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