A debattre

Faut-il manger de la viande issue d'animaux clonés ?

La FDA américaine autorise la commercialisation de produits issus du clonage. L'agence européenne émet un avis favorable.

A Canberra, Australie (Reuters)

Malgré les réticences exprimées aux Etats-Unis par les associations de consommateurs et certains membres du Congrès, l'agence de réglementation des produits alimentaires (FDA) vient de donner son feu vert à la commercialisation des produits issus d'animaux clonés. Quelques jours plus tôt, l'Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa) émettait un avis favorable à l'utilisation d'animaux clonés pour la viande ou le lait.

En France, les chercheurs veulent calmer la « psychose » qui s'installe et dénoncent « l'amalgame avec le débat sur les OGM ».

Vendredi 11 janvier, l'Efsa, consultée par la Commission européenne, a rendu public un rapport préliminaire où elle indique notamment :

« Il n'y a pas de raison que les animaux clonés et leur descendance présentent de nouveaux risques alimentaires par rapport aux animaux nés selon des procédés conventionnels. »

Tollé immédiat, à l'échelle européenne, de plusieurs associations de consommateurs. Un climat d'inquiétude qui a poussé, en début de semaine, la Commission européenne à calmer le jeu, Bruxelles promettant une vaste consultation des citoyens européens sur cette question.

Or, pour Yvan Heyman, ingénieur de recherche à l'Inra de Jouy-en-Josas, parler de « viande clonée » contribue à alimenter le climat de peur autour de recherches qui sont pourtant menées en France depuis le milieu des années 80 :

« D'après les différentes études en cours, il n'y a aucune raison qu'il y ait davantage de risques sanitaires avec un organisme issu du clonage. »

Trop cher de manger les clones

Surtout, le biologiste souligne qu'il existe « une grande confusion dans l'esprit du grand public » entre OGM et produits alimentaires issus d'un animal cloné. Pour Yvan Heyman, c'est cet « amalgame » qui entretient « un certain climat de psychose », dix ans après le clonage du premier mamifère avec la brebis Dolly, en 1997 en Grande-Bretagne :

« Avec le clonage, on essaye de reproduire à l'identique un animal existant. Concrètement, on reforme un embryon qui possèdera un génome identique à celui de l'animal d'origine. Il ne s'agit d'aucune manière d'une modification génétique. Contrairement aux OGM, on ne provoque pas du tout une mutation ! “

Sans compter, précise le chercheur de l'Inra, qu'il est abusif de parler de viande clonée ‘dans la mesure où cela reviendrait beaucoup trop cher de cloner des animaux pour les manger’.

En réalité, ce qui est en jeu relève davantage d'une sélection d'individus ‘génétiquement plus performants’, sur la descendance desquels la viande ou le lait seront prélevés. Le clonage sert ainsi avant tout à reproduire les meilleurs producteurs, notamment chez les bovins, pour lesquels les recherches sont aujourd'hui plus avancées que chez les porcs.

Débat public et consultation

Si, en dépit d'une inquiétude nourrie par la polémique autour des OGM, les chercheurs se montrent rassurants, pourquoi Bruxelles a-t-elle temporisé après les conclusions de l'Efsa ? Yvan Heyman, qui invite toutefois à ‘procéder avec une certaine prudence’, n'y voit rien d'anormal :

‘L'Efsa est dans son rôle d'agent sur le sécurité sanitaire. Après, reste le débat public, qui n'est pas de son ressort. La prochaine étape, c'est maintenant la question de l'acceptabilité pour les consommateurs. Qui n'est pas directement liée aux risques sanitaires.’

Le document remis la semaine dernière par l'Efsa sera relayé par un rapport définitif, qui doit sortir au mois de mai. D'ici-là, le texte est consultable sur le site Internet de l'agence européenne, et ouvert aux commentaires sur la question jusqu'au 25 février. Pour l'heure, le moratoire prohibant l'utilisation d'animaux issus du clonage reste en vigueur en Europe.

3 commentaires sélectionnés

Portrait de Chlore

De Chlore

15H20 | 16/01/2008 | Permalien

Je serais vous je couperais immédiatement mon ordinateur : aucune étude portant sur les effets sur la santé d'une utilisation de + de 30 ans n'a été faite.
Mais si ça se trouve la fin du monde est pour demain : que sait-on des effets sur le cosmos d'avoir envoyé des hommes sur la lune

Pour l'instant une chose est sure l'espérance de vie augmente depuis deux siécles dans notre pays malgré que l'on ai pas appliqué votre « principe de précaution » incapacitant à tout crin. D'accord des fois il y a de dramatiques erreurs (et personne n'aime être victime de ces « erreurs ») mais le bilan et globalement positif.
Tous cela pour ne pas dire de fair tout et n'importe quoi mais d'agir avec circonspection

Portrait de meg

De meg

17H15 | 16/01/2008 | Permalien

A mon avis cette viande sera bien asceptisé, au niveau sanitaire ca me semble pas si dangeureux. Ce type de production s'adresse à l'industrie et l'industrie à besoin de se proteger des risques sanitaires et ca se fait au détriement du goût. Les normes sanitaires européenes s'y appliquerons comme pour n'importe quel autre animal.
La qualité sanitaire c'est ce qui rend insipide la bouffe, qui transforme un steak en semelle de chaussure ou un poulet en mac machin, c'est ce qui rend le goût uniforme. C'est ce qui risque de faire disparaitre le lait cru des fromages. Je parlais plus haut de la volaille javelisé, c'est certainement très efficace sanitairement puisque toutes les bactéries sont détruites, j'ai lu que ca détruisait par exemple H5-N1. Mais au niveau du goût, des conditions d'elevage, des conditions d'abattage, des effets sur la bio-diversité… c'est pas top, mais alors vraiment pas.

Portrait de Bragon

De Bragon

13H14 | 17/01/2008 | Permalien

« Si la nature rend trés difficile et rare qu'il y aie deux individus ou plus identiques, c'est qu'il y a une raison. »
Si je vous l'accorde, il est difficile de trouver deux infdividus animaux identiques, je ne suis pas du tout d'accord que la nature empêche qu'il existe deux individus identique. Prenons un simple bactérie, le mixage gnétique n'existe que rarement puisque sa reproduction se base sur la division cellulaire et que donc une bactérie mère donnera « naissance » à deux bactéries filles strictement identiques.Leur diversité génétique sera plus fondée sur la mutation de certains individus que le croisement.
On peut aussi retrouver des individus identiques dans les plantes, entre autre avec le bouturage ou même dans leur reproduction.
La fixation des caractères génétiques est un élément fondamental de toute sélection génétique. On en vient ainsi à votre seconde affirmation : « Là où le consomateur ne veut ni des OGM, ni du clônage, c'est qu'il y a eu manipulation du vivant dés le premier jour »
Pensez vous que les premiers blés étaient comestibles ?
Pensez vous que les premiers épis de maïs étaient si gros et si prolifiques ?
Pensez vous que les première vache pouvaient produire plus d'un litre de lait par jour ?
Non, bien évidement, si on en est actuellement aux productions telle qu'on les connait c'est que l'homme est intervenu depuis l'invention de l'agriculture pour améliorer ses productions à travers la sélection. Bien sur il y a deux milles ans, cela ne passait pas par « l'utilisation d'outils, de fioles, de pipettes et de toutes sortes de machines sous tension pour mettre au monde un individu. » Mais l'Homme a modelé le vivant à ses besoin. Votre « premier jour » de manipulation du vivant ne remonte donc pas aux premiers OGM, mais dans les environs du néolithique.

Bien que le débat des OGM ne soit pas le sujet ici, je voudrait aussi répondre à votre affirmation « Il est facile d'infester le génôme de toute une population avec des OGM, les gênes précisément modifiés pourraient se confondre avec le notre. »
ARRETEZ LA PSYCHOSE ! De l'ADN, vous en avalez tous les jours, pourtant il ne vous est jamais poussé des fleurs dans les cheveux des sabots ou des abricots au bout des doigts. Si les OGM peuvent avoir des conséquences potentiel sur l'envrionnement, des questions éthiques sur la manipulation du vivant ou qu'encore les protéines synthétisées (car faut-il le rappeler, ajouter un bout d'ADN, c'est « seulement » synthétiser une nouvelle protéine) peuvent agire sur notre corps, le génome ne pourra pas se transmettre du produit à l'Homme.

Ainsi je suis d'accord que les nombreuses manipulations actuelles peuvent parfois être effrayantes et mérites qu'on s'intéresse non seulement aux risques qu'elles comportes mais aussi à leurs conséquences à toutes les échelles de temps. Ce n'est pas pour autant qu'il faut rejeter en bloc toutes ces technologies qui cherchent (en bien ou en mal) à répondre à un problème toujours plus important de l'accroissement de la population mondiale.

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code