A la Une

Trois chercheurs grecs explorent les racines de Sarkozy

Des juifs de Salonique en 1917 (archives Elias Petropoulos).

Pour qu'un livre soit présenté, comme ce fut le cas mercredi dernier, par la ministre des Affaires étrangères grecque Dora Bakoyannis, accompagnée de son prédécesseur socialiste Théodore Pangalos, en présence de l'ex-Premier ministre conservateur Costas Mitsotakis et des ambassadeurs de France et d'Israël, il faut bien qu'il ait une importance diplomatique majeure.

« Ego, o eggonos enos ellina » (« Moi, le petit-fils d'un Grec ») n'est pourtant pas un savant traité géopolitique, mais une histoire des racines judéo-grecques de Nicolas Sakozy. Rédigé par deux chercheurs et un journaliste grecs, il décrit la destinée de sa famille maternelle, qui appartenait à la communauté juive de Salonique.

Une famille séfarade venue d'Espagne, via la Provence

Ego, o eggonos enos ellinaEdité par la prestigieuse maison Kastaniotis à Athènes, cet ouvrage, dont le titre fait référence à un des premiers discours que Nicolas Sarkozy a tenu le 27 mai 2007 au Havre, évoque l'histoire des juifs de Grèce à la fin du XIXe et au XXe siècle, à travers la saga de la grande famille sépharade des Mallah, établie à Salonique à la fin du XVIe siècle et dont est issue la mère de Nicolas Sarkozy.

Après avoir longuement dépouillé les archives locales, les auteurs ont établi qu'en des temps reculés, la famille de la mère de Sarkozy est arrivée à Salonique -sous domination ottomane jusqu'en 1912-, après avoir quitté la Provence où la famille Mallah s'était installée après avoir été chassée d'Espagne par Ferdinand le Catholique.

Le grand-père de Sarkozy part pour la France et se convertit

L'arrière-grand-père de Sarkozy, Mordechai Mallah, était artisan et il s'imposera rapidement comme un bijoutier talentueux ayant pignon sur rue. Il eut sept enfants de son épouse, Reina. Un des enfants de Mordechai affichera des ambitions politiques (centre-droit) et cherchera à se faire élire au Parlement grec en 1915. Il échouera en raison de ses opinions sionistes qui furent peu appréciés des électeurs de Salonique. Un autre, Aaron (surnommé Benico), deviendra le grand-père de Nicolas Sarkozy. À l'âge de quatorze ans, Aaron et sa mère se sont rendus en France où, quelques années plus tard, il entame des études de médecine.

Lors du premier conflit mondial, Aaron exerce en tant que médecin pour l'armée française. Pendant une permission à Paris, il y rencontre une infirmière, Adèle Bouvieux, et se convertit au catholicisme en prenant le nom de Bénédict pour pouvoir l'épouser en 1917.

Vient la Seconde Guerre mondiale. La famille se réfugie dans les Pyrénées pour échapper aux persécutions du régime de Vichy. Après 1945, Aaron s'engage résolument dans le camp gaulliste. Une des deux filles, Andrée Mallah, épouse un réfugié hongrois du nom de Paul Sarkozy.

Le couple va avoir trois enfants, dont un est nommé Nicolas. Mais en 1960, Paul Sarkozy fait faux bond à sa famille alors que Nicolas n'a que 5 ans, et le jeune garçon est en grande partie pris en charge par son grand-père, dont il est dit qu'il avait l'habitude d'entretenir ses petits-enfants sur l'histoire de Salonique.

Un passé enfoui, jusqu'au décès de « Benico »

Mais Nicolas Sarkozy et ses frères n'ont rien su de leurs racines juives jusqu'au décès de leur grand-père en 1972. Les auteurs du livre affirment que Bénédict ne leur a rien dit à ce sujet afin de les protéger. Traumatisé par l'antisémitisme européen d'avant-guerre, il aurait craint la malédiction d'un nouvel Holocauste (plusieurs membres de la famille Mallah ont été tués).

A 20 ans, Sarko part en Grèce vendre la propriété familiale

Douloureux réveil pour l'adolescent Sarkozy, qui découvre ce trou noir dans son histoire. Les auteurs révèlent -photocopies de documents notariés à l'appui- qu'à l'âge de 20 ans, il s'est rendu à Salonique pour vendre la propriété familiale afin de résoudre des problèmes financiers auxquels sa famille était confrontée.

Nicolas Sarkozy aurait caché l'argent de la vente dans la doublure de sa veste pour échapper aux douanes grecques.

7000 exemplaires vendus, un relatif succès

« Le fait que le président français ait des racines juives et grecques suscite un fort intérêt des Grecs », nous a déclaré Christos Raptis, l'un des trois auteurs du livre, avec Georges Anastasiadis et Léon Nar. « Plus de 7 000 exemplaires ont déjà été vendus depuis sa parution il y a deux semaines, un chiffre important en Grèce. » L'ouvrage en est à sa troisième impression.

Ce « succès » s'explique par le fait que « les Grecs manifestent un vif intérêt pour l'histoire de la communauté juive de Salonique, longtemps surnommée “la Jérusalem des Balkans', dont l'histoire a été occultée par les Grecs pendant de longues années”, souligne Christos Raptis.

Une communauté massacrée par les nazis

Avant la Seconde Guerre mondiale, la population de confession juive de Salonique était estimée à 53 000 personnes (Raoul Hilberg, “La Destruction des juifs d'Europe”). De 1942 à 1945, environ 50 000 membres de cette communauté vont être massacrés par l'occupant nazi. La communauté juive de Grèce ne compte plus aujourd'hui que quelque 6 000 personnes.

Lors du dernier sommet européen de Bruxelles, le Premier ministre Costas Caramanlis a remis un exemplaire du livre au président français en lui promettant qu'il serait traduit en français pour le printemps. Nicolas Sarkozy a pu prendre connaissance de certains passages, les auteurs lui en ayant fait parvenir une traduction partielle. Lors de la présentation du livre à la presse, Dora Bakoyiannis, la ministre grecque des Affaires étrangères, a rapporté que le président français s'était déclaré “très content” de l'ouvrage.

Photo : des juifs de Salonique en 1917 (archives Elias Petropoulos).

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 82557 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code

4 commentaires sélectionnés

Portrait de Jambalaya

De Jambalaya

Le contenu de ce champ apparaît ent... | 08H16 | 13/01/2008 | Permalien

Je trouve un peu étrange le terme de « judeo-grec » pour désigner les juifs de Salonique. A vrai dire une grande partie de ma famille en est issu et je n'ai jamais entendu ni mes arrière grand-parents ni mes grand-parents se définir de quelque façon que ce soit comme « grecs ». Ils se qualifiaient plutôt dans un premier temps comme « saloniciens », parfois comme « ottomans ».

Les Juifs de Salonique connurent en effet leur age d'or pendant la domination ottomane quand Salonique, suite a l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492, devint un centre intellectuel juif d'importance (la Jerusalem des Balkans) grâce a l'autonomie politique et financière accordée par l'Empire Ottoman. C'est de Salonique qu'est parti le faux messie Sabatai Tzvi et qu'est née la haskala c'est a dire la rencontre entre le judaïsme et le Siècle des lumières. Ce mouvement explique aussi pourquoi le sionisme n'a jamais été très populaire a Salonique : d'abord parce que les persécutions antisémites étaient quasi inexistantes et ensuite parce que le modèle vanté par l'AIU n'était pas tant le retour a la terre promise biblique que le départ vers une terre promise universaliste et humaniste, la France.
On peut aussi citer Ataturk qui y naquit et fréquenta les loges maçonniques avant de créer l'État turc laïc et moderne.

Au contraire, le passage de Salonique sous domination grecque coïncide avec le déclin de la vie juive et le début des persécutions, des pogromes des années 30 a la déportation des Juifs de Salonique pendant la seconde guerre mondiale.
Qui plus est la Grèce a tenté, et plutôt réussi, de cacher toute trace du passe juif de Salonique. On a construit des bâtiments et des routes sur les anciens cimetières juifs, massivement détruit les édifices religieux juifs et l'enseignement tend a occulter le passe juif de Salonique, si bien qu'aujourd'hui la grande majorité des habitants de Salonique ignore tout ou presque du passé juif de leur ville !

A ce sujet, je conseille aux personnes intéressées le documentaire Salonique, Ville du Silence, qui montre bien comment les autorités grecques ont toujours cherché a cacher le passe juif de Salonique, comme si celui-ci était honteux.

Bref je trouve détestable que la Grèce se serve de Sarkozy pour tenter de récupérer un passé qui en grande partie n'est pas le sien et qu'elle a longtemps cherché a détruire et a nier, je trouve regrettable que la presse, ici Rue89, tombe dans le panneau, et surtout je trouve incompréhensible que Sarkozy, qui doit être bien ignorant de sa propre histoire familiale (il ne l'a d'ailleurs apprise que très tard), ne réagisse pas a une telle manipulation de l'Histoire.

Portrait de meryem

De meryem

Paris 19é | 11H02 | 13/01/2008 | Permalien

à Jambalaya
Merci de vos précisions sur les Juifs de Salonique.
Je suis parfois surprise que mes amis juifs sépharades ne soient pas passionnés par l'histoire (ancienne) des Juifs en Europe car ils en sont partie intégrante.

Je ne suis pas d'accord sur deux points que vous exposez :
1) je pense que l'article de Rue 89 sur ce livre publié par des auteurs grecs- je crois avoir compris qu'il n'est pas encore publié en français ? - est important, votre commentaire en est une preuve ;
2)en ce qui concerne Sakorzy - dont je ne partage pas les idées et dont je ne supporte pas le comportement-, je dirais que, peut-être, dans le cas de ce livre, il n'en a pas vu toutes les implications (naïveté de ma part ? )
Merci de vos commentaires.

Portrait de thierry reboud

De thierry reboud 20923

| 13H01 | 13/01/2008 | Permalien

Le commentaire de Jambalaya n'est pas inintéressant, mais passe sous silence une composante essentielle de la vie des communautés en général et des Juifs de Thessalonique en particulier : le système ottoman des « millet ».

Le système des « millet » est l'organisation des communautés sur une base ethnico-confessionnelle et s'applique à l'ensemble des communautés régies par l'Empire ottoman. C'est la raison principale pour laquelle les Juifs de Thessalonique se sont montrés peu perméables au sionisme, et c'est la raison principale des tensions communautaires post-ottomanes en Grèce (mais pas seulement).
Vous avez un article assez synthétique à cette adresse : http://urmis.revues.org/document18.html

L'attention portée aux millet est d'autant plus intéressante si l'on considère que le grand-père de Sarkozy a effectivement eu une grande influence sur son petit-fils (ce que j'ignore, mais si on me le dit…).
Doit-on voir dans le fumeux concept de « laïcité positive » (dont on cherche encore à savoir ce qu'il recouvre) une résurgence de ce système des « millet » ? Je n'en sais rien, mais la ressemblance me paraît assez troublante pour qu'on creuse le sujet. Auquel cas le travail des chercheurs grecs ne serait pas qu'anecdotique et biographique…

Portrait de brogilo

De brogilo

in angulo | 21H50 | 14/01/2008 | Permalien

Voici ce que dit le président de la république française de l'auteur de « Belle du Seigneur“(une oeuvre dont le cours est régulièrement ponctué par le ‘choeur antique’ des 5 cousins hébreux de Céphalonie, Saltiel, Salomon, Mattathias, Michael et Mangeclous :

‘Albert Cohen, on ne le connait pas assez. Son oeuvre est puissante, elle est diverse, elle n'est pas très abondante bien qu'il ait écrit quelques livres au nombre de pages impressionnant.

Peut-être semble-t-elle particulière à certains dans la mesure où elle décrit un petit groupe social et humain parti des îles de Céphalonie et qui répandent leur talent, leur caractère et même leur pittoresque à travers l'Europe, mais Albert Cohen, il me semble en tous cas, je pense qu'on peut le situer dans les grands écrivains de notre siècle, les tout premiers, je veux dire depuis Proust, je ne crois pas qu'il y ait, on pourrait citer tout naturellement quelques noms, je ne crois pas qu'il y ait d'écrivain à ce niveau, d'abord par la langue, d'une très grande richesse, d'une très grande diversité, d'une très grande ductilité, mais aussi par le fait que, dans tous les domaines où s'exprime la littérature, il se situe au premier rang. Par exemple, les personnges : 4 ou 5 personnages de l'oeuvre d'A.C. sont si caractéristiques, sont si significatifs, si symboliques d'une façon d'être qu'ils peuvent prendre rang parmi ceux que l'on retrouvent à travers l'oeuvre de Molière ou à travers les personnages qui illustrent à travers le temps les types humains vers lesquels on se retourne toujours.
Balzac de ce point de vue nous en fournit beaucoup.
Je pense que Solal, Saltiel, Mangeclous, je pense que d'une certaine façon Ariane dans Belle du Seigneur, représentent des types d'hommes et de femmes auxquels on se reportera lorsque l'on parlera de types humains au xxeme siècle.
Par quelque bord que je prenne l'oeuvre d'Albert Cohen, je trouve les qualités comiques d'un Rabelais, j'aperçois le comique qu'aurait pu réussir Claudel s'il avait été un peu moins systématique, infiniment mieux abouti dans l'oeuvre de Cohen.

Je vois l'intensité dramatique sur le plan des passions, des sentiments, de l'amour, de l'amitié, j'y vois le désespoir, j'y vois la solitude et comme il s'y ajoute une grande capacité de situer chacun de ces individus par rapport au mouvement du monde et au mouvement du temps, je dis, sans vouloir tomber dans je ne sais quelle admiration qui pourrait paraître excessive, je dis qu'Albert Cohen c'est quelqu'un vers lequel je me retourne lorsque je veux m'évader pour retrouver les choses importantes de la vie…’

Il s'agit ici bien sûr de la retranscription d'un discours que tînt François Miterrand sur Albert Cohen… voici une éternité.

Changement de millénaire ? le style du président actuel paraîtra à d'aucuns beaucoup plus laconique :

C'était pendant la campagne, après avoir dit que le ‘Voyage au bout de la nuit’ était son livre préféré (il s'agissait alors de ratisser large, après tout, le ‘Voyage’ est aussi le livre préféré de J-M Lepen) Nicolas Sarkozy affirma qu'il adorait Albert Cohen. Surtout les quarante pages où Ariane attend Solal dans ‘Belle du Seigneur’. Que l'écrivain ait su se glisser avec une telle précision dans la tête d'une femme épate notre président. Il très sensible à ces quarante pages ; c'est ‘son côté femme’ dit-il.
Et il ajoute :
‘C'est un livre que Cohen a écrit en 68, sur les bords du lac de Genève. En 68… Il devait s'emmerder comme un rat’.

Cohen a mis trente ans à rédiger ‘Belle du Seigneur’ et n'en est venu à bout qu'après - seulement - 4 manuscrits.
Que de choses, décidément, échappent au petit ‘homme pressé’ qui nous gouverne.
Ainsi quand il dit que le livre qu'il préfère de Cohen est le ‘Livre A ma mère’ soi-disant écrit en 59 et qu'il nous parle d'une préface qui n'a jamais existé que dans sa tête de vrai-faux lecteur…

Qu'aurait pensé, d'un tel ‘adorateur’, l'auteur du ‘Livre DE ma mère’ publié en 54 et commencé de rédiger en 43 à la mort de celle-ci ? …

Je sais que cela paraîtra à certains des vétilles, mais je pense que NOUS avons une responsabilité collective à avoir porté un tel crétin à la tête de ce pays.

Tous les commentaires