Philippe Schmitt, le père d'Anne-Lorraine Schmitt, étudiante assassinée en novembre sur la ligne D du RER, a réagi sous notre article consacré à la loi visant à créer des prisons spéciales pour les criminels jugés dangereux à l'issue de leur peine. Voici son texte:
Ma fille Anne–Lorraine était une étudiante en journalisme gaie et brillante, pleine de vie, curieuse, âgée de 23 ans. Le dimanche 25 novembre dernier, elle a croisé sur la ligne D du RER un récidiviste qui avait déjà perpétré un viol, voici quelques années. Elle n’a pas voulu se soumettre à ses exigences sexuelles, il ne lui a laissé aucune chance : 6 minutes d’horreur, 34 coups de couteaux !
Notre chagrin de parents est immense et notre peine inconsolable. Pour autant, nous nous posons des questions légitimes, même si nous ne sommes pas habités par un sentiment de haine vis-à-vis du meurtrier. Que penser de ces dispositions légales - insuffisamment protectrices - qui permettent de "lâcher" un prédateur après un premier crime, sans se préoccuper de savoir s'il peut encore commettre des crimes et mettre ses semblables en danger? Que dire d’un premier procès conduit il y a une dizaine d’années de façon particulièrement "légère", le juge d’instruction proposant de "correctionnaliser" le dossier, comme s’il s’était agi d’une agression sexuelle, la cour banalisant les faits comme si le fait d’être contrainte à une fellation n’était pas un vrai viol ?
Quelle crédibilité accorder à des soi-disant "experts" qui avaient estimé qu’il n’y avait pas de risque de récidive ?
En de telles circonstances, le principe de précaution devrait obliger les juges à garantir la société contre des personnes qui resteront toujours pour elle des dangers publics. Notre système judiciaire, marqué par un altruisme mal placé, mêlé d'idéologie et d'utopie, en est venu à considérer de manière quasi-équivalente les droits des délinquants et ceux des victimes potentielles innocentes, oubliant que le premier rôle d'un État est d'assurer la sécurité à l'extérieur et à l'intérieur du territoire, et que cet objectif prime toute autre forme de considération. Je reste confondu devant ce mélange d'utopie et d'aveuglement qui prévaut dans notre système judiciaire.
Aussi le projet de loi voté par l'Assemblée nationale visant à empêcher la récidive des délinquants sexuels nous satisfait pleinement. A l’évidence, l’opinion publique est prête à accepter une loi qui protège enfin vraiment la population. Qui peut me garantir que les sœurs d’Anne-Lorraine, jumelles de 14 ans, ne risquent – elles pas un jour de rencontrer ce meurtrier dans le RER D parce qu’il aura encore bénéficié d’une réduction de peine? Cela me serait insupportable, vous en conviendrez.
Je comprends que certains préfèrent défendre les criminels récidivistes. Je souhaite défendre les femmes et les filles, proies potentielles de ces pervers dont aucun médecin ne veut s'engager à garantir qu'ils soient totalement amendables. La prise de risque est trop grave. Je ne veux pas la prendre et que ceux qui la prennent l'assument ensuite. Le reste n'est que du verbiage d'intellectuels pas concernés car pas touchés

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Je respecte votre douleur. Je ne désire ni commenter ni attribuer de rond.
La loi qui vient d'être votée, non seulement tourne le dos à la République en ce qu'elle établit une peine pour une infraction qui pourrait être commise, donc qui fait mise sur le futur pour prétendre prédire le crime, mais en plus elle ne change rien dans les faits. Quand des experts supposent qu'une personne est dangereuse, il est toujours possible de l'enfermer pour la soigner par décision préfectorale.
La loi prévoit que des experts se réuniront et dicteront cette fois leur loi aux juges, s'ils jugent comme ils ont jugé pour le cas précité, ils libèreront de la même façon.
La loi ne peut pas se substituer à l'abandon dans lequel on a laissé l'institution judiciaire depuis des années. Créer un vague mouroir dans l'enceinte d'une prison pour donner l'illusion que demain, il n'y aura plus de récidive, plus de crime, c'est une politique populiste qui ne peut pas donner de résultat.
La psychiatrie en prison est dans un état de délabrement avancé, mais comme il faut moins de fonctionnaires, moins d'argent, alors on laisse le dépérissement s'accentuer et on vote des lois qui s'empilent les unes sur les autres, qui nous rapprochent chaque jour plus encore d'une dictature.
Demain, on dira qu'il faut enfermer les déviants, ceux qui ne pensent pas comme il faut...
Et cela sans fin...
La solution n'est pas là bien sûr, il suffit de se rappeler l'extrême violence des sociétés du dix-neuvième siècle, qui avait pour corolaire la misère sociale, les inégalités : la rente et le capital exerçant une domination absolue sur le monde du travail, créant des inégalités noires et des violences tout aussi noires.
C'est le monde dans lequel on veut nous replonger : chacun se débrouille dans son individualisme et pour le reste, enfermer le plus de monde possible pour donner l'illusion d'une sécurité qui n'existe pas.
"La solution n'est pas là bien sûr, il suffit de se rappeler l'extrême violence des sociétés du dix-neuvième siècle, qui avait pour corolaire la misère sociale, les inégalités : la rente et le capital exerçant une domination absolue sur le monde du travail, créant des inégalités noires et des violences tout aussi noires."
Charmant, mais hors de propos.Nous evoquons une agression sexuelle suivie de violences graves aux consequences irreparables pour laquelle l'"etat de necessite" ne saurait etre invoque.
Je m'inquiete pour vous si vous n'etes pas capable de faire la diference entre un affame voleur de pommes et un predateur recidiviste sans foi, ni loi.
"La concision est une politesse de l'intelligence" et de plus cela empeche de debiter des inepties en fin de commentaire;Devriez vous y mettre
Sentiments distingues
Il est trés difficile voire impossible de répondre au père d'une enfant victime d'un si horrible crime.
Aussi je ne me permettrai que d'ajouter à sa trés digne et modérée intervention les réflexions suivantes:
--La médecine et certainement encore plus la psychiatrie, n'est pas une science, c'est un art, reconnu comme tel par la société et celà depuis la nuit des temps. Aussi il n'est pas concevable, humainement parlant, de les responsabiliser quant à leurs résultats. Les pronostiques faits dans ces conditions sont, sauf cas gravissimes, complètements aléatoires vus le nombre de paramètres pouvant intervenir chez un être humain.
--Les magistrats n'étant pas au fait des données médicales ou techniques ou autres font appels à des experts qui dans certains cas sont parfaitement aptes à donner des réponses précises et donc exploitables pour un jugement. Par exemple la preuve d'une mauvaise soudure lors d'un accident d'ouvrage d'art comme un pont qui s'effondre. Mais un expert psychiatre n'est pas un scientifique et sauf cas gravissime étant du ressort de l'hospitalisation, il ne peut dire que ce que "LUI" en "pense" et n'a d'autre fin que de donner "son" éclairage à la Justice.
--Combien de parents ont découverts horrifiés que leur propre enfant était en fait un meurtrier ou un pervers sexuel.
--Combien de parents ont crié au secours, sachant leur enfant dangereux, sans être entendus.
--Moi-même,mon fils, ma fille, mon voisin,que peuvent-ils faire? Qu'ont-ils fait? Vont-ils le refaire?
En matière criminelle, le verdict est rendu par un jury populaire.
Pourquoi ces verdicts ne sont-ils pas respectés, et pourquoi les juges ont-ils le droit de diminuer les peines décidées ?
Et si le jury décide qu'un criminel doit-être enfermé à perpétuité, il faut que cette décision soit respectée, et le criminel tenu à l'écart de la société jusqu'à la fin de ses jours.
N'est-ce pas plus légitime de faire confiance au bon sens d'un jury que de faire appel à des "experts" pour alléger, et maintenant alourdir des peines de façon arbitraire.
si cette loi est appliqué aux criminels sexuels , AUCUN PROBLEME , elle aurait du etre en place depuis longtemps ! on a vu des multirecidivistes commettrent des crimes alors qu'ils etaient archi connus des services de police ; toutefois il faudra veiller a ce que cette loi necessaire ne soit pas detournée , et qu'on ne vois pas passer dans les mains des experts des gens qui n'ont rien a y faire , mais ceci est anecdotique au regard de votre douleur ! je pense que la plupart des post sur ce sujet allaient dans ce sens , la mefiance sur les applications des lois ; nous sommes tous d'accord pour dire que les lois envers les crimes de sang doivent etre beaucoup plus dures , j'ai vu un gars sortir de prison apres 6 ans pour un homicide et parader dans son quartier en emmerdant et en terrorisant toute la population ! je me permet d'avoir une pensée pour votre fille , pour vous et votre famille ; chienne de vie !
Monsieur,
Moi aussi je suis père de famille, j’ai 2 filles et je comprends parfaitement votre douleur.
En tant qu’individu ma tendance naturelle est d’être pour le loi du talion. Que celui qui touche à ma famille craigne ma vengeance, car je lui rendrais au centuple le mal qu’il a fait et je ne vivrais plus qu’avec cette obsession.
Une fois cela dit, ce que je pense vraiment en tant qu’individu avec mon instinct primaire de vengeance, en réfléchissant je ne peux pas l’accepter si je me replace au sein de la Société civilisée.
En effet ,dans une Société civilisée il n’y a pas de place pour la vengeance, mais seulement pour la Justice.
Et cette Justice doit peser sereinement sur le citoyen qui à commis des fautes mêmes horribles et punir des coupables avérés et non pas potentiels.
Priver de liberté quelque un qui à payé sa dette à la Société, sous prétexte qu’il peut recommencer et sachant surtout que la Société n’a rien fait pendant sa détention pour l’aider et l’obliger à soigner ses déviances, est un déni de justice impardonnable pour cette Société qui se croit civilisée.
De plus c’est une dérive dangereuse qui peut entraîner tout au bout de la logique de cette mesure, tous les excès. Demain, pourquoi ne pas décider après examen, d’éliminer à la conception tous les embryons jugés potentiellement déviants ou ne répondant pas à la norme?
Encore une fois je respecte votre douleur de père, mais elle ne vous permet pas de prendre un position sereine sur la question.
Vous qui avez me semble -t’il travaillé dans les allées du pouvoir vous ne pouvez ignorer que les lois existantes sont largement suffisantes pour prévenir ce genre de dérives, à condition de bien vouloir les appliquer en s’en donnant les moyens qui n’ont jamais été mis en place.
Cette nouvelle loi n’est en fait que l’illustration de la démagogie et du populisme, sur lequel surfent sans complexe nos dirigeants actuels, en caressant les bas instincts enfouis au fond de nous tous, ainsi que la douleur des victimes inconsolables.
Lairderien
C'est facile les bons mots et les bons sentiments quand on n'est pas concerné directement. j'aurai préféré ne jamais rencontré le récidiviste qui a démoli ma vie il y a plus de vingt ans.
Que faire alors de ces individus lorsqu'ils ont purgé leur peine ? Est ce plus humains de les relâcher quitte à sacrifier d'autres victimes innocentes au nom de la République ?
Je voudrais appuyer votre très bon texte par une de mes réflexions. Perdre un enfant dans ces conditions est une tragédie épouvantable, bien sûr que c'était une victime innocente. et je ne sais pas comment je réagirais moi-même en tant que mère entre douleur absolue et colère aveugle!
Toutefois, le fantasme d'une société où tout le monde vivrait en parfaite sécurité me semble un fantasme très dangereux qui nous entraine inexorablement vers la tentation du totalitaire ! On ne peut obéir à un fantasme !
Le vingtième siècle n'a pas inventé les pédophilies, les violeurs, les meurtriers. Et la peine de mort ou l'enfermement n'ont jamais empêché le crime d'exister depuis que le monde est monde. Le crime doit être puni, c'est la loi de la société, les individus dangereux, écartés pour le bien du plus grand nombre. Nous avons un arsenal de lois qu'il suffit d'appliquer de manière correcte et là commence le vrai travail, dans le réel et la réalité quotidienne des prisons. Cette loi ne fait que répondre à une illusion dangereuse.
Je voudrais appuyer le "texte de l'air de rien "par une de mes réflexions. Perdre un enfant dans ces conditions est une tragédie épouvantable, bien sûr que c'était une victime innocente. et je ne sais pas comment je réagirais moi-même en tant que mère entre douleur absolue et colère aveugle!
Toutefois, le fantasme d'une société où tout le monde vivrait en parfaite sécurité me semble un fantasme très dangereux qui nous entraine inexorablement vers la tentation du totalitaire ! On ne peut obéir à un fantasme !
Le vingtième siècle n'a pas inventé les pédophilies, les violeurs, les meurtriers. Et la peine de mort ou l'enfermement n'ont jamais empêché le crime d'exister depuis que le monde est monde. Le crime doit être puni, c'est la loi de la société, les individus dangereux, écartés pour le bien du plus grand nombre. Nous avons un arsenal de lois qu'il suffit d'appliquer de manière correcte et là commence le vrai travail, dans le réel et la réalité quotidienne des prisons. Cette loi ne fait que répondre à une illusion dangereuse.
Monsieur,
J'ai été beaucoup touché par ce message, dans lequel vous exprimez avec dignité votre douleur de père. N'ayant pas d'enfants, je n'aurai pas l'indécence de vous dire que je comprends ce que vous pouvez ressentir. Sachez cependant que je m'y efforce.
Votre voeu de voir protéger des personnes innocentes contre des prédateurs détraqués est légitime. On ne devrait pas mourir à vingt-trois ans, de cette manière ou d'une autre, et rien ne justifie le calvaire enduré par Anne-Lorraine dans ses derniers instants.
Pensez-vous que certains "préfèrent" défendre les criminels plutôt que les victimes ? Je pense, pour ma part, que l'humanité se situe à la fois dans la compassion pour les victimes et dans la tentative de comprendre les mobiles des bourreaux. Contrairement à ce qu'essaient de faire croire des charlatans qui exploitent sans vergogne la douleur de familles éprouvées comme la vôtre, les deux démarches ne sont pas incompatibles. Comme vous le rappeliez si justement, celle qui s'adresse au bourreau ne doit pas être "aveugle". Il ne s'agit pas de faire preuve d'une mansuétude mal placée : un criminel doit être puni, car il représente un danger pour la société. Si c'est un malade, il doit aussi être traité.
La dignité dont vous faites preuve dans le malheur qui vous accable, et que vous n'avez pas mérité, montre que vous êtes empreint de l'esprit de justice. Vous savez donc que la principale vertu dont celle-ci doit faire preuve est l'impartialité. Ni laxisme à l'égard du criminel sous prétexte que son crime est l'expression d'une souffrance. Ni cruauté au nom de la douleur des victimes. Elle doit rendre un verdict d'apaisement, pour dire aux victimes qu'elles sont reconues comme telles et que le coupable est puni dans les justes proportions de son crime.
C'est pourquoi je me permets de demander si, concernant les détraqués, il est opportun de légiférer alors que l'émotion concernant certaines affaires, dont le calvaire de votre fille, n'est pas encore retombée. Le climat est-il propice à la sérénité qui doit présider à tout débat d'ordre judiciaire ? Doit-on faire des lois répressives sous le coup de l'émotion ? Et surtout, avant de les voter, ne doit-on pas s'assurer de leur efficacité ?
La question des centres de rétention des criminels jugés dangereux a-t-elle été tranchée avec le soin que requiert un cas si ardu, si compliqué et si sensible ?
Suffira-t-il d'enfermer des détraqués dans des centres "spécialisés" pour que vos jumelles puissent se promener dans la rue en toute tranquillité ? La répression ne doit-elle pas s'accompagner de la prévention, afin que je puisse laisser partir seuls les enfants que j'aurai un jour ? Et la mise au point d'un traitement médical n'est-elle pas une meilleure garantie que quatre murs ?
Je vous souhaite du fond du coeur que le tortionnaire de votre fille soit condamné selon la gravité de son crime. Que la justice réponde à votre douleur en faisant entendre sa voix souveraine, et qu'à l'énoncé du verdict votre réaction soit : "Maintenant ma fille repose en paix. Et chacun sait ce qu'il en coûte de s'en prendre à une personne innocente".
Mais je souhaite aussi que cet homme mesure un jour l'horreur de son acte, et ait le courage de vous demander pardon.
Si un jour je devais vivre la même chose que vous, j'aurais certainement le désir de faire mourir le bourreau de ma fille, et dans les plus atroces souffrances possibles. J'espère bien que la justice saurait m'en empêcher. J'espère surtout qu'elle ne prendrait pas mon parti ni celui du criminel. Et que la punition serait acceptable pour les deux parties.
Je ne critique pas absolument la création des centres spéciaux. Et ne l'approuve pas non plus sans réserve. Je pose seulement la question de leur utilité. Et je me permets d'en douter s'ils ont pour seule vocation de châtier.
Voilà, Monsieur, ce que je voulais vous répondre.
Si, par malheur, mes propos ont pu vous blesser, je tiens à ce que vous sachiez que c'était entièrement involontaire de ma part.
Je vous prie de croire, Monsieur, à l'expression de ma compassion au malheur qui s'abat sur vous.
Thomas GREDAT
attention ! ces lois existent comme vous le dites si bien , mais elles permettent aussi a certains criminels de sortir apres un laps de temps assez court finalement ; je ne parle meme pas de la recidive ! ou est le "juste" milieu dans tout ça ? justice a deux ou trois vitesses ? si on est trop cool depuis pas mal de temps on risque d'avoir le retours du balancier dans l'autre sens et se retrouver avec une justice inique ( les peines plancher ?)
petite parenthese hors sujet : RUE89 peux m'employer comme rouvreur de post , je rouvre les post fermés , les miens mais surtout ceux des autres , pour que le debat soit plus clair pour tous , contre la censure et l'infantilisme , pour la liberté d'expression meme quand on est d'un avis different ! j'ai pu constater ainsi que les post de "pere de famille" etaient tous fermés dans le sujet sur les centres speciaux ! messieurs les censeurs bonjours !
Larmoyage, anathème, manichéisme, insultes, aucun poncifs ne nous est épargné. Je vous pleins, d'avoir placé le débat si bas.
En quoi ce débat est-il abaissé? Même sans être d'accord avec ce Monsieur Père de famille, je trouve sa contribution essentielle et particulièrement intéressante.
Je ne ferai pas de "verbiage d'intellectuels pas concernés car pas touchés".
Je ne ferai pas de compassionnel non plus car c'est tellement facile.
Par contre j'en veux beaucoup a Rue 83 car on ne peut donner ni debattre ni avoir un avis censé un propos même murement réfléchi dans ces conditions, face a quelqu'un dans la douleur.
Certes, cher voisin, mais la lecture en soi peut constituer un thème de réflexion en dehors des posts... Nos cerveaux peuvent encore continuer de fonctionner sans que nos doigts soient sur le clavier.
En outre, il est possible de revenir sur un sujet même s'il ne figure plus en page1. Certains apportent leur contribution plusieurs jours après l'édition d'un article.
Que dire, que vous dire, Monsieur.
Je crois qu'il n'y a pas de mots.
Tant que nous ne sommes pas passés par certaines épreuves, tout ce que nous pouvons dire n'est dicté que par notre raison, notre éducation, nos sentiments.
Mais lorsque l'épreuve est là... quel changement ! Quelle modification s'opère en nous.
Mon fils n'a pas été tué de sang froid : mais dans un accident automobile où deux conducteurs ont totalement oublié les règles.
Mon enfant, dix neuf ans et demi... J'ai été surpris par la violence de ma réaction, la haine...
Alors je sais que s'il fallait rajouter à cette détresse la douleur des conditions d'un assassinat....
Je voudrais bien croire que tout cela puisse améliorer la situation. Je ne le crois hélas pas.
Cet article expose une douleur des plus compréhensibles qui mérite le respect, la compassion et l'écoute.
De plus, je suis profondément admiratif devant la dignité de ce père de famille et je l'en félicite.
Au delà de cela, l'article pose deux problèmes différents :
1) Que les peines pour un premier crime ne soient pas assez importantes. Là, on peut en discuter avec moult professions et je ne suis pas contre. Après tout, il aurait continué à purger sa peine en prison que l’assassin n’aurait pas récidivé ailleurs, n'est-ce pas?
2) Que le projet de loi sur la récidive soit adéquat. Là, je reste beaucoup plus réservé. Certes, la sécurité sera renforcée et, avec une telle loi, bien des victimes pourront être ainsi sauvées. Vous me direz, c'est bien l'essentiel. Oui, mais...
... Mais qu'en est-il de tous ceux qui, condamnée une première fois, ne récidivent pas? Ne vont-ils pas être victimes du système qui les condamne pour un deuxième crime qu'ils ne commenteront jamais? Si la peine pour un premier crime ne semble pas assez importante, on peut l'augmenter. Les criminels seront alors puni pour un crime avéré (pas de problème). Mais punir quelqu’un pour un crime potentiel est plus discutable. Pour illustrer la « discutabilité », transposons aux accidents de la route. Il y a un fait : 4709 victimes des accidents de la route ont été dénombré en 2006 en France par excès d'alcool ou de vitesse, etc... Pour sauver des vies, ne faudrait-il pas alors adopter la même logique : retirer à vie le permis de conduire (+ suivi psy à vie) dès la première infraction d'excès de vitesse de peur qu'il y ait récidive et que le conducteur trop pressé ne tue de pauvres victimes? Il y aurait beaucoup moins de circulation, de pollution et … de victimes.
En fait, c’est un choix de société. On peut faire plus : surveiller, enfermer pour des « crimes » potentiels, interdire de conduire, interdire de boire, interdire de fumer, interdire d’aller faire du ski en montagne, etc… et tout cela au nom de la sécurité pour qu’il y ait moins de morts et de victimes. Cependant, c’est au détriment de la liberté de tous.
J’espère que cette contribution ne froissera pas la douleur de l’auteur mais refuser de s’exprimer par peur de le blesser n’était pas lui faire honneur. Par ailleurs, je le prie de croire que défendre la liberté, ce n'est pas pardonner au criminel, ni oublier les victime et cela n’empêche pas la compassion et les regrets sincères envers un père de famille meurtri
Vous avez su remettre le problème en perspective en rappelant que la surenchère répressive dont la loi sur les centres de rétention spéciaux est le dernier avatar profite d'un contexte dramatique et d'une émotion scandaleusement exploités. On crie "haro" sous prétexte de venger les victimes, et tout appel au recul et à la raison est vain devant la douleur des proches. Les appeler à ne pas soutenir une loi répressive est interprété comme une absence de compassion, pire encore une négation de leur douleur. Alors qu'un être normalement constitué ne fait pas de choix : la compassion s'applique à toute souffrance. Celle de la victime comme celle, bien moins visible mais tout aussi réelle, du bourreau.
On constate là toute la malhonnêteté intellectuelle de ceux qui ferment la bouche aux partisans de la modération et de la sérénité de la justice au motif que c'est insulter les victimes. Ce sont eux qui les insultent.
Et contre cette exploitation indécente d'une douleur sans nom, il n'existe aucune loi.
Cher Monsieur Thomas GREDAT
J'ai déjà eu le plaisir de lire certaines de vos remarques et, chaque fois, j'ai pu apprécier la qualité de la plume et celle de la pensée. Je profite alors de ce message pour vous le faire savoir.
Sur le fond de la discussion, il arrive que l'on soit si ancré dans une idéologie ou bien si marqué par une attitude, que l'on rejette toutes les alternatives comme étant une horreur sans nom. Par exemple, bien des gens de droites (pas tous heureusement) voient dans les "gauchistes" des nostalgiques des Goulags Staliniens. Inversement, bien des gens de gauches voient dans les politiques de droite des nostalgiques Vichystes ou Nazis. Cette vision manichéenne de la société est bien réductrice et sans nuance.
Pourtant s’intéresser au bourreau (voir les circonstances, etc….) ne signifie pas que l’on excuse son acte (et que l’on oubli la victime), mais seulement que l’on veut comprendre les raisons de cet acte pour lui en faire comprendre la gravité (afin de l’aider à se réhabiliter et à ne pas récidiver).
Merci tout d'abord pour votre "message personnel".
Votre remarque sur le rejet des alternative a des exemples récents : ici même, avant la mort du "Courageux Anonyme", beaucoup de messages exprimaient leur mépris, voire leur haine, à l'égard de tout ce qui était "de gauche".
Malheureusement, on peut voir certains posts repliés parce qu'exprimant une opinion contraire à celle de la majorité qui s'exprime sur Rue89.
Ce n'est pas en nous affrontant entre "droitistes" et "gauchistes" que nous arriverons à une solution.
Du reste, sur Rue89, je me suis moi-même fait alternativement traiter de "sale gauchiste" et de "sous-marin du FN". Alors...
Ceci dit, le discours compassionnel actuel à l'égard des victimes a précisément pour but d'empêcher tout recul critique, et de tout résumer à une vision manichéenne de la société. D'une part parce que ce procédé permet de diviser pour mieux régner. D'autre part pour bien imposer l'idée qu'un criminel est de la "mauvaise graine" et n'a aucune chance de rédemption.
Et des criminels, il va y en avoir de plus en plus. Parce qu'on va imaginer de plus en plus de crimes à combattre. La désobéissance civile, par exemple.
Le bon peuple sera donc conforté dans l'idée que tout criminel châtié n'a que ce qu'il mérite. Il y aura les bons et les méchants.
Et les méchants seront toujours dans les classes les plus modestes de la société.
Ce discours soi-disant compassionnel, qui prétend prendre le parti des victimes contre les bourreaux et au détriment de la Justice, n'est que le déguisement d'une violence d'Etat qui se met en place avec la complicité involontaire des victimes.
Comme le faisait remarquer un post ci-dessus, si une répression accrue était le remède absolu contre le crime, depuis le temps qu'on nous tient ce discours, la société serait déjà plus sûre. Quand Pierre Loutrel, Emile Buisson et Jacques Mesrine sévissaient, la peine de mort était encore en vigueur.
C'est incroyable, chez certains criminels, cette obstination à ne pas comprendre que toute peine lourde est forcément dissuasive !
Cher Thomas GREDAT
Je suis assez d'accord sur le contenu que vous exprimez. Les politiques nous servent du compassionnel pour mieux cacher leur intérêts dans ce qu’ils nous propose.
Quant à la quête de la criminalité, je suis encore d’accord aussi. La célèbre Geheime Staatspolizei (Gestapo) avait aussi le droit d’arrêter les gens sous prétexte de leur dangerosité supposée et, chaque année, au lieu de réduire les arrestation fautes de criminels (qui auraient déjà été arrêtés, déportés, tués), elle en arrêtait toujours plus pour des motifs toujours moins justifiables (dénonciation non vérifiée, etc.).
J’ajouterais à votre discours le fait qu’il existe en psychologie une théorie (bien soutenue empiriquement) qui se nomme la Croyance en un Monde Juste. En d’autres mots, les gens ont tendance à croire qu’il arrive ce que l’on mérite car le monde est globalement juste. Si on se fait violer, c’est qu’on l’a mérité (c’est la justification de la minijupe provocatrice que proposent bien des violeurs sans se douter que même nue, une personne garde le droit de dire non). Si on est reçu aux examens, c’est qu’on le mérite aussi (justification d’avoir bien travaillé). Au delà de cette présentation gentille, cette vision est indéniablement éprise de stoïcisme, de respect du statut quo, de rejet des coupables à leur sorts et même d’une vicieuse culpabilisation des victimes (qui ont mérité de l’être). Il est de ce fait probable que criminaliser une personne (parce qu’elle aurait la même personnalité qu’un assassin célèbre, parce qu’elle est homosexuelle, parce qu’elle communiste, etc…) n’engendrera aucune réaction de la part de la population qui acceptera la version officielle de l’arrestation « il n’y a pas de fumé sans feu, et une personne arrêtée l’est nécessairement pour de bonnes raisons » se diront-ils. En tout cas, c’est avec ce genre de pensées que les allemands ont généralement vécus avec la Gestapo et je ne vois pas de différence entre un français et un allemand. Le risque d’une augmentation du discours criminalisant est donc tout à fait envisageable. C’est d’autant plus envisageable qu’il est déjà utilisé pour désigner des boucs émissaires : c’est la faute des sans papiers, des criminels, des non-français, des fraudeurs, etc. que le pays ne va pas bien (retirant ainsi la responsabilité de la situation aux politiques eux-mêmes). Enfin, c’est d’autant plus envisageable qu’il ne trouvera que peu ou pas de résistance puisque le monde est juste…
Entièrement d'accord avec vous. Ce discours criminalisant est en effet déjà tenu, parallèlement au discours compassionnel, d'ailleurs.
A quoi sert un bouc-émissaire ? A renforcer chez les autres le sentiment d'appartenance à un groupe. En déchargeant ma haine sur le criminel qu'on désigne à ma vindicte, je me défoule à bon compte et je me rassure : puisque je rejette le criminel, c'est que j'appartiens à la race des honnêtes gens.
Ceux, de plus en plus nombreux, qui penseront qu'une personne condamnée n'a que ce qu'elle mérite devraient méditer cette phrase de La Bruyère : "Je dirais presque de moi : 'Je ne serai pas voleur ou meurtrier.'- 'Je ne serai pas un jour puni comme tel', c'est parler bien hardiment."
Cher Tita, je voudrais simplement rappeler en ajout de votre texte pertinent que notre société est basée en ce qui concerne la justice sur ce concept d'origine judéo chretienne de la rédemption. L'homme est perfectible, peut prendre conscience de ses actes et s'amender. Le travail est à faire dans les prisons, dans la réalité difficile de l'incarcération. Quelle justice aurons nous si on perd notre foi quoiqu'il arrive en l'homme ?
Ah oui, défendre la liberté ! Quel programme ! Mais comparer un chauffard avec un détraqué sexuel c'est un peu facile. Avant de remettre un dingue en liberté par soucis d'humanisme, il faudrait être sûr que celui ci soit dans ce même souci d'humanisme quand il croisera votre fille !
La loi sur la récidive des détraqués sexuels peut sauver des vies : sachez que même si la victime s'en sort vivante, elle est morte dans son âme).
Alors faut il laisser aux criminels la liberté de détruire ou défendre la liberté de circuler aux femmes et aux enfants ?
Faut-il laisser à l'état l'irresponsabilité de négliger le suivi de ces criminels, et de les laisser tels qu'ils sont ?
Ne nous laissons pas abuser par des escrocs qui se moquent du calvaire des victimes et de la douleur de leurs proches comme de leur premier mandat. Ce sont les mêmes qui flattent cette douleur pour exciter la haine... et qui n'ont rien fait pour empêcher des détraqués de récidiver.
Un chauffard tue autant -et plus souvent- qu'un dingue, pour la bonne raison qu'il y a heureusement moins de dingues que de chauffards...
Le chauffard est un être profondément banal, aussi accepte-t-on son existence et ses peines légères. Mais pour le parent de l'enfant mort sur la route, la douleur est la même... On devrait donc en toute logique exécuter aussi les chauffards.
Si j'appliquais la loi du Tallion réclamée ici et là, je me retrouverais donc à abattre des chauffards par dizaines, comme des bêtes malsaines.
Croire qu'il suffit d'enfermer/tuer/éliminer les coupables de crimes ou infractions graves, ayant eu des conséquences sur d'autres êtres humains pour empêcher de nouvelles victimes est une erreur. Je sais qu'il est obscène de le rappeler dans la société sarkozyste où nous vivons mais le criminel aussi peut évoluer et s'améliorer, y compris le chauffard. c'est au juge de l'y contraindre.
C'est pour cela que la Justice dispose normalement de la capacité d'imposer des soins à la personne condamnée (stages aux urgences pour chauffards, castration chimique pour obsédés, psychiatrie...). On sait que cela fait fortement chuter le risque de récidive. Pourquoi alors ne pas généraliser ces traitements?
Hélas, nos 53% d'électeurs à courte-vue (et les 82% de la dernière fois) ont voté pour un gouvernement de droite et sa politique de droite de réduction du budget nécessaire pour assurer cette surveillance médicale.
C'est donc de leur responsabilité aujourd'hui si des criminels -chauffards, dingues ou gangsters - ne font que passer au tribunal sans jamais abandonner leurs tendances destructrices, et sans que la société ne soit protégée.
C'est de leur responsabilité, lors du prochain choix de gouvernement, de s'assurer que les intérêts de tous (victimes potentielles et criminels en repentir) soient prix en compte correctement par nos princes. Et pour cela, un peu de froide réflexion est nécessaire, aussi douloureux que cela puisse être quand on est directement impliqué.
Et réfléchir, loin d'être un passe-temps inutile d'intellectuels de gauche, c'est aussi et surtout ce qui fait la différence entre l'homme et la bête.
Chère framboaz
Vous avez bien raison. Une victime de viol est une personne détruite qui gardera des séquelles à vie. Le coupable doit être puni et la victime accompagnée dans ses soins.
Cependant, si vous avez le truc, l’astuce, la boulle de cristal magique pour repérer les « détraqués sexuels », je vous serais grès de bien vouloir nous en faire part car, généralement, ils sont comme vous et moi, avec une vie « normale ». C’est peut-être la raison pour laquelle Jacques l’Éventreur n’a jamais été arrêté. C’est la raison aussi de l’étonnement des voisins quand le coupable se fait arrêter. « C’était un Monsieur si gentil, qui disait toujours Bonjour… je ne comprends pas comment il a pu faire cela. »
Non seulement, ils sont comme nous, mais ils sont parmi nous. Ne dit-on pas que souvent, le criminel se cache parmi les proches ? A propos, qui vous dit que votre conjoint n’est pas un détraqué aussi ? 13% de toutes les morts violentes recensées en France et dans lesquelles l'auteur a été identifié ont eu lieu dans le cadre du couple. Sachant cela, ne vous séparez surtout pas car 41% des crimes conjugaux sont liés à la séparation.
De plus, nous ne posons pas même encore ici le problème de prédire qu’une personne va faire ou non un crime pour être qualifié de « détraqué ». D’ailleurs, comment prédire un tel acte ? Seuls les détraqués peuvent tuer me direz-vous. Cependant, je n’en suis pas même certain. Il y a une expérience célèbre de psychologie : l’expérience de Milgram. Je ne sais pas si vous la connaissez. Elle est très célèbre. Qu’a-t-il fait ce brave Monsieur Milgram ? Il a proposé à deux volontaires de participer à une étude sur l’effet de la punition dans l’apprentissage. « Au hasard », un des volontaires jouait le rôle de l’élève et devait apprendre et restituer une liste de correspondances de mots. L’autre volontaire devait enseigner les correspondances de mots et punir l’élève à chaque faute.
Pour punir, le participant dans le rôle de l’enseignant avait à sa disposition un tableau électronique envoyant des chocs électriques à l’élève. Par consigne chaque punition devait avoir une intensité de 15 volts supplémentaire à la précédente. Le tableau présente 30 manettes. La première correspondait à 15 volts et la dernière correspondait à 450 volts.
Naturellement aucun choc électrique n’était véritablement donné. Le participant dans le rôle de l’élève était un compère. Autrement dit, c'était un acteur qui jouait un rôle. Le véritable objet de l’étude était de savoir jusqu’où un individu était capable d’aller quand on lui en donnait l’ordre (le participant avait néanmoins la possibilité de partir dès qu’il le voulait).
Lorsqu’on demandait aux gens, ou bien même à des psychanalystes, le pourcentage de personne capable d’infliger à une autre personne un choc électrique de 450 volts sous prétexte qu’on lui en a donner l’ordre, les réponses tournaient autour de 2 ou 3 %. Cependant, les résultats de l’expérience étaient très différents et montraient que 65 % des gens allaient jusqu’à 450 volts et que personne ne refusait de commencer l’expérience sous prétexte de son inhumanité. Enfin, sous certaines circonstances, on pouvait atteindre 92% de personnes qui allaient jusqu’à 450 voltes.
Cette expérience montre que le comportement est fonction de la personnalité mais aussi du contexte social (que l’on oubli très souvent ou dont on minore l’importance) et que dans certaines circonstances, nous ne sommes pas à l’abris de devenir des tortionnaires. Le savoir peut nous aider à ne pas le devenir. Pour nous aider, il faut donc nous responsabiliser ; et une série d’interdictions, ce n’est pas responsabiliser le citoyen sur ses choix.
De fait, cette loi sur la récidive ne porte pas son attention sur les circonstances ou le contexte, mais seulement sur la personnalité et la conduite en prison. Par ailleurs, on ne m’a jamais démontré qu’il y avait un type de personnalité exclusif pour les criminels (vieux fantasmes qui date d’un siècle car il soulagerait les gens de se savoir différents des criminels). Donc sous quels critères intuitifs une personne va-t-elle être libérée ou mise dans ces centres à vie ? Si elle est libérée sous prétexte qu’elle disait bien « bonjour » en prison, je ne vois pas en quoi le danger est diminué car elle disait déjà ‘bonjour’ à ses voisins avant d’être arrêtée. Les « détraqués » ne sont pas stupides. Si elle est gardée sous prétexte qu’elle est taciturne en prison, permettez-moi de douter de ce critère. Je connais nombre de taciturnes qui n’assassinent pas chaque nuit.
Enfin, concernant le rapport entre les récidivistes, peu nombreux mais très médiatisés, et les accidents de la route, nombreux et, hélas, habituels, une autre personne vous a répondu.
Cordialement
En fait, je pense que cette mesure est une mesure opportuniste. Pour ne pas avoir à affronter ses démons, la société les enferment pour mieux les oublier. On ne parvient pas déjà, faute de moyens, à s'occuper de ces gens pendant leur détention et on voudrait nous faire croire que tout va s'arranger avec cette "loi". Oui bien sûr, si un criminel ou un délinquant sexuel ne remets jamais les pieds dans la rue, on peut croire le problème résolu, mais est-ce juste de garder indéfiniment en prison quelqu'un qu'il est possible de soigner? Quel idée nous faisons-nous de la dignité de l'être humain?
Oui, allez-y messieurs les politiques, assumez la faillite du système dont vous êtes responsables, promulguez votre loi inique qui ne fera que vous donner bonne conscience.
Plus loin que d'être pour ou contre cette loi, il faut se demander comment peut-on faire autrement car d'autres n'ont pas fait le choix de fermer les yeux et de renoncer:
http://www.rue89.com/2007/08/20/recidive-des-pedophiles-le-canada-a-choi...
Ce n'est pas parfait, loin de là, mais on ne peut pas l'être, mais au moins, on agit, on n'évite pas la question.
Cet article a le mérite de montrer qu'une autre politique, plus cohérente, plus juste, peut être mise en place, mais il faut s'en donner les moyens, et puis on pourrait de facto y ajouter un suivis véritable pour les victimes de ces horreurs, victimes trop souvent laissées pour compte, elles sont trop souvent les laissées pour compte de la justice.
Tout cela ne dépends que des moyens que l'on voudra bien y mettre, mais notre président n'a-t-il pas dit que les caisses étaient vides, alors qu'attendre d'autre que ce renoncement de sa part et de la part du ministre de la justice qui supprime des tribunaux à tour de bras pour économiser quelques subsides que l'on investira dans d'autres projets aussi ineptes que celui-ci. Croyez bien cher Monsieur, que je ne cherche pas à apporter de l'eau au moulin de ceux qui honnissent cette loi, je veux juste démontrer qu'elle ne porte rien d'autre en elle que la faillite de notre système à traiter vraiment ce problème, et que ceux qui par là voudraient faire croire qu'ils vous comprennent, qu'ils vous défendent, ne défendent qu'eux-mêmes et que leurs tumultes ne sont là que pour cacher qu'ils ne veulent rien faire et ne feront jamais rien.
Monsieur,
vous me direz si mon message est «du verbiage d'intellectuels pas concernés car pas touchés», je vous en laisse juge et je tenterai d'être plus respectueux de vos positions que vous ne semblez l'être de celles auxquelles je crois.
J'espère que vous me lirez jusqu'au bout bien que mon message soit un peu long. J'espère que mon message ne vous blessera pas car ce n'est pas ce que je cherche. Si tel est le cas, je vous prie de m'en excuser et je vous invite à me l'indiquer.
Je dois vous dire, monsieur, que je ne partage pas votre point de vue et je vais tenter de vous l'expliquer aussi brièvement que possible, mais en prenant l'espace nécessaire à la précision du discours. Mais tout d'abord, je tiens à vous dire à quel point il est difficile d'exprimer un point de vue divergeant du vôtre, en partie à cause du contenu de votre message qui semble rejeter toute contradiction, en partie à cause de la perte récente que vous avez subie et de la douleur qui est la vôtre et que je respecte.
Je dirais même que je respecte votre douleur au point de ne pas renoncer à vous porter la contradiction alors même que vous souffrez: je ne nierai jamais que vous ayez une voix comme tout autre citoyen, alors même que vous êtes en souffrance; une voix, ni plus, ni moins que tout autre citoyen.
Je respecte votre voix, monsieur, mais je ne peux accepter que vous me dictiez votre loi. Je veux pouvoir vous dire où je vous rejoints, où je m'oppose à vous. Dans le respect l'un de l'autre et en recherchant un avenir meilleur.
Je vais tenter de vous dire pourquoi je suis farouchement opposé au modèle de justice que vous décrivez et pourquoi je pense que la question que vous posez n'est justement pas «légitime».
1) Un modèle pronfondément injuste. Vous nous proposez de juger quelqu'un non pas pour ce qu'il a commis mais pour ce qu'il pourrait commettre. Vous proposeriez de modifier l'échelle des peines en disant que vous considérez qu'il est important de condamner plus durement les auteurs de crimes graves que je serai également en opposition avec vous car j'estime que ce n'est pas la solution au problème de la délinquance, mais je considèrerais que vous êtes à votre place à demander de modifier l'échelle des peines: il s'agirait d'un débat qui a sa place dans le champ politique. Je suis d'ailleurs convaincu que si la question était poser dans ce sens, nous pourrions en débattre sereinement et peut-être même tomberions-nous d'accord.
2) Un modèle utopiste de risque zéro. Il me semble que l'utopie est de votre côté: le risque zéro n'existera ni avant ni après cette loi. Peut-être estimerez-vous que cette loi suffit; peut-être estimerez-vous qu'il faudra aller plus loin encore...
Peut-être faudra-t-il un jour tester la dangerosité de toute personne qui devient adulte; après tout ce serait logique si l'on veut éviter les crimes: pourquoi se limiter à ceux qui ont déjà commis un acte criminel?
Je crois que c'est s'engager sur la mauvaise voix alors qu'on a au contraire besoin de moyen d'affronter les risques de la vie: savoir affronter ces risques, c'est aussi ce qui nous permet de mesurer le prix de cette vie, d'en goûter le sel, d'en admirer la beauté.
3) Un modèle inefficace, un modèle qui ne protègera pas «les femmes et les filles». Croyez-vous réellement que vous proposerz quelque chose de nature à protéger «les femmes et les filles, proies potentielles de ces pervers»? Je ne le crois pas: en 2001, il y a eu 23 condamnations pour viols de personnes ayant déjà été condamnées pour un tel crime entre 1984 et 2001. Cela représente 1,4% de l'ensemble des condamnations pour viol! 1,4%! Et au total 29 condamnés étaient récidivistes: moins de 2% des condamnations pour viol.
Le problème du viol est dramatique et réel, mais il ne s'agit pas d'un problème de récidive, bien loin de là.
La loi sur la rétention de sûreté laissera 98,6% du problème intact... Je pense qu'on peut qualifier cela de loi inefficace.
4) Un modèle dangereux. La dangerosité est une notion très mal définie et on ne sait pas comment elle sera utilisée. Comment savoir si la personne qui a commis ce crime terrible contre votre fille aurait été considérée comme dangereuse et placée en centre de rétention de sûreté? Comme savoir que des personnes qui ne recommettraient jamais d'acte criminel ne seraient pas considérées comme dangereuse? Ce risque là, il est entre nos mains puisqu'il s'agit du modèle de société que nous sommes en train de construire, pas celui d'empêcher les criminels de commettre des crimes ou les catastrophes naturelles ou la maladie d'arriver.
5) Un modèle de précaution? Vous parlez d'un modèle de précaution en comparant ce cas à celui des OGM; mais ces criminels, aussi horribles que soient leurs crimes, aussi terribles que soient les souffrances dont ils sont responsables (et je pense que personne ne nie ces souffrances, en tous les cas pas moi), ces criminels restent des hommes et des femmes que l'on doit respecter dans leur humanité. Vous me direz qu'eux-mêmes n'ont pas respecté la victime en commettant leur crime, qu'ils ont baffoué sa dignité et son humanité; j'en conviens. Mais devons-nous pour autant nous abaisser à nier la leur? Qu'est-ce que cela nous apporterait? Quel bien cela produirait-il?
Ce qui rend cette situation inextricable, c'est de voir la Justice comme une résolution victime face à auteur car alors en effet, la présomption d'innocence est vue comme présomption de mauvaise foi pour la victime, le non-lieu est entendu comme «circulez, il n'y a rien à voir», l'aménagement de peine est compris comme trahison de la parole donné, par le juge, à la victime. Non, la justice pénale juge une infraction à la loi; elle juge le fait que la loi a été transgressée et ensuite, seulement ensuite elle contribuera à réparer le préjudice subi par la victime. Cet équilibre est essentiel car c'est lui seul qui permet de créer l'espace nécessaire entre le coupable et la victime pour que l'un et l'autre puisse se reconstruire: que le premier puisse payer la dette qu'il a vis-à-vis de la société dont il a transgressé les règles et que la victime puisse retrouver sa dignité.
Lorsque j'aide quelqu'un à passer un diplôme en prison comme je le fait depuis 6 ans, je ne considère jamais que j'insulte la victime. Je considère que je contribue à un avenir meilleur car je donne des moyens, à la personne détenue, de sortir plus forte, avec la possibilité, comme disent les règles pénitentiaires européenne, «de vivre une vie responsable et exempte de crime».
6) un modèle de justice qui ne mène qu'à plus de discorde, et, au bout du compte, qu'à plus de souffrance.
Ce dont nous avons besoin, c'est, j'en suis convaincu, d'une société qui soit capable d'accompagner ceux qui souffrent, et de développer une culture du respect de l'autre. Respect du faible comme du fort, respect de semblable comme de l'étranger, respect du bon comme du mauvais. C'est ainsi que les femmes seront protégées, c'est ainsi que l'on diminuera le nombre de personnes victimes et en souffrance.
Monsieur, dire que notre système judiciaire est «marqué par un altruisme mal placé, mêlé d'idéologie et d'utopie, en est venu à considérer de manière quasi-équivalente les droits des délinquants et ceux des victimes potentielles innocentes», c'est tout simplement mal connaître notre système (car je vous accorde sans hésiter le bénéfice de la bonne foi): notre système judiciaire considère comme **équivalents** les droits des délinquants et ceux des victimes potentielles, une fois que ces délinquants ont fini de purger leur peine, une fois qu'ils ont payé leur dette comme on dit.
Et puis, je ne crois pas que le rôle premier de l'État ce soit, comme vous dites «d'assurer la sécurité à l'extérieur et à l'intérieur du territoire, et que cet objectif prime toute autre forme de considération». Non, le rôle de l'État, de la République, c'est d'assurer l'effectivité de notre devise républicaine «Liberté, Égalité, Fratenité», de l'assurer par le respect et la promotion de notre Constitution et par le respect de la Déclaration des droits de l'Homme. Monsieur, la déclaration des droits de l'Homme, c'est votre plus formidable outil pour que de tels actes se reproduisent moins car c'est un outil de pacification des moeurs, un outil de respect mutuel.
Enfin, pour terminer, Monsieur Schmitt, je tenais à vous dire que je suis bien jeune -- je n'ai pas trente ans -- et que j'espère ne jamais traverser une épreuve comme celle que vous traversez actuellement. Mais si cela m'arrivait un jour, j'espère que je trouverais des gens pour me soutenir, m'accompagner, m'épauler, mais surtout des gens pour m'aider à me libérer de ma colère, pour me raisonner de la haine que je ne manquerai pas d'avoir, pour m'aider à voir à nouveau du sens là où je ne verrai que de l'absurde. Des gens qui m'aideront à me relever, à me tenir debout.
J'espère que des amis ou des proches auront la force de me regarder dans les yeux et de me dire: c'est assez, et qu'ils ne détourneront pas les yeux par une pudeur mal-placée.
Avec mes salutations distinguées et en espérant, sincèrement, que ce témoignage un peu particulier vous aidera dans la dure épreuve que vous traversez mais en ayant bien conscience que vous me détesterez peut-être pour tout ce que je viens d'écrire.
Alexis Saurin