Revue de blogs 12/01/2008 à 20h10

Les conquêtes utiles de sir Hillary, premier à gravir l'Everest



Sir Edmund Hillaru et Tenzin Norgay à Katmandou après leur ascension de l'Everest (Ho New/Reuters).

Les livres d'histoire retiendront sans doute de l'épopée de sir Edmund Hillary, décédé vendredi, cette symbolique première : l'ascension de l'Everest, le 29 mai 1953, en compagnie du sherpa Tenzin Norgay. Peut-être se souviendront-ils aussi de sa traversée de l'Antarctique ? De ses coups de gueule contre le réchauffement climatique ? Ou de cette sacrée habitude de regarder les matches des All Blacks tout seul ? Mais qui se souviendra de l'aide fournie par l'Himalayan Trust ? « J'ai ainsi rendu aux gens toute l'aide qu'ils m'ont donnée quand j'étais dans les montagnes »

Dans un livre publié en 2006, « Au sommet de l'Everest », sir Hillary racontait en détail sa philosophie simple de la vie. D'abord apiculteur près d'Auckland, il avait découvert petit à petit la joie de l'effort, du dépassement menant à un dépouillement ultime de l'homme.

Mais, là où bien d'autres n'ont livré que le profil du héros antique, sans peur et sans reproche, Hillary parlait d'or en évoquant ses « exploits », lui, seul Néo-Zélandais d'une expédition entièrement dévouée à la Couronne britannique et dirigée par un colonel de l'armée.

Devenu héros international en redescendant du sommet de 8 848 mètres, il avait d'ailleurs enchaîné sans vergogne sommets et aventures impossibles, comme le raconte Bernard Moos :

« C'est en 1955 qu'Hillary rejoint l'expédition transantarctique britannique de Vivian E. Fuchs. Ils traversent alors tout le continent en tracteur des neiges pour rejoindre le pôle le 5 Janvier 1958. Cette expédition est la première depuis celle, tragique, de Robert F. Scott en 1912. »

Il aura fallu cinquante ans, à l'occasion des cérémonies célébrant la conquête (les Népalais lui avaient alors accordé une citoyenneté d'honneur, la première décernée à un étranger), pour qu'il livre le fonds de sa pensée :

« Quand je regarde en arrière, je n'ai aucun doute : les choses les plus importantes que j'ai accomplies ne furent ni l'ascension de ces montagnes ni mes voyages aux extrémités du globe.

“Ce qui me tient vraiment à coeur, c'est d'avoir permis la construction et assuré le quotidien d'écoles et de cliniques pour les amis chers que je compte dans l'Himalaya, et aussi d'avoir aidé à restaurer leurs magnifiques monastères. J'ai ainsi rendu aux gens toute l'aide qu'ils m'ont donnée quand j'étais dans les montagnes.”

“Nous aimerions que nos enfants aillent à l'école, sahib”

Contrairement à la plupart des conquérants de l'inutile, Edmund Hillary s'est toujours intéressé aux Népalais. La légende raconte qu'en 1960, au cours d'une expédition dans la région de l'Everest, il demanda à un Sherpa ce qu'il pouvait faire pour son village.

“Nous aimerions que nos enfants aillent à l'école, sahib. De tout ce que vous avez, le savoir est la chose que nous désirons le plus pour nos enfants.”

Pour le colosse (1,90m) des pentes, ce fut le déclic. Jouant de sa notoriété et des innombrables conférences qu'ils donnaient alors partout dans le monde, il fonda l'Himalayan Trust. Cette fondation toujours très active finança de nombreuses écoles, hôpitaux et cliniques. Puis, elle s'attaqua à l'une des plaies du tourisme moderne (via les trekkers) : la déforestation massive des massifs himalayens.

Depuis l'annonce de sa mort, ce vendredi, à l'âge de 88 ans, c'est une figure humaine que saluent les blogueurs. Triste, comme Stéphane :

“J'imagine l'immense peine que le peuple néo-zélandais doit ressentir aujourd'hui pour bien connaître ce pays et ses habitants à la gentillesse et au savoir vivre exceptionnels. Trop rare pour ne pas être signalé.”

Grandiloquent, comme Eric Blot :

“Il fut l'homme le plus haut, et un grand homme.”

Référence, comme le dit L'esprit du sport :

“Ce genre de personnages m'a toujours fasciné. J'y range aujourd'hui les Mike Horn, Bertrand Picard et tous ces hommes, sur terre, mer ou dans les airs qui refusent de se fixer des limites et pour qui la notion d'impossible n'existe pas comme nous autres l'imaginons.”

Ou spirituel, comme Bête et méchant :

“Si je croyais en dieu je dirai qu'il a gravi hier son plus haut mont pour gagner le paradis... mais je n'y crois pas, alors je dirai juste au revoir, Sir, et merci, car vous incarniez à vous seul le peuple néo-zélandais, peuple de défis, peuple d'hommes durs et courageux mais peuple humble et respectueux...”

Hommage à celui qui n'avait jamais oublié que le 29 mai 1953, ils étaient deux à fouler le toit du monde...

Au sommet de l'Everest d'Edmund Hillary - éd. Hoebeke - 268p., 15€.
► Des photos de l'ascension de l'Everest.
► La bio de sir Hillary surZone Himlaya.

Photo : Sir Edmund Hillaru et Tenzin Norgay à l'ambassade de Grande-Bretagne à Katmandou après leur ascension de l'Everest, en 1953 (Ho New/Reuters).

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  • thierry reboud
    • Posté à 20h12 le 12/01/2008
    • Internaute

    What ? What are you telling to me ?
    HILLARY IS DEAD ? ? ?

    Et Guillemette Faure ne nous aurait rien dit ?

    • caro
      caro répond à thierry reboud
      délinquante avérée
      • Posté à 20h22 le 12/01/2008
      • Internaute
        délinquante avérée

      tsssss ! je ne crois pas que Guillemette Faure soit chargée de la rubrique « nécrologie » de Rue89 ! et puis, elle intervient plus sur les USA que sur la Nelle Zélande !

      • thierry reboud
        thierry reboud répond à caro
        • Posté à 20h25 le 12/01/2008
        • Internaute

        Précizeli, à ce que j'ai entendu, Hillary veut monter sur le toit du monde : la présidence of ze Unitède Statesse of Amérique.
        (D'ailleurs, la photo n'est pas du tout ressemblante.)

         2 autres commentaires
    • Alain Provist
      • Posté à 13h33 le 13/01/2008
      • Internaute

      HILLARY AU SOMMET : Alors que sœur Hillary, l'Eve, reste dans la course périlleuse (ce n'est pas l'aise majesté) au sommet de la Maison Blanche avec Bill, son président de mari qui ne lui sert pas tant que ça, Sir Hillary, là dans son île du Pacifique, vient de rejoindre son compagnon d'expédition le sherpa népalais Tensing Norgay. Après leur exploit sans précédent qui les conduisit sur le toit du monde en 1953, ils s'apprêtent, sans se faire de bile, à une dernière ascension du « For ever rest » dans l'éternité (nuit éthérée) blanche de l'hymne « Alleluia ».

  • zwergin
    • Posté à 20h27 le 12/01/2008
    • Internaute

    Un grand homme pour l'humanité est mort.
    Peu de réactions pour l'instant !
    Un petit homme méprisant ses propres électeurs (bien fait pour eux)se répand de mépris en vomissures,de conférences de presse en voyages sponsorisés et nous avons droit à un flot de commentaires.
    Quelle désespérance !

  • désinscrit-
    • Posté à 20h45 le 12/01/2008
    • Internaute

    Contrairement à la plupart des conquérants de l'inutile
    Je pense avoir compris le sens « profond » de la phrase mais je trouve les mots particulièrement mal choisis.

    « Les conquérants de l'inutile » est le titre de l'ouvrage autobiographique de Lionel Terray, il se trouve qu'il avait lié amitié avec Tenzing (avec un g il me semble ; -)) et tous ses récits et films qu'il a réalisés lors de ses expéditions parlent autant de la vie des peuples de montagne qu'il a croisé, que de ses exploits.

    Rien à voir entre Terray et les « summiters » qui se lancent à l'assault de quelques sommets fortement encadrés, aidés et parfois portés par leur sherpa.

    Terray était de l'expédition française à l'Annapurna (premier sommet de 8000 jamais gravi) et au Makalu notament.

    Je trouverai judicieux de changer la forme de cette phrase ; -)

    Merci pour l'article sur Hillary ceci dit, un grand sir ; -)

    [édit]
    Photo : Sir Edmund Hillaru et Tenzin Norgay à l'ambassade de Grande-Bretagne à Katmandou après leur ascension de l'Everest, en 1953 (Ho New/Reuters)
    Ils sont allés à l'ambassade avec les masques à oxygène ? ?
    [/édit]

    • David Servenay
      David Servenay répond à désinscrit-
      Auteur(e) de l'article
      • Posté à 23h45 le 12/01/2008

      Cher Pene r

      En vous lisant, je me suis rendu compte de la meprise. Nulle intention dans cette phrase d'evoquer Terray, un autre montagnard a avoir une certaine ethique dans un milieu qui, en devenant l'objet de lutte politique (quelle serait la premiere nation sur le toit du monde ? ) ou mercantile, a perdu une bonne partie de ses reperes.

      En revanche, puisque vous evoquez la conquete de l'Annapurna, il est tres interessant de voir que dans le recit d'Herzog, les Sherpa n'ont quasiment pas de place ou alors uniquement comme porteurs corveables a merci. C'est toute la difference avec un personnage de la trempe d'Hillary qui, jamais ne laissa tomber les Nepalais. D'ailleurs, lorsque le Sherpa d'Herzog fit un passage a Paris (des annes apres leur exploit), le montagnard devenu ministre prit a peine le temps de le recevoir, entre deux portes.

      A mediter...

      • désinscrit-
        • Posté à 10h10 le 13/01/2008
        • Internaute

        Merci de votre réponse ; -)

        Je suis entièrement d'accord sur le cas « Herzog » et je ne l'ai d'ailleurs pas évoqué. Il en va différemment des ouvrages et actions (de ce que j'en ai compris) de Terray, qui n'avait surement pas les moyens financier d'Hillary, a consacré aux peuples qui l'ont aidés dans ses conquêtes (Terray a pas été anobli par la reine d'Angleterre).

        Pour les « porteurs corvéables » (les coolies Indien, pas les Sherpas Népalais), je ne connais pas l'histoire de l'approche des britaniques mais je serai surpris que leur sort ait été bien différent. D'ailleurs si on prend juste le cas de Tenzing, il était plus amis avec Lambert (un Suisse avec qui il manqua le sommet de peu l'année précédente) qu'avec Hillary.

        Je maintiens qu'il y a quand même une grosse différence entre un Hillary, un Terray ou un Lambert et les summiters « moderne » qui vont seulement chercher sur quelques grands sommets une gloriole personnelle. Il reste aussi (et c'est surement les plus nombreux) de véritables alpinistes, conquérants de l'inutile et respectueux de la nature et des montagnards qu'ils rencontrent ; -)

         
        • unmondeplusbeauf
          • Posté à 21h10 le 13/01/2008

          attention en parlant des summiters à ne pas mélanger les genres :

          il y a les nombreux prétendants à l'Everest qui malgré le mérite qu'ils ont de s'engager sur une montagne qui n'est sans doute pas à banaliser ne font de la montagne que pour conquérir un trophée qui fait très branché surtout outre atlantique.
          et il y a les alpinistes/himalayistes de vocation dans le sillage des Messner, Kammerlander, Lafaille, et aujourd'hui Steve House ou Marko Prezelj, ou d'autres qui plus modestement s'inspirent de leur démarche puriste et respectueuse dans des projets plus accesibles mais qui préfèrent des sommets moins célèbres car simplement motivés par des pulsions plus personnelles que publicitaires...

          en parlant trop de ce qu'est un peu tristement devenu la commercialisation de l'Everest, on occulte complètement la réalité de ce qu'est l'himalayisme et l'aventure en montagne : une question des plus pointues en ce qui concerne une activité à caractère sportif...

          Evidemment toute les mutations qu'a connu ce milieu a totalement échappé au grand public rabaché de F1, de foot, de star'ac et cie ...

          ...même pas l'ombre au petit écran d'une émission disparue comme les Carnets de l'Aventure qui jadis nous faisait autrement rêver...

          • David Servenay
            David Servenay répond à unmondeplusbeauf
            Auteur(e) de l'article
            • Posté à 23h10 le 13/01/2008

            Bien d'accord avec vous, unmondeplusbeauf, mais il reste encore de nombreux passeurs de rêves pour se tenir au courant des évolutions du milieu de la montagne.

            Je pense ici à la merveilleuse maison d'édition Guérin qui a perdu il y a peu son fondateur. Un ouvrage comme celui de Jon Krakauer (Tragédie à l'Everest), par exemple, permet de comprendre comment et pourquoi la course au trophée s'est installée durablement comme la face sombre de cette activité. Heureusement, il y a aussi des notes positives et une vraie poésie chez certains montagnards.

            A découvrir ici :
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          • désinscrit-
            • Posté à 15h18 le 14/01/2008
            • Internaute

            attention en parlant des summiters à ne pas mélanger les genres
            Pour préciser dans mon esprit le « summiter » ne va cherche que le sommet justement. Rien à voir évidemment avec l'alpiniste/himalayiste (ou sur les autres massifs d'ailleurs)

            Je plussoie avec David sur les éditions Guerin (et le livre de Krakauer).

            ++

        3 autres commentaires
  • Claude PELLETIER
    • Posté à 20h47 le 12/01/2008

    Sur France Inter, une émission évoquait la conquête de l'Éverest. J'en garde une impression mitigée.
    Fou de son rêve, le grand homme aurait pris la responsabilité de ne pas redescendre avec les conséquences que l'on connaît sur lui-même et sur …… son compagnon.
     ?

  • ventrachou-rouge
    ventrachou-rouge
    côte sud Vendee
    • Posté à 10h29 le 13/01/2008
    • Internaute
      côte sud Vendee

    Sale semaine pour les « Hillary »

  • GanLanShu
    • Posté à 13h01 le 13/01/2008

    Voilà bien la confusion dans laquelle nous sommes...
    Hillary Everest, c'est Prométhée - une gueule inouïe, un parcours auquel même Hollywood ne saurait rien ajouter, le maillot mouillé au service de la collectivité (écoles, hôpitaux, etc.). Qui dit mieux ? Qui peut se frotter à un mec qui va chercher son shoot de pureté à 8000 et quelques mètres d'altitude ? Et dit merci aux autochtones qui l'ont porté - d'une manière ou d'une autre... Franchement, il aurait murmuré sur une chaîne confidentielle, « oui, je veux bien être président d'une république... » il aurait ramassé 95% des voix de n'importe où en misant 25$ (tarif du pressing pour la chemise et le costard)...
    Dans le même temps, un complexé de base qui n'a jamais escaladé que son ego (déjà un gros boulot ! ) va chercher ses galons de commandeur dans une posture genre les écuries d'Augias... Karscher à la main, il dézingue sans sourciller la moindre opposition, enfile les mannequins comme les pseudos opposants, enchaîne méchouis et hamburgers avec le pire au nom du profit pour lequel il a été élu...
    Chercher l'erreur...
    Ce qui me gonfle dans les discours anti-Sarko, c'est que l'on semble s'attendre à ce qu'un homme politique, assoiffé de pouvoir, tueur par vocation ou nécessité, ait non seulement le profil mais aussi le fond humaniste d'un Hillary. Je ne pense pas qu'il faille chercher bcp plus loin l'absence d'oppsotion conséquente. Le jour où les électeurs seront des philosophes plutôt que des consommateurs, on pourra espérer l'arrière-petit fils d'Hillary à une présidence quelconque - le monde ? En attendant, il faut se faire à l'idée qu'on est dans « le temps des assassins » comme le disait déjà Rimbaud, Miller, etc. Bref ! En finir avec la naïveté... Triste ? Terrible ? Oui, probablement...

  • Lidenbrock
    • Posté à 15h40 le 13/01/2008

    Il fut un temps où certains hommes avaient des rêves et savaient payer de leur personne pour les atteindre.
    Est-ce tellement lointain ou bien nos rêves sont-ils devenus tellement racrapautés que nous ne réagissons plus qu'à l'horreur ou au tape à l'oeil ? Que devient notre part d'humanité ?
    « Foule sentimentale, avec soif d'idéal... »

  • unmondeplusbeauf
    • Posté à 17h44 le 13/01/2008

    une lumière qui s'éteint...

    ...

    et un article qui rappelle le temps où la Une parlait aussi des gens bien...

  • unmondeplusbeauf
    • Posté à 17h56 le 13/01/2008

    ce serait dommage de passer à côté des jeux de mots aussi faciles qu'offre la circonstance...

    mais les circonstances offriraient aussi la possibilité d'ériger des statues de cet homme dont la philosophie ne serait pas un luxe dans le marasme ambiant et généralisé.

    lier sa vie et l'action au rêve, à l'idéal et à ses engagements et quels engagements et quels rêves !

    on ferait bien d'en prendre de la graine : voilà ce qu'il faut dire à tous !

  • grimperic
    • Posté à 20h19 le 13/01/2008
    • Internaute

    Un bel article.
    Voici un personnage qui doit sa célébrité grâce à un exploit réalisé dans un esprit encore très colonial (dans l'expé 53 il y avait les Sahib et les Sherpas) mais qui a su évoluer, revoir sa conception du monde ...
    J'aurais tout de même une pensée pour Raymond Lambert qui avec de Tensing Norgay était passé si près en 52 dans un tout autre état d'esprit collectif ...

  • Cafe Soluble
    • Posté à 14h42 le 14/01/2008
    • Internaute

    Gravir les plus hauts sommets du monde, reste malgré tout un jeu avec la mort.

    Avec ses 14 sommets à plus de 8 000 mètres, la chaîne asiatique fascine les alpinistes du monde entier. Quels frissons vont-ils chercher sur ces hauteurs qui ont tué plus d'un des leurs ? Cette question n'est plus taboue.

    Voir :
    Lien

  • ventrachou-rouge
    ventrachou-rouge
    côte sud Vendee
    • Posté à 18h20 le 14/01/2008
    • Internaute
      côte sud Vendee

    Six pieds sous terre , après le toit du monde !