Pour Robert Cantarella, de mère napolitaine, les miracles n'existent pas : « Je crois trop à l'homme. » Par contre, les utopies, oui. Cantarella est un des directeurs artistiques du 104, tout nouveau centre des arts parisien, qui a pour ambition de supprimer la barrière entre artiste et spectateur. Un lieu qui accueillera, en plus des résidences d'artistes, une maison des enfants, des cours de langue et de socialisation, un centre d'informations de tous les cours en amateur. 35000 m2 de corps et d'esprit… Entretien.

Comment résumer au mieux le projet du 104 ?
Un lieu dans lequel le public, tous les publics, participent au chemin de la création artistique contemporaine. On ne peut normalement pas rentrer dans les ateliers pendant que le travail se fait, au 104 on peut le faire. On peut rencontrer régulièrement les artistes qui sont en train de travailler avant que l'œuvre ne soit finie et voir ensuite l'œuvre finie : c'est ça l'inédit du lieu.
Jusqu'à présent, ça se faisait de façon exceptionnelle, surtout dans le théâtre. Au 104, cela se fait dans tous les arts, y compris les arts appliqués. Il ne s'agit pas seulement d'ouvrir les portes et de montrer des planches de bandes dessinés ou d'assister à un répétition de danse. Il s'agit pour le spectateur de participer à un moment de mini-création que l'artiste propose au public pendant qu'il travaille.
Le mot qui définirait réellement le projet du 104 est « transmission », un mot qui me plaît parce que dedans il y a « mission » et cela me rappelle que c'est un lieu du service public. La ville de Paris assure 70% du budget et la notion de mission publique est très forte, comme la notion d'utopie. L'utopie, au 104, parle simplement de l'accès à l'art, qui est une des données fondamentales de la construction de l'être humain.
Pouvez-vous expliciter la notion d'utopie dans le projet artistique ?
Je parle d'utopie pour une raison précise : ces lieux ont été construits selon les principes de l'architecture de la fin du XIXe et début du XXe siècles. Une architecture très caractéristique de l'époque, celle des passages parisiens, fondés sur un modèle utopique : il y aurait une cité idéale, à l'intérieur de laquelle on serait abrités du vent, de la pluie, on pourrait y marcher, acheter, commercer, rencontrer, aimer.
C'est l'idée d'un morceau de ville qui serait un bien commun entretenu par les gens, donc une utopie liée à cette époque. Aujourd'hui, les utopies ont changé, mais pour nous, c'est une forme de réalisation d'une utopie qui peut bien s'adapter à la réalité contemporaine.
Qu'est-ce que l'art pour vous ?
Sans être trop fumeux, ou trop intellectuel, je donnerai une définition vraiment basique : l'art, c'est juste ce qui m'a appris à être mieux, à mieux articuler les choses qui étaient informes en moi. Des émotions, des violences, des désirs, des pagailles… Je ne savais pas ce que c'était. L'art a clarifié ce que j'ai cru être unique en moi. J'ai découvert que cette originalité, que chacun de nous a en soi, finalement peut se partager par l'intermédiaire de l'art.
Pour moi, l'art c'est juste ce qui me fait du bien, ce qui m'apprend à mieux articuler mes émotions avec celles des autres. J'ajouterais la notion de partage, parce qu'on peut vivre mieux grâce à l'art, mais à plusieurs.
Comment envisagez-vous l'articulation entre le partage de l'expérience artistique au 104 et le projet ?
Venir ici, dans le XIXe arrondissement de Paris, c'est poser la question de l'utilité de l'art. Quand on est arrivé ici, les gens du quartier nous ont posé la question suivante :
« Pourquoi ne pas construire des lieux de sports, des habitations, pourquoi pas aider les gens qui sont à la rue. »
Nous passons beaucoup de temps, depuis le début, à expliquer qu'il ne peut pas y avoir mieux que le projet de partage de l'art pour poser la question de l'insertion. On explique qu'au 104, il y aura des choses très concrètes pour tous les publics. Par exemple, on a loué deux anciennes boucheries depuis un an et demi pour pouvoir répondre de façon pragmatique aux gens : ici, on les reçoit, qu'ils soient du quartier ou pas ; on fait des conseils de quartier et, surtout, on a demandé aux artistes depuis douze mois de travailler avec nous et de faire des choses qui leur sont propres en tant qu'artistes mais qui pourraient avoir des conséquences dans le quartier. Ainsi, Kouam Tawa, un auteur camerounais, anime des ateliers d'écriture tous les mercredi.
En France, le social ne garde-t-il pas la culture en otage ?
Je fais partie de la génération qui séparait les artistes et les animateurs : le vrai artiste était dans sa tour d'ivoire, dans son atelier, et son art lui suffisait pour faire venir le peuple. Je prends toujours comme exemple Brecht et tous les grands artistes qui ont été créateurs et animateurs à la fois. Je dirais que l'artiste qui se soucie de son art se soucie aussi de savoir comment passe son art.
Pour que la question du social ne soit pas mise de côté, ici au 104, on choisit des artistes qui se posent la question : « Pourquoi je fais cet art aujourd'hui dans la ville ? “
Pourquoi, au XXIe siècle, le mythe de l'artiste romantique, isolé, coupé du monde, perdure-t-il ?
On a mis les artistes dans une tour d'ivoire pour plusieurs raisons. D'une part, cela a beaucoup servi les marchands d'art. Je pense aux œuvres de Basquiat, qui se sont vendues à des prix astronomiques grâce à la légende sur l'artiste et son histoire personnelle.
D'autre part, la mode romantique est fondée sur les croyances religieuses qui sont tellement ancrées en nous qu'encore aujourd'hui, nous avons besoin d'un guide, d'un chef, et qu'en même temps, on aime bien les crucifier. La religion catholique a contribué à créer ces mythes. Mais c'est l'œuvre qui doit faire rêver et pas ce qui est autour.
Ce qu'on aime en Basquiat c'est qu'on se rêve un peu lui et c'est normal, mais il ne faut pas confondre l'artiste et son œuvre. Ce qui serait intéressant, c'est de savoir comment on verrait une œuvre si on se débarrasserait de la légende : comment regarder Warhol sans savoir que c'est Warhol ? De quoi rêvez-vous ?
Moi, je rêve du Moyen-Age, où toutes les peintures dans les églises n'étaient pas signées. Il s'agit d'artistes sublimes dont on ne connaitra jamais le nom. L'art, à cette époque, était réellement au service du monde et la transmission était au cœur de l'art.
Photo : Emilie Moysson





















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De Dr Stange
15H55 | 10/01/2008 |
je suis interèssèe et j'aime ce que vous dites sur l'anonymat(c'est pourquoi je ne signe jamais mes dessins ou tableaux)par contre que ce soit dans votre article ou sur le site ou trouver l'adresse ! ! le 19em c'est vaste !
à Dr Stange
De Dr Stange
15H57 | 10/01/2008 |
ça y est j'ai trouvè,1000000000escuses
à Dr Stange
De supercat
Paris | 19H13 | 10/01/2008 |
comment prétendre à une démarche artistique et ne jamais signer ces oeuvres ? c'est où démagogique ou irréfléchi ! je vous laisse le choix.
quand aux propos sur le 104 il laisse rêveur de tant de platitudes et abérrations. monsieur vendetta a raison et bien raison.
à Dr Stange
De Téa Hillereau-Romanello
(auteur)
Journaliste | 21H45 | 10/01/2008 |
Le 104 est situé au 104 rue d'Aubervilliers et les bureaux actuellement sont situés au 11bis rue Curial.
De Pictulo
16H02 | 10/01/2008 |
A l'époque (jusqu'à sa réhabilitation récente), l'adresse abritait les services des Pompes Funèbres parisiennes. Et curieusement, déjà, les soucis d'ouverture et de partage étaient à l'origine de cette création : le but était d'offrir à tous les citoyens des obsèques décentes. Suicidés, femmes divorcées, filles-mères et autres éclopés de la vie pouvaient enfin être enterrés dans une dignité minimum, avec un service impeccable.
Souhaitons que cet intéressant projet fasse des petits.
De fran
16H21 | 10/01/2008 |
« Un lieu dans lequel le public, tous les publics, participent au chemin de la création artistique contemporaine »
bref la tarte à la crème actuelle sur l'art.
à fran
De Téa Hillereau-Romanello
(auteur)
Journaliste | 21H49 | 10/01/2008 |
Pou moi, Il y a toujours un peu de démagogie dans ce style de projets mais laissons le temps faire pour juger. Les directeurs artistiques semblent sincères et passionnés….dossier à suivre et peut être essaye de participer à leurs activités en les appelant ou en se rendant dans les locaux des bueraux au 11bis rue Curial.
à Téa Hillereau-Romanello
De fran
22H38 | 10/01/2008 |
chère Théa, je les fais tous ces efforts (c'est de la culture d'ailleurs, pas un pensum), je connais bien ce milieu, je le fréquente même de très près et je pourrais vous parler de dizaines de projets super intéressants, qui ne coûtaient même pas très cher… mais qui ne collaient pas avec la ligne « du parti » (en l'occurence le ministère de la culture). Alors quand je lis des poncifs pareils ça m'énerve, parce que j'entends ça depuis des lustres et que c'est à côté de la plaque. Il y a toutes sortes de manières d'être artiste et il y a toutes sortes de « modes » de regarder l'art. En ce moment on s'imagine que l'art va sauver le monde… c'est charmant, c'est naïf et malheureusement c'est assez faux. Il y a bien entendu toujours de rares exceptions qui confirment la règle… mais pour la plupart j'y vois beaucoup de cynisme dans un bel emballage compassionnel. Laissons la compassion au combat politique, l'art aux artistes quels qu'ils soient et le public qui n'est pas si stupide fera le tri.
De pikasso02
16H25 | 10/01/2008 |
L'idée est intéressante mais j'aurais aimé lire que cette expression contemporaine ne devait pas être reliée à l'art. Vous l'abordez à la fin en parlant des peintres et sculpteurs du moyen âge. Mais à cette époque, une structure permettait à ces artisans d'exister. Cette structure c'était l'église, ou la cathédrale, bref c'était la religion. Si vous trouvez aujourd'hui un équivalent, votre 104 marchera. Sinon, c'est peine perdue d'avance. On ne s'exprime pas pour s'exprimer. un lien doit exister entre tous ceux qui vont créer ensemble. Sans texte, une troupe de théâtre ne peut rien. C'est la même chose pour l'expression contemporaine. Ouvrez les yeux ! Vous êtes à Paris ! Et d'autres expériences de ce genre ont été faites, du genre Palais de Tokyo. Les Français n'en ont rien à faire de cette expression contemporaine. Pourquoi, du jour au lendemain, verrions-nous des oeuvres naître ? Les artistes ont besoin d'une solitude pour créer du vent ou du solide. Seul le temps parle ou finit par parler. Assez de ces expériences qui ne mènent nulle part ! Qu'à nous éloigner des maîtres, qui sont les seuls derniers porteurs des mystères qui aident à vivre. « L'art est affaire d'initiés ». C'est Cézanne qu'il faut écouter et non les rêveurs qui nous enfoncent un peu plus tous les jours dans la nuit. Vous voulez continuer à faire naître des Annette Messager, des Dubuffet, des Duchamp, des DiRosa… Ce sont des poètes pas des plasticiens ! Et si nous repartions des valeurs « objectives », celles qui sont incontournables pour un plasticien, le dessin ! Enseigné par Picasso bien sûr ! Pas par des académiciens. Picasso est la structure qui devrait permettre aux Français de s'intéresser à nouveau aux oeuvres du passé et de celles à venir, si celles ci « INTERPRETENT » celles du passé, comme le fit Picasso. Ce Picasso que personne ne veut remettre en question. Picasso, INTERPRETE ! ! ! Oui il ne fut que cela. L'interprétation, en voilà une autre bonne structure pour s'exprimer gestuellement. Mais comme vous le dite, « le social garde la culture en otage ». Le code de la route a remplacé la bible, et les routes , les églises. Les cathédrales d'aujourd'hui sont les automobiles. Chacun sa cathédrale ou sa chapelle.
à pikasso02
De Pictulo
17H40 | 10/01/2008 |
Comment ça, « pas une plasticienne, Annette Messager » ?
Et Duchamp non plus ? Dubuffet, Di Rosa non plus ?
Ils sont quoi, alors ? Cosmonautes ? Danseurs ? Experts en balistique ?
Ta chapelle à toi, elle serait pas du genre capitonnée, des fois ?
à Pictulo
De pikasso02
21H00 | 10/01/2008 |
Très cher Pictulo, tu dois avoir raison. Rue89 n'apprécie pas mes messages ces derniers temps ! Dans le sens du poil, il faut flatter et ne pas dire ce qu'on pense ! Je commence à regretter d'être venu dans ce journal où les messages que l'on envoie et qui sont supprimés ne peuvent plus être lus. Mais je ne vois pas où est le mal, quand je traite de poètes, ceux que je ne considère pas comme plasticiens. Dire ce que l'on pense n'est plus possible. Dommage !
à pikasso02
De Pictulo
21H03 | 10/01/2008 |
Mais non, Pikasso02, ne te mine pas. Il n'y a aucun mal à dire que ces artistes sont des poètes.
C'est moi, je me suis emporté.
Continue à dire ce que tu penses, tu es ici pour ça.
Cordialement.
à pikasso02
De Téa Hillereau-Romanello
(auteur)
Journaliste | 21H51 | 10/01/2008 |
Peux-tu être plus clair ?
à Téa Hillereau-Romanello
De pikasso02
17H00 | 11/01/2008 |
Bonjour Téa Hillereau-Romanello.
Si ce n'est pas à moi que vous vous adressiez, je vous demanderai de bien vouloir m'excuser. J'adresserais alors le contenu de ce message à Rue89.
« Supprimer la barrière entre artistes et spectateurs » Cette barrière existe donc bien ! Comment y remédier ? Je vais essayer de vous dire comment je vois les choses.
La rencontre avec les artistes ne me semble pas crédible. Autant cela reste possible avec les arts appliqués. Mais il y a bien le mot art dans arts appliqués ? Première erreur. Il aurait suffi d'utiliser le mot qui convenait et le tour était joué. Technique à la place de art. C'est une broutille me direz-vous ! Certes ! Mais art aujourd'hui finit par tout dire et ne rien dire.
L'artiste (le peintre, le sculpteur, le graveur…) a besoin d'être seul pour exprimer son moi et le voir sur ce qu'il fait, espérant y voir briller l'or comme le chercheur d'or. Ce qui est en nous, en chacun de nous, et non encore révélé.
C'est de cela qu'il s'agit quand un génie apporte du nouveau. C'est la découverte des génies, que nous devons transmettre à ceux qui viennent passer des moments dans des lieux qui sont consacrés aux arts. Or ce génie n'est plus enseigné. L'école du Louvre a fait du bon travail avec les œuvres du passé occidental, qui obéissaient toutes ou presque à la même structure, religieuse ou mythologique.
Depuis les Impressionnistes, les ateliers en commun ont disparu. L'invention du tube au 19ème siècle pour les peintres est comparable à l'invention des bombes de couleur pour les tageurs d'aujourd'hui. Je crois que ces inventions furent pratiques, mais ne participent que de l'histoire. Vous mettiez une bombe dans la main de Keith Harring ; il vous peignait des œuvres remarquables. Dans la main d'un autre peintre, le résultat aurait été sans contenu. Pourquoi ? Keith Harring avait suivi des cours de dessin dans une grande école (j'ai oublié le nom ! ). Il existe encore des écoles qui livrent des clés. Pas en France ! Dommage ! Depuis les impressionnistes la mentalité des peintres et du public a changé. L'individualité associé au fric, si le peintre a du génie et le marchand du flair, ont fait en sorte, que la TRANSMISSION n'a plus pu se faire comme avant.
Je suis pour la transmission, mais la transmission de contenus, d'outils intemporels, de fondamentaux. Seurat enseignant la théorie des couleurs à Van Gogh, ce n'est pas un rêve ! C'est une réalité. Sans Seurat, pas de Van Gogh ! Combien de personnes savent cela ? Comme quoi, une convention, un code, ne sont pas obligatoirement négatifs.
TERMINE, avec Cézanne, Matisse et Picasso. Les marchands sont là et plus rien ne sera comme avant. Et rien, en peinture ne changera jusqu'à 2008. Les marchands, ont fini par influencé les organismes d'Etat. C'est l'argent qui décide. Pourtant si Cézanne, Matisse et Picasso ont apporté du nouveau, pourquoi le cacher ? J'ai parlé de l'importance du mimétisme chez ces peintres à des conservateurs, des historiens, des critiques d'art actuels. Non ! Ce qui est écrit est écrit. Impossible de revenir en arrière en histoire de l'enseignement des arts.
Je n'ai rien contre les « poètes » des arts plastiques. Mais Cézanne, Matisse et Picasso ne furent pas des poètes. Ils furent des INTERPRETES. Sans les œuvres du passé, ils n'auraient pas pu s'exprimer. Je m'écarte du sujet ? Non ! Je ne crois pas. Car tant que nous ne nous serons pas remis sur les rails, le train de l'art plastique restera bloqué en rase campagne. Oui aux poètes, aux artistes conceptuels, mais oui aussi aux peintres INTERPRETES. Cette valeur pourrait être enseignée au 104 par exemple en histoire de l'art. Mais pour qu'elle soit enseignée, il faudrait mettre dehors les bonimenteurs de l'histoire d'aujourd'hui. Cela est impossible, car ces bonimenteurs croient ce qu'ils disent, puisque leurs thèses sur l'art sont issues de ce que d'autres avant eux leur ont transmis. Quatre générations de malentendus. POURQUOI ? LE SILENCE DES GENIES ! Comme 104, je suis pour que l'art soit pour tous et tous ceux qui veulent en profiter dans la vie. L'art est un plus dans notre vie. Ce qui me désole, c'est qu'aujourd'hui, on demande à des philosophes de nous parler du dessin. J'aime bien entendre Jean Luc Nancy. Lui donner carte blanche au musée des beaux arts de Lyon pour qu'il nous parle du dessin. Pourquoi pas ! « Le Plaisir au Dessin ». Je trouve cela triste. Je ne suis pas philosophe ! Je ne suis que dessinateur. Je profite de Rue 89 pour dire à Jean Luc Nancy de passer voir des images qui parlent sur mon site. Facile avec Google vous avez mon nom. Mon dernier travail, un tantinet provocateur, pages 573 à 629. Il existe des processus oubliés. Retrouvés, ils permettraient de voir et lire autrement les œuvres de ceux qui se sont tus sur leurs œuvres. (Nommés plus haut.) Ceux qui ont cassé le jouet.
à pikasso02
De Arnaud Aubron
Rue89 | 23H59 | 10/01/2008 |
J'avoue ne pas bien comprendre ce que vous voulez dire par là. Je ne vois pas dans ce fil de message signé par vous qui ait été supprimé. Par ailleurs, nous ne retirons pas les commentaires qui nous déplaisent soyez-en sûr, uniquement ceux qui sont diffamant, haineux, insultant ou hors-sujet, ce qui est de plus en plus rare. Vous pouvez préciser votre pensée ?
à Arnaud Aubron
De pikasso02
14H40 | 11/01/2008 |
Bonjour, simplement que quand je suis revenu hier sur cette discussion mon nom était en noir. J'ai donc réagi. Comment expliquer qu'il soit revenu, puisque revoir les messages n'est plus possible. Personne n'a pu me redonner des points. Rue89 est donc bien intervenu pour me remettre en liste. Je prépare une réponse au journaliste qui voudrait en savoir un peu plus sur ma vision des choses. Bonne journée
à Pictulo
De brogilo
in angulo | 13H57 | 11/01/2008 |
@ Pictulo,
Annette Messager ne se définit-elle pas elle-même comme une « femme pratique » ?
Il faut dire qu'à sa manière, très « Modes et travaux », elle sait parler aux oiseaux ! ! !
A mon sens, A.M. n'est pas une plasticienne. Peut-être encore moins que son mari, Christian Boltanski.
Mais ces deux-là sont les protégés de certains réseaux. Aussi occupent-ils le terrain et amusent la galerie.
Lui, c'est « OPA sur la Shoah », avec parfois de belles réussites : voir les ombres chinoises qu'il fit sur la grande verrière du Musée d'Orsay.
Mais c'est bien moins bien que celui dont il s'inspire.
Or n'est-ce pas le devoir de l'artiste que d » « ajouter à ce qui est quelque chose qui ne s'y trouvait guère » ? …
Elle, c'est « La jeune fille qui pleure (à l'infini) son oiseau mort », fouraillant avec le même clou rouillé, depuis des lustres, la chair à vif de son Moi privé.
Drôle de drame perso, auto-centré ou « quand la psychanalyse prend ses (bas) quartiers…
L'excellent post de pikasso02 m'évoque Pascal Quignard lorsqu'il écrit dans les “Ombres errantes” :
“La définition de l'art moderne a été donnée par Pierre Guilliard le 11 août 1932. Pierre Guilliard avait fait des études scientifiques ; sa profession : ingénieur. Il se précipite sur l'Angelus de Millet. Il perce la toile de plusieurs coups de couteau. Il est maîtrisé par les gardiens. Au poste de police où il est amené par les gardiens du musée du Louvre il déclare :
-Au moins, on parlera de moi.
La mise en avant de soi, le refus de l'assujetissement, la haine dans tout ce qui fut du ‘cela fut’, telle est la triple thèse de l'art moderne.
L'allergie à la dépendance, le discrédit de l'antériorité, l'élimination du jadis, telles sont les thèses du progrès.
Il blesse le paysan au pantalon, blesse la femme penchée au bras. Le ciel fut irréparable.”
Ce “ciel” commun à tous les artisans du Moyen-Age.
Bref, plus de place pour le “mimétisme d'apprentissage” si cher à pikasso02 et à quelques-uns dont je suis, mais le culte de la table rase avec son corollaire inévitable : la signature devenue objet même de l'art.
PS : Basquiat, dont parle Cantarella, a d'abord signé SAMO (Same Old Shit), mais la notoriété venant, sa signature est devenue sa meilleure publicité. Andy de même.
à brogilo
De Pictulo
18H59 | 11/01/2008 |
Ouaips.
Curieux comme le sujet de départ (l'ouverture d'un lieu non conventionnel, objet de l'article) peut se transformer en tribune libre sur l'art. Délitement du sens. On glisse pour bien dérouler ses théories, étendre son concept, disserter sur qui est bon, qui est mauvais, dénoncer les « réseaux », les usurpateurs, les interprêtes et j'en passe… Il est de bon ton de citer quelques auteurs, de faire des phrases.
Rien ne me choque dans vos propos. Sauf peut-être leur longueur…
à Pictulo
De brogilo
in angulo | 19H44 | 11/01/2008 |
Rien ne me choque non plus dans les vôtres, rassurez-vous, vous êtes terriblement de votre temps.
à brogilo
De Pictulo
19H58 | 11/01/2008 |
Ben oui, je suis vivant, quoi.
C'est si « terrible » ?
à Pictulo
De brogilo
in angulo | 20H02 | 11/01/2008 |
?
à pikasso02
De Network 23
identité perdue dans mes papiers | 13H52 | 11/01/2008 |
Il y a une légère différence entre le Palais de Tokyo, situé dans un arrondissement huppé de la capitale, et être 104 rue Aubervilliers.
De meg
17H07 | 10/01/2008 |
Comment font les artistes pour se concentrer sur leurs oeuvres si leurs ateliers sont constamment visités pendant qu'ils travaillent ?
Pour l'anonymat des artistes je ne suis pas d'accord avec la personne interviewer. Pour comprendre une oeuvre d'art, il faut savoir un minimum de choses sur son contexte et la connaissance de l'auteur en fait partie. Sans une signature, les oeuvres deviennent des éléments séparés les uns des autres et on perd totalement la possiblitié d'observer l'évolution d'un artiste tout au long de sa création ainsi que la cohérence des oeuvres les unes par rapport aux autres.
L'exemple choisis du moyen-age n'est pas juste, les oeuvres à l'epoque pouvaient etre signer par leurs créateurs qui avaient un statu d'artisan executant une commande. Et la notion d'oeuvre d'art et d'artiste tel que nous la connaissont aujourd'hui n'existaient pas.
à meg
De Téa Hillereau-Romanello
(auteur)
Journaliste | 21H56 | 10/01/2008 |
ALors, d'abord les ateliers ne sont pas constamment visités. Il y aura un calendrier avec des dates précises pendant lesquelles les spectateurs pourront se rendre dans l'atelier.
Ensuite concernant l'anonymat : je crois bien que Robert Cantarella voulait porter un exemple de notion d'artiste en tant qu » homme « normal » qui vit et travaille, opposé à la notion d'artiste romantique (l'artiste maudit , enfermé dans sa tour d'ivoire) qui lui est inacessible aux communs mortels
à Téa Hillereau-Romanello
De fran
22H56 | 10/01/2008 |
encore moi.
mais la notion d'artiste romantique c'est complètement vieillot, dépassé, personne ne se revendique de ça ! Les artistes voyagent beaucoup, rencontrent du monde, certains sont de vrais businessmen. Où est-il allé pêcher ses références M. Cantarella ? à se demander s'il y connaît quelque chose. Ou alors je n'ai rien compris et il ne s'occupe que de spectacle vivant (danse, théâtre). De plus son discours sur les artistes (terme qui n'existait pas à l'époque) du Moyen Age est complètement faux. C'est très inquiétant, même si vous le défendez bravement !
De V comme vendetta
Ecrivain | 18H56 | 10/01/2008 |
Exemple parfait de la niaiserie qui sévit actuellement dans l'art… Tous les clichés y sont : participation illusoire du « public » ; financement public à but spectaculaire et hypocrite (on fait quelque chose) ; « supprimer les barrières entre l'oeuvre et le spectateur »… Je me marre… du véritable marketing pour sous préfecture… ; concept d'utopie sans aucune définition autre que brumeuse, au passage, les passages parisiens furent crées après le succès à Londres du Crystal Palace, rève étrange de cloture total du monde industriel, lisez ce qu'en pensez Dostoievsky, « l'homme du sous-terrain », ou plus récemment, le livre de Sloterdjik… ; définition de l'Art totalitaire : « ce qui me fait du bien », les artistes nazis et staliniens aussi se faisaient du bien ; citations culturelles étranges : Brecht ? l'artiste brechtien se distancie de son personnage, il n'en est ni la dupe ni le dindon, et les peintres des églises du Moyen Age étaient anonymes ? ? ? Il doit confondre avec les sculpteurs, et encore ! ! ! Mêmes les fresques romanes étaient signées ; délires ignares sur le Romantisme et la religion catholique ; fascination mimétique non comprise (relire Réné Girard) sur Basquiat et Warhol…
L'Art est asocial, amoral, apolitique ; il nait d'individualité particulière, il se crée d'une coupure et d'une dénonciation décalés du monde, il grandit dans la solitude et la réflexion.
à V comme vendetta
De Téa Hillereau-Romanello
(auteur)
Journaliste | 22H04 | 10/01/2008 |
Je ne suis pas daccord sur « L'Art est asocial, amoral, apolitique » l'art peut être justement les deux à la fois socialet asocial, moral et amoral et très politique. Que l'art naisse « d'individualités particulières », là je suis daccord. Mais encore une fois elle se crée grâce au mouvement entre la coupure au monde et la super permeabilité avec le monde, et la dénonciation est décalée parce que l'artiste est en dehors en tant qu'observateur mais aussi à l'intérieur autrement il ne peut pas dénoncer s'il ne connait pas. Et pour moi il n'y a pas de manichéisme : l'art grandit dans un mouvement et une dinamique entre la solitude et le contact avec le monde. Il ne faut oublier que les artistes voyagent et souvent vont à l'encontre des autres et se nourrissent des rencontres.
à Téa Hillereau-Romanello
De Network 23
identité perdue dans mes papiers | 13H57 | 11/01/2008 |
« En se voulant solitaire, l'artiste se berce d'une illusion peut-être féconde, mais le privilège qu'il s'accorde n'a rien de réel. Quand il croit s'exprimer de façon spontanée, faire oeuvre originale, il réplique à d'autres créateurs passés ou présents, actuels ou virtuels. Qu'on le sache ou qu'on l'ignore, on ne chemine jamais seul sur le chemin de la création. »
Claude Lévi-Strauss, La Voie des masques (1979, excipit - XIe chapitre)
à Téa Hillereau-Romanello
De pikasso02
17H32 | 11/01/2008 |
Possible que des artistes pensent comme vous, ou vous comme les artistes, mais si Cézanne, Matisse et Picasso étaient encore en vie, ils produiraient des oeuvres en puisant dans l'univers des oeuvres d'art, comme Bacon puisait dans les photographies. (Mais Bacon ne fut jamais satisfait de son travail.) Pas besoin de voyager pour ces artistes. Je crois que le malentendu est toujours le même : confondre la nature et les oeuvres d'art. La nature n'a jamais produit d'oeuvres d'art. C'est pourquoi je dis que la photographie est une technique d'expression mais pas un art. Le corps ne participant pas à l'action. Les photographies renvoient à la vie. Les oeuvres d'art au sacré. J'aime citer cette parabole : Tout a été détruit sur terre, sauf les humains. Tout sauf deux catalogues de photographies. Dans un catalogue, des photographies de la nature par les plus grands photographes. Dans l'autre des photographies d'oeuvres d'art de tous les musées du monde. Quel catalogue, d'après vous sera utile aux humains pour se reconstruire ?
De supercat
Paris | 19H11 | 10/01/2008 |
oui monsieur vendetta de paris, vous avez tout à fait raison. supercat paris écrivain aussi publié chez l'harmattan