La croissance ne se résume pas au PIB: Sarkozy puise à gauche


Bassin de la Villette, juillet 2007 Flore-Ael Surun, Tendance Floue

Lors de sa conférence de presse, mardi, Nicolas Sarkozy a proposé d’oublier un peu le PIB, piètre mesure des performances des pays, et d’inventer de nouveaux indicateurs. Une idée pêchée dans les cartons de la gauche, selon la philosophe Dominique Méda, qui a conseillé Ségolène Royal pendant la campagne électorale.

Le président de la République juge le PIB « trop quantitatif, trop comptable », et estime qu’il dissuade les sociétés de changer leurs comportements, leurs façons de penser ou de produire: « Si nous voulons favoriser un autre type de croissance, il faut changer notre instrument de mesure de la croissance. » Il compte réunir des experts de haut niveau pour « réfléchir aux limites de notre comptabilité nationale et du PNB ».

Dominique Meda a publié en 1999 un livre sur ces questions (« Qu’est-ce que la richesse? »), dont un chapitre était d’ailleurs titré « Pour une politique de civilisation ». Dans ce livre, elle juge absurde de mesurer le degré de civilisation des pays en fonction d’indicateurs de production, qui ne reflètent ni l’aptitude à la paix civile, ni le degré de cohésion sociale, ni la qualité de la gestion des ressources naturelles…

Pour Dominique Méda, cette idée a été produite par les cercles de réflexion de la gauche:



La philosophe ne peut que se réjouir que Nicolas Sarkozy reprenne l’idée, mais elle exprime des doutes sur le « timing » de cette annonce: au moment ou la croissance du PIB commence à patiner, la tentation n’est-elle pas forte de « casser le thermomètre »?


Par manque de volonté politique, les dirigeants socialistes n’ont pas su se saisir des travaux de leurs intellectuels. Un nouveau signe de leur désarroi idéologique… Nicolas Sarkozy a donc repris l’offensive, et pour conduire le nouveau chantier, il a choisi deux experts internationaux très prisés à gauche (et même dans les milieux « alter »): les deux prix Nobel d’économie Amartya Sen (qui a beaucoup travaillé sur la question, et qui est à l’origine de l’indice de développement humain du Pnud) et Joseph Stiglitz, ancien chief economist de la Banque Mondiale, qui pourfend depuis plusieurs années les méfaits de la mondialisation.

Pour en savoir plus:
► « Richesse » (article de D.Méda dans le Dictionnaire de l’autre économie).

► Une évaluation de l’Indice du bien-être économique, par Lars Osberg et Andrew Sharpe (DARES)


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Par jazzmataz
21H46    09/01/2008

Même si cette idée provient sûrement d’un désarroi face à une croissance qui ne fait que baisser, le fait de remettre en question le PIB comme indicateur de richesse est une révolution politique! Tous les politiques d’aujourd’hui sont hypnotisés par « la croissance » et incapables et de remettre en cause cette indicateur.

Si Sarkozy parvient à imposer un nouvel indice de richesse, les politiciens rattraperont un retard idéologique énorme (cela fait un moment que les économistes sont convaincus que le PIB devrait moins considéré, voire mis à l’écart)

 
21H49    09/01/2008

En lisant votre compte-rendu de la conférence de presse de Sarkozy, je m’étais étonné que le recours à Amartya Sen et Joseph Stiglitz n’ait pas plus que ça frappé les esprits.
N’étant pas économiste moi-même, je ne me sens pas apte à juger « techniquement » leurs écrits, mais il me semble que tous deux, sans récuser fondamentalement le capitalisme, proposent tout de même des alternatives à l’orthodoxie globalisatrice contemporaine.
Au sujet de l’indice de développement humain, je crois que le roi du Bhoutan a déjà pris une telle initiative et qu’elle est à la base de la politique qu’il mène sur ses terres. Pour autant, il me semble qu’il serait hâtif de le qualifier de roi de gauche (et je veux bien parier que ça ferait beaucoup rire la majesté).
Toutefois, d’une manière générale, l’impression que me laisse Sarkozy, c’est qu’il s’engouffre dans les silences du PS (TV publiques sans pub, urbanisme et développement durable, entre autres). Ce qui fait peut-être un beau discours : pour la politique, on jugera sur pièces (et ça risque de faire mal).

 
Par Le Yéti
09H41    10/01/2008

LA CROISSANCE, RÊVE OU CALAMITÉ ?

Qu’est-ce qu’on peut nous en rebattre avec cette idée de croissance ! Sans croissance, pas de progrès, pas d’avenir, régression, no future, pas d’emplois, j’en passe et des meilleurs. Hum, hum, voyons voir tout ça de plus près…

Si l’on en s’en tient à la définition première de la croissance économique comme accroissement de la production nationale des biens et des services pour satisfaire le public, rien à redire. L’idée de croissance devrait nous chavirer d’aise.

Cet accroissement des biens et des services serait tout bénéfice pour le citoyen lambda si elle était mesurée par un indicateur de production en volume ou en indice de satisfaction. Mais non, elle est mesurée en valeur monétaire. Le taux de croissance équivaut au taux de variation du PIB (Produit Intérieur Brut). C’est donc un simple gain financier envisagé au niveau national.

La question est de savoir si la progression des gains financiers au niveau national rime avec la satisfaction des besoins élémentaires de chacun.

Si une année, j’achète un téléviseur X à tel prix et que l’an d’après il a été remplacé sur le marché par un téléviseur Y coûtant 40 % plus cher au prétexte de quelques innovations techniques, on nous dit que la croissance monétaire aura été de + 40 %. Ma satisfaction de consommateur aura-t-elle grandi de 40 % ? Rien n’est moins sûr.

Autre exemple : pour faire tourner la machine diabolique, on limite l’offre à des produits de plus en plus archi-sophistiqués, donc de plus en plus chers, quitte à nous priver de biens ou services beaucoup plus simples, donc moins chers, mais qui suffiraient largement à nous combler. Ainsi de la fameuse Logan mini-prix de Renault, prestement retirée du marché européen quand on s’est aperçu qu’elle risquait de remplacer au pied-levé les engins sophistiqués bourrés de gris-gris électroniques qui vous inflationnent les tarifs et vous fragilisent la mécanique.

Pire, et là on flirte carrément avec le sordide, que penser de ces grandes sociétés pharmaceutiques qui s’ingénient à contrarier la production de médicaments génériques pour pouvoir écouler leurs flacons de marques à prix exorbitants ? On en arrive à des tragédies comme celle du sida qui décime les populations des pays pudiquement appelés « émergents ». La croissance économique comme facteur de crimes contre l’humanité, bravo !

J’entends d’ici les intégristes néo-libéraux brailler leur ultime argument-qui-tue : mais sans croissance, PAS D’EMPLOIS ! Allons, allons, poudre de perlimpimpin ! La croissance annuelle des grandes entreprises du CAC 40 se mesure à deux chiffres. Les avez-vous jamais vu embaucher, investir une part de leurs bénéfices en créations de postes ?

C’est que la logique de l’économie néo-libérale n’a plus rien à faire de la satisfaction du public. Seule l’obnubile la quête effrénée d’un profit exclusivement monétaire réservé à une bande d’aigrefins insatiables. L’argent qui était à l’origine un simple moyen d’échange des biens et services produits, est devenu le but en soi de l’activité économique, une entité perverse et dévorante qui finit par semer la désolation plutôt que le contentement.

Gardons-nous pourtant de condamner l’idée de croissance, mais dans son acceptation première. Reconsidérons la croissance dans l’optique d’une satisfaction des vrais besoins du public, de tout le public, et non d’une course imbécile aux profits financiers. Raisonnons-la, harmonisons-la avec les possibilités de notre élément naturel, socialisons-la.

Pourtant tel n’est manifestement pas le but de notre caractériel président. Celui-ci a juste été forcé de se rendre à l’évidence : la croissance telle que l’entend le système néo-libéral est une idée durablement morte dans les pays privilégiés. (De quoi donc aurions-nous encore besoin puisque nous avons tout et plus que tout ?) Or sans croissance, plus de système.

Alors comme d’habitude, notre névrotique Zébulon cherche à gagner du temps en essayant de prendre la tangente, de donner le change. Il découvre - c’est un scoop ! - que la croissance peut n’être pas seulement financière (idée de gauche). Mais de là à chercher une « croissance » de la satisfaction de tous, il y a un monde de Bolloré, de Bouygue, de Lagardère, de Parisot et autres voyous assimilés, qu’un président aussi marqué par son camp de droite n’est certainement ni en mesure, ni en volonté de franchir…

 
Par ericj
22H13    09/01/2008

Il faut (hélas !) reconnaître à Mr. Sarkozy l’intelligence tactique :
le PS est définitivement mis hors-jeu par cet étonnant appel à moderniser les mesures économiques…
Je suis plus surpris pas le choix un peu « bling-bling » de deux « Prix Nobel » (ceci dit sans rien retirer, bien au contraire, aux talents des deux sus-dits)…
N’a-t’on pas en nos Universités de brillantes et inventives personnalités en la matière ?

 
Par chtivelo
22H16    09/01/2008

Puisque les meilleurs sont à gauche (ouverture) les meilleures idées sont à gauche ,gens de droite faites plaisir à notre président
Votez à gauche

 
Par papy55
23H24    09/01/2008

Modifier les indicateurs de croissance n’est peut-être pas une mauvaise idée, à condition que les décideurs qui ont pour habitude de s’y référer pour prendre leurs initiatives changent de comportement, sinon je crains que pour le Français lambda cela ne suffise pas, pour résoudre son quotidien immédiat !

J’ai une anecdote, concernant un enfant malade, dans les années 60. La thérapie de l’époque consistait à mettre le petit malade à la diète tant que la fièvre n’était pas tombée. Celle-ci ne baissait pas, et plus les jours passaient, plus l’enfant s’affaiblissait….!
On s’aperçut finalement que la graduation du thermomètre était en fait décalée, dès lors, on se remit à nourrir normalement l’enfant qui se rétablit de manière fulgurante…!
Pourquoi ne pas rêver d’un même traitement pour l’économie?…

 
23H31    09/01/2008

« j’irai chercher la croissance avec les dents »
Mais il s’est cassé les dents…
Alors il parle d’autre chose. Pour nous endormir.
Il convoque des noms, éminents. Après Jaurès, Blum, voilà Amartya Sen et Stilgitz. Pour nous faire parler.
Mais il faudrait qu’il comprenne qu’il ne sera pas jugé sur ses annonces, mais sur ses résultats. Or les indices de mesure des inégalités existent (indice de Gini, rapport entre les revenus des 10% les plus riches sur ceux des 10% les plus pauvres, indice de développement humain, …). Et pour le moment , tout ce qu’il a décidé va vers leur aggravation.

 
Par had
14H41    10/01/2008

le B N B (« bonheur national brut ») existe depuis 1972 comme mesure de base à la « croissance » (qui n’a donc pas le même sens) au royaume du Bhoutan, basé sur quatre facteurs :

* la croissance et le développement économique ;
* la conservation et la promotion de la culture bhoutanaise ;
* la sauvegarde de l’environnement et la promotion du développement durable ;
* la bonne gouvernance responsable.

En ce qui me concerne, je trouve le B.N.B. façon Bhoutan très sympa, sauf bien sur, le coté nationaliste de « conservation et promotion » de la culture bhoutanaise (ici on appelle ça « l’exception française »)

Ni la gauche, ni la droite, ni Sarko, n’ont donc inventé ce principe, mais un roi au pouvoir absolu ! Comme quoi, il faut parfois regarder ce qui se fait ailleurs …

( http://fr.wikipedia.org/wiki/Bhoutan )