Mehdi Aboualiten a 24 ans. Il vit dans le Xe arrondissement à Paris, chez ses parents: une mère française, un père né au Maroc qui a la nationalité française depuis « trente ans », obtenue à son mariage avec la mère de Mehdi.
Lui n’a jamais eu la nationalité marocaine. Il ne parle pas l’arabe et n’a que des papiers français qui indiquent « Mehdi Fernand Mohamed Aboualiten », en souvenir du prénom de ses deux grands-pères. Il dit qu’il se sent « jambon-beur, moitié-moitié mais quand même en majorité très Français ».
Medhi alterne son activité de vidéaste avec des périodes de petits boulots. Après avoir réalisé la décoration d’une boutique de vêtements et travaillé durant un an, il peut prétendre aux allocations chômage. Le 26 décembre, sur le coup de 11 heures, il se présente à l’antenne Assedic du passage Dubail, près du canal Saint-Martin, non loin de son domicile, pour y présenter son dossier.
Problème: il a bien préparé fiches de paye, et a même son livret de famille en poche, mais a oublié la photocopie de sa carte d’identité. Il devra donc revenir. Mais, quelques jours plus tard, arrive par la Poste un courrier à en-tête de l’ANPE, que s’est procuré Rue89:
« Vous ne remplissez pas à ce jour la (les) condition(s) pour être inscrit(e) sur la liste des demandeurs d’emploi:
Vous n’avez pas présenté de titre de séjour ou de travail vous permettant d’accéder au marché du travail. »
Titre de séjour? Sur son dossier, Mehdi Aboualiten avait pourtant coché « nationalité française ». Il avait bien omis de verser au dossier une photocopie de sa carte d’identité. Mais c’est bien sur la seule base de son patronyme que les services ont préjugé qu’il était étranger et donc qu’il avait besoin d’un « titre de séjour » pour travailler en France.
Lui qui n’a jamais eu d’autres papiers que tricolores est choqué; son père, carrément outré. Même si, à 24 ans, le jeune Parisien s’estime « insulté », il confie pourtant s’être fait aux contrôles de police « pour les bronzés »… « quand ils sont bien faits »:
C’est la première fois que le jeune homme dit avoir « la preuve écrite » d’un délit de faciès, même s’il raconte, au quotidien, « les contrôles de police » et les taxis qui le snobent lorsqu’il les hèle la nuit.
Pour l’heure, le demandeur d’emploi n’a pas encore répondu au courrier du 27 décembre. Contacté par Rue89, le service de presse de l’Unedic n’avait pas donné suite à nos sollicitations mardi après-midi.
Mais, côté syndicats dans les services publics de l’emploi, on note qu’on franchit ici « un nouveau pas très inquiétant ». Au SNU-ANPE, Sylvette Uzan-Chomel estime peu probable que le courrier envoyé à Mehdi Aboualiten relève de consignes explicites, et songe davantage à « une initiative individuelle ». Elle dénonce toutefois « le résultat d’un climat général qui incite au zèle ».






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Bonjour
Je suis le papa de Mehdi. Juste un petit mot pour répondre à intervenant qui a trouvé un peu choquant que Mehdi trouve insultant qu’on le prenne pour un étranger. Mehdi précise quand-même que ce n’est pas le fait qu’on le prenne pour un étranger qui est insultant. C’est l’idée même d’avoir des doutes sur sa propre identité. Qu’est-ce qu’elle a mon identité ? Est-elle douteuse ? Est-elle bancale ? Est-elle tachée ? C’est cela qui est insultant. Maintenant, pour revenir sur un mot précis : le racisme. La situation que Mehdi a subi, ce n’est pas du racisme. Le racisme pour moi ( ça risque de choquer certains ), est quelque chose d’humain. Un défaut des terriens qui finit toujours par s’estomper avec le temps. Nous subissons tous le racisme et nous en sommes, au moins une fois dans notre vie, responsable. Non la situation de Mehdi me met hors de moi, dans la mesure où l’état encourage et exploite ce défaut humain par calcul et par intérêt, semant ainsi un malaise et une ambiance malsaine dans la population.
Tout devient suspect !
Bonjour Monsieur papa,
Je trouve votre intervention extrêmement intéressante pour expliquer ce qu’a pu ressentir votre fils à la lecture de la lettre des Assedic. La négation de son identité, va bien plus loin que la simple négation de la nationalité française, en ce sens qu’elle remet en cause toute son éducation et sa vie, dans une certaine mesure. Plusieurs riverains ont parlé des difficultés administratives qu’ils ont rencontrées et des conséquences. Moi-même, pour renouveler ma carte d’identité, bien que née en France, il a fallu que je prouve qu’au moins un de mes parents, nés à l’étranger, était français à ma naissance. Dire qu’ils avaient tellement lutté pour acquérir cette nationalité et que maintenant, l’administration la mettait en doute, en me demandant de la prouver ! C’est effectivement une sensation d’amertume, une envie de tout casser qui m’avaient saisie.
Vous dites que le racisme est quelque chose d’humain, mais les « inhumains » font en sorte que le racisme devienne banal sous forme législative -> administrative.
Le danger est que le racisme sous forme de loi empêche toute réflexion et révolte (nul n’est sensé ignorer la loi). Il faut donc agir, continuer à agir, témoigner comme vient de la faire Mehdi, surtout ne pas laisser la « banalité » s’installer.