Quoiqu'il arrive sur la longue route qui conduit à novembre 2008 et à la fin des années sombres de l'ère Bush, l'irruption de Barack Obama sur la scène politique américaine constitue déjà un moment historique à part entière.
Brusquement, un outsider qui n'est pas pour autant un dangereux mégalomane vient bouleverser les règles du jeu politicien. » C'est l'espoir qui compte » , dit-il au soir de sa victoire lors des primaires de l'Etat de l'Iowa, le vrai lancement de la plus longue, plus coûteuse et peut-être plus intéressante campagne présidentielle américaine.
Et dans le contexte cela ne sonne pas creux, parce que Barack Obama vient de remporter sa première victoire sur Hillary Clinton, dont toute la stratégie était basée sur l'évidence : bien sûr que l'on va voter pour moi ! Eh bien non. » Nothing's written » , semble proclamer Barack dans un clin d'oeil à Lawrence d'Arabie : il n'y a pas de fatalité, il y a un avenir, et regardons le.
Un avenir plein de promesse, et de danger. Je ne connais pas un seul Américain ou une seule Américaine qui, en privé, ne m'a pas parlé de sa crainte que Barack Obama soit assassiné avant de pouvoir accomplir sa vision de l' » American Dream » . Cela en dit long sur l'état de la plus grande démocratie au monde, toujours à la merci de quelque taré raciste qui va acheter leur semi-automatique au magasin du coin.
Mais au delà des risques la bouffée d'air frais qu'il a apporté à la scène politique américaine parait lui être très favorable, face aux tentatives « restaurationnistes » de la maison Clinton ou à un John Edwards qui, outre le fait d'avoir fait équipe avec le lamentable John Kerry, a du mal à convaincre que ses tirades contre » l'Amérique des riches et des puissants » ont quelque sens, lorsqu'on le voit déambuler avec ses coupes de douilles à mille dollars.
Une trajectoire unique
En lisant le livre d'Obama, » L'audace de l'espoir » , on comprend que sa trajectoire est réellement unique dans l'histoire politique américaine : voilà un petit gars enfant d'un couple divorcé, et qui plus est de père kenyan et de mère américaine, suivant une lente ascension depuis l'anonymat du travail social dans les quartiers les plus paumés -et les plus ghettoïsés- de Chicago jusqu'au Sénat, et maintenant à la présidence, et tout cela en étant marié à une -très belle- Black qui n'a jamais caché son dégoût pour la politique politicienne… Faut le faire, vraiment.
Le lecteur ne peut qu'être frappé par la cohérence de ce jeune sénateur qui, contre vents et marées, a revendiqué son opposition à l'intervention militaire en Irak, a été le seul candidat américain à prononcer deux paroles sensées après l'assassinat de Benazir Bhutto -Hillary Clinton s'étant contentée d'évoquer ses discussions » entre mères » avec la défunte, sans parler des républicains figés dans l'idéologie de la trouille permanente, à commencer par l'inénnarable Mike Huckabee appelant à geler l'immigration des Pakistanais aux USA…-, et qui, sur le plan de la politique intérieure, ne cesse de grandir en tant qu'opposant à la logique stérile de l'affrontement bipartiste, démocrates-républicains, lequel s'est révélé particulièrement destructeur au cours de la dernière année.
De nombreuses contradictions
Il y a de nombreuses contradictions à l'oeuvre, chez Barack. A commencer par le fait qu'il a été essentiellement élevé par des femmes, son père kenyan ayant divorcé de sa mère quand il avait deux ans. Des blessures à peine cicatrisées, par exemple quand il relate dans son livre la remarque cinglante d'un activiste » afro-américain » lui refusant le statut de Noir parce qu'il n'est pas issu d'esclaves africains emmenés de force sur le continent américain.
Mais avec sa dégaine et son élocution de John Coltrane de la politique, et sa capacité à capter le dégoût grandissant des Américains pour les luttes intestines du Capitole, il est incontestablement une figure qui va compter dans l'Amérique de demain.
Une victoire de Barack Obama, ce serait pour l'Amérique un triple acte salvateur : montrer que les vieux démons de la ségrégation sont définitivement morts, projeter une image multiculturelle et moderne sur une scène internationale où les USA en sont venus à ressembler beaucoup plus à la caricature impitoyable projetée par le » journaliste kazakh » Borat qu'à un archétype de démocratie et d'inventivité, et en finir avec le bipartisme destructeur qui paralyse les corps législatifs du pays. Et il y a encore tellement plus, derrière : une sorte de révolution culturelle.
Pour comprendre » l'audace de l'espoir » portée par Barack, il faut aller voir le site Internet de John McCain, qui repasse en boucle avec la plus grande fierté ce moment où un étudiant du New Hampshire demande au candidat républicain de 72 ans : » Vous ne trouvez pas que vous êtes trop âgé pour être président ? » , et l'autre de répliquer avec son sourire de mutant : » Pas du tout, petit con ! »
Sa foi » ne regarde que lui »
Si l'Amérique se montre prête à avoir un Noir pour président, après les terribles années George Bush et son amour du VTT et de la cour saoudienne, alors elle sera peut-être prête à reprendre sa place dans le concert des nations, non comme gendarme, ce que dans son coeur elle n'a jamais voulu être, mais comme un exemple de démocratie multiculturelle, non prisonnière des extrêmistes chrétiens.
» Ma foi ne regarde que moi » , écrit Barack Obama dans son livre, et c'est peut-être la prise de position la plus significative qu'il puisse avoir, désormais qu'il est en position d'affronter un candidat républicain, Huckabee, qui pense racheter son ignorance crasse par son aptitude à gratouiller la guitare et à invoquer Jésus comme si ce dernier avait été l'un des co-signataires de la Constitution américaine.
► » Barack Obama, the Audacity of Hope » , Three Rivers Press, New York, 368 pages.


























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De Di
mère déchlorurée (papotable) | 14H44 | 07/01/2008 |
Même le vote des noirs américains n'est pas acquis pour Obama, puisqu'il n'a pas la même histoire qu'eux - son côté noir lui vient de son père Kenyan, il n'est donc pas descendant de noir américain, ce qui aurait effectivement eu plus d'impact vis-à-vis de la population noire américaine. Ce n'est pas qu'une question de couleur, c'est une question de vécu. Sa mère est indienne, (native american) par contre, c'est très intéressant. Ca serait une bonne revanche pour eux…
pour eben : je suis originaire d'outre atlantique et je crains que le texan moyen ressemble quand même pas mal au stéréotype… : -D
à Di
De Avril
15H23 | 07/01/2008 |
Tout l'intérêt de la primaire en Caroline du sud, à 30% noire, le 26 janvier. Et c'est un bastion républicain depuis 1975.
C'est les Clinton qui doivent s'en faire, à mon humble avis, quand on va attaquer les états du sud. Au sud, ça à l'air d'être soit des blancs qui les détestent, soit des noirs qui ne perdront pas l'occasion d'élire le 1er président noir (ou métis plutôt, non ? ).
Au vu des élections passées, les etats sudistes ne sont ils pas un facteur limitant à l'élection du prez ?
Quelqu'un ?
De ericj
15H58 | 07/01/2008 |
Si on gardait un peu de superlatifs et de carburants pour les semaines et les mois qui viennent ? : )
Rien n'est écrit pas plus que quiconque n'est encore élu… patience !
De Hououji_Fuu
Racaille Syndicale (oh yeah !) | 18H10 | 07/01/2008 |
Voici un article dithyrambique de plus sur Barack Obama. Décidément, depuis sa victoire aux primaires de l'Iowa, ce sympathique jeune homme est devenu le messie de pas mal de gens.
Il a beaucoup de choses pour lui (dont des moyens financiers considérables--n'en déplaise à son enfance modeste et à son parcours de film hollywoodien), certes, mais pas ce qui me semble le plus important : à savoir le bagage politique, l'expérience et la carapace nécessaires pour résister aux républicains une fois l'heure de la vraie campagne sonnée.
Parce que c'est bien gentil les sourires enjôleurs et les belles déclarations vides du style « je mettrai fin aux clivages et aux querelles politiciennes partisanes ou “je suis le changement” qui font recette auprès des électeurs démocrates, qui ne savent plus vers qui se tourner afin d'être sûrs de battre le candidat républicain, mais c'est vraiment trop court.
Au-delà de ce genre de messages creux, il faudrait peut-être analyser plus en profondeur ce qu'a dans le ventre notre nouveau candidat prodige, d'un seul coup devenu la coqueluche des média (et à ce propos, il y a de quoi en dégoûter plus d'un travailleur de fond en politique, d'ailleurs…). J'ai lu des positions sur le système desoins de santé qui ne me plaisent pas. On dit qu'il n'étale pas sa foi, mais il a quand même dû faire patte blanche comme tout le monde et démontrer qu'il avait la bonne étiquette tatouée sur le bras gauche…
Bref, toute cette hystérie autour de Barack Obama me semble assez déplacée, et surtout rabâcher les mêmes clichés du “il incarne le changement”, “il incarne le rêve américain” et autres considérations certes sympathiques, mais sans profondeur ou sens réel, et certainement pas suffisantes comme raisons pour choisir de voter pour lui. C'est un effet de mode très clair. La question, c'est de savoir s'il faut faire comme tout le monde et ne plus jurer que par lui, et aussi de savoir combien de temps durera cet effet de mode.
Une chose est sûre, si j'étais dans l'establishment républicain, je m'arrangerais pour qu'Obama pose le plus de problèmes à Hillary, et si je pouvais l'avoir comme candidat Démocrate face à Rudy Giuliani ou Mitt Romney, j'estimerais sans doute avoir la partie quasi gagnée.
PS : extrait d'un article du Times datant de Juillet 2007 :
Barack Obama announced yesterday that he had smashed fundraising records for a Democrat presidential candidate after receiving $32.5 million (£16 million) between April and June.
The total, of which all but $1.5 million is for the primary elections in which Democrats will choose the presidential nominee, eclipses the estimated $27 million raised by Hillary Clinton – the front-runner.
Comme quoi, il n'y a aucun miracle, aucun rêve américain. Juste de l'argent. Beaucoup, beaucoup d'argent, pour avoir des milliers de volontaires qui vont sonner aux portes, qui amènent les électeurs aux bureaux de vote, qui organisent des crèches et des gardes d'enfants, etc.
à Hououji_Fuu
De Di
mère déchlorurée (papotable) | 19H39 | 07/01/2008 |
Il y a effectivement beaucoup de vrai dans ce que vous dites - résister aux républicains aux USA ne sera pas chose facile pour lui - il a l'air un peu trop gentil et pas assez aguerri pour faire face aux requins qui l'attaqueront(Ils sont probablement en train de fouiller dans sa vie pour trouver quelque chose qu'ils sortiront en temps opportun). Time will tell ! Pour avoir une chance de se faire élire, heureusement pour lui, il a l'appui de Oprah Winfrey, très important personnage là-bas - ça lui emmènera certainement beaucoup de votes.
De Lidenbrock
22H35 | 07/01/2008 |
Concernant l'avenir de la candidature de Barack Obama, je ne sais pas lire dans les astres.
Mais ce qui est surtout intéressant, c'est de voir que ce peuple américain qui semblait complètement dépolitisé et destiné à passer son temps vautré devant la télé ou à faire des barbecues se réveille. Depuis l'invraisemblable histoire de l'élection de GWB en Floride, l'envoi des troupes en Irak, le passage de Katrina et l'impréparation des administrations diverses,… et j'en oublie, ils semblent avoir beaucoup mûri -certes à leur corps défendant- et résolus à prendre leur destin en main au lieu de se le laisser dicter par les média et les prédicateurs de tous poils.
Que sous les deux mandats de GWB le dollar ait perdu son place de monnaie de référence, que les industries ferment pour cause de délocalisation tout autant que chez nous, que leur agriculture soit en butte aux mêmes difficultés que la nôtre les a sans nul doute réveillés. Que leur puissance militaire soit battue en brèche crée un mouvement ne laissant de rappeler l'époque de la guerre au Vietnam.
Je me réjouis de constater que les électeurs démocrates soient devenus assez matures pour que la couleur de la peau ne constitue -du moins jusqu'à présent- plus un obstacle absolu à briguer la fonction présidentielle. Quant à ce que décideront certains Etats particulièrement rétrogrades du centre du pays, c'est peut-être une autre histoire.
Oui, certaines régions des USA sont attachées à la NRA (National Rifle Association), à la Bible, au KKK qui compte de nombreux partisans, à des organisations puisant leur idéologie dans une Amérique pionnière et fascisante (cf. les Freemen du Montana il y a une douzaine d'années refusant l'Etat fédéral),… oui, tout cela existe.
Oui, ils nous agacent à toujours vouloir donner des leçons au reste du monde, mais s'ils pouvaient continuer de nous faire rêver encore quelques mois au moins qu'une autre politique est possible après le passage d'un président aussi hallucinant que leur New Christian Reborn GWB, j'aimerais bien pouvoir espérer que chez nous aussi, nous pouvons garder espoir pour envisager la suite de NS.
De jld_64
22H53 | 07/01/2008 |
Obama Royale même combat ?
Choix des medias conservateurs afin de faciliter une victoire de leur camp ?
Promotion du candidat le plus médiatiquement embèmatique pour rassurer son camp et le plus faible pour la lutte finale contre le candidat républicain.
De Humain
10H12 | 08/01/2008 |
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En Amérique si j'étais Républicain, je tirerais d'abord sur Madame Hillary Diane Rodham Clinton…
Ensuite ll leur sera ensuite plus simple de se battre contre Barak Hussein Obama…
(Nous savons tous qu'en politique un programme se sert que les électeurs, peu nombreux, qui osent y croire)
Madame Clinton est maintenant en perte de vitesse… En France, l'UMP avait sorti Bayrou du chapeau ! Et les dés étaient lancés !
On connait le résultat.
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De cooper59
pour la decroissance ! | 12H10 | 08/01/2008 |
aux USA Bayrou passerai pour un communiste , il n'aurai pas pu participer aux primaires et aurais deux types du FBI sur son palier et sa ligne sous ecoute ! Quand a Kucinich , le seul veritable « homme de gauche “ de ces primaires il serait peut etre a l'UMP ! ce pays est d'un exotisme !
De robindesfoix
cherche une issue | 18H31 | 08/01/2008 |
il est difficile d'etre sincere quand on est intelligent
c'est comme etre honnete lorsque l'on est ambitieux
« fernando pessoa “ poète
De Quirinus-K
19H41 | 09/01/2008 |
J'avais envie de reprendre votre article mot pour mot tellement j'y voyais de mépris et de méprises.
Barack Obama était inconnu en Europe jusqu'à récemment… Mais sa notoriété va croissante aux Etats Unis depuis 1996 « En juillet 2004, il se fait remarquer en prononçant un discours de la Convention démocrate désignant John Kerry comme candidat. Il y fait l'apologie du rêve américain, de l'Amérique généreuse en les reliant à ses origines familiales. Il en appelle à l'unité de tous les Américains. “ Il est candidat pour l'espoir la nation et l'unité américaine. Je comprends très mal l'anglais mais je n'ai relevé de sa part aucun mépris ni pour Kerry… ni pour Edwards, ni pour H. Clinton.
Je ne crois pas que le succés d'Obama puisse se confirmer dans une opposition destructrice à l ‘ establishment démocrate… et réciproquement.