Témoignage

On a une relation comme ça, ma dépression et moi…

Suite à la publication de notre article sur la campagne du gouvernement contre la dépression qui rallume la guerre des psys, nous avons été intéressés, parmi les nombreux commentaires, par l'histoire de Maia, à qui nous avons demandé de nous rédiger un témoignage plus développé. Le voici.

On a une relation comme ça, ma dépression et moi…

Collégienne, j'ai commencé à me sentir « à côté » de ma vie. J'observais mes amis qui étaient tous « mieux » que moi, je me trouvais de plus en plus détestable et laide. Une année clef a été particulièrement épouvantable. Le recul et ma profession actuelle me font dire qu'à ce moment, j'étais dépressive.

Lycéenne, on écrivait sur les bulletins « manque de confiance en soi », « a les capacités pour faire mieux ». Je décidai d'aller faire un test de QI, préliminaire à une première visite chez un psychiatre. Angoissée. Déprimée. Manque d'estime de soi. Les mots sont là.

Durant mes études et le début de ma vie professionnelle, je suis de plus en plus « à côté » de tout. Les copains-copines rencontrent l'âme soeur, les mariages se multiplient, les premiers bébés arrivent. Ma vie professionnelle m'amène à recevoir et à gérer des jeunes maltraités, abusés, violés, mal dans leur peau, suicidaires, mais aussi les pénibles, dangereux, décrocheurs, ascolaires et j'en passe, quelques collègues toxiques aussi. Le tout me fait bien souvent rentrer chez moi seule, en larmes devant un frigo vide. Je passe mes week-ends entiers à dormir pour ne pas trop penser et faire cesser les remises en question.

A ce stade-là, c'est encore mon généraliste qui me prescrit mes anti-dépresseurs. Je parviens cependant à avoir l'impulsion d'aller voir un psy. J'en « essaie » deux avant de tomber sur le bon.

Je suis maintenant suivie. L'hospitalisation m'est proposée à deux reprises, je décline. La thérapie avance bien, je ne suis toujours pas heureuse, je ne profite toujours pas de ma jeunesse qui s'étiole, j'ai quelques descentes aux enfers, mais je suis en état d'aller travailler, c'est l'essentiel pour moi.

Et c'est justement lors d'une fin d'année scolaire que je m'écroule littéralement, le jour précis de la fin des cours : la perspective des vacances, sans travail pour m'occuper l'esprit, sans aucun projet de vacances (seule, à quoi bon ? ) me fait basculer et accepter d'être hospitalisée. Je pense n'y rester que le temps des grandes vacances. J'y passerai cinq mois.

C'est donc chez les fous de l'Education nationale que je suis censée guérir. Les deux premiers mois, je suis extrêmement rétive, puisque persuadée de partir début septembre. Qui plus est, on m'oblige à participer à des « ateliers », comme la peinture sur soie ; je ris au nez de l'équipe soignante :

« Moi, peindre sur de la soie ? Vous m'avez bien regardée ? Je suis une intello, je lis, je suis musicienne, et vous voulez que je patouille dans les couleurs, pourquoi pas atelier macramé tant qu'on y est. Non, vraiment, vous êtes des billes, messieurs les soignants, vous ne me comprenez pas. »

On m'accompagne manu-militari ou presque à l'atelier, de peur que je ne sèche. Les premières séances, je regarde ça de haut ; la jeune fille qui gère l'atelier essaie de me guider, de me donner des envies. Rien, nada, que dalle. Bon, en même temps, je vais devoir venir deux fois deux heures par semaine, autant s'occuper. Je me lance et, progressivement, j'y prends un plaisir inouï. Enfin ma tête se vide : je viens de comprendre l'ergothérapie.

Le mardi, dans mon pavillon qui réunit des fous de toutes natures, et pas seulement enseignants, nous avons une réunion obligatoire : la réunion soignants-soignés. J'y ai passé des moments d'anthologie ! Pas d'ordre du jour, on est là pour parler de la vie du pavillon ( ? ), mais surtout pas de la maladie, surtout pas de la thérapie. Je me mets en observation quelques semaines, sans parler et, du reste, les réunions se passent bien souvent dans le silence : les fous les plus atteints dorment, certains demandent si on aura droit à la tisane citron-miel au goûter, d'autres observent.

Au bout d'un moment, je l'ouvre. Ah non mademoiselle, pas de questions sur nos choix de thérapie, pas de questions sur vos colocataires, pas de questions sur le fonctionnement du pavillon, encore moins sur celui de l'hôpital. Et un jour, « LA » phrase :

« Vous n'avez pas à comprendre. »

A partir de là, nous nous organisons avec quelques amis fous pour faire partir en vrille chaque réunion. C'est obligatoire, autant se marrer. Nous, on veut comprendre, justement. On a un cerveau en état de fonctionner, malade mais pas invalide. On comprend que les soignants préfèrent les fous qui dorment, fatigués d'avoir déscellé le mobilier de leur chambre ou d'avoir redécoré leur intérieur avec du papier à lettre dauphins.

Sur la totalité de l'hospitalisation, il y aurait matière à écrire. Mais au bout du compte, en cinq mois, je vais vraiment mieux, presque bien, je demande moi-même ma sortie avec le plein accord de l'équipe soignante.

Depuis, je suis toujours soignée. J'ai été mutée, je travaille dans une banlieue bien difficile voire sportive, mon ancien psychiatre, que j'avais un peu revu, est déconventionné, je n'ai plus les moyens. Une chance, j'ai une généraliste qui a toujours le temps pour moi. Mon traitement évolue, je ne vais pas toujours très bien, loin de là, mais je continue à me soigner pour vivre et travailler.

Je me sens encore un peu « à côté » de ma vie, mais je l'ai embellie, particulièrement par une grande assiduité à des concerts, des rapprochements musicaux, un blog temporaire, des projets…

Plusieurs experts, médecins et psychologues, se sont accordés pour qualifier ma dépression de « chronique ». Je ne guérirai pas et, comme un diabétique, je prendrai chaque jour les substances chimiques qui manquent à mon organisme. Je ne suis pas hostile à des thérapies parallèles aux médicaments, mais dans la jungle des psys, choisir n'est pas simple.

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Portrait de Monsieur Grabeuz

De Monsieur Grabeuz

... | 15H48 | 06/01/2008 | Permalien

Très beau témoignage…
Ca donne envie de se replonger dans l'histoire du courant antipsychiatrie
http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie
L'arthérapie n'est pas un gadget pour faire passer le temps, et Maia le montre bien.
Redonner la parole aux « usagers » et même du pouvoir à ceux et celles qui sont en souffrance (ainsi qu'à l'entourage) est encore vécu dans le milieu médical comme de la démagogie. Petit à petit les frontière bougent, remettre le patient (celui qui patiente ou celui qui pâti… ? ) au coeur de la démarche et de l'action, qu'il puisse être co-expert de son vécu, et non assujetti, c'est un enjeu majeur des champs de la médecine et de la psychologie actuelle.
Lire à ce sujet, le rapport du rapporteur des enfants, Madame Versini, sur la souffrance des adolescents…
(je ne le trouve pas en ligne désolé)

Merci encore Maia, pour ce témoignage.

Portrait de Chou marin

à Monsieur Grabeuz Portrait de Monsieur Grabeuz De Chou marin

kiné | 17H34 | 06/01/2008 | Permalien

l'anti-psychiatrie ? C'est pas un truc prôné par la scientologie ?

Moi aussi, je ne trouve plus le rapport de Mme Versini, il est encore sur le site de La Croix, mais en accès payant.

Portrait de caro

à Chou marin Portrait de Chou marin De caro

délinquante avérée | 18H26 | 06/01/2008 | Permalien

bin alors, à quoi servent les moteurs de recherche sur internet ?

http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie

ici, on peut télécharger le rapport de Mme Versini sur les ados (à droite de la page, « en savoir plus »)

http://www.premier-ministre.gouv.fr/information/actualites_20/rapport_de…

j'espère que c'est le bon, je ne suis pas allée voir.

Maia, vous avez un bien beau prénom, vous ne manquez pas de courage, vous êtes réaliste. Je vous souhaite de trouver la bonne méthode pour reprendre pied en vous passant petit à petit de tous les anti-dépresseurs.

Bien à vous et à bientôt de vos nouvelles.

Portrait de Monsieur Grabeuz

à Chou marin Portrait de Chou marin De Monsieur Grabeuz

... | 23H43 | 06/01/2008 | Permalien

Les scientologues ont effectivement tenté de rameuter des gens chez eux en bataillant contre l'enfermement arbitraire et les abus de la psychiatrie, mais ça n'a rien à voir avec le courant de pensée de « l'antipsychiatrie »… (il serait crée maintenant, il se nommerait surement alter-psychiatrie ; -) ou un truc dans ce goût-là

Portrait de Lidenbrock

De Lidenbrock

21H42 | 06/01/2008 | Permalien

Merci pour votre témoignage et bravo pour votre courage. Il en faut autant pour affronter cette maladie que pour en parler.
Si les médicaments sont efficaces dans votre cas, pourquoi refuser ce moyen ? Un diabétique ou tout autre personne atteinte d'une pathologie chronique se voit obligé d'en prendre à long terme et personne n'y voit d'objection. Mais là, s'agissant de la dépression, on touche un tabou. Par ailleurs, certaines thérapies sont plus ou moins « drivées » en douce par des entreprises comme la scientoligie ou des émanations fumeuses se référant à un ésotérisme douteux, bien plus nocives que les petits cachets.
Continuez de réapprendre à aimer la vie tranquillement, et restez libre.

Portrait de Servais-Jean

De Servais-Jean 4591

Retraité | 01H45 | 07/01/2008 | Permalien

Merci aux collaborateurs de rue89 de suivre les conséquences de leurs articles et merci à MAIA d'avoir répondu à notre attente.
Ayant passé en plusieures fois un total d'un an en HP, j'ai pu y voir du meilleur au pire de ce qui peut s'y passer pour les patients et du meilleur au pire des soignants.
Cet univers trés fermé, pire que les prisons dans quelques cas, est totalement ignoré et les quelques reportages diffusés sont sélectionnés pour ne pas choquer.
Il n'y a que lorsqu'il n'est plus possible de taire la vérité que cela est mis sur la place publique. Voir l'affaire de l'hôpital psychiatrique de Pau et de celui de Cadillac.

Portrait de bilqis

De bilqis

pr vivre heureux vivons caché | 10H27 | 07/01/2008 | Permalien

Bonjour Maia, et merci de votre témoignage « de l'intérieur ».
Il y a une chose que je ne comprends pas très bien c'est :
« Ma vie professionnelle m'amène à recevoir et à gérer des jeunes maltraités, abusés, violés, mal dans leur peau, suicidaires, mais aussi les pénibles, dangereux, décrocheurs, ascolaires et j'en passe, quelques collègues toxiques aussi. »
Comment se fait il que, souffrant déjà de décalage ressenti avec votre entourage, vous avez choisi un tel métier ?
Vous expliquez bien que ce n'est que plus tard : « Le recul et ma profession actuelle me font dire qu'à ce moment, j'étais dépressive. » que vous avez pris conscience de votre dépression et que votre métier vous y a aidé.
Mais je m'interroge quand même sur une volonté de pratiquer un métier particulièrement difficile psychologiquement alors que l'on est soi même fragile.
Ne voyez surtout aucune agressivité dans ma question (je précise car souvent certains posts sont mal interprétés), mais un désir de mieux comprendre les rouages de la dépression.
J'ai « perdu » ma meilleure amie en essayant de la sortir de sa depression (elle ne veut plus me voir après plus de 33 ans d'amitié « à la vie à la mort »). De cette expérience très douloureuse j'ai compris qu'on ne pouvait pas aider les gens contre leur gré.
Cependant, les raisons de sa depression n'étaient probablement pas similaires à la votre puisque c'est quelqu'un qui a toujours été très entouré, qui a un mari et un fils qui l'ont toujours soutenue (une très bonne situation financière et je vous passe la super villa avec piscine. ce n'est que du matériel, mais ca illustre juste la situation).
Juste pour info, en début de carrière elle avait aussi choisi l'éducation nationale, en ZEP….
D'où ce questionnement : est ce qu'en choisissant ce type de métier, les personnes à tendance dépressive ne tentent pas de refouler leurs propres problèmes, ou bien essaient t'elles au contraire de leur trouver des solutions ?

Portrait de Tita

à bilqis Portrait de bilqis De Tita

oiseau | 19H57 | 07/01/2008 | Permalien

Chère Bilquis

Si je me souviens bien de mes cours de psychopathologie, on nous apprend que la dernière personne à savoir qu'il est dépressif, c'est bien le malade lui-même. Le témoignage de Maia montre justement que l'état dépressif a largement précédé la découverte de la signification de cet état. Il me semble que c'est d'autant plus vrai qu'on peut toujours mettre le mal-être sur le compte d'autres choses comme par exemple, les questionnements que nombre d'adolescence se font : le fait de se trouver trop gros, trop petit, trop maigre, toujours un trop quelque chose qui leur fait paraître comme des sous-humains, presque indigne de vivre (cf. le gros taux de suicide chez les ados). Cela est évident dans une société qui valorise autant l'apparence. Le mal-être est alors attribué à un défaut physique, etc… non à une maladie. Pour en revenir au sujet, quand on ne se sait pas malade, pourquoi ne pas choisir un métier difficile ?

Portrait de Lidenbrock

à bilqis Portrait de bilqis De Lidenbrock

21H29 | 07/01/2008 | Permalien

Chère Bilqis,
Hé oui, ce serait tellement simple si, lorsqu'on choisit un métier, ce qui arrive le plus souvent dans le premier tiers de sa vie, on avait auparavant fait une analyse…
Pourquoi un métier plutôt qu'un autre ? Question d'envie, de rencontres, de possibilités, et Dieu sait quoi encore. Souvent, choisir un métier axé vers les autres est la preuve d'une grande capacité d'empathie, d'une sensibilité très fine,… peut-être due à une fragilité et à la reconnaissance dans l'autre de ses propres souffrances. Après, on peut être plus ou moins capable de gérer cela. Mais il est vrai que l'Education Nationale laisse nombre ses fonctionnaires sur le terrain au contact de situations très difficiles propres à déstabiliser plus d'un, même à l'âme bien trempée. Au lieu de « filtrer » les travailleurs sociaux selon leur capacité de résistance au stress, il serait sans doute préférable d'envisager des lieux de parole qui permettraient de partager un vécu quotidien avec ses pairs plutôt que d'attendre que la personne craque pour l'écouter enfin.

Portrait de brise marine

à Lidenbrock Portrait de Lidenbrock De brise marine

portier de nuit | 15H18 | 08/01/2008 | Permalien

J'ignore de ce qu'il en est de l'éducation nationale,mais dans les structures d'accueil de réinsertion il existe pour les éducs » deux instances pour pallier aux difficultés des équipes :
-L'une,appelèe « analyse de la pratique » où sont évoquées des situations qui posent problèmes en présence d'un psy.
- une autre nommée « supervision“(toujours en présence d'un psy) où seuls les éducs” évoquent leurs difficultés dans leur implication humaine en tant que professionnel en général,sans la présence de leur supérieur hiérarchique.
Ces séances sont mensuelles.

Portrait de Thomas GREDAT

De Thomas GREDAT

| 23H07 | 07/01/2008 | Permalien

Chère Maia,
Je viens de lire votre témoignage. Me permettrez-vous simplement de vous dire que je comprends parfaitement ce sentiment dont vous parlez d'être « à côté » de sa vie ?
J'ai moi-même longtemps vécu à côté de la mienne, jusqu'au jour où ça n'a plus été possible. Je n'ai cependant pas vécu tout ce que vous avez eu à subir en hôpital psychiatrique, mon cas n'ayant pas nécessité d'aller jusque-là. Je voulais seulement vous dire… J'espère qu'un peu de ma présence ira jusqu'à vous pour vous dire que vous n'êtes pas seule et que vous pouvez être heureuse.
La dépression nous oblige à chercher non pas un sens à notre vie, mais le sens de notre vie. Je vous souhaite de tout coeur de trouver celui de la vôtre, afin que votre expérience puisse servir à quelque chose.
Pardonnez-moi d'être êut-être un peu direct. Mais je voulais seulement vous transmettre un message d'espoir, de la part de quelqu'un qui a échappé à la noyade et qui, après avoir mis du temps à remonter à la surface, emplit ses poumons de l'air pur de la Terre et de la Vie.
Vivez, Maia.

Portrait de Tita

De Tita

oiseau | 23H55 | 07/01/2008 | Permalien

Je m'associe au concert d'encouragements. J'ajouterais juste que pouvoir s'exprimer par le biais des mots ou de l'art est probablement un aspect très positif et encourageant.
Ce qui m'ennuie le plus à la lecture de l'article, c'est que je découvre (à tort j'espère) que l'hospitalisation psy est très rigide car je n'y vois pas vraiment une tentative d'écoute ou de compréhension.
Cela me fait penser à certain services administratifs.
Paf, vous avez tirez le ticquet « depression », veuilliez suivre le programme XD345 et n'en rien changer. Dans l'aspect deshumanisant, c'est gagné ! Pourtant ne dit-on pas « autant de depressifs, autant de maladies » et que savoir écouter le malade n'est pas du temps perdu ? Ne faut-il pas au contraire redonner à l'être humain de sa valeur ? Quoi qu'il en soit, bon courage.

Portrait de babakchit

De babakchit

02H20 | 08/01/2008 | Permalien

Merci pour ce témoignage fort et poignant. En vous souhaitant bonne route, j'espère vous relire prochainement sur ce site pour un suivi de votre situation qui, je l'espère, sera meilleure encore.

Portrait de jissé

De jissé

Ingé retraité | 14H26 | 08/01/2008 | Permalien

A « rue89 ».

Dis, M'sieur le rédac'-chef, comment je peux faire pour cliquer cent fois « top » ?

Portrait de Anne Honym

De Anne Honym

14H54 | 08/01/2008 | Permalien

Je me dis souvent que, comme les alcooliques, je serai dépressive toute ma vie. L'essentiel c'est de ne plus retoucher à l'alcool -comprenez, éviter toute situation qui me ferait replonger. Hélas, si une bouteille est un objet bien visible et facilement identifiable, ce n'est pas toujours le cas pour les risques de la vie. Je cours donc chaque jour le risque de m'embourber à nouveau.
Chaque dépression est unique, mais je me retrouve partiellement dans ce que vous décrivez… je me suis toujours sentie, non pas à côté, mais derrière, deséspérément en retard sur ma propre existence. Ca a commencé alors que j'avais moins de 10 ans et n'a cessé depuis. Je m'en suis rendue compte assez tard, j'étais dans une sorte d'obscurité pendant près de 11 ans. Et puis un jour, lorsque j'ai atteint certaines extrêmités, j'ai réalisé que j'étais en pleine dépression. Une dépression de 11 ans, avec plein de causes directes, et plein de causes indirectes. Et une foule de conséquences on ne peut plus directes sur mon quotidien (bien décrites dans la campagne publicitaire actuelle).
J'ai essayé pas mal de choses, bien-sûr. Les amis… mais ils ne savent pas faire face. Au départ ils vous tapotent l'épaule avec un sourire d'encouragement, mais ils ne veulent pas réellement entendre ce qui va mal. J'ai la chance de savoir mettre des mots sur mes maux, mais personne ne supportait de les entendre. Trop sinistre. Je me suis tournée vers une psy dans un CMP, parce que j'étais encore étudiante. Ca n'a jamais collé mais pendant près de deux ans, je suis allée la voir une fois par semaine… Une période pendant laquelle elle était toujours en retard, me désapprouvait ouvertement sur un grand nombre de choses, et dénigrait ce qui me semblait être une somme d'efforts colossale pour m'en sortir. A un moment, je touchais tellement le fond qu'elle m'a sommée d'aller me faire prescrire quelque chose, alors, bien que consciente que ça ne soignerait pas la cause, je me suis dit que ça m'éviterait un certain nombre des conséquences de ma dépression. Mais ça n'a pas marché. C'était même pire. J'étais consciente d'être abrutie et de vivre dans une ouate artificielle, et ça me déprimait encore plus de ne pas ressentir la souffrance dont je savais qu'elle était encore là. Pour compenser les euphorisants et parce que je ne sais pas dormir depuis mon plus jeune âge, on m'a prescrit aussi des somnifères, mais j'arrivais à 12h30 à mon stage. Lorsque j'ai passé mon examen, finalement, j'ai laissé tomber cette lutte médicamenteuse du jour au lendemain. Je n'ai pas eu à subir les problèmes dûs à l'accoutumance : la volonté d'être à l'heure à l'examen et d'avoir l'esprit aiguisé pendant l'épreuve a dominé. Je n'étais pas guérie mais je ne pouvais me complaire dans cet état médicamenteux si je voulais avancer. Quand j'ai finalement eu mon diplôme, j'ai déménagé et j'en ai profité pour arrêter la thérapie avec cette psychologue. Je ne crois pas qu'elle était en cause, juste qu'elle ne me correspondait pas. Mais il m'a fallu du temps avant d'admettre que la quitter, ce n'était pas céder face à la dépression. J'avais peur de ma dépression, tout simplement.
De cette expérience, je retire pas mal de faits marquants. Mais surtout, une expérience où, une fois, recommandée à la psychiatre d'un hôpital de jour, j'ai côtoyé des malades hospitalisés. J'ai été paniquée par ce que j'y ai vu. Qu'on m'ait envoyée là me semblait vouloir dire que j'en étais au même point et cette idée était insoutenable. Y passer une heure en attendant la psychiatre a été une horreur, alors il n'a même pas été question que j'entre pour un séjour. Je crois que j'aurais même préféré en finir.
Je ne sais pas si je fais ce qu'il faut pour m'en sortir à présent. J'ai surtout l'impression de devoir être vigilante à tous les instants. Je suis malade, voilà tout. Je ne guérirai jamais. Il y aura des instants de grâce et d'autres catastrophiques. Si je mène bien ma vie, le bilan sera équilibré, ou peut-être même, positif. Et si je me laisse aller, je sais qu'alors je me garantis un maximum de moments abyssaux. C'est comme ça. La seule chose qui me gène c'est l'absence d'éducation des non-dépressifs sur cette maladie. Le corps médical la connaît bien mais le commun des mortels a tellement de préjugés, prenant la dépression, souvent, pour de la fénéantise ou du défaitisme, dans le meilleur des cas. Il ne suffit pas d'accompagner les dépressifs, il faut informer la population au milieu de laquelle ils vivent sur ce qu'est réellement la dépression. Je ne sais pas comment font ceux qui vont encore plus mal que moi, pour affronter ces regards, ces jugements et ces questions… La plupart des gens estiment qu'il faut s'en cacher, mais la dépression ne fait pas partie des choses qu'on peut cacher à longueur de temps, et ce n'est pas non plus dans l'intérêt du malade de jouer la comédie. Comme si ce n'était pas assez difficile d'être dépressif…

Portrait de m a i a

De m a i a (auteur) 9081

aquoiboniste | 21H49 | 08/01/2008 | Permalien

Merci pour tous vos commentaires !

J'ai l'autorisation de Rue89 (qui a déja offert une chouette tribune à la bavarde, à l'oral comme à l'écrit, que je suis ! )de répondre aux questions qui sont posées ici, et qui m'ont fait réflechir encore et encore.

>bilqis
« Il y a une chose que je ne comprends pas très bien c'est :
“Ma vie professionnelle m'amène à recevoir et à gérer des jeunes maltraités, abusés, violés, mal dans leur peau, suicidaires, mais aussi les pénibles, dangereux, décrocheurs, ascolaires et j'en passe, quelques collègues toxiques aussi.”
Comment se fait il que, souffrant déjà de décalage ressenti avec votre entourage, vous avez choisi un tel métier ? »

En effet, on peut se poser la question, mes proches se la posent souvent, et moi régulièrement ! ; -)
Je suis tombée petite dans la potion (magique ? ) éduc nat, et je suppose qu'un certain déterminisme n'est pas à exclure.
Je suis de formation littéraire, mais je ne souhaitais pas enseigner, et le métier de Conseillère Principale d'Education, est un véritable CHOIX, ferme et non par défaut.
J'aime énormément le contact avec les gens, jeunes ou moins, et la collaboration permanente avec les enseignants.
Avec un peu de recul (j'ai 10 ans d'ancienneté), je pense qu'il y a quelque-chose en moi qui tente d'apporter ce dont j'ai « manqué » sans le savoir à l'époque, et une vigilance très grande quant-à l'épanouissement scolaire et personnel des élèves.
Mais il n'y a ni « voyeurisme » ni « sacerdoce » : juste une grande volonté d'accomplir au mieux un SERVICE public.
Il faut se méfier de l'écueil de la projection de sa propre souffrance adolescente sur les élèves qu'on encadre : une fois cette prise de conscience accomplie, on peut sans problème se « colleter » avec les aspects les plus durs de cette profession, ou d'autres qui s'en approchent.

>brise marine :
« J'ignore de ce qu'il en est de l'éducation nationale,mais dans les structures d'accueil de réinsertion il existe pour les éducs » deux instances pour pallier aux difficultés des équipes » :

Je plussoie ! (c'est djeune de dire je plusssoie ! ) Je prépare actuellement un Diplôme Universitaire « Adolescences difficiles : approche psychopathologique et éducative », en lien avec une fac parisienne et l'institut Montsouris.
J'y rencontre des éducateurs PJJ, des assistantes sociales, des gendarmes, des policiers, des infirmiers, des psychiatres, des éducateurs, des magistrats…
Dans quasiment toutes les corporations, il y a des « séances » d'analyse de pratiques, de groupes de parole, en clair de prise de recul par rapport aux difficultés du métier.
Bien entendu, l'éduc nat ne bénéficie absolument pas de ce genre de dispositif : peut-être nous-croyons nous supérieurs aux autres, et parfaitement capables d'exercer nos métiers sans le regard de quiconque, ainsi que de gérer sans vaciller les problématiques auxquelles nous sommes exposés. Hum…

Pour finir, je reviens en quelques lignes sur l'hospitalisation. Je suis ravie d'avoir été hospitalisée, il y a vraiment un avant et un après me concernant. J'y ai trouvé de nombreux personnels compétents, complémentaires et ambitieux. D'autres plus étranges…
Evidemment, ça n'a pas été un séjour d'agrément, il y a eu des moments difficiles, des moments de stagnation, de rejet, de découragement.
Mais au final, le résultat est là, j'ai énormément évolué.
Il est certain que si je vous gratifiais d'une « galerie de portraits » de mes colocataires-fous, vous seriez effarés (moi-même en arrivant, j'ai eu un grand moment de solitude et mes yeux sont restés ecarquillés quelques jours… ; -) ), mais finalement, toutes les pathologies étant mélangées dans les pavillons (politique volontaire de l'établissement), j'ai eu le plaisir de cohabiter avec des fous commes vous et moi.

Enfin… surtout moi !

 ; -)

Portrait de jissé

à m a i a Portrait de m a i a De jissé

Ingé retraité | 23H05 | 08/01/2008 | Permalien

A Maia.

Bonsoir.

Il y a bien des lunes, déprim » + alcool ..

J'ai eu l'expérience d'ateliers de « logues » dans un grand hôpital parisien.

« Ergothérapie » ? : Travail « manuel » de « la terre », pour parler comme le commun des mortels : faire et peindre des trucs en pâte-à-modeler.

Ce qui m'a valu le plaisir d'avoir un cours particulier par un autre « malade », professeur astrophysicien et proche collaborateur de deux « Nobels », qui après s'être « offert » la tête des deux « logues de service » sans même qu'ils s'en rendent compte, m'a initié à la « théorie du chaos ».

Nettement plus intéressant.

Je souhaite que l'initiative de « Rue89 » soit pour vous aussi bénéfique que le fut, pour moi, ce professeur à l'humour aussi époustouflant que les connaissances.

Et je vous confirme que « quand le courant passe », un généraliste simplement « humain » vaut mieux que tout un congrès de « psys ».

Vive les « fous » ? ?
Certains, oui ..

JC.

Portrait de bilqis

De bilqis

pr vivre heureux vivons caché | 16H22 | 09/01/2008 | Permalien

Merci Maia de votre réponse et merci aussi à Tita et Lindenbrock de leur réponse.

@ Tita : en effet mon amie niait le fait qu'elle allait mal, même si elle allait régulièrement chez le Psy(chiatre) pour se faire renouveller son ordonnance de substances qui la mettait dans un état de zombie. Elle m'affirmait ne plus prendre de cachets, se mentait à elle même et aux autres. C'est le jour où je lui ai dit qu'elle n'arriverait plus à me leurrer et que je savais qu'elle continuait avec les cachets, qu'elle m'a fichu dehors et depuis (cela fait presque 6 ans) c'est le silence radio, malgré le signe que lui fais 1 fois par an pour qu'elle sache que, malgré tout, je reste son amie.

Ce qui me fait répondre à Ann Honym ( ! ) :
« Les amis… mais ils ne savent pas faire face. Au départ ils vous tapotent l'épaule avec un sourire d'encouragement, mais ils ne veulent pas réellement entendre ce qui va mal »
Ou bien, ils en font trop… Ce qui a été mon cas…

En tout cas, je tire mon chapeau à Maia qui s'est battu (avec elle même ? ) pour retrouver un certain équilibre ;
Aussi pour votre témoignage, très utile à des gens comme moi (absolument pas dépressive… enfin… pour l'instant ; -) pour mieux comprendre, mais surtout à d'autres personnes qui souffrent et qui peuvent s'appuyer dessus pour savoir qu'il y a une sortie du tunnel…

Portrait de Tita

à bilqis Portrait de bilqis De Tita

oiseau | 18H54 | 09/01/2008 | Permalien

Chère Bilqis

Je suis navré que vous ayez perdu une amitié car visiblement vous en avez souffert et vous en souffrez encore. On parle souvent de la douleur d'une rupture amoureuse, mais parfois, la rupture d'une amitié n'est pas si éloignée dans la douleur et la déstabilisation.

Il arrive qu'on perde une amitié, petit à petit. Les chemins de la vie se séparant, l'amitié disparaît tranquillement et sans douleur. Cependant, il arrive aussi de perdre une amitié sans qu'on s'y attende, simplement pour un mot de trop ou un mot qui manque. Et diantre qu'on se sent coupable et responsable. Parfois, on est effectivement responsable. Une parole trop agressive, trop intrusive et c'est une partie de soi qui disparaît avec une amitié qui nous tenait à cœur.

Néanmoins, pour faire une amitié, il faut être deux et les responsabilités sont rarement unilatérales. Aussi, en vous lisant, je n'ai pas trouvé que vous soyez tant coupable ! L'amitié ce n'est pas un « béni oui oui » à tous les délires de l'autre. Sinon, un collègue de travail un tant soit peu flatteur peut fort bien faire l'affaire. La vraie amitié, c'est de dire parfois la vérité qu'on ne veut pas entendre car c'est par ces vérités que l'on progresse. Et si en faisant cela un ami nous blesse, on lui pardonne, justement au nom de l'amitié et de son intention de nous aider. On comprend sa motivation car, justement, on est ami.

Vous allez me dire que pour cela, il faut être fort et que son état de dépression ne lui le permettait peut-être pas. Peut-être que vous avez raison. Peut-être aussi que son sentiment de trahison (à ne pas être cru dans ses délires ou ses mensonges à elle-même) fut plus grand que son amitié. Je n'en sais bien évidemment rien. Cependant, si l'amitié qui vous liait était réelle et forte, lorsque la dépression sera moindre, l'amitié reviendra… Du moins, si votre amie n'a pas un trop gros orgueil. Revenir après 6 ans d'absence n'est pas facile car il faut (se) justifier cette absence.

Bref à mon avis, vous avez toujours l'attitude d'une amie puisque vous lui montrer que vous êtes toujours là, année après année. Ce n'est pas tout le monde qui peut se prévaloir d'une telle constance. Aussi, à votre place, garderais-je espoir…

Portrait de Thomas GREDAT

à bilqis Portrait de bilqis De Thomas GREDAT

| 20H34 | 09/01/2008 | Permalien

Chère Bilqis,
Les propos de Tita ci-dessus m'ont donné envie de vous répondre également. Si vous le permettez, et si cela peut vous être utile, je voudrais vous faire part d'une petite expérience que j'ai vécue. Expérience à peu près similaire à la vôtre, à ceci près que la personne dépressive… c'était moi !
Il y a de cela près de dix ans, j'ai touché ce que j'appellerai mon fond personnel, c'est-à-dire le maximum de ce que la dépression pouvait me faire souffrir. Puis, j'ai tenté tant bien que mal de remonter la pente. C'est à ce moment que j'ai fait la connaissance de deux personnes qui faisaient partie de la troupe de comédies musicales que je venais d'intégrer. Ces deux personnes, appelons-les P. et K., étaient elles-mêmes à un moment important de leur histoire, puisqu'elles étaient en train de former un couple. Nous sommes rapidement devenus amis, liés par un attachement très fort. Leur présence m'a été très précieuse pour remonter la pente. P. et K. me réconfortaient quand j'allais mal, je veux dire encore plus mal que d'habitude, ils m'ont aidé à déménager, et nous en avons passé des soirées, soit chez eux soit dans un pub karaoké de Versailles que j'avais découvert grâce à P. et où j'ai longtemps eu mes habitudes. Nous avons même fait du camping ensemble.
Notre amitié a trouvé une forme de concrétisation quand nous avons écrit ensemble un spectacle pour notre troupe.
C'est à partir de là que les choses se sont gâtées. P. et K. étant respectivement metteur en scène et chorégraphe de notre troupe, ils ont pris des initiatives sans me consulter, y compris dans ce qui me concernait de près, c'est-à-dire le texte du spectacle, auquel j'avais beaucoup contribué, et dont ils changeaient des répliques sans me demander mon avis. Peut-être étais-je susceptible, ou avais-je la grosse tête, mais je n'ai pas apprécié cette façon de faire que je jugeais peu élégante. En même temps, j'étais surpris de leur attitude. J'ai donc provoqué entre nous une réunion de mise au point au cours de laquelle je leur ai expliqué mon incompréhension et la souffrance que j'éprouvais de me voir ainsi écarté d'un travail auquel j'avais tant donné. Je n'eus pour toute réponse qu'une flopée de reproches, notamment celui d'avoir la grosse tête, d'être incapable d'accepter les critiques et de m'exclure de moi-même de la troupe.
Je ne m'étendrai pas sur les détails, mais toujours est-il que nos relations n'ont plus jamais été les mêmes depuis cette soirée. P. et K., en me faisant des reproches, prétendaient me dire la vérité, même si elle était dure à entendre, au nom de l'amitié. Mais eux-mêmes n'arrivaient pas à diriger la troupe et le spectacle, tout en s'avérant incapables de l'admettre.
Le résultat des courses est qu'ils quittèrent la troupe pour ne pas entendre les critiques qu'ils avaient suscitées. Je leur proposai d'en discuter calmement, à quoi il me fut opposé une fin de non-recevoir.
C'était en septembre 2006. Depuis, plus de nouvelles, aucun coup de fil, aucun geste de raccommodement. Pour eux, je n'existe plus.
Je devrais en rire, mais ce n'est pas toujours le cas. Je fais tout simplement un travail de deuil, celui d'une amitié qui, pendant six ans, a été très forte et que je croyais, que nous croyions, inaltérable. J'ai, bien entendu, des reproches à leur faire, mais comme ils en ont autant à mon endroit, la question n'est pas de savoir qui a raison.
J'essaie de tourner la page. Ce n'est pas facile. J'ai le sentiment d'une trahison, mais je sais que les choses ne sont pas si simples. En fait, cette amitié était basée sur un malentendu : ils connaissaient le Thomas dépressif, celui qui avait besoin d'aide parce qu'il s'était perdu lui-même. Mais ils n'ont pas su me voir évoluer, me voir petit à petit redevenir moi-même. En contestant leur façon de faire, je cessais de les admirer. Ils ne me l'ont jamais pardonné.
Je pense qu'ils avaient leurs propres problèmes. Je ne sous-estime pas les miens, mais je n'ai jamais considéré que c'était toujours aux autres de se remettre en question. S'ils avaient accepté leur propre vérité, nous aurions pu être vraiment amis. Je regrette qu'ils n'aient pas compris que je n'avais plus besoin de leur aide. Seulement de leur amitié.
Tout cela pour vous dire, chère Bilqis, que je comprends ce que vous pouvez ressentir. Malheureusement, en ce qui concerne votre histoire, la suite ne dépend que de votre amie. Vous n'avez pas voulu l'entretenir dans son mensonge, et vous avez eu raison. Vous vous êtes conduite en vraie amie. Vous continuez à lui montrer que vous êtes prête à lui ouvrir les bras si elle le désire. Mais son silence ne fait que prouver qu'elle vous a bannie de sa vie. Sachez que vous n'y êtes pour rien. Vous avez fait votre possible pour elle, mais mon expérience m'a appris qu'on ne peut sauver les gens malgré eux ; on ne peut que les aider à se sauver s'ils veulent eux-mêmes se sauver.
Je comprends que vous ayez du mal à tourner la page. Moi-même éprouve encore de la tristesse et, parfois, de la colère : on n'efface pas d'un coup de gomme une relation de huit ans. Il faut du temps, de la réflexion, de l'acceptation. Mais je ne veux pas ruminer ce passé, car je sais que cela ne sert à rien.
Je souhaite de tout coeur qu'un jour votre amie comprenne l'erreur qu'elle a commise en rejetant une relation de votre qualité, et que vous puissiez, comme vous le désirez, lui ouvrir les bras. Mais si cela ne se pouvait, je vous souhaite du fond du coeur de parvenir à tourner la page de cette amitié, pour être heureuse quand-même.
Je vais peut-être vous chagriner, chère Bilqis, mais une personne qui ne prend même pas la peine de répondre à vos sollicitations, qui, par orgueil mal placé et peut-être pour vous blesser, vous refuse la joie simple d'une réconciliation ne mérite pas le mal que vous avez pu vous donner pour elle. Quant à vous, vous méritez de vous consacrer à des amitiès enrichissantes avec des personnes qui, elles aussi, vous mériteront.
Pour terminer ce message dont vous me pardonnerez, j'espère, la longueur, voulez-vous que je vous fasse rire ? P. et K. se sont mariés un 3 juillet. Le jour de ma fête !
Je vous embrasse,

Thomas

Portrait de bilqis

De bilqis

pr vivre heureux vivons caché | 09H05 | 10/01/2008 | Permalien

Merci à Thomas et à Tita de leur réponse et soutien.
en effet, 6 ans après, je pense encore quotidiennement à ML (mon amie).
C'était une amitié que je croyais inaltérable (33 ans d'amitié, malgré mes nombreux séjours prolongés à l'étranger).
Non, on ne peut aider les gens contre leur gré.
« Aide toi, le ciel t'aidera ».
je garde le contact en me disant qu'un jour elle se « réveillera »… espoir… espoir…
Bon, je pars deux jours… Aïe… deux jours sans Rue89 ; -)

Portrait de Thomas GREDAT

à bilqis Portrait de bilqis De Thomas GREDAT

| 12H41 | 10/01/2008 | Permalien

Chère Bilqis,
Je suis heureux de voir que mon post a pu vous apporter un petit quelque chose. Il m'est venu depuis une petite pensée : à votre avis, comment votre « amie » réagirait-elle si vous ne lui écriviez plus du tout, si vous lui renvoyiez, en les imitant, l'ignorance et le mépris qu'elle vous fait subir ?
Simple suggestion.
Bien à vous,

Thomas

Portrait de jimmyb

De jimmyb 28000

10H49 | 10/01/2008 | Permalien

Le problème avec la dépression, c'est qu'il n'y a pas une solution, mais plusieurs. Les médicaments ne servent pas à grand chose, les somnifères ne font rien d'autres que reproduire les effets de l'alcool, on dort et au réveil, on retrouve toujours ses problèmes, parfois c'est pire et on finit par ne plus vouloir se réveiller. Quand aux antidépresseurs, peuvent-ils régler vos problèmes ? Peuvent-ils vous faire voir la vie en rose lorsque vous venez de perdre un enfant ? Ils atténuent simplement notre volonté nous transformant en légumes déambulant sans but dans les couloirs de l'hôpital. Et combien de temps pour en sortir ? Après trois ans, j'ai encore des problèmes de sommeil à cause d'un somnifère. Là où je me trouvais, il y avait deux psychiatres pour chacun des trois services, et une seule psychologue alors que c'était elle qui seule nous permettait d'avancer. Aucune aide à attendre des autres si ce n'est une ordonnance, « comment ? Ça ne va pas mieux, attendez, je vais vous changer vos cachets ». Souvent la ou les réponses sont en nous, mais si personne n'est là pour vous le révéler, on continue d'avancer dans le brouillard de notre existence jusqu'à deux nouveau vouloir mettre fin à cette errance, médicaments ou pas. Maladie, non, certainement pas.