sur le terrain 03/01/2008 à 15h13

« L'enfer » des centres de rétention fait débat


Immigrés, militants et élus dénoncent les conditions de vie et la hausse du nombre de retenus. Témoignages à Vincennes.

Ils n'arrêtent pas de souffler. Les mains jointes autour des lèvres, les membres des familles des retenus tentent ce qu'ils peuvent pour avoir moins froid.

Les deux centres de rétention de Vincennes où sont enfermés 154 hommes et 21 femmes ne disposent pas de salle pour accueillir les visiteurs. Les tête-à-tête sont autorisés dans des parloirs improvisés, tous les jours, mais l'attente se fait dehors, sous un petit abri en bois.

La femme de Rachid, un Algérien arrêté le 28 décembre, patiente depuis plus d'une heure. Sa fille de 6 ans ne l'a pas accompagnée. Il fait trop froid et la fillette n'est pas dupe : « Hier, je lui ai expliqué que Rachid “travaillait” ici. » En France depuis 2001, ce sans-papiers travaillait dans un hôtel 4 étoiles du XVIIe arrondissement de Paris. Il a été dénoncé. Sa femme, française, répète qu'il était déclaré.

« Tous les soirs, les policiers ouvrent la porte de nos chambres, parlent, crient »

Un jeune Malien attend. Il est là pour récupérer ses affaires. Lui était à l'intérieur. Il a été relâché quelques heures auparavant. De ses quatre jours passés dans le grand bâtiment, entouré de barbelés, il retient l'« enfer » :

« On ne dort pas. Tous les soirs, les policiers ouvrent la porte de nos chambres, parlent, crient. Ils nous appellent au micro. Quand on va les voir, ils nous ordonnent de partir. »

Les retenus sont deux par chambres -des lits superposés- et ont des repas corrects à heures fixes, la même chose resservie au déjeuner et au dîner. Il déplore l'état « catastrophique » des toilettes, l'eau froide des douches quand on est le dernier à y passer, et surtout l'absence d'égard et de respect : « On ne vaut rien à leurs yeux. »

Le cabinet du préfet de police de Paris précise qu'aucun incident n'a été constaté. A plusieurs reprises, entre le 28 décembre et le 31 décembre, les « retenus ont montré des mouvements d'humeur » qui ont nécessité des renforts : refus de regagner les chambres, querelles internes, tentative d'incendier une poubelle. A chaque fois, selon la préfecture, la police a rétabli le calme sans incidents. Certains retenus ont refusé de s'alimenter par deux fois mais la police note qu'« il ne s'agit pas d'une grève de la faim. »

La Cimade dénonce des « grosses machines » d'enfermement

La Cimade, seule association à avoir accès à l'ensemble des locaux, s'élève contre les « grosses machines » d'enfermement. Jusqu'à 140 personnes peuvent être enfermées dans l'un des 25 centres de rétention.

« Beaucoup trop », réplique Damien Nantes, responsable à la Cimade du service de défense des étrangers reconduits :

« La rétention administrative a beaucoup évolué depuis le début de notre mission en 1984. A l'époque, il y avait sept centres, et trois fois moins de gens en rétention. C'est tout le paradoxe du mouvement de protestation : à Vincennes, par exemple, les conditions sont plutôt meilleures que dans d'autres endroits.

“Mais c'est la violence de la politique du chiffre, l'industrialisation de la rétention, et l'application mécanique de la loi qui sont ressenties le plus violemment par les retenus. Avec le changement d'échelle de la rétention et des reconduites à la frontière, on a vu le nombre de passages à l'acte, d'automutilations et de grèves de la faim augmenter.”

“Et le PS ? Il fait quoi le PS ? ‘

Le constat de David Assouline, sénateur de Paris, venu visiter le centre est le même : les placements en rétention sont trop nombreux (1 800 aujourd'hui contre 700 en 2003) et la durée de l'enfermement est trop long. Depuis 2003, la durée maximale est passée de douze à trente-deux jours.

En pleine interview, des cris fusent : Pourquoi personne ne dit qu'il faut les fermer ces centres ? , Et le PS ? Il fait quoi le PS ? Des militants d'extrême gauche s'indignent contre les réformateurs’ socialistes. (Voir la vidéo)


Une longue altercation oppose le parlementaire, pourtant spécialiste des questions d'immigration, à quelques personnes. (Ecouter la dispute)

Les militants ont souhaité que les caméras soient baissées. Le débat, vif, semble surtout être dû à l'incapacité du parti à adopter une position claire sur l'immigration. David Assouline a tenté de clarifier le discours de Solférino : ‘Régulariser beaucoup plus massivement mais au cas par cas.’ (Voir la vidéo)


Habitués à rendre visite aux retenus, Papi, Nathalie et d'autres militants expliquent qu'à l'exception de l'actrice Josiane Balasko, venue manifester devant le centre le 1er janvier, personne n'est autorisé à visiter l'ensemble des locaux. (Ecouter la discussion)

Serge Portelli, vice-président au tribunal de Paris et membre du syndicat de la magistrature, a expliqué les conditions d'accès dans les centres de rétention :

‘Seuls les parlementaires ont vraiment un pouvoir de contrôle mais ils ne l'exercent pas. Quant aux magistrats, hormis les procureurs, trop soumis au pouvoir hiérarchique, ils ne sont pas les mieux placés pour incarner ce contre-pouvoir, or on refuse l'entrée aux magistrats du siège.’

Selon lui, ‘c'est surtout l'ampleur du phénomène et la politique du chiffre qui posent problème aujourd'hui’. Craignant que ces centres n'évoluent vers ‘une forme de camps de concentration’, Serge Portelli brandit le risque que le projet de directive européenne, bientôt en discussion, ne soit adopté : les sans-papiers interpellés pourront ainsi être gardés en centre de rétention jusqu'à dix-huit mois.

Des mouvements de protestations ont aussi agité ces derniers jours le centre du Mesnil-Amelot, en Seine-et-Marne. Selon Libération, mardi midi, certains sans-papiers ont refusé de prendre leur repas et ont manifesté pendant plus d'une heure.

► Mis à jour le 03/01/2008 à 21h10 : formulation ambiguë de Serge Portelli modifiée à sa demande.

Chloé Leprince et Zineb Dryef

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  • I.P
    I.P
    Flat4
    • Posté à 16h23 le 03/01/2008
    • Internaute
      Flat4

    Je suis comme beaucoup ici choqué par les conditions de rétention de ces personnes, malheureusement je suis bien incapable de déterminer quelle serait la solution la moins mauvaise pour tout le monde.
    Par contre je ne peux m'empêcher de tiquer quand je lis les parallèles avec la seconde guerre mondiale et les déportations. Ne mélangeons pas tout je vous prie, ce genre d'amalgames faciles ne fait que décrédibiliser les contestataires.

  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    Le marché autant que possible, (...)
    • Posté à 16h40 le 03/01/2008
    • Internaute
      Le marché autant que possible, (...)

    Je dis et j'assume....

    Oui, le nombre de clandestins en France est trop nombreux.

    Il pèse sur l'équilibre de nos comptes et de nos services sociaux.

    Il agrave les problèmes de petite délinquance, qui, dans certains quartiers, sont à 90% d'origine immigrée

    L'intention manifeste de cacher ce phénomene et ses conséquences,
    s'illustre par l'interdiction de toute statistique basée sur l'origine des gens.

    Il nous est interdit de connaitre le taux de délinquants d'origine immigrée

    Il nous est impossible de connaitre le taux d'utilisation de nos prestations sociales par des immigrés (HLM, CMU, aides diverses..).

    Il nous est impossible de connaitre les sommes d'argents (légalement gagnées) mais sortant de France par MoneyGram ou autre moyen...
    ... à l'étranger, il existe des villages entiers vivant ainsi par le salaire de malheureux exhilés, qui font en France un travail refusé par des français.
    Ceux-ci préfèrent s'en tenir au RMI ou autre allocation chomage.

    J'assume mon égoïsme, et je dis que la France n'a pas vocation à fournir travail ou allocations à des étrangers pour que l'argent sorte de France,
    et à payer les Français qui préfèrent laisser travailler ces autres venus d'ailleur.

    Je dénigre absolument toute association de ce constat alarmant à une attitude raciste.

    Oui je suis inquiet du laxisme de la France par rapport à son immigration,
    non je n'en suis pas pour autant raciste.

    Il est trop facile de multiplier les procédures afin de permettre aux clandestins de retarder leur reconduite dans leur pays d'origine,
    et ensuite de critiquer la saturation des Centres de Rétention.

    Si les avions partaient par charters spécialement affrétés, dés le lendemein d'une décision de reconduite à la frontière, il n'y aurait pas de saturation de nos Centre de Rétention.

    Notre législation et notre justice offre trop de recours et de moyens de prolonger des situations larvées ....