2008 restera-t-elle comme l’année au cours de laquelle la France a commencé à régler son problème de logement ? On aimerait le croire, avec l’entrée en vigueur, le 1er janvier, de la loi DALO, entendez : Droit au logement opposable. Et dès hier, on pouvait voir de longues files d’attente devant certaines préfectures pour retirer les dossiers donnant droit à un logement. Ce n’est qu’avec le temps qu’on pourra juger des effets réels de cette loi pour laquelle des associations se battaient depuis près d’une décennie.
Pour comprendre les espoirs générés par ce texte, un petit retour en arrière : il y a un an, souvenez-vous, les Enfants de Don Quichotte, une association très remuante, avait organisé l’installation des tentes de SDF le long du canal St Martin, au coeur de Paris. De cette crise très médiatisée est sorti un bien : la loi DALO, adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale en mars 2007, ce qui n’arrive tout de même pas tous les jours en France.
L’étape suivante fut longue et douloureuse, avec la négociation des décrets d’application sans lesquels une loi n’a aucune valeur. Un accord a finalement été trouvé entre Christine Boutin, la ministre du logement, et les associations, dans une ambiance rendue électrique par une nouvelle opération de tentes de SDF, et même le coup de théâtre de l’appartement abusif d’un collaborateur de la ministre ! Historique sur le papier, cette loi n’aura de sens que si elle a un effet concret sur la vie des Français, et surtout les quelque un million trois cents mille d’entre eux qui sont considérés comme mal logés. La loi garantit un logement décent “à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière (...), n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir.
Le principe est grand et généreux, la réalité plus complexe, évidemment. D’abord parce que dans un premier temps, jusqu’en 2012, seuls la moitié des mal logés peuvent prétendre à en bénéficier. Ensuite parce qu’il n’y a sans doute pas assez de logements disponibles pour satisfaire immédiatement toutes les demandes, générant des frustrations.
Et que le nombre de logements sociaux est lui-même insuffisant : il faut se souvenir d’une loi précédente, la loi SRU (Solidarité et Renouvellement Urbains), qui fixait un quota de 20% de logements sociaux par commune, et qui n’a pas été respectée de la même manière partout. A Neuilly sur Seine par exemple, suivez mon regard...
Un précédent qui incite à penser que sans volonté politique forte et sans mesures coercitives, la nouvelle loi aura du mal à briser les conservatismes et les barrières bureaucratiques. Cela dit l’incitation à construire n’est pas sans effets bénéfiques, dans un pays où on a coutume de dire que “quand le bâtiment va, tout va”.
On pourra en tout cas compter sur les associations pour servir d’aiguillon et se faire entendre si la loi DALO ne tient pas ses promesses. Pour l’heure, on ne peut que se réjouir d’un progrès réalisé dans un assez large consensus.
Pierre Haski
► Edito diffusé jeudi 3 janvier sur Europe1. Retrouvez l'édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.














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Bien sûr il faudra au gouvernement et à l’Etat une volonté politique bien plus forte que celle affichée actuellement pour faire appliquer le DALO. Mais sa réussite dépendra sans doute plus de l’appropriation politique par le peuple de ce nouveau droit fondamental qu’est le droit au logement. aujourd’hui chacun semble à raison un peu pessimiste sur la réelle efficacité du DALO, mais gardons bien en tête qu’il ne suffit pas d’accabler l’Etat pour pouvoir clore la question de la crise du logement.
c’est aussi à nous, citoyens, de nous investir personnellement dans ce combat commun pour une vie meilleur, pour une nation solidaire et fraternelle. Chacun à son niveau peut participer à cette conquête sociale. Refusons de percevoir le logement commme un bien de consommation semblable à un autre, Pour la loi SRU, le DALO, mobilisons nous auprès de nos préfectures, de nos régions, de nos mairies, de nos associations, de nos députés, acceptons les projets de logements sociaux qui viendraient à se construire dans notre voisinage, etc… Nous ne devons pas relâcher la pression et en faire une question centrale des municipales de mars.
Le droit à l’éducation et à la santé ne se sont pas fait en un jour, et la volonté politique du gouvernement dans cette affaire naitra sans doute de l’amour que porteront les français à ce nouveau droit, et de la rage qu’ils mettront à le défendre…
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