Au piquet! Sarkozy veut un carnet de notes pour ses ministres

Ils y passeront tous! Tous les ministres du gouvernement vont avoir droit à leur bulletin de notes: une fiche d'évaluation réalisée par un cabinet de consultants privé. Dans le rôle du prof, François Fillon. Un examen de passage qui pourrait peser lourd à l'heure du remaniement annoncé pour les municipales.

Une fiche par ministre, 30 critères par fiche

L'information a été révélée ce jeudi par Le Monde: Matignon va remettre à chaque ministre du gouvernement une fiche d'évaluation de l'action menée depuis six mois. Chaque fiche comporte trente critères d'évaluation. Des critères mis au point par le cabinet de consultants en stratégie Mars and Co.

Chaque maroquin a droit à ses propres critères chiffrés. Cela va du nombre d'heures supplémentaires réalisées par les enseignants pour le ministre de l'Education Xavier Darcos à l'évolution du piratage des fichiers audio et vidéo pour la ministre de la Culture, Christine Albanel, en passant par le nombre de ministres présents à Bruxelles pendant les conseils des ministres européens pour le patron du Quai d'Orsay, Bernard Kouchner.

Globalement, les quinze ministres et le Haut commissaire aux Solidarités sont incités à faire du chiffre. Mais attention, pas forcément sur des indicateurs budgétaires ou administratifs. Plutôt sur des indicateurs politiques. L'un des plus décriés est celui imposé au ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale, Brice Hortefeux, qui sera jugé sur le nombre d'étrangers en situation irrégulière expulsés. L'objectif étant de 25000 expulsés pour 2007. Mars and Co n'a pas souhaité répondre à nos questions, avec l'argument suivant:

"La discrétion de notre Groupe, qui est légendaire, s'applique à toutes les missions que nous menons de par le monde."

L'évaluation de l'action publique: une promesse du candidat Sarkozy

Cette procédure correspond au souhait émis par le président Sarkozy qui, dès la formation du premier gouvernement Fillon, a précisé que les ministres auraient "des objectifs qui permettront d'évaluer leur résultat". Cette politique du résultat, Nicolas Sarkozy en a fait l'une de ces recettes préférées.

Quelques semaines après sa nomination place Beauvau, le ministre de l'Intérieur affichait ainsi son objectif dans un discours au personnel de la préfecture de police de Paris, le 4 juillet 2002:

"Les Français n'attendent qu'une seule chose: que la délinquance baisse et que l'insécurité recule. Seul un combat permanent nous permettra d'atteindre cet objectif. Nous nous devons de répondre à cette profonde aspiration de nos concitoyens qui nous jugeront à l'oeuvre sur un seul critère: les résultats que nous obtiendrons."

Deux ans plus tard, même méthode au ministère de l'Economie, lors de l'Université de printemps des finances publiques, le 27 avril 2004:

"C’est, au point où nous en sommes, un défi qui n’est pas une utopie. Lorsque l’on discutera de programmes articulés autour d’objectifs et de résultats, chacun pourra être juge de la manière dont l’argent des Français est utilisé."

Des méthodes de management appliquées aux Etats-Unis

Derrière cet affichage, Nicolas Sarkozy ne fait qu'appliquer les méthodes du management contemporain: objectif, participation, évaluation. Mais pour l'instant, il n'est pas question de dévoiler la fiche des 30 critères mise en place par Mars and co. Nicolas Sarkozy s'est contenté d'une promesse: afficher une vingtaine d'indicateurs sur les... 450 retenus au total pour juger les ministres. La volonté de transparence a ses limites.

Aux Etats-Unis, l'évaluation des politiques publiques va jusqu'à afficher la notation de chaque type de programmes. De 0 à 100, avec quatre niveaux d'appréciation:

► Efficace
► Modérément efficace
► Adéquate
► Inefficace

Depuis février 2006, le site Expectmore.gov est spécifiquement dédié à cette tâche. Chaque année, les principaux programmes des politiques publiques fédérales sont notés, sur des critères surtout qualitatifs. La FAQ du site indique clairement qu'un programme ayant une mauvaise note n'est pas forcément interrompu d'une année sur l'autre.

Reste enfin à savoir si ce premier bulletin de notes français sera l'antichambre du prochain remaniement. A l'heure des rumeurs, il est certain que l'Elysée et Matignon sauront user des fiches comportant des appréciations moyennes. Voire passables dans certains cas.


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19H58    03/01/2008

Etant moi-même VRP, cette évaluation sur objectifs m'est assez familière. J'aimerais d'ailleurs bien savoir si les ministres qui les auront atteints auront une prime. Ce serait cohérent.

Cette importation des méthodes de l'entreprise dans le gouvernement d'un pays est certes "grotesque et dangereuse" comme le dit par ailleurs Filipetti, elle est néanmoins dans la parfaite logique du discours qui nous sert de "l'entreprise France" à toutes les sauces (et que certains d'entre nous avaient sûrement dénoncé naguère).
1- Je serais curieux de connaître les objectifs sur lesquels seront notés les ministres. Après tout, pas de confidentialité qui tienne : il s'agit de la politique de notre pays pour l'année à venir.
2- Si je comprends bien, la France n'a donc plus de perspective à moyen ou long terme. Nous sommes bel et bien entrés dans l'époque de la "gouvernance".
3- Indépendamment de la méthode d'évaluation, plus étonnant me semble le fait que soit une entreprise privée qu s'en charge. Doit-on comprendre que l'Etat n'est pas (ou plus) capable d'évaluer son action ?

 
Par berco
20H49    03/01/2008

Et pour les ministres en manque de résultat, ca sera:"
MARS et ca repart..."

 
Par Arnaud L.
20H59    03/01/2008

Mais c'est une idée pleine de bon sens!
Le "bon sens" cher à Raffarin et Sarkozy, surtout emprunt de manipulation.

La vraie évaluation devrait se faire par un organisme indépendant (et non pas sous contrat avec l'Élysée) et selon des critères qui ne sont pas défini par les politiques. La France n'est pas une entreprise, n'en déplaise à certains.

Au fait, le président dans tout ça, qui est-ce qui lui donne sa note? Ahh, j'entends déjà poindre le mot "Électeurs".

Mais les électeurs, pour faire leur choix, ils doivent justement connaitre l'évaluation du gouvernement ainsi que celle du président.
Cher Nicolas, donc puisqu'il parait que tu aimes à raconter que "tu en as et que tu t'en sers" (Canard Enchainé, 02/01/08), il serait bien que tu oses mettre en place ta propre évaluation...

 
Par mamie 26
21H08    03/01/2008

nous les paysans nous connaissons cette évaluation si nous avons bien travaillé la recolte est bonne et nous sommes heureux mails il faut tenir compte de l'environnement du temps etc..pour les ministres les résultats sont tout autant déterminés par les problemes extérieurs, la vie des francais, les élucubrations de leur président...que ressortira.t.il? de cette méthode un parapluie pour justifier les chamboulements ? un ministre je croyais que c'était une équipe cette équipe est elle évaluée..et la capacité a créer un travail d'équipe efficace ? et
"la voix " Mr Guaino..qui évalue sa copie ?

 
Par Nemo34
00H50    04/01/2008

L'idée d'évaluer l'action ministérielle me parait louable en théorie. On a entendu parler pendant la campagne présidentielle de JURYS CITOYENS. L'évaluation d'une action minstérielle ne serait-elle pas plus légitime si elle était réalisée non pas par des consultants étrangers mais par ceux qui sont les plus à même d'en ressentir les effets?

La "bonne" utilisation d'une évaluation consiste habituellement à définir EN DEBUT DE PERIODE des indicateurs, DE LEUR MODE DE CALCUL ET DES VALEURS DE REFERENCE avec les intéressés. En fin de période, un second temps permet de discuter de l'atteinte de ces objectifs, des raisons des écarts constatés et de l'avenir (et du bonus bien entendu). Proposer une évaluation ex-post sur des critères décidés par des consultants externes est une autre pratique répandue dans le privé qui n'a pas grand chose à voir avec un processus d'amélioration de la qualité mais plutôt avec la justification d'un plan de licenciement.

A bon entendeur...

 
01H12    04/01/2008

Vous mélangez allègrement les genres ! Les jurys citoyens n'ont pas vocation à inspecter les décisions et emplois du temps des pachas de la République, mais de connaître du fonctionnement de leurs proches élus et du terrain où ils évoluent, nuance...