Bush au Proche-Orient, première visite après des années d'attentisme

Si l'administration républicaine a su se dépenser sans compter pour convaincre du bien fondé d'une intervention militaire en Irak au nom de la promotion de la démocratie et du droit international, le règlement du conflit israélo-palestinien est apparu comme un dossier annexe tout au long des deux mandats du président Bush.

A partir du 8 janvier prochain, il effectue une tournée au Proche-Orient. Ce sera l'occasion pour lui de réaliser son unique visite en Israël et dans les territoires palestiniens durant ses huit années à la tête de la première puissance mondiale. Ce sera la première visite dans la région d'un président américain depuis celle effectuée par Bill Clinton en décembre 1998.

Soutien inconditionnel à Israël, mise à l'écart de Yasser Arafat jusqu'à sa mort en 2004 et désintérêt manifeste pour la relance du processus de paix, voici les quelques lignes directrices qui semblent avoir guidé l'administration républicaine depuis sa prise de fonction en janvier 2001.

C'est oublier que l'élection de George W. Bush à la Maison-Blanche avait suscité des réactions palestiniennes et israéliennes paradoxales. Le gouverneur du Texas, qui revendiquait haut et fort son ignorance en matière de grands dossiers internationaux, succédait à Bill Clinton dont le premier mandat avait commencé par l'éclatant succès que représentait la poignée de main entre Yasser Arafat et Itzhak Rabin sur la pelouse de la Maison blanche, le second mandat restant marqué par l'échec du sommet de Camp David à l'été 2000.

Si Bill Clinton s'était investi de toutes ses forces dans la recherche d'un règlement au conflit, il n'avait pour autant pas cherché à modifier l'approche pro-israélienne de la diplomatie américaine.

Le retour aux affaires des républicains n'inquiétait pas Arafat

Une fois le décompte des voix terminé dans l'état de Floride en novembre 2000, c'est au sommet de l'Autorité palestinienne que les erreurs d'analyse furent les plus graves. Yasser Arafat et ses proches pensaient naïvement que la politique internationale de George Bush fils serait dans la droite ligne de celle de son père, qui n'avait pas hésité à exercer de fortes pressions sur Israël en 1991 et 1992 afin d'obtenir le gel de la colonisation dans les territoires occupés palestiniens. Le retour aux affaires des républicains ne semblaient donc pas inquiéter outre mesure les Palestiniens.

C'était méconnaître le rôle joué par l'électorat évangéliste dans l'élection de 2000 et l'entourage néo-conservateur qui conseillait le nouveau président américain. Les attentats du 11 septembre 2001 donnèrent l'occasion de mettre en oeuvre une nouvelle politique américaine sur le dossier israélo-palestinien.

Il ne s'agissait plus d'un conflit entre deux nationalismes avec un occupé et un occupant, mais uniquement d'une ligne de front de la "guerre contre le terrorisme". Yasser Arafat fut définitivement considéré comme un "obstacle à la paix" par le président Bush en juin 2002. L'attitude ambiguë du vieux chef palestinien à l'égard des attentats du Hamas et du Djihad islamique contre des civils israéliens et son incapacité à comprendre le contexte post-11 Septembre finirent de le décrédibiliser auprès de Washington.

Obnubilé par la question irakienne à partir de la fin de l'année 2002, le président américain avait donné un blanc seing à Ariel Sharon pour mener la politique de répression qu'il souhaitait à l'égard des Palestiniens. "La route de Jérusalem passe par Bagdad", répétait-on dans l'entourage de George W. Bush, persuadé que le conflit israélo-palestinien disparaîtrait une fois le Moyen-Orient "démocratisé".

La "feuille de route" , seule initiative marquante en huit ans

Certes, les Eats-Unis ont régulièrement exigé des "éclaircissements" sur le tracé du mur en Cisjordanie ou protesté contre la poursuite de la colonisation, mais sur l'essentiel, Israël avait les mains libres: assassinats ciblés, représailles massives, annexion rampante en Cisjordanie, etc.

La mise en place fin 2002 du quartet, regroupant l'ONU, l'Union européenne, la Russie et les Etats-Unis fut le seul exemple de la faible volonté américaine de redonner vie au processus de paix. Le Quartet publia en 2003 la "feuille de route", dont les trois étapes devaient progressivement amener à un retour au calme et à la création d'un État palestinien viable en 2005.

La mort de Yasser Arafat en novembre 2004 et le plan d'Ariel Sharon de retrait de la bande de Gaza en 2005 pouvaient laisser penser que les États-Unis allaient s'engager avec plus de volontarisme dans ce dossier et apporter le soutien nécessaire à la ligne modérée du Président palestinien Mahmoud Abbas afin de faire oublier la situation de plus en plus catastrophique en Irak.

Attentisme et soutien aux initiatives israéliennes

Il n'en a rien été et les Américains décidèrent d'entériner et de soutenir l'unilatéralisme israélien sans en mesurer les prévisibles conséquences. La victoire du Hamas aux élections générales palestiniennes de janvier 2006 montrait l'étendu de l'échec américain dans la région. Si Washington demandait aux Palestiniens de créer un Etat démocratique, la victoire de ceux qui s'opposaient le plus violemment à Israël et son allié n'avait vraisemblablement jamais été envisagée. Là encore, les Etats-Unis sont apparus sans ligne politique claire si ce n'est l'attentisme et le soutien aux initiatives israéliennes.

Le coup de force du Hamas dans la bande de Gaza en juin 2007 prit une nouvelle fois de court les États-Unis. Sans avancées tangibles pour les Palestiniens, telle la libération de prisonniers, le démantèlement des barrages et un arrêt total de la colonisation, le pouvoir de Mahmoud Abbas continuerait de s'affaiblir et conduirait inéluctablement à une prise de la Cisjordanie par ses opposants islamistes.

Les nombreux voyages effectués ses derniers mois dans la région par la secrétaire d'état Condoleezza Rice devaient préparer la réunion d'Annapolis, qui s'est tenue en novembre dernier. Ce sommet a accouché d'une souris diplomatique. Le seul résultat obtenu est une série d'engagements non datés quant à une poursuite des négociations entre Israéliens et Palestiniens. Aucun calendrier et aucune mesure concrète n'est sorti de ce show censé prouver que le règlement du conflit est la priorité de la fin de mandat de George W. Bush.

Bush se rendra-t-il au siège de l'Autorité palestinienne?

La visite prochaine du Président des Etats-Unis dans cette poudrière sonne comme un aveu d'échec. Lui et son administration portent une lourde responsabilité dans le pourrissement d'une situation qui n'apporte, à long terme, ni la paix ni la sécurité et encore moins l'application du droit international aux peuples de la région.

Se rendra-t-il à Ramallah, le siège de l'Autorité palestinienne? Cette question n'est pas superflue lorsque l'on se souvient que la police palestinienne avait eu le plus grand mal à contenir les manifestants lors d'une visite de Condoleezza Rice à l'été 2006.

On peut s'interroger sur ce que sera la politique américaine après l'élection du nouveau président le 4 novembre 2008. Les débats actuels entre les différents candidats démocrates et républicains tendent à montrer que le soutien à Israël restera une donnée acquise.

Seul Rudolph Giuliani, ancien maire républicain de New-York, parvient à doubler sur la droite tous ses concurrents en étant plus royaliste que le roi : il a récemment écrit dans la revue Foreign Affairs que les États-Unis ne devaient plus avoir pour objectif la création d'un État palestinien indépendant ...

Samuel Ghiles Meilhac est doctorant à l'Ecole pratique des hautes études. Il a publié "Le Monde Diplomatique et Israël 1954-2005, histoire moderne de l'état juif à travers un journal français de référence", aux éditions Le Manuscrit.


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14H03 03/01/2008
 
23H19 02/01/2008

Israél-Palestine :
-schizophrénie occidentalo-orientale se disputant l'antéroirité d'un héritage commun religieux autant que territorial.
-Mise en abîme de contradictions,de culpabilités et de mauvaise foi.
-Pour le moins,cas d'école pour une glose ad vitam aeternam
-Y aura t-il un Alexandre pour en trancher le noeud?

 
11H50 03/01/2008

la politique etrangere de la clique de neo cons qui dirige les USA est une veritable catastrophe , un naufrage diplomatique , tout ce que Bush a entrepris est parti en vrille , dernier exemple : envoyer Bhutto , cette grande democrate corrompue qui avait envoyé les talibans en Afganistan ( entre autres choses ) , dans les pattes de Mussharaf ! alors ça il fallait le faire ! j'aimerais bien connaitre le dealer des mecs qui ont pondu ce plan genial ! lol ! sans rire Bush a encore le temps de faire bombarder l'Iran , il est temps qu'il parte ! ( en enfer ) .

 
01H06 04/01/2008

- les US n'ont jamais eu pour le but de créer la paix ou l'indépendance dans la région (on peut prendre le Proche-Orient en général), création de la paix ce n'est qu'un propos pour intervenir dans la région, l'objectif c'est le pétrole. La paix n'est pas un objectif, bien évidemment que le résultat ne sera pas la paix. Le désordre dans cette région les arrange beaucoup plus. Cela détourne l'attention des américains de leurs problèmes intérieurs.
- des guerres impérialistes sont toujours perdues et payées trop cher par ceux qui les commencent. Et les US perdu toutes les guerres dans la région et vont encore payer très cher ces échecs, dans les années à venir.
- le peuple américain n'a jamais connu d'une vraie guerre sur son propre territoire et ne s'en rende compte de tous les horreurs des guerres qu'il démarre, celles dernières troublent le monde entier, et tout ça avec consentement tacite de l'UE et l'ONU.
- Iran: la direction perdue d'avance, les US n'y mettront jamais le pied. Sarkozy porte le drapeau de la France derrière Bush et vote POUR "explorer" cette direction. On s'en rend compte de ce qu'on fait nous?

 
10H40 04/01/2008

et oui quand les francais votent pour Sarko , ils ne s'interessent qu"a la politique interieure alors que la marge de manoeuvre dans ce domaine est etroite , l'insecurité ça bougera pas ( pour un tas de raisons ) la politique exterieure là ça va etre le gros changement mais ça les electeurs s'en foutent ! la france est un pays de "republicains" qui auraient voté Bush s'ils avaient pu !

 
19H47 04/01/2008

Peut être ramenera t il de son voyage tourisque une de ces ceintures très à la mode dans la région...vous savez, avec un petit déclencheur. Pourvu qu'il pense à appuyer dessus lors de son retour !

Bush, et surtout ses cerveaux, lui n'est rien d'autre qu'un pantin qui a trop respiré les vapeurs d'essence des puits de pétrole paternels, n'as jamais rien compris au Moyen Orient comme il n'a jamais rien compris au monde en général. Ethnocentrisme d'occidental obèse de consommation, les restes de la planète ne sont que les rayons d'un supermarché...là ou faire son plein, là y cultiver son ptit jardin d'OGM, là y créer ou laisser perdurer une situation de conflit pour y placer ses joujous téléguidés de chez Northtop, Boeing ou Lockeed Martin.

Quant à faire évoluer quelque chose en Palestine, tous les présidents à Washington se sont cassés les dents sur le lobby évangéliste américain ou l' AIPAC, qui déterminent le cadre rigide des manoeuvres possibles.

Sans revenir sur ce conflit si atroce, il n'y a de toute façon qu'une sortie possible (à part la lente destruction des parties en présence)... UN état par tous et pour tous, le retour des réfugiés palestiniens, une administration internationale de la capitale des 3 religions et l'oubli des horreurs du passé...Difficile d'imaginer ce que représente deux générations ayant grandi sous la menace et l'occupation. De toute façon, si le conflit n'aboutit pas, le manque d'eau dans la région se chargera de départager les vainqueurs sur leur tas de cendres.

Vouloir un état religieusement pur est une aberration aussi grave que de vouloir un état éthniquement pur.

 
19H57 04/01/2008

Merci pour la clairvoyance de cet article.

 
21H04 04/01/2008

Question naïve :

Est-ce pour la signature avec les "alliés" d'une joint-venture spécialisée dans la torture et sur le même business model que AbuGhraib, Guntanamo ...etc ?