L'edito

Voeux de Sarkozy : une « politique de civilisation » en attendant mieux

Il s'est produit un drôle de télescopage, lundi soir, à la télévision, après les voeux en direct de Nicolas Sarkozy. Le premier sujet du journal télévisé était la liste des prix qui augmentent ce premier janvier, les 4% de Gaz de France ou les franchises médicales, alors que de l'autre côté, le RMI ou les pensions de handicap montent moins que l'an dernier.

C'était comme un retour brutal à la réalité après avoir entendu, pendant quelques minutes, un discours qui demandait à chacun d'entre nous d'y croire, de croire qu'il y aura, en 2008, des améliorations visibles dans notre vie quotidienne, malgré une conjoncture économique défavorable, et des réformes qui ont été trop longtemps différées. Une phrase qui a dû faire plaisir à son prédécesseur…

Nicolas Sarkozy est un très bon candidat, et on a pu retrouver, lundi soir, les élans qui sans doute fait la différence le 6 mai. Il a su se montrer compassionnel, offensif, refuser le sectarisme et l'immobilisme, et a trouvé des accents de sincérité pour redire aux Français : « Je ne vous trahirai pas. » Le seul problème est que la campagne électorale est terminée, et que les Français attendent la suite.

Ce discours était certes en direct, mais ne laissait pas un mot au hasard. Ainsi, la formule choc en était : « politique de civilisation », sans doute inspirée par Henri Guaino, le conseiller du Président qui cherche à donner du souffle à ses discours. Une « politique de civilisation », qu'est-ce que c'est ? D'abord un catalogue : l'école, l'intégration, les droits de l'homme, le goût de l'aventure et du risque. Mais Nicolas Sarkozy lui-même a conclu sa longue liste en disant « pas de discours, il s'agit d'agir ».

Cet aller-retour permanent entre les grands principes et la réalité, entre les voeux pieux et les difficultés à les mettre en oeuvre, c'est toute l'équation actuelle de Nicolas Sarkozy. Le président de la République sait qu'il ne peut pas promettre plus qu'il ne pourra assurer : ne s'est-il pas engagé à la franchise ? Mais il ne peut pas non plus dire aux Français, comme l'avait fait François Fillon : désolé la France est en faillite… Ou s'abriter derrière la hausse du prix du pétrole ou la baisse du dollar. Il lui faut donc tenir cette voie étroite entre le lyrisme d'une « politique de civilisation » et d'une « nouvelle renaissance », qui s'adresse à la fierté nationale, celle d'une France qui défendrait ses valeurs en interne et dans le monde -et la réalité qui est assurément moins glorieuse, pragmatisme oblige.

Elu il y a seulement huit mois, Nicolas Sarkozy peut encore dire aux Français, « faites moi confiance, ça va s'arranger ». Mais c'est un argument qui s'épuise avec le temps. 2008 s'annonce, de ce point de vue, comme l'heure de vérité du volontarisme d'un président confronté à l'épreuve des faits.

Pierre Haski

► Edito diffusé mardi 1er janvier sur Europe1. Retrouvez l'édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.

3 commentaires sélectionnés

Portrait de pene-r

De pene-r

09H02 | 01/01/2008 | Permalien

Bonjour et bonne année ; -)

J'étai un peu surpris que les commentateurs d'hier soir, ne reprennent pas (en tous cas ceux que j'ai lu et entendu) cette formule, « politique de civilisation », pourtant le terme « civilisation » est répété 3 fois en peu de temps sur la fin ! ! (c'est d'ailleurs pénible, ces répétitions dont abuse la majorité dans ses discours).

Bon c'est vrai aussi que le terme est creux :
l'école, l'intégration, les droits de l'homme, le goût de l'aventure et du risque.
Ouais, à part le « goût de l'aventure » ( ! ! ? ) le reste c'est un peu pour ça qu'il a été élu et pour l'instant on ne peut pas dire que sur ces trois sujets (école, intégration, droits de l'homme) sa politique nous prépare une grande civilisation.

Portrait de blosse

De blosse

concepteur dans la pub | 11H15 | 01/01/2008 | Permalien

Le journaliste de TF1 en direct du palais est promis à une grande carrière…il a affirmé sans rigoler que le nouvel éclairage du palais ne consommait pas plus qu'un fer à repasser. A l'année prochaine pour un couplet sur le thème : « une Rolex, c'est beaucoup plus économique qu'une Swatch ».

Portrait de vol19

De vol19

awash | 12H55 | 01/01/2008 | Permalien

Une énigmatique formulation.

Par contre « Vers une politique de civilisation » est le titre d'un ouvrage publié une première fois en 1997, par Edgard Morin et Samir Naïr. De mémoire, sous réserve dix ans après, l'ouvrage traitait, il me semble, entre autre de lien social, etc… la plûme du président aurait-il retrouvé cet ouvrage sur une étagère ?

Le président s'est positionné sous le paradigme du « manager pragmatique » qui veut décoincer un système bloqué et certainement pas sous celui du visionnaire d'un projet social.
Evidement, le problème global qu'il doit traiter est bien au delà d'un problème de gestion pragmatique. Les résultats promis ne peuvent être au rendez-vous et donc tente de se repositionner tout en restant pragmatique dans une posture de « manager visionnaire ». Celà peut-il marcher ? …

Pas évident, la mise en scène de « gling gling » n'est pas très crédible avec la redéfinition d'un projet structuré autour de valeurs.

En dix ans, le lien social s'est encore déterioré, les problèmes se sont accumulés, et ne répond pas à un problème de fond :

- Comment à partir d'une société en souffrance, repositionner qualitativement la production et la consommation en diminuant par quatre en quarante ans, la consommation énergique, et en développant une économie de la connaissance ? On est surpris que ces enjeux ne sont même pas évoqués et pourtant ils ne sont pas minces…

Entre le « management pragmatique » nécessaire et insuffisant aux résultats forcéments decevants à court terme, les gling gling à disneyland, on observe pour le moins un hiatus par rapport aux enjeux.

Rétropectivement, on a l'impression d'un dispositif de campagne efficace pour gagner le pouvoir par rapport à la concurrente mais beaucoup moins pour traiter les problèmes dans un projet global. Et de là ressortir une formulation « politique de civilisation » qui date d'il y a dix ans, même si elle traduit le retour positif d'une « volonté et d'un retour du politique », elle donne l'impression de décalage, de traiter aujourd'hui ce qui aurait du être fait dix ans plus tôt, alors que les problèmes ont encore évolué. Pour ajouter encore dans les hiatus, la rupture annoncé dans la forme des voeux ne se retrouve pas, ce qui surajoute l'impression de « décalage » parole/action tout en affirmant par la parole un contrat parole/action, ce qui est insécurisant.

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