Les documentaires militants, porteurs de désenchantement

Après le documentaire choc d’Hubert Sauper « Le cauchemar de Darwin » (1985), un nouvel élément de mauvaise conscience à l’usage des occidentaux est venue enfoncer le clou : « We feed the world » d’Erwin Wagenhoffer, dénonçant à grands traits acides la mondialisation agro-alimentaire hyper-productiviste et la globalisation économique actuelle. Encore une nouvelle dénonciation épidermique (de « terroristes écologistes ») de ce qui n’irait pas, me direz-vous?

Quand, dans nos sociétés,l’opulence et le gaspillage côtoient encore et toujours la misère de condition de vie on peut légitimement se demander à quoi (et à qui) servirait encore plus de croissance et de productivité. Au-delà, la question que semble poser ce type de documentaire est de savoir comment agir concrètement sur une mégamachine agricole mondiale dont on nous annonce qu’elle pourrait largement nourrir plus de 12 milliards d’individus, alors que les cinq cent plus importantes multinationales privées contrôlent au moins 52% du PNB, alors, dit-on, que dans le monde 100 000 personnes meurent de faim ou de ses suites immédiates, et alors, dit-on encore, qu’on dénombrait en 2006 qu’un enfant de moins de 10 ans mourrait de faim toutes les cinq secondes.

Ce type de documentaire nous force à nous poser toute une série de questions, à moins qu’il ne vienne nous inhiber, nous désoler ou nous désenchanter. Comment, tout à la fois, ne pas se sentir concerné mais aussi quelque peu impuissant ou limité à agir –et par quels moyens- à notre niveau? Suffirait-il sommairement d’informer, de posséder un savoir et une connaissance pour réellement agir?

En quoi un documentaire de plus pourrait-t-il nous donner ces moyens et cette volonté d’action? Car il ne s’agit pas, semble-t-il, pour ces documentaires plus ou moins militants, plus ou moins objectifs, de montrer pour montrer sans penser à une action possible en retour en vue de se défaire de maux. Nous avons pourtant en mémoire un certain nombre d’acteurs sociaux (politiques) qui ont vécu – ou vivent encore – dans l’illusion qu’une seule prise de conscience suffirait à éradiquer le mal (absolu) dénoncé. Ou alors, finalement, est-ce uniquement et simplement pour nous donner une certaine conscience, une connaissance plus fine, de la chose, sans autre but ou volonté? Une connaissance pour la connaissance, comme il existerait un art pour l’art?

Gérer la misère au lieu de la supprimer

La faim dans le monde, la misère, ne sont pas des choses nouvelles ni dans le temps ni dans l’espace. N’avons-nous pas quelques exclus, mal nourris, mal soignés, dans notre ville, près de chez nous? Un documentaire de plus sur le sujet a-t-il réellement l’espoir et la capacité de nous faire bouger, de mobiliser activement un nombre important et significatif de citoyens, de remettre fondamentalement en cause nos pratiques courantes, de faire réagir concrètement les politiques et les institutions, de modifier au final le monde social dans lequel nous vivons et constatons les manques et les dégâts? Les multiples associations de terrain crées pour remédier à ces déréglementations de société ne feraient-elles finalement que gérer cette misère à défaut de pouvoir la supprimer, idem pour les ministères sollicités?

Ces documentaires de survie en milieux hostiles n’expriment-ils pas le message, en filigrane, que nous serions-nous dans nos pays modernes tout à la fois riches et impuissants avec des politiques fortes mais aussi faibles? Situations schizophrènes penserez-vous. N’aurions-nous à proposer que de vigoureuses dénonciations –d’impuissances- négatives souvent morales à défaut d’actions positives réelles si possible efficaces et éprouvées ?

Quand Nestlé vante la consommation équitable

La focalisation attractive basée sur des produits « bio » et une consommation éthique semble à certains la seule solution de salut à ces problèmes alimentaires mondiaux.

Que penser, par exemple, de Nestlé – honnis par les « alters »- quand cette multinationale récupère le filon des pratiques alimentaires alternatives en mettant sur le marché des produits de consommation équitable?

Ne rend-il pas au bout du compte inaudible et inopérant l’insurrection des consciences et des pratiques alternatives? Le citoyen semble au final blasé et épuisé face à cette inflation de dénonciations semblant venir de toute part, des fois excessivement passionnées, trop souvent –hélas- instruments de propagande militante, dogmatique et intéressée. Dévoiement de causes – si ce n’est de principes- et démobilisation individuelle se retrouvent à l’appel au détriment des nécessiteux.

L’indignation ciblée et la mobilisation citoyenne tournent encore trop souvent en quasi vase clos, autour de mêmes (éternelles) causes politiquement hyper sélectionnées, sans pouvoir élargir ni leurs audiences ni leurs effectifs, limitant ainsi les capacités d’action et de changements voulues.

des documentaires inégrateurs de notre mauvaise conscience

Risquons une question provocante : un énième documentaire servira-t-il finalement à autre chose qu’à faire connaître un réalisateur et à payer ses assistants, ses distributeurs? Faudrait-il croire que le système économique – dit capitaliste - produirait tout à la fois son développement international (mondialisation) et son suicide inéluctable, selon une vulgate marxiste –inopérante- pourtant encore à la mode chez les « alters »?

Selon la version optimiste, les beaux jours radieux seraient devant nous, il suffirait d’attendre patiemment – comme d’autres le Messie- l’effondrement par lui-même de ce turbo-capitalisme pour enfin vivre le grand soir. Attendre et voir. Pour la version pessimiste, il est trop tard, on court à la catastrophe inéluctable. Ces versions manichéennes semblent manquer quelque peu d’épaisseurs, de dimensions, de multitudes, de couleurs, d’autres voies étant possibles.

Ce type de documentaire restera au final encore pendant longtemps l’élément intégrateur et adaptateur de cette mauvaise conscience d’actions désenchantées.


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18H59 31/12/2007

Tout d’abord, ce film est sorti il y à 6 mois!!!
De plus, si je suis votre raisonnement, j’ai déjà assez de choses dans la tête, je vais arrêter de lire et de m’informer…
Vaut-il mieux rester bête et heureux ?
Bref, votre article….heu,… celui là, oui, on peut s’en passer.

 
21H51 31/12/2007

au contraire plus on a d’informations soit par documentaire,livre ou n’importe quel support permet justement de diffuser a son tour ces infos ce qui constitue une chaine car pour la faire il y a toujours un maillon qui s’ajoute a un autre,et pour nous meme agir sur notre comportement alimentaire ou relationnel en connaissance de cause.

 
21H51 31/12/2007

Ca change de la routine cette analyse. Elle a le mérite de mettre les pieds dans le plat !

 
23H30 31/12/2007

Donc en résumé s’informer en regardant ou en lisant autre chose que ce qu’on veut bien nous mettre sous le nez c’est juste bon à se déprimer et se culpabiliser, et ça ne sert les intêrets que des informateurs.

Théorie vérifiable sur le champ : en lisant l’article j’étais déprimé et je n’y ai vu que l’intêret de l’informateur à se déculpabiliser à moindre frais.

 
23H51 31/12/2007

Se peut-il que l’on puisse voir vraiment ce que dit cet article et non penser qu’il s’agit d’une simple critique de l’information ou de la connaissance en soi ?

Jusqu’à présent il semble que la lecture de ce texte soit superficielle au vu des publications qui font suite.

 
brise marine | portier de nuit
06H33 01/01/2008

A propos du marché équitable,je pense que cela correspond à ce que furent la création des coopératives agricoles qui ont permis aux petits producteurs de pouvoir écouler leurs produits,et donc une garantie de revenus.
Si des multinationales adoptent loyalement ce principe j’ai envie de dire tant mieux quoique ce soit le minimum qu’elles puissent faire;malgrè les arrières pensées en termes d‘« images ».
P’t’être des documentaires qui dénoncent l’hyper productivisme auront servi à ça?
Reste que l’hyper productivisme perdure et une des parades ramène(si j’ai bien compris) à ce que propose A.Gorz sur le jumelage de proximité ville-campagne c’est à dire des amap départementalisées en quelque sorte.
Quid des déshérités?
Qui vivra verra!

 
13H03 01/01/2008

Excellent article, excellente analyse. Tout est dit. Il reste à réfléchir comment continuer à acheter « bio, équitable », lire des articles et voir des documentaires dénonciateurs sur l’état du monde sans perdre de vue que nous en sommes un des rouages.
je ressens la même chose, avoir l’oeil et l’esprit critique permet d’objectiviser nos émotions souvent extrêmes.

 
lazina | Téléconseillère à lyon
22H07 01/01/2008

On subit suffisament de désinformations de la part des médias, ce genre de reportages est donc indispensable à ceux qui cherchent à voir le monde autrement. L’important est d’être assez vigilant pour savoir faire le tri et regarder ce qu’il y a derrière le miroir. Par exemple, Nestlé fais de l’équitable, ok. Mais je pense que les consommateurs de produits équitables ont à cœur que l’entreprise à qui ils donnent leur sou soit une entreprise socialement responsable. Ce n’est pas le cas de Nestlé, les salariés des différentes entreprises et usine pourront en témoigner et je pense que les consommateurs citoyen ne se laisseront pas berner !
Donc oui, si on garde notre sens critique, ce genre de reportage est toujours utile.

 
09H04 02/01/2008

Ces reportages sont essentiels même si selon vous « En quoi un documentaire de plus pourrait-t-il nous donner ces moyens et cette volonté d’action? » Individuellement nous pouvons agir au quotidien, changer notre façon de consommer, d’envisager le monde, c’est déjà agir! Et dire : « Les multiples associations de terrain crées pour remédier à ces déréglementations de société ne feraient-elles finalement que gérer cette misère à défaut de pouvoir la supprimer », je trouve ça dégueulasse!!! En quoi le fait d’écrire ce papier vous confère t’il le respect que vous n’accordez pas aux autres? Arrêtez de nous prendre pour des imbéciles et de nous amener sur la mauvaise route. Toute information est bonne à prendre, à nous d’en juger la véracité. A bas les censeurs!!!
Votre essai est peu concluant monsieur…

 
12H21 02/01/2008

J’aime beaucoup l’article… Même si je pourrais et je vais lui reprocher tout plein de petites choses, il y a un certain « exces » de problématique qui lui donne son charme.

Outre les félicitations, donc je voulais parler surtout de ce sophisme(présent au moins dans le résumé du film nettement moins dans l’article), Je suis altermondialiste mais en même temps, je ne suis pas mondialiste…
Or il faut choisir…
Si l’on ne veut pas que l’afrique consomme des produits européens et vice versa, alors il n’y a pas de place pour un commerce équitable qui fait autant de kilometre d’un commerce normal…
De même comme vous le dites si bien la pauvreté n’est pas nouvelle,et elle n’est pas si concentré que l’on nous dit… Soit qu’il y a des famines…
Mais les pays du sud ne sont pas qu’un desert aride, bon qu’a faire des reportages sur les famines et les guerres…
Bref c’est l’envie de ne plus penser globaliser, où a force de penser tous mes gestes, toutes mes pensées de gentil petit consommateur puéril ont une incidence sur la faim…
Ca tourne a l’esothérisme grandissant cette histoire…

Et si je faisais mon égoïste pragmatique en disant que comme chacun s’occupe bigrement bien de ses affaires, on pourrait donc faire du « laissez faire! » ?

Que de toute façon la guerre civil au Kenya, je m’en moque, je ne sais même pas si c’est reellement une guerre civil et je sais très bien que quoi que je dise je ne ferais rien, à la rigueur je ne peux que soutenir mon gouvernement néo-colonialisme qui jouera comme d’habitude le role de « médiateur » quel l’euphémisme(…) et encore pour une fois que c’est pas la France …
50 ans déjà et rien a changer…

Alors les reportages et les infos redeviennent ce qu’elle ont toujours été, du pain a macher pour une fin social…

Ensuite je pourrais développer cette idée sous le joug de la croissance/productivité et décroissance.
A quoi bon que moi, je travaille plus que j’ai besoin (que ce soit des besoins morales ou financier) sous prétexte qu’il y a de la faim dans le monde… Ou est ce que plus on travaille plus on consomme et plus alors on se détache des besoins alimentaires en achetant des merdes high-tech (tel que la machine ou j’ecrit) . Et ainsi plus on occupe/fait travailler les autres à des besoins qui sont alors inutiles…
Ainsi la consommation (superplus) sur ce raisonnement conduit a la pauvreté asymétrique…

De là, on peut tout de même a grandir la « sphère » d’action en disant que l’on peut très bien gérer la faim localement dans notre ville,région, etc… Comme l’on fait dans les pays develloper avec les associations

A cela on peut remarquer que dans les cas de famines ou de mauvaises récoltes généralisée mon raisonnement tombe a l’eau. Mais je doute que les produits équitables ou bio réussissent mieux dans ce cas là…
Il ne reste plus que les fameuses ong humanitaires…( donc sur le terrain, il y a pas de secret…)

Je suis loin d’être un altermondialiste qui a mes yeux n’est peut qu’être qu’un marketing social et politique bien ficelé…

 
18H40 02/01/2008

Je rêve d’étre un imbécile heureux!

 
Network 23 | identité perdue dans mes papiers
23H30 02/01/2008

Analyser le monde pousse à l’inaction? Peut-être. Mais la lucidité pousse aussi à agir comme on peut, sans trop d’illusions mais avec l’assurance de faire ce qu’on peut.

Plus que sociologique, on semble ici toucher à la métaphysique… Agir ou connaître? Pourquoi pas les deux ensemble?

Changer les consciences ne suffit pas, c’est une évidence! Mais comment modifier nos pratiques sans changer nos regards? N’est-ce pas là le premier objectif du cinéma, docu ou autre?

« Les alters » vivraient dans l’illusion marxiste de l’auto-destruction du capitalisme? Qui sont donc ces fameux « alters » qui croient encore au Grand Soir? Je croyais que « résister, c’est créer » était plus dans l’ordre de leurs idées que d’attendre la crise inéluctable qui mènera le prolétariat à soutenir son avant-garde…

La faim dans le monde n’est pas un sujet nouveau. Mais n’a-t-on pas besoin de « Géopolitique de la Faim », d’analyses lucides, de documentaires, etc., pour aller au-delà de la prière rituelle, « Donne-nous le pain d’aujourd’hui »? Ou faut-il préférer à ces documentaires les images de TF1 montrant les ravages de l’obésité au nord, et de la famine au sud, et puis entendre les « experts » vanter les OGM comme soi-disant armes de destruction massive de la faim?

Bref, on peut poser la question du rapport entre la « vita contemplativa » et la « vita activa », l’action et la connaissance, ou encore la théorie et la pratique, sans accuser la révolte légitime d’une poignée de réalisateurs de simple « mauvaise conscience »… A nous de faire de ces films autre chose que de simple faire-valoir!

 
03H21 03/01/2008

Merci pour cet article lucide …

Voici ce que nous écrivions de notre coté en 2000 à propos du Monde Diplomatique, Mermet and co, en tirant des conclusions convergentes :

http://cnt-ait.info/article.php3?id_article=178

Lettre ouverte à Mr Ramonet

dimanche 2 décembre 2001 

(Ignacio Ramonet est à la fois le directeur du Monde Diplomatique et l’un des initiateurs d’ATTAC.)

Habituellement, je n’écris jamais à un journaliste. À 50 ans passés, j’ai appris depuis longtemps que la condition du journaliste était avant tout celle d’un salarié (fut-il de luxe) consentant et obéissant aux ordres d’un patron de presse tirant ses profits pour moitié des subsides accordés par les politiciens (nos maîtres) et pour l’autre du marché par l’intermédiaire de la publicité.

Un journaliste n’est qu’un illusionniste appointé, chargé de transformer la vie en faits divers, l’indignation en résignation, et la vérité en silence. Non, je n’écris jamais à un journaliste, ni à un juge, ni à un flic. Mais il m’est de plus en plus pénible de supporter le spectacle d’ATTAC (cette gauche virtuelle), et les litanies pleureuses quotidiennes de votre disciple Daniel Mermet-on-n’y-peut-rien sur France Inter et surtout les multiples interventions de vos collègues du Monde diplomatique et d’ATTAC dans tout ce que les villes de province comptent comme soirées bourgeoises et polies, où l’on débat en de prétentieux monologues sur l’avenir du peuple ou de l’humanité, cette fange miséreuse incapable de démocratie (le chômage, le Nord-Sud, le racisme, les OGM, les banlieues…).

Nous pourrions vous ignorer, vous laisser faire salon, lectures et causeries, entre vous, entre gens biens, parvenus et assis. Mais le succès médiatique aidant, le  » concept  » du citoyen (cet extrémiste du consensus qui n’a d’opinion ferme et précise sur rien d’essentiel et n’en tire par conséquent aucune conclusion sur quoi que ce soit qui puisse l’engager) se révélant porteur politiquement et financièrement (à propos, comment va le Diplo ?), voilà que vous venez vendre votre boniment dans la rue. Il n’y a plus de manifestation sans que l’on voit pointer un tract d’ATTAC ou une banderole glorifiant le citoyen, plus un problème social sans que l’on voit un de vos disciples ânonner vos propos sur un écran de télévision entre un écrivain d’un jour et un économiste  » propre « . On vous présente comme la belle gôche, la pure, la responsable, l’honnête, celle qui parle de l’Afrique et des banlieues, qui dénonce la misère, qui fustige la corruption politique et financière… La nouvelle gôche ! Quelle tristesse, quel mensonge, quelle duperie, monsieur Ramonet !

Ah certes, vous avez du talent pour compter les cadavres, peser les fortunes, mesurer les profits, énumérer les dictateurs, estimer les morts, les mourants et les mortels. Vous et vos disciples êtes les champions de l’économie de la souffrance et de la misère. Vos livres de compte sont à jour. C’est votre première fonction. Énumérer le chaos, la douleur, l’injustice, le vol et le pillage [sic]. Faire peur ! Il faut que le message passe : Le monde est un vaste chaos cruel et sanguinaire, et l’Europe de l’Ouest est un maigre havre de paix, vert et fragile, parfois blessé mais préservé jusqu’à ce jour des pires avanies venues de ces démons éternels qui hantent la nature humaine.

Votre seconde fonction, c’est d’éviter le désordre, de contenir la révolte, de calmer les troupes. Pire encore, de policer la contestation. À grands cris de Citoyens, aux urnes citoyens, vous défendez tout ce qui participe au pillage de ce monde et à son aliénation.

Les élections d’abord. À chaque fois, c’est le même refrain. Face au détournement de la démocratie et des biens publics par les clans de politiciens, vous en appelez aux urnes et au contrôle citoyen. Vous rêvez même d’un contrôle citoyen de l’OMC, les volés négociant avec leurs voleurs pour que le vol soit moins cruel. Quelle foutaise ! De la démocratie plein la bouche, vous n’avez de cesse que de vanter les mérites des élections, de l’élu et de la représentativité. Comme tout bourgeois installé, vous avez peur de la colère de ceux qui triment, de ceux qui en bavent, de ceux qui paient de leur vie leur combat pour un monde sans classes.

La marchandise ensuite, pierre angulaire du système capitaliste. Avec votre taxe Tobin, Monsieur Ramonet, vous me faites penser à ces dames de charité qui, le dimanche après la messe, vont jeter du mauvais pain à leurs bons pauvres. La semaine, ces maudits pauvres travaillent dans l’usine de leur banquier de mari. La taxe Tobin, c’est ça et pire encore. Car, aussi infime que soit le taux de taxation des profits boursiers, leur coût finira toujours par être répercuté sur le citoyen consommateur… pardon… par le citoyen marchandise. Vous parlez de la mondialisation avec résignation, du profit avec résignation, de l’exploitation avec résignation. Mais dites-moi, Monsieur Ramonet, le soleil a-t-il besoin de tant de fric pour briller ?

C’est pour tout cela que je vous écris. Pour vous dire haut et fort que vous êtes, vous et vos disciples, les plus précieux alliés du capitalisme. Dénoncer l’exploitation, c’est bien. Expliquer que c’est inexorable, c’est défendre le capitalisme. Appeler aux urnes, c’est participer activement au maintien de ce système, c’est en assurer la sécurité, la pérennité. Vous n’êtes pas un progressiste, ni un contestataire, pas même un réformiste, vous êtes un serviteur du capitalisme, un illusionniste… un journaliste.

Vive la Sociale, Monsieur Ramonet, vous pourrez toujours compter nos morts !

Étienne D. - CNT/AIT

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[Ce texte est paru dans Le Combat syndicaliste de la CNT-AIT n°63 de juillet-août 2000, repris dans Alternative Libertaire Belgique n°229, juin 2000, p12, dans Courant Alternatif le journal de l’OCL, dans Barricata « le fanzine de ceux qui pensent avec les bras », dans l’excellent Cette Semaine, etc …

 
11H16 04/01/2008

Voilà un article intéressant sur les documentaires militants et ses dérives qui se retrouvent déviée par une propagande politique de la cnt qui ne développe pas plus sur ce qui a été écrit mais nous impose sa publicité militante. Tant pis !