Pakistan : les scénarios catastrophe revus à la hausse
Benazir Bhutto comptait de nombreux partisans au Pakistan, et pouvait espérer redevenir, pour la troisième fois, Premier ministre après les élections du 8 janvier. Mais elle avait aussi de très nombreux ennemis, dont le seul point commun est de vouloir maintenir le Pakistan dans son état d'instabilité, qui en font l'un des pays les plus vulnérables de la planète.
Sa victoire éventuelle n'était assurément pas une garantie de démocratisation d'un Pakistan qui vit depuis plus de six ans sous la férule du général Musharraf. Mais sa disparition est la certitude que cette démocratisation n'aura pas lieu, ou du moins qu'elle ne sera pas réelle ou durable. Benazir Bhutto était loin d'être un modèle, et ses deux précédents passages au pouvoir ont laissé des zones d'ombre. Mais elle était la seule, aujourd'hui, à pouvoir rassembler les Pakistanais qui refusent de choisir entre une dictature militaire et les groupe islamistes radicaux.
Quel que soit le commanditaire de cet assassinat, il a atteint son objectif : maintenir le Pakistan dans cette zone d'instabilité qui laisse la porte ouverte à toutes les hypothèses. Il est possible qu'on ne sache jamais qui en est réellement responsable, tant les écheveaux sont mêlés dans ce pays complexe, et les passerelles possibles entre des univers supposés contraires. Dès hier, Musharraf accusait les « groupes terroristes », mais les proches de Bhutto blâmaient le président-général qui avait refusé les mesures de sécurité qui manquaient cruellement.
La vraie question est en effet de savoir comment va évoluer ce pays-clé pour la sécurité mondiale. Pourquoi un pays-clé ? Parce qu'avec 165 millions d'habitants, dôté de l'arme nucléaire, voisin de l'Afghanistan avec lequel il partage certains groupes ethniques, ce grand pays musulman est au carrefour de toutes les ligne de fracture. Ainsi, alors que les troupes de l'Otan, dont 1600 Français, luttent contre les talibans en Afghanistan, leur tâche est rendue plus difficile à cause des sanctuaires dont bénéficient les islamistes dans les zones tribales du Pakistan. Et la contagion a donné naissance à de véritables talibans pakistanais qui multiplient les attentats.
La disparition de Benazir Bhutto est un énorme échec pour George Bush, déjà mis en cause pour avoir tout misé sur le général Musharraf dans son approche du Pakistan depuis le 11 septembre. S'il a reçu 10 milliards de dollars d'aide militaire américaine, le président pakistanais n'a réussi ni à garantir la loyauté de son administration, ni à lutter efficacement contre les islamistes, ni, non plus, on le voit, à démocratiser le pays.
Aujourd'hui, les scénarios catastrophe sont remis à jour, y compris celui, pas encore d'actualité mais pas exclu, d'un succès islamiste au Pakistan, avec toutes les conséquences géopolitiques qui pourraient en suivre. La mort de Bhutto laisse sans stratégie les adversaires de ce scénario.
Pierre Haski
► Edito diffusé vendredi 28 décembre sur Europe1. Retrouvez normalement l'édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.
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Essayons de conseiller nos amis US décidemment peu « successful ».
Le problème pour nous du Pakistan c'est l'alliance entre l'armée qui dirige le pays et voit sa raison d'être dans une guerre future avec l'Inde,
et une forte religiosité musulmane sunnite, qui veut instaurer une charia fondamentaliste.
Le fruit de l'alliance c'est la guerre fondamentaliste portée en Afghanistan pour satelliser ce pays et ainsi donner la « profondeur stratégique » nécessaire à l'armée.
Or nous voulons la paix avec l'Inde, car il s'agit de puissances nucléaires et nous voulons l'arrêt du fondamentalisme afghan car il propage la violence en Europe et dans les zones pétrolières du monde musulman sunnite.
La solution au premier problème, c'est d'affaiblir suffisamment l'armée pakistanaise pour qu'elle n'ait plus les moyens de cette guerre et renonce à son rêve sous la pression des réalités.
La solution au second problème, c'est d'inciter les populations à la recherche du bien être individuel dans un cadre national suffisant à l'expression des aspirations collectives.
Le préalable aux deux c'est la disjonction du couple d'intérêts existant.
Pour cela il faut changer la frontière pakistano-afghane : le Baloutchistan et la Province de la Frontière du Nord-Ouest doivent être rattachés à l'Afghanistan qui devra se lancer dans un processus de fédéralisation.
Ainsi :
- les fondamentalistes sunnites pachtounes se tourneront vers la consolidation de leur nation dans un état qui les réunit tous. La question des « nations » (pachtoune, baloutche, persanophone et ouzbek) dominera les esprits afghans qui progressivement se désinteresseront de la guerre religieuse.
- l'armée pakistanaise sera très affaiblie face à l'Inde et devra céder progressivement son pouvoir à la société civile du « Pakistan réduit » qui préconisera une paisx durable négociée avec l'Inde.
Convaincre le gouvernement afghan actuel devrait être facile vu le contrôle américain sur lui. L'obstacle est de convaincre le « gouvernement pakistanais » et notamment Moucharaf.
C'est sur cette base que que les Etats-Unis devraient entamer un bras de fer avec lui .
Restera ensuite à obtenir l'accord ou au moins la neutralité des autres puissances du monde.
Bon, bien sûr vous me direz que c'est de la masturbation en chambre, mais je n'ai pas la place de prouver pourquoi ce geste produira les effets décrits.
Ensuite il y a le tabou de « l'intangibilité des frontières ». Je crois qu'il faut le lever quand la réforme est équitable et favorise durablement la paix des générations futures.




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